mercredi 28 décembre 2016

Hiver 2015



De notre fenêtre à Ste-Adèle 
Cet hiver c’est assez occupé dans le monde du combat médiéval, en février nous avons les qualifications à Trois-Rivières auxquelles Benoit ne participe pas, car il attend l’armure qu’il s’est commandé auprès d’un armurier d’ici. Il a reçu une belle somme d’argent au début janvier, avec ses placements «obligés» de sa pension d’Air Canada. Les pièces avec lesquelles il se battait, ont été récupérées par les combattants qui veulent participer aux qualifications. Benoit de toute façon est conscient qu’une infime partie des gars qui feront les «qualifs» ira jusqu’au bout du trip, il est confiant qu’il fera partie de l’équipe. Nous y allons tout de même, ne serait-ce que pour prendre un bain dans le milieu et rester sur la touche. Benoit sera arbitre et juge avec d’autres membres du CA, tous les combats étant filmés, ils seront ensuite décortiqués chacun de leur côté et évalués, puis les juges se réuniront pour l’évaluation finale. À ces qualifications, nous avons pu voir évoluer les deux seules filles qui ont commencé à faire elles aussi du combat, mais pour le moment, elles ne font que les duels, puisqu’il n’y a pas assez de filles pour faire une équipe de béhourd et encore moins une deuxième équipe contre qui se battre. Je peux constater aussi que les jambières que j’ai faites à Bénédicte tiennent le coup, elle et Gabrielle ont reçu un entraînement avec d’autres membres de leur groupe de la part de Benoit. Ce dernier a une approche différente des autres combattants, et malheureusement certains restent prostrés dans leurs idées toute conçues. Benoit a quand même José, Andrew, Phil dit «Slack», et d’autres occasionnels qui croient en ses méthodes pour les avoir essayé avec surprise et succès. En fait, Benoit est convaincu de la nécessité d’être très entraîné au niveau du cardio et de l’endurance et l’efficacité de se servir de son corps autant, sinon plus que de l’arme. Certains de ses détracteurs ne jurent que par les techniques martiales au maniement des armes, alors que Benoit use de techniques de lutte et de muay thaï.  Les autres demeurent convaincus qu’il suffit d’être gros et fort, quelques-uns continuant de manger n’importe comment et fumant comme des cheminées, ce qui a le don d’exaspérer Benoit. Ses entraînements sont très difficiles, y en a pour dire qu’ils sont inutiles mais j’en suis convaincue c’est surtout un manque de courage et peut-être un soupçon d’orgueil qui les retient d’accepter ce que Benoit a à offrir. Toutefois, ceux qui acceptent cette souffrance bénéficie de la réussite qui vient avec et sont de loyaux élèves. Même si Benoit affiche une certaine désinvolture par rapport à ce qui se dit dans son dos, c’est un petit milieu où tout finit par se savoir, il est blessé. Et moi je fulmine, je vois tout ce qu’il déploie comme énergie, à quel point il veut faire avancer ce sport plus loin pour qu’on le prenne au sérieux, lui comme moi en avons marre de devoir toujours expliquer et justifier ce sport en tant que «sport» sérieux.


Moi j’ai mis fin à mon doctorat faute de finance, je me dis que si un jour j’y retourne j’aurai complété mes séminaires et je pourrai entrer en recherche et rédaction, mais ça ne se dessine vraiment pas dans cette direction. J’ai eu une discussion avec mon directeur de thèse, le même que pour mon mémoire de maîtrise, et lui avoue ce que je vis actuellement, dont les impossibilités de poursuivre, mais je lui dis aussi que ça me désole vraiment beaucoup puisque mon sujet est déjà inscrit à l’université et que je trouve absolument fantastique de naviguer dans cet univers du béhourd. Il me rappelle que je n’ai pas besoin d’avoir mon diplôme de doctorat pour pouvoir poursuivre mes recherches et écrire à propos de ce sujet. Mes restrictions se limitent au fait que je ne peux écrire sous la tutelle de l’Université de Montréal. Sinon, les limites c’est souvent nous qui nous les mettons. Il a tout à fait raison et puis, je n’aurai pas de restrictions académiques qui alourdissent la lecture et découragent trop souvent les lecteurs. Moi j’adore le récit et je me dis que c’est encore la meilleure façon de faire découvrir, d’initier et d’intéresser les gens.

