mercredi 7 décembre 2016

Aigues-Mortes dernière partie


Au chalet, les barbecues sont allumés, la cuisine affairée par José qui refuse toute aide, il dit qu’il travaille mieux seul, ça m’arrive aussi parfois donc je le laisse en paix. Dehors l’alcool coule autour de la table à pique-nique et on prend quelques photos. C’est notre dernière soirée tous ensemble, demain Béné partira seule à Barcelone, pendant que son amoureux et le reste de l’équipe repartiront au Québec, pour ma part, je resterai une dernière nuit au chalet. J’entends José crier qu’on le laisse en paix, y en a un ou deux qui s’amusent à venir l’écœurer en sachant qu’il se fâchera, je trouve ça vraiment con, puisque ce gars est en train de faire NOTRE souper à tous. Comme je sais que ma position d’amie est quand même précaire pour près de la moitié de la gang dont fait partie ceux qui viennent constamment aiguillonner José, je ne m’en mêle pas, et quand il est enfin seul, avant de retourner dehors, je vais lui exprimer un peu de sollicitude, comme il l’avait fait pour moi jeudi dernier.

Après notre excellent repas bien arrosé, je ramasse un peu, du moins mon assiette et quelques trucs, je regarde le barbecue sur lequel gisent encore quelques saucisses et comme le souper semble s’étirer encore, je rappelle qu’il faudra qu’on nettoie notre bordel avant leur départ. J’imagine que ça va aller à demain matin…

Sauf que, ce que j’ignorais c’est qu’ils devaient partir tôt le lendemain matin et qu’ils ont fini par se lever moins d’une heure avant de partir sans rien ramasser et sans avoir fait leurs bagages. Évidemment, je rappelle qu’on doit ramasser, nettoyer tout, incluant le barbecue demeuré intact depuis que j’ai quitté la table pour aller me coucher. Je commence à nettoyer mais, il n’est pas question que je ramasse toute seule, et si deux, trois personnes viennent m’aider, les autres émergent de leur brouillard ou s’occupent de leurs bagages. Y en a un qui vient carrément me dire qu’étant la dernière à partir, c’était normal que ça soit moi qui assure l’état des lieux. Ben oui!!! Rien que ça!! Tous les qualificatifs de «cochon» me viennent soudainement à l’esprit, je suis en furie (lire en tabarnack). C’est celui qui connaissait l’ami de Christine et je lui balance : «Vous n’avez même pas pensé à offrir un p’tit cadeau à Christine pour tout le mal qu’elle s’est donnée et en revanche vous n’avez aucun mal à laisser cet endroit en soue à cochons! C’est elle qui va se faire ramasser! » Pour la première fois, il semble réaliser…

Évidemment, j’ai ramassé encore un peu après leur départ, nettoyer, ramasser les couvertures, les coussins, finir la vaisselle, ramasser les cadavres de bouteilles, etc. Et avec tout ça il était déjà passé midi quand Christine est passée au chalet. Elle fait une inspection et est découragée de voir que les toilettes n’ont pas été nettoyées et comme je ne connaissais pas les détails de leur entente pour la location des chalets, comme, j’ignorais que les chalets devaient être aussi propres à notre départ qu’à notre arrivée, j’étais encore plus furieuse. Ces critères leur avaient été dit à leur arrivée, mais moi, je n’étais pas encore arrivée à ce moment-là. Ça voulait dire que toute la gang savait que j’aurais à décrotter au complet les deux chalets à moi toute seule? Je fulminais! Christine me dit, qu’elle va devoir prendre le dépôt sur la carte de crédit du responsable, ah je n’hésite même pas un seul instant tellement je suis en colère, « Prends-le avec plaisir! Ils se diviseront les coûts et sans moi qui viens de passer quatre heures à nettoyer!». Parfait! Elle est bien consciente de la situation et sympathique à ma cause, elle m’offre de sortir en ville ce soir, prendre une pizza et un verre avec ses amis sur une terrasse. J’accepte avec plaisir! On se rejoindra à l'accueil après son travail. Je n’aurai pas eu le temps de visiter les alentours, mais je vais passer quelques heures avec les gens de la place, c’est encore mieux.



