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| De notre fenêtre à Ste-Adèle |
Cet hiver c’est assez occupé dans le monde du combat
médiéval, en février nous avons les qualifications à Trois-Rivières auxquelles
Benoit ne participe pas, car il attend l’armure qu’il s’est commandé auprès
d’un armurier d’ici. Il a reçu une belle somme d’argent au début janvier, avec
ses placements «obligés» de sa pension d’Air Canada. Les pièces avec lesquelles
il se battait, ont été récupérées par les combattants qui veulent participer
aux qualifications. Benoit de toute façon est conscient qu’une infime partie
des gars qui feront les «qualifs» ira jusqu’au bout du trip, il est confiant
qu’il fera partie de l’équipe. Nous y allons tout de même, ne serait-ce que
pour prendre un bain dans le milieu et rester sur la touche. Benoit sera
arbitre et juge avec d’autres membres du CA, tous les combats étant filmés, ils
seront ensuite décortiqués chacun de leur côté et évalués, puis les juges se
réuniront pour l’évaluation finale. À ces qualifications, nous avons pu voir
évoluer les deux seules filles qui ont commencé à faire elles aussi du combat,
mais pour le moment, elles ne font que les duels, puisqu’il n’y a pas assez de
filles pour faire une équipe de béhourd et encore moins une deuxième équipe
contre qui se battre. Je peux constater aussi que les jambières que j’ai faites
à Bénédicte tiennent le coup, elle et Gabrielle ont reçu un entraînement avec
d’autres membres de leur groupe de la part de Benoit. Ce dernier a une approche
différente des autres combattants, et malheureusement certains restent prostrés
dans leurs idées toute conçues. Benoit a quand même José, Andrew, Phil dit
«Slack», et d’autres occasionnels qui croient en ses méthodes pour les avoir
essayé avec surprise et succès. En fait, Benoit est convaincu de la nécessité
d’être très entraîné au niveau du cardio et de l’endurance et l’efficacité de
se servir de son corps autant, sinon plus que de l’arme. Certains de ses
détracteurs ne jurent que par les techniques martiales au maniement des armes,
alors que Benoit use de techniques de lutte et de muay thaï. Les autres demeurent convaincus qu’il suffit
d’être gros et fort, quelques-uns continuant de manger n’importe comment et
fumant comme des cheminées, ce qui a le don d’exaspérer Benoit. Ses
entraînements sont très difficiles, y en a pour dire qu’ils sont inutiles mais
j’en suis convaincue c’est surtout un manque de courage et peut-être un soupçon
d’orgueil qui les retient d’accepter ce que Benoit a à offrir. Toutefois, ceux
qui acceptent cette souffrance bénéficie de la réussite qui vient avec et sont
de loyaux élèves. Même si Benoit affiche une certaine désinvolture par rapport
à ce qui se dit dans son dos, c’est un petit milieu où tout finit par se
savoir, il est blessé. Et moi je fulmine, je vois tout ce qu’il déploie comme
énergie, à quel point il veut faire avancer ce sport plus loin pour qu’on le
prenne au sérieux, lui comme moi en avons marre de devoir toujours expliquer et
justifier ce sport en tant que «sport» sérieux.
Quelques semaines après les qualifications, a lieu le tournoi
hivernal, cette fois Benoit va pouvoir y participer, moi je viens tout juste de
lui fabriquer un gambison et l’armurier qui est aussi un combattant lui
apportera une partie de son armure le matin du tournoi. C’est pas l’idéal
puisqu’il n’aura pas eu le temps de la porter et d’ajuster s’il y a lieu, mais
bon, nous n’avons pas beaucoup le choix,
Le tournoi hivernal a lieu cette fois dans un endroit
différent, j’ignore pourquoi ils ont choisi cet endroit qui n’est à mon avis
pas un bon choix. Bien que ce soit dans un centre sportif, le tournoi est
difficilement accessible, déjà qu’il n’y a pas eu beaucoup de publicité de
faite. C’est au centre-sud de Montréal où circuler en voiture est héroïque en
soi, puisque ce n’est que détours et sens uniques. Il n’y a pas de
stationnement pour les combattants qui ne peuvent traîner leur équipement en
transport en commun et une bonne partie d’entre eux viennent de l’extérieur. En
plus les rues sont super étroites et ne permettent pas de passer deux voitures
de large, donc quand on sort les armures de la voiture, les automobilistes
doivent attendre derrière. Le tournoi a lieu au sous-sol et si ce n’était du va
et viens des combattants, des pièces d’armure dans les mains, la clientèle régulière
sur place ne saurait même pas qu’il y a un tournoi en bas. C’était plus ou
moins clair, si on devait être costumés ou non, donc je n’ai pas pris de chance
et j’ai amené une robe et mes souliers historiques, ceux que je me suis acheté
à la course avant de partir à Battle of the nations il y a deux ans. Ce sont
les seuls que j’ai, mais ils sont vraiment confortables.
La veille au soir, Benoit devait trouver des cordons de cuir pour attacher certaines pièces de son armure et nous nous sommes rendus compte que mis à part Tandy à St-Léonard, le cuir et le matériel pour le travailler est dur à trouver sur l’île. Et comme nous dormions sur le Plateau, on n’avait pas envie d’aller faire une heure de voiture pour des cordons en cuir, pour essayer désespérément de nouveau de se trouver un stationnement au retour, quand finalement Benoit a eu un éclair de génie, il connaît un p’tit monsieur cordonnier indépendant super sympathique sur Mont-Royal. Une p’tite marche 15 minutes et il a des cordons de cuir pas cher.
