mardi 20 décembre 2016

Belmonte 2ième partie

J’avais du sommeil à rattraper ça a ben l’air et maintenant je me sens beaucoup mieux. Ma fenêtre est ouverte et je peux sentir malgré le soleil du matin qui brille, l’air vif et piquant du restant de la nuit. Je vois que plusieurs dizaines de personnes attendent déjà à l’entrée derrière les barricades gardées par des employés vêtus de costume médiéval, ça veut dire qu’on ne pourra pas trop tarder à sortir de notre chambre. Je réveille 14 fois Janik pour lui rappeler qu’il y aura bientôt des visiteurs et qu’on doit se lever, il finit par obtempérer. Je ramasse mon stock comme hier, mais cette fois j’ai bien l’intention d’aller prendre une douche à l’hôtel et je descends dans le petit café dans le hall du château. Je me commande un café, j’ai le choix entre un espresso ou un espresso avec lait, je choisis la seconde option et c’est à ce moment-là que je bu le meilleur café de ma vie! J’en commande un deuxième aussitôt, car ils ont ouvert les portes et je sens que le serveur sera vite débordé, je ne prends donc pas de chance.

Pendant que je finis mon premier café et que j’entame le second, Janik descend et découragé de voir qu’il devra faire la file pour un café, décide de s’en aller directement sur le terrain et de prendre son café dans la tente de Saladin, en plus il ne le paiera même pas. Moi je continue de siroter cet élixir divinement bon et ressens la vie qui recommence à habiter mon corps. J’envoie un coucou à mon amoureux mais comme il est au beau milieu de la nuit et qu’il a des examens importants à faire aujourd’hui, il n’est pas connecté et doit être en train de dormir. Je prends à mon tour le chemin des campements et arrivée à la tente de Saladin, Janik vient me voir les yeux brillants : « Mom, ce matin ils avaient hissé le drapeau du Canada aux côtés du fleurdelisé et des drapeaux des autres équipes, je suis allé voir Andrew et lui ai dit.» Et voyant mon air de profonde indignation, il ajoute : « T’inquiète, il n’y est plus, Andrew est allé voir l’organisation et leur a rappelé qu’il n’y a pas d’équipe canadienne dans le tournoi et leur a dit que s’ils ne le retiraient pas, le drapeau imposteur allait disparaître dans la nuit.» Je souris, je le remercie, je suis fière de mon fils. Lui aussi est fier de son identité québécoise.

Après avoir discuté un peu avec des nouveaux amis français Xavier et Silvia, et par bonheur retrouvé mon ami français Julien, je pars en expédition, d’abord m’acheter un chapeau de paille, ensuite retrouver l’Ost pour remercier Andrew et pour leur demander leur clé, aller au petit magasin général, puis aller prendre une douche au village. À mon retour je ferai un tour des kiosques alignés le long du chemin, en majorité espagnols.  Ça va me prendre tout l’avant-midi et même plus, mais quand y faut, y faut!

L’après-midi était largement entamé quand je reviens au campement des Québécois, j’avais traversé le village désert de ses habitants, partis faire la siesta ou assistant aux combats plus haut. Je me sentais enfin fraîche comme une rose et portant du maquillage ‘’espagnol’’ parce que comme je l’avais observé depuis quelques jours, les Espagnols du moins à Belmonte semblent privilégier les produits d’ici. On ne trouve pas beaucoup de grosses marques dans les comptoirs d’épicerie et ni dans les produits hygiéniques et le maquillage, si tout le monde encourageait leur économie locale, tout irait tellement mieux partout dans le monde.

J’ai profité de ma balade pour prendre des photos de maisons de pierres et de moulins aux allures de cartes postales, on dirait que Don Quichote s’apprête à apparaître entre le muret et le moulin. Ça contraste tout de même avec l’hôtel d’où j’arrive de me doucher, qui est très moderne et tout maculé. N’empêche que ça a fait du bien!

Quand j’arrive, j’erre un peu dans le coin des kiosques où on retrouve plusieurs petits marchands et même certains improvisés pour l’événement, qui vendent des bières artisanales ou des pâtisseries probablement faites dans la cuisine de leur maison. N’empêche, les petits gâteaux sont succulents, pas cher et les vendeuses sont généralement fort sympathique. Y en a un qui vend des grosses pièces de viande salée ou des saucissons. Y a aussi un fauconnier, y a toujours un fauconnier dans les foires médiévales!