Je laisse tomber l'idée d'aller visiter les alentours et décide de rester sur le terrain de camping et d’aller papoter avec Benoit. En ouvrant mon facebook, un beau message d’amour de mes enfants me rappelle qu’hier c’était la fête des mères. Ça me fait bien plaisir! Benoit qui a justement passé cette journée avec sa maman me raconte qu’il a neigé chez ses parents à Ste-Adèle… deux jours avant il faisait 27°. Il me demande si j’ai vu les nouvelles car il y a eu du grabuge à Paris, car l’équipe de France a gagné au soccer, finalement c’est pas juste chez-nous qu’on casse tout même quand on gagne (référence à la coupe Stanley en 95). 
Lorsque j’ai terminé, je vais voir Christine au comptoir et on se donne rendez-vous dans le hall, quand elle termine vers 18:00 heures, d’ici là ça me donnera un peu de répit et j’en profiterai pour faire mes bagages et être le plus prête possible à partir le lendemain matin. Je suis chanceuse parce que Christine m’a aussi offert de venir me reconduire à l’aéroport de Montpellier à une vingtaine de minutes d’ici, je peux donc relaxer un peu.

Le soir arrivé, nous partons en ville après un arrêt rapide à l’appart de Christine, question qu’elle se change rapido-presto et allons manger une succulente pizza dans un de ses restos préférés. Puis à quelques coins de rue de là, nous nous retrouvons sur une terrasse où quelques habitués et amis de Christine, bavardent gaiement tout en sirotant un verre de pastis. J’adore leur accent du sud, leur chaleur, leur humour et  surtout leur générosité quand je pose des tonnes de questions à propos de leur histoire, leurs fêtes et leurs traditions. Deux événements ont piqué vivement ma curiosité d’anthropologue et je voudrais vraiment y assister un jour! Le premier est la grande fête «votive» d’Aigues-Mortes, votive signifie qu’elle est traditionnellement religieuse (dédiée au saint patron de la place). Ces fêtes dites aussi patronale sont spécifiques au midi de la France. Celle-ci dure une douzaine de jours et correspondent originalement à la joie des récoltes rentrées. Mais quand on fait une recherche on se rend compte que des fêtes comme celles-là, y en a sans interruption partout dans le Languedoc de mai à octobre. On peut, en se déplaçant de villes en villages, fêter en continuité durant six mois en restant dans cette région. À ce que me racontent mes interlocuteurs qui en parlent avec bonheur, c’est vraiment une grosse fête ininterrompue durant ces 12 jours. On y mange en commun, on sert des grands déjeuners traditionnels et des vastes banquets, on assiste à des courses de vachettes et de taureaux, on y danse dans des bals organisés, une immense fête où tout le monde prend part, une fête qui est attendue avec impatience chaque année.

Le deuxième événement aura lieu dans environ deux semaines, c’est une autre fête votive mais elle a lieu aux Saintes-Maries-de-la-Mer et elle est particulière car c’est une fête traditionnellement gitane, et elle rend hommage à Sara la noire, une divinité qui se rapproche de Sara l’épouse d’Abraham mais dont l’identité réelle demeure un mystère. La communauté gitane y est encore très forte à cet endroit, et le rituel est encore bien vivant. C’est un pèlerinage que font chaque année, les Roms, les Manouches, les Tsiganes et les Gitans qui viennent d’un peu partout pour venir vénérer leur Sainte et célébrer pendant huit à dix jours. Les points culminants sont l’immersion de la statue dans la mer, un rituel religieux, et lorsqu’elle est transportée en procession à travers la ville accompagnée des autorités locales, laïques et religieuses sous les acclamations, les cloches d’église et la musique. Faut absolument que je vois tout ça un jour! Mais bon en attendant je dois retrouver mon amoureux demain et comme j’ai hâte! Le propriétaire du café, ami aussi de Christine, commence à fermer la place, donc il est temps pour nous de partir, surtout que je dois me lever tôt demain matin. Je retrouve mon lit temporaire une heure plus tard, je m’écroule et dors jusqu’à l’aube. 

J’arrive à l’aéroport à temps et sans trop stresser grâce à ma nouvelle amie, que je quitte en la remerciant de tout cœur et en m’excusant de la part des autres pour l’état des chalets qui laissaient à désirer. C’est une nouvelle amitié qui commence.