Sur place, on retrouve les Américains, les Ontariens, et les équipes
de différentes régions du Québec, d’abord, les Black Wolves du Nord, l’équipe
de Benoit, Andrew, José, Serge, Slack, et d’un p’tit nouveau Vincent, toutefois
Serge n’en fait plus vraiment, José et Slack s’entraînent avec l’équipe
sporadiquement, mais ne font pas les tournois. Les autres équipes sont les
Dogues de Montréal, les fils de Laviolette de la région de Trois-Rivières et
deux équipes de la région de Québec, les Patriotes et les Wakinyans.
Encore une fois, c’est dommage, il y a beaucoup plus de monde
du côté des combattants et des bénévoles que de spectateurs dans la salle. La musique n’est pas invitante non plus et je
dois avouer que ce tournoi m’emballe plus ou moins, je suis peut-être devenue
plus critique après en avoir vu deux à l’International, et là ici dans ce
gymnase, je ne suis guère emballée. Benoit a de la misère avec certaines de ses
pièces d’armure et panique, et quand il panique faut savoir gérer, moi je ne
gère pas toujours bien, donc je m’éloigne un peu.
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| Blessure du tournoi hivernal |
D’ailleurs, depuis quelque temps, on commence à se demander
s’il ne serait pas un peu TDAH (Troubles déficit d’attention avec
hyperactivité), y a beaucoup de choses qui s’expliqueraient soudainement :
Difficulté à se concentrer sur une seule chose; une perception différente dans
la gestion du temps; et la perte temporaire et quotidienne d’objets tels que
portefeuille, lunettes et clés. Ce qui l’amène parfois sur le bord de la
panique, puis il culpabilise ensuite d’échouer sur des affaires aussi simples,
créant beaucoup d’anxiété et des désordres digestifs. Y en a pour qui le trouble
TDA et TDAH se vit de l’intérieur, et y en a comme Benoit très expressif, qui explose!
Il parle beaucoup et son débit normal est souvent rapide et fort et est à mes
yeux clairement hyperactif. Quand il réalise que son armure n’est pas tout à
fait au point et qu’il doit se dépêcher, il panique et me transmet sa panique
et je sais qu’il culpabilise de n’avoir pas fait tout ça avant. Un moment
donné, je demande à Andrew de prendre la relève pour attacher son armure, faut
que je prenne de l’air, et je sais que je vais probablement regarder leurs
rounds de loin. Je trouve ça un peu lourd.
Je l’admets, je n’ai pas été très attentive aux combats lors
de ce tournoi. Je suis soucieuse de la santé de Benoit, il a du mal à pouvoir
s’alimenter sans que son corps se rebute. Forcément ça le rend vulnérable aux
maladies et bien qu’il déploie une énergie spectaculaire à ses entraînements
(ce qui m’hallucine à chaque fois que j’en suis témoin) je me dis qu’un moment
donné il va s’écrouler complètement. Depuis quelques années nous nous sommes
rendus compte qu’il avait des réactions allergiques au soya, certaines
composantes du soya, le pire étant la protéine de soya qui le rend extrêmement
malade. Et la protéine de soya, on en retrouve PARTOUT dans la bouffe, tous les
jours il est inconfortable, jamais physiquement numéro 1. Bien sûr, il pourrait
aller voir un docteur, mais nous savons bien qu’il doit d’abord réussir à en
voir un, évidemment en urgence car nous n’avons pas de médecin de famille,
qu’ensuite il se fera donner des prescriptions pour passer une série de tests
interminable, des tests vraiment pas agréables, et qu’on devra attendre une
éternité pour avoir les résultats. Nous nous doutons que le problème est
d’ordre alimentaire, faut juste trouver ce qui cause des problèmes au-delà de
la protéine de soya, car parfois il ne digère même pas une simple salade,
vinaigrette maison. Il ne digère pas correctement la moitié de ses aliments,
donc en ne s’alimentant qu’à moitié, son corps manque de nutriment en
permanence et ça l’inquiète et fait vivre davantage de stress et quand il
stresse, il ne digère plus. Ça commence à dépasser le système de digestion
capricieux. Est-ce un symptôme du TDAH? On se documente beaucoup. Déjà il a
commencé à prendre des probiotiques, conseil d’une amie qui vit les mêmes
problèmes de digestion, et ça aide beaucoup. On teste beaucoup et on demeure
attentifs à ce qui passe et ce qui ne passe pas.
Il travaille depuis un mois dans une compagnie de ressources
humaines, il a un bon emploi, quand même bien payé, mais c’est dans l’ouest de
Montréal et nous sommes à Ste-Adèle, ça coûte une fortune d’essence et ça
bouffe des heures précieuses dans une journée, gaspillées dans le trafic du
matin et du soir. Il ne peut pas s’entraîner aussi souvent qu’il le voudrait. On
prévoit éventuellement retourner à Montréal et que je puisse être en mesure de
me déplacer en transport en commun et me trouver un emploi, parce que dans la
montagne dans les Laurentides c’est assez difficile quand tu ne conduis pas.
Son travail le valorise un peu, car il est en charge de quelques centaines
d’employés qu’il forme dans les entrepôts. Cependant, cet emploi entre en contradiction
avec ses principes de valeurs humaines, car une compagnie qui fait son argent
sur les salaires des employés a la fâcheuse tendance à les exploiter.




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