Quelques semaines après les qualifications, a lieu le tournoi hivernal, cette fois Benoit va pouvoir y participer, moi je viens tout juste de lui fabriquer un gambison et l’armurier qui est aussi un combattant lui apportera une partie de son armure le matin du tournoi. C’est pas l’idéal puisqu’il n’aura pas eu le temps de la porter et d’ajuster s’il y a lieu, mais bon, nous n’avons pas beaucoup le choix,

Le tournoi hivernal a lieu cette fois dans un endroit différent, j’ignore pourquoi ils ont choisi cet endroit qui n’est à mon avis pas un bon choix. Bien que ce soit dans un centre sportif, le tournoi est difficilement accessible, déjà qu’il n’y a pas eu beaucoup de publicité de faite. C’est au centre-sud de Montréal où circuler en voiture est héroïque en soi, puisque ce n’est que détours et sens uniques. Il n’y a pas de stationnement pour les combattants qui ne peuvent traîner leur équipement en transport en commun et une bonne partie d’entre eux viennent de l’extérieur. En plus les rues sont super étroites et ne permettent pas de passer deux voitures de large, donc quand on sort les armures de la voiture, les automobilistes doivent attendre derrière. Le tournoi a lieu au sous-sol et si ce n’était du va et viens des combattants, des pièces d’armure dans les mains, la clientèle régulière sur place ne saurait même pas qu’il y a un tournoi en bas. C’était plus ou moins clair, si on devait être costumés ou non, donc je n’ai pas pris de chance et j’ai amené une robe et mes souliers historiques, ceux que je me suis acheté à la course avant de partir à Battle of the nations il y a deux ans. Ce sont les seuls que j’ai, mais ils sont vraiment confortables.



La veille au soir, Benoit devait trouver des cordons de cuir pour attacher certaines pièces de son armure et nous nous sommes rendus compte que mis à part Tandy à St-Léonard, le cuir et le matériel pour le travailler est dur à trouver sur l’île. Et comme nous dormions sur le Plateau, on n’avait pas envie d’aller faire une heure de voiture pour des cordons en cuir, pour essayer désespérément de nouveau de se trouver un stationnement au retour, quand finalement Benoit a eu un éclair de génie, il connaît un p’tit monsieur cordonnier indépendant super sympathique sur Mont-Royal. Une p’tite marche 15 minutes et il a des cordons de cuir pas cher.

Sur place, on retrouve les Américains, les Ontariens, et les équipes de différentes régions du Québec, d’abord, les Black Wolves du Nord, l’équipe de Benoit, Andrew, José, Serge, Slack, et d’un p’tit nouveau Vincent, toutefois Serge n’en fait plus vraiment, José et Slack s’entraînent avec l’équipe sporadiquement, mais ne font pas les tournois. Les autres équipes sont les Dogues de Montréal, les fils de Laviolette de la région de Trois-Rivières et deux équipes de la région de Québec, les Patriotes et les Wakinyans.

Encore une fois, c’est dommage, il y a beaucoup plus de monde du côté des combattants et des bénévoles que de spectateurs dans la salle.  La musique n’est pas invitante non plus et je dois avouer que ce tournoi m’emballe plus ou moins, je suis peut-être devenue plus critique après en avoir vu deux à l’International, et là ici dans ce gymnase, je ne suis guère emballée. Benoit a de la misère avec certaines de ses pièces d’armure et panique, et quand il panique faut savoir gérer, moi je ne gère pas toujours bien, donc je m’éloigne un peu.