Je vais enregistrer mes bagages et j’apprends que mon vol est retardé de 20 minutes, peut-être 30, ça y est c’était trop beau, si j’arrive trop tard, je manque mon vol pour Montréal à 13:30 heures, il est 9:30 heures, avec un peu de chance j’arriverai à 11:00 à Orly. Mais je dois aussi récupérer mes bagages (on se souvient avec panique de la dernière fois), traverser à Charles de Gaule (on se souvient aussi de ça) puis récupérer mon billet standby ET ré-enregistrer mes bagages.  Tant d’obstacles à mon bonheur qui m’attend à Montréal aujourd’hui! 

Coup de chance, 20 minutes plus tard, nous procédons à l’embarquement, tout se fait pas mal plus vite quand il s’agit de vols nationaux, déjà on évite les douanes, mais dans ce cas-ci l’aéroport est beaucoup plus petit, donc les distances entre les différents comptoirs, la sécurité, les portes d’embarquement, sont moins longues. Dans l’avion malgré l’air détendu des agents ne suffisent plus à me détendre, je suis vraiment nerveuse de manquer mon avion pour Montréal. Arrivée à Orly, l’arrivée de mes bagages prend trop de temps, bien que ce ne soit pas comparable avec mes spectaculaires 30 minutes d’attente à Charles-de-Gaules la semaine dernière. Il est tout de même près de 11:30 lorsque je me retrouve devant le panneau indicateur pour la navette, les chiffres lumineux indiquent qu’elle sera là dans 5 minutes, bon ok je me calme, j’essaie du moins. Mais lorsqu’au bout de 5 minutes qui m’apparaissent interminables, la navette n’y est pas et que les chiffres indiquent maintenant qu’elle sera là dans 20 minutes, je m’exaspère comme tous ceux et celles qui font la file comme moi. Des taxis passent et nous offrent leurs services, et y en a un qui nous offre de prendre trois personnes pour 50 euros, je regarde les gens et croise le regard d’une dame et d’un monsieur et d’un commun accord nous acceptons, mais avant d’embarquer je lui demande de me garantir que nous serons à l’aéroport en moins d’une heure, ce qu’il me garantit. Les trois Français ont évidemment reconnu mon accent «très Céline Dion» et me posent tout un tas de questions, nous parlons bien sûr de la météo, et je leur raconte qu’au Québec, comme Benoit me l’a raconté hier, il y avait eu de la neige et la canicule à l’intérieur de 72 heures. Le monsieur, lui a déjà habité à Montréal durant une année et il a adoré, il compte bien y retourner finir ses jours.

Quarante-cinq minutes plus tard, le chauffeur nous dépose comme promis à l’aéroport et il m’indique où je dois me rendre, ce que je m’empresse de faire après avoir payé. Maintenant je m’apprête à «sprinter», il me reste une heure entre ce moment et le décollage de mon avion. Je me rue au comptoir pour m’assurer que mon nom est bien enregistré dans le prochain vol, ce qui est le cas, et l’agent prend tout de suite ma valise en me donnant un coupon qui accélérera mon passage à la sécurité qui se trouve à plusieurs minutes de marche. Mais on dirait que c’est dans ces moment-là, tout le monde autour de toi semble avoir comploté pour te mettre des bâtons dans les roues, je capote! Oui je finis par embarquer, mais de justesse, j’ai bien cru que je le manquais quand, au sortir de la sécurité je me suis aperçue qu’il me restait 10 minutes avant le décollage et que j’avais toutes les boutiques hors taxe à traverser, avec leurs belles publicités de belles madames riches insouciantes et parfumées qui contrastaient tellement avec moi en ce moment, je les aurais fessé d’aplomb si je n’avais pas été aussi pressée. Ma porte se trouvait touuuuuuuuut au booooooouuut du corridor, au que je devais manquer de grâce à ce moment-là et quand je suis arrivée à la porte hors d’haleine, et l’œil suppliant ou menaçant (un mélange des deux) qui reflétait clairement ma pensée : «S’il ne reste plus de place, et si tu me refuse, je ne réponds pas de mes actes.»

Dieu merci j’embarque! Je vais être fine fine fine, promis!

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