J’ai manqué les duels, et en allant porter la clé, j’apprends qu’Étienne s’est qualifié à l’épée longue, bravo! Les gars sont un peu tassés sur le campement et c’est normal, il y a quatre tentes de combattants sur un espace de 50 par 50 pieds et au milieu, une table à pique-nique que se partagent une bonne vingtaine de personnes, c’est pas bien long que le stock déborde un peu partout, la tente des Québécois, heureusement ne contient que leurs armures et c’est plein au ras-bord. Ils ne dorment pas sur le terrain contrairement aux Autrichiens et Japonais, mais c’est tout de même ici qu’ils se préparent et qu’ils reviennent enlever leur armure, laissant où ils peuvent, sécher leurs pièces de gambison au soleil. Les bancs sont à pleine capacité, de combattants qui cassent la croute ou qui réparent des pièces d’armure, certains sont étendus dans le gazon et imitent les Espagnols et font la sieste.

Je vais faire un tour sous la tente de Saladin, à l’ombre pour boire une bière fraîche. La musique n’est guère mieux que l’an dernier, si parfois on nous met quelques pièces grandioses tirées de films guerriers ou de conquête comme la musique «conquest of paradise» du film 1492 du compositeur Vangelis, nous avons droit la plupart du temps à de la musique rock ou moderne qui détonne avec le reste. Silvia me salue au passage et bifurque finalement pour venir me rejoindre. Julien se joint à nous aussi et on discute de politique et du président Hollande que Julien qualifie de couille molle ou quelque chose qui ressemble à ça. Janik et Kim, l’autre serveur viennent nous rejoindre, c’est plutôt calme compte tenu de l’achalandage constant depuis l’ouverture des portes ce matin, mais j’ai l’impression que ça va vite se remplir quand les combats se termineront vers 17:00 heures. Ça sent bon, le cuisinier, un ancien restaurateur allemand cuisine des plats de couscous et de poulet dans un racoin entre deux rideaux dans le fond de la tente, je le trouve pas mal ingénieux. Je me laisse gagner par les effluves et décide de manger maintenant mon premier véritable repas de la journée. 

À la tombée du jour, les marchands ferment leurs étals, les campements s’animent dans la préparation de repas, certains repartent au village pour trouver un restaurant ou tout simplement leur hôtel et les quelques endroits disponibles comme la grande tente de Saladin sont envahis pour nourrir les bouches affamées. Le temps se rafraîchie drastiquement à mesure que la nuit s’installe et si parfois quelques personnes font mine de festoyer, l’ambiance générale calme a tôt fait d’étouffer toute prétention aux débordements. Peut-être que ça brasse un peu plus dans le village, je l’ignore, mais pour ce premier soir de tournoi est tranquille, et je regagne tranquillement le chemin de ma chambre. Les escaliers ne sont pas bien éclairés et ce qui devait arriver arriva, évidemment, l’an dernier je m’étais péter le front, là je bêche magistralement. Mais une fois de plus, je garde ma dignité intacte, je suis seule, personne pour applaudir mon exploit. Me suis fait mal par exemple, je ne crois pas que c’est très sévère, je suis encore capable de marcher, mais tout de même…

Dans mon lit je réussis à parler un peu avec Ben via facebook, et lui raconte ma journée et ma débarque. Moi dans des escaliers taillées tout croche dans la terre derrière un château en Espagne, lui à écouter le hockey à Winnipeg avec la gang de collègues, il a beau ne pas suivre du tout le hockey, un moment donné, s’il veut casser la solitude aussi bien rejoindre les autres dans l’activité de la soirée. D’ailleurs il neige là-bas! Il a vu aussi avec le streaming qu’Étienne s’est qualifié et est soulagé de voir que tout semble se passer beaucoup mieux pour moi cette année, et qu’avec Janik à mes côtés je suis moins seule.

Le lendemain, on recommence notre p’tite routine et descendant les escaliers du château, je réalise qu’il ne subsiste pas trop de trace de ma mésaventure de la veille, tant mieux. Il semble y avoir deux fois plus de visiteurs aujourd’hui et je me dis que ça ne serait peut-être pas une mauvaise idée de venir jeter un coup d’œil ou deux à nos bagages au courant de la journée. Ils ne sont pas bien cachés, mais il est hors de question de descendre ma super méga grosse valise dans les escaliers de l’enfer pour la mettre dans la tente avec les armures de l’Ost. Je demanderai aussi à Janik d’y venir au moins une fois pour épargner quand même un peu mon pied et éviter de faire trop d’aller et retours.