Blessure du tournoi hivernal

D’ailleurs, depuis quelque temps, on commence à se demander s’il ne serait pas un peu TDAH (Troubles déficit d’attention avec hyperactivité), y a beaucoup de choses qui s’expliqueraient soudainement : Difficulté à se concentrer sur une seule chose; une perception différente dans la gestion du temps; et la perte temporaire et quotidienne d’objets tels que portefeuille, lunettes et clés. Ce qui l’amène parfois sur le bord de la panique, puis il culpabilise ensuite d’échouer sur des affaires aussi simples, créant beaucoup d’anxiété et des désordres digestifs. Y en a pour qui le trouble TDA et TDAH se vit de l’intérieur, et y en a comme Benoit très expressif, qui explose! Il parle beaucoup et son débit normal est souvent rapide et fort et est à mes yeux clairement hyperactif. Quand il réalise que son armure n’est pas tout à fait au point et qu’il doit se dépêcher, il panique et me transmet sa panique et je sais qu’il culpabilise de n’avoir pas fait tout ça avant. Un moment donné, je demande à Andrew de prendre la relève pour attacher son armure, faut que je prenne de l’air, et je sais que je vais probablement regarder leurs rounds de loin. Je trouve ça un peu lourd.

Je l’admets, je n’ai pas été très attentive aux combats lors de ce tournoi. Je suis soucieuse de la santé de Benoit, il a du mal à pouvoir s’alimenter sans que son corps se rebute. Forcément ça le rend vulnérable aux maladies et bien qu’il déploie une énergie spectaculaire à ses entraînements (ce qui m’hallucine à chaque fois que j’en suis témoin) je me dis qu’un moment donné il va s’écrouler complètement. Depuis quelques années nous nous sommes rendus compte qu’il avait des réactions allergiques au soya, certaines composantes du soya, le pire étant la protéine de soya qui le rend extrêmement malade. Et la protéine de soya, on en retrouve PARTOUT dans la bouffe, tous les jours il est inconfortable, jamais physiquement numéro 1. Bien sûr, il pourrait aller voir un docteur, mais nous savons bien qu’il doit d’abord réussir à en voir un, évidemment en urgence car nous n’avons pas de médecin de famille, qu’ensuite il se fera donner des prescriptions pour passer une série de tests interminable, des tests vraiment pas agréables, et qu’on devra attendre une éternité pour avoir les résultats. Nous nous doutons que le problème est d’ordre alimentaire, faut juste trouver ce qui cause des problèmes au-delà de la protéine de soya, car parfois il ne digère même pas une simple salade, vinaigrette maison. Il ne digère pas correctement la moitié de ses aliments, donc en ne s’alimentant qu’à moitié, son corps manque de nutriment en permanence et ça l’inquiète et fait vivre davantage de stress et quand il stresse, il ne digère plus. Ça commence à dépasser le système de digestion capricieux. Est-ce un symptôme du TDAH? On se documente beaucoup. Déjà il a commencé à prendre des probiotiques, conseil d’une amie qui vit les mêmes problèmes de digestion, et ça aide beaucoup. On teste beaucoup et on demeure attentifs à ce qui passe et ce qui ne passe pas.

Il travaille depuis un mois dans une compagnie de ressources humaines, il a un bon emploi, quand même bien payé, mais c’est dans l’ouest de Montréal et nous sommes à Ste-Adèle, ça coûte une fortune d’essence et ça bouffe des heures précieuses dans une journée, gaspillées dans le trafic du matin et du soir. Il ne peut pas s’entraîner aussi souvent qu’il le voudrait. On prévoit éventuellement retourner à Montréal et que je puisse être en mesure de me déplacer en transport en commun et me trouver un emploi, parce que dans la montagne dans les Laurentides c’est assez difficile quand tu ne conduis pas. Son travail le valorise un peu, car il est en charge de quelques centaines d’employés qu’il forme dans les entrepôts. Cependant, cet emploi entre en contradiction avec ses principes de valeurs humaines, car une compagnie qui fait son argent sur les salaires des employés a la fâcheuse tendance à les exploiter.  


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