Mais finalement un peu plus tard en début d’après-midi, lorsque je décide d’aller faire un petit tour de surveillance, y a tellement de monde que je décide de rester dans le coin et faire la navette entre la pièce qui servait de musée le jour et de chambre la nuit et le café dans le hall du château, elle aussi pleine de monde. Je finis par me trouver un coin et m’installe avec mon portable. J’ai de la chance j’attrape Benoit au lever du lit, il est d’ailleurs stressé, il a un gros examen super important, encore. Lui et ses collègues vivent énormément de stress, ils doivent être au-dessus de 90% à toutes leurs évaluation, qu’ils ont quasiment à tous les jours, sinon ils sont retournés aussitôt chez eux. On s’ennuie l’un de l’autre comme c’est pas permis, nous n’avons jamais été aussi longtemps séparés, ça fait un bon trois semaines qu’il est parti à Winnipeg et quand je reviendrai nous aurons encore une semaine à attendre avec impatience, ses quatre jours de congé. Et il repartira un autre quatre semaines pour revenir ensuite pour de bon, mon dieu qu’on trouve ça long, une chance qu’on a Internet.

Ce soir-là j’ai vraiment les blues et je ne suis pas d’humeur à me joindre aux autres, je ne serais pas d’une agréable compagnie, je fouille dans mon sac et trouve un sac de noix mélangées acheté plus tôt au kiosque de Jan Olivier. Je mangerai plus demain matin.

Ce matin, je suis plus d’humeur à voir du monde, nous ramassons notre stock et descendons à la tente directement, y a trop de monde dans le hall qui viennent d’entrer et qui s’agglutinent déjà au comptoir, on prendra notre café bien assis sur des coussins d’Orient profitant de la fraîcheur du matin. J’ai amené encore mes articles de toilette pour pouvoir retourner prendre une douche avant que les combats de cinq contre cinq commencent. Cette année nous avons autant d’équipes que l’an dernier avec Battle of the nations, une bonne moitié est enregistrée comme membre de l’IMCF et l’autre est en voie de le devenir, évidemment la Russie n’y est pas.

Janik est vraiment devenu le tavernier de l’événement, tout le monde le connaît et le salue, c’est qu’il a beaucoup d’entregent et comme il parle pas mal bien l’anglais en plus, il placote beaucoup avec sa clientèle. Mais à cette heure matinale, il ne sert pas vraiment de bière, il a donc un peu de temps libre il vient avec moi voir nos gars se préparer tranquillement, ils combattront dans environ deux heures, ça me laisse du temps pour aller prendre une douche. Après avoir pris la clé de Raphaël, je me dépêche, mais j’en profite tout de même pour ramasser au passage, des petits gâteaux question d’avaler un morceau.

Quand je reviens porter la clé près de deux heures plus tard, Janik est en train d’aider les gars à mettre une partie de leur armure, je m’exécute moi aussi. Andrew me dit que pour la présentation des équipes, c’est Janik qui portera le drapeau, normalement porté par un des combattants. Compte tenu de son intervention pour faire enlever le drapeau canadien, c’est très porteur de sens et lui en est bien fier…moi aussi. Je vais les suivre derrière, puis quand ils entreront dans la lice, j’irai m’installer quelque part autour pour tenter de prendre des bonnes photos, du cortège et des combats.

Un des organisateurs fait le tour des campements pour avertir les combattants de se tenir prêt à partir, puis au signal on marche dans le chemin avec les équipes voisines. La foule est très enthousiaste, beaucoup plus qu’elle ne l’avait été à Aigues-Mortes, y a du monde grimpé partout le long de la muraille à une vingtaine de mètre du sol. Ils occupent tout l’espace disponible pour ne rien manquer des événements, scandent des encouragements, levant haut leurs drapeaux, c’est grisant, et moi je ne me bats même pas, j’imagine comment nos gars ressentent toutes ces démonstrations. Arrivés à la hauteur de la rampe de la lice, les gars s’arrêtent et attendent qu’on nomme l’équipe du Québec pour entrer à leur tour, tandis que moi je pars à la recherche d’un bon spot. C’est difficile tellement y a du monde partout, et surtout dans les bons spots, mais mon costume est un laisser passer, et je réussis à me glisser entre quelques spectateurs souriants.

L’Ost entre et comme les autres équipes, fait le tour de la lice avant de s’immobiliser en rang avec les autres, Janik devant avec l’immense fleurdelisé, mon nouvel ami Xavier immortalisera superbement ce moment en une magnifique photo.  Quand les équipes ont été présentées, elles ressortent et celles qui doivent se battre bientôt viennent s’installer entre la lice et le bord de la muraille qui procure un peu d’ombre, les gars sont partis chercher le reste de leur équipement et viennent s’installer pour attendre leur tour.


Cet après-midi-là, ils ont vécu des émotions en dent de scie contre deux équipes très fortes, soit le Danemark et la Pologne, ils affronteront le Royaume-Unis le lendemain. Leur manque de temps à s’être entraîné les uns avec les autres jusqu’à maintenant, les handicape vis-à-vis des grosses équipes, qui ont plusieurs combattants de rechange habituées de travailler ensemble. Néanmoins, l’équipe s’est améliorée depuis l’an dernier, et elle s’en est bien sortie. Après les combats, il apparaît que cette année c’est l’année des Américains et des Polonais.


En soirée, je me promène avec Silvia entre la grosse tente au bar à bière si confortable et le campement français, l’atmosphère est un peu plus à la fête que les deux premiers soirs, mais il fait toujours aussi froid à mesure que la nuit s’installe. Je décide d’aller me chercher un vêtement plus chaud dans ma chambre, et quand j’arrive aux grilles, elles sont fermées et barrées, c’est curieux c’est la première fois cette semaine. Je hèle un employé qui attend là avec son walkie- talkie et tente de lui expliquer que je loge en haut, rien à faire, il ne parle qu’espagnol, mais quand il voit ma panique il appelle Cristian qui finit par arriver au bout d’une dizaine de minutes. Je lui rappelle que je dors là-haut, il me répond que non je ne dormirai pas là ce soir et que c’était juste pour le premier soir, ma panique s’amplifie. Je lui dis qu’il s’était arrangé avec Benoit, se rappelle-t-il? Oui mais il s’entête à ne pas me laisser rentrer et est assez expéditif même quand je lui demande au moins si je peux aller chercher mes bagages. Rien à faire! Je descends essayer de trouver Andrew, il est bilingue et c’est lui le capitaine de l’équipe cette année, et puis, nous l’avons pris sur nos billets, il peut bien m’aider. Je finis par le trouver ainsi que Janik et je leur déboule toute l’histoire, Andrew est furieux, pourtant ça avait été entendu que nous logions moi et Janik toute la semaine dans la tour du château. Ils remontent avec moi, en fait, Andrew avec son 6, 5 pieds gravit rapidement les escaliers et je cours derrière lui et l’on rappelle Cristian qui arrive le visage fermé, oh ça sera pas facile! Andrew s’entretient avec lui,  il ne veut rien savoir, mais il consent à nous laisser aller chercher nos affaires. Bon ok! Je demande à Andrew de rester avec moi au cas où nous rencontrions d’autres oppositions sur notre chemin jusqu’à notre chambre mais aussi parce que je sais que je serai incapable de descendre ma super grosse valise, dans ces foutus escaliers dans le noir, lieu infâme où j’ai bêché deux jours avant. Et nous redescendons en maugréant, car mon deuxième problème se présente bien assez tôt, où dormirons-nous maintenant? Il n’y a pas assez de place dans la tente d’armure et puis j’ai si froid, je capote!      
   
Tout de suite Jan Olivier m’offre le gîte dans leur immense tente, où les employés dorment. La nuit, ils ferment tous les panneaux et nous sortons les lits de camps, Janik s’obstine à aller dormir dans la tente d’armure, je pense qu’il veut de l’intimité. Durant la nuit, même dans la grosse tente fermée dans mon sleeping bag, je dois mettre des gros bas chauds et couvrir ma tête pour arriver à dormir. Je comprends maintenant pourquoi dans le passé les gens portaient des bonnets au lit, dans le temps où y avait pas d’électricité pour chauffer toute la nuit. Couvrir au moins le dessus de la tête permet de garder sa chaleur.



À l’aube, nous ne tardons pas à nous lever, car, ils servent le petit déjeuner, et y en a qui viennent tôt pour se restaurer. J’avale un café et vais voir comment Janik s’en est sorti, je suis fascinée de voir que malgré le froid et les panneaux de la tente, mal plantés dans le sol, flottant au vent, il dort comme un loir. Le matelas coincé au milieu d’une tonne d’acier, de sac de hockey et de gambisons humides, il ronfle à moitié couvert par son sac de couchage. Ça me dépasse complètement! Jamais vu quelqu’un dormir aussi dur, je peux bien avoir eu toujours de la misère à le sortir du lit pour aller à l’école. Je le laisse dormir, les gars le réveilleront quand ils arriveront de leur hôtel, s’il ne s’est pas réveillé avant ça. 

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