vendredi 2 décembre 2016

Aigues Mortes France 2013 (1e partie)

Printemps 2013
Nous commençons à regarder de quoi les vols ont l’air, parce que nous volons toujours en standby. Benoit ayant travaillé plus de 15 ans chez Air Canada a droit à des excellents escomptes sur ses billets d’avion, du moins ceux qui partent de Montréal. Ces rabais sont toutefois rattachés à des restrictions, comme par exemple, embarquer seulement s’il y a des places de disponibles, donc en prenant le risque de se rendre à l’aéroport, d’enregistrer ses bagages, passer la sécurité et attendre jusqu’à l’embarquement et peut-être devoir rebrousser chemin par manque de place. Y a toujours l’option d’attendre le prochain vol, mais certains ne volent qu’une fois par jour.  Quand nous voyageons sur ces billets, nous avons aussi un code vestimentaire à respecter, puisque nous représentons la compagnie et l’employé au comptoir peut « théoriquement » nous refuser l’accès si on porte jeans et espadrilles.
Évidemment, c’est un très gros avantage d’avoir nos billets à si bas prix pour l’aventure que nous nous apprêtons à vivre et ce pendant probablement plusieurs années, et si jusqu’à maintenant nous avons surtout vécu les avantages, le futur nous réservera peut-être des mésaventures.
Pour l’heure, Benoit surveille, à partir de l’intérieur du système, les places restantes et combien il y a d’employés ou d’ex employés qui attendent comme lui sur ce vol, combien de seniors passeront avant lui. On regarde aussi les vols en France pour nous rendre à Montpellier, l’aéroport le plus près d’Aigues-Mortes, car Air Canada ne vole pas directement là-bas, du moins pas à cette période de l’année. Pour ces billets, nous payons le plein prix et comme nous ne nageons pas sur l’or, on doit être stratégique.

Un matin, Benoit reçoit du nouveau à propos des emplois sur lesquels il a postulé, chez Postes Canada, et à la ville de Montréal comme col bleu. On lui dit qu’il devra passer une série de tests et pour ce qui est de Poste Canada, advenant qu’il passe les premiers tests, il devra effectuer une formation de trois semaines. Ça bouge et tout ça alors que nous devions partir dans les prochaines semaines en France, nous convenons la mort dans l’âme, que je partirai seule et je rejoindrai l’équipe du Québec sur place. Je me faisais un tel plaisir de partir avec lui, mais c’est très important que j’y aille, c’est un gros événement annuel qui concerne directement mon sujet d’étude, et l’occasion d’observer cette «communauté» ne se représentera que l’an prochain. Ben, lui, doit rester à Montréal pour ne pas perdre sa place et être disponible pour des tests ou des entrevues dès que ça se présente. Toutefois, nous envisageons qu’il vienne me rejoindre à Paris à mon retour et qu’on y passe deux jours en amoureux.
De mon côté, une documentaliste québécoise m’a communiqué pour m’informer qu’elle sera à Aigues-Mortes pour suivre l’Ost car elle prépare du contenu pour une nouvelle série à Historia qui portera sur le Québec et le Moyen âge. Elle a su par l’entremise de Serge, que j’envisageais de consacrer ma thèse de doctorat au béhourd, et me demande si je pourrai lui accorder une petite entrevue à propos de mes deux études qui portent toutes deux à leur façon sur le Moyen âge.  
Ma mère qui considère très important ce voyage, parce qu’il concerne mes études, m’avance un peu d’argent mais suffisamment pour assurer mon voyage, merci Mom!

Quelques semaines passent...

Je viens d’embarquer dans l’avion, je suis pas mal chanceuse, on m’a mis en classe affaire. Je vais pouvoir dormir et calmer un peu mes nerfs. Je texte un peu avec Benoit en attendant le départ, puis au décollage j’écris un peu mes réflexions dans un calepin jusqu’à ce que le souper soit servi et le dernier p’tit verre de vin finit par m’achever complètement, je plonge dans un court sommeil sans rêve.
À mon arrivée, c’est un peu la course folle, puisque je dois me rendre à l’aéroport d’Orly pour mon vol vers Montpellier, j’ai moins de quatre heures entre mon arrivée sur Charles de Gaules et le départ de mon autre vol. Pour faire exprès, la récupération des bagages me gruge un temps fou, les bagages prenant 30 minutes à arriver sur le tapis roulant. Je commence à stresser, je calcule mon temps, est-ce que je vais prendre une navette ou le métro, qu’est-ce qui est le plus rapide pour moi? Je finis par récupérer ma valise et me rue vers l’extérieur vers l’arrêt qu’on m’a désigné, le bus arrive et j’embarque rapidement en continuant de calculer mon temps. Comble de malheurs sur la route il y a un trafic monstre, partout des constructions et des réparations, finalement c’est international cette calamité! Nous prenons une grosse heure pour faire le trajet, je désespère! Faut encore que je me rende au comptoir pour enregistrer mes bagages, récupérer mon billet, passer la sécurité et il ne me reste pas une heure. J’ai l’air d’une poule pas de tête dans ma panique! Quand j’embarque, parce que oui j’ai réussi à embarquer, je pousse un ouf! Et ça se comprend, le personnel est beaucoup plus relax, la plupart des agents de bord sont visiblement du Sud, ça s’entend dans leur accent. Juste à les entendre parler, je descends d’un cran et je relaxe enfin, je sais que je serai ce soir au camping avec la gang de Québécois.
Quand je sors de l’avion, je finis tranquillement de décompresser, on fonctionne ici avec une autre vitesse qu’à Paris, les gens sont plus détendus, l’aéroport est plus petit, plus convivial. J’ai un numéro de taxi dans mes poches, ça vient de Christine, une québécoise immigrée à Aigues-Mortes, qui connait l’ami d’un des gars de l’équipe et qui travaille dans le camping où nous passerons notre séjour. Elle nous a aidé à préparer notre séjour depuis le Québec par Facebook et nous a fourni un numéro de téléphone d’un taxi qui viendrait nous chercher pour pas trop cher au besoin. Oui moi j’ai besoin!! J’essaie avec ma carte d’appel et …elle ne fonctionne pas, je n’ai que des euros en papier, bon je vais faire de la monnaie, mais au téléphone, moi et mon interlocuteur avons tant de mal à nous comprendre que je finis par raccrocher en me disant que je trouverai bien un chauffeur de taxi raisonnable sur place.
Je sors à l’extérieur et l’air méditerranéen me séduit tout de suite. Je trouve rapidement un gentil monsieur-taxi qui me fait la conversation tout au long du trajet quand il reconnait mon accent québécois. C’est drôle, j’avais toujours entendu dire que les Québécois sont mal perçus ailleurs, pourtant quand je voyage, surtout en Europe, je me rends compte que c’est tout le contraire. Faut dire que les commentaires concernaient des Québécois partis dans le sud en hiver. Est-ce que les Québécois sont trop sévères envers leurs semblables? Est-ce un type particulier de voyageur plus tapageur  qui manque de savoir vivre, on a tous connu quelqu’un qui aurait dû rester chez eux, tsé des Elvis Gratton? Néanmoins, j’observe que le Québécois moyen, quand il voyage, hors des «tout compris» ou des terrains de camping en Floride, se montre plutôt curieux de l’Autre et ouvert, ce qui le rend sympathique aux yeux de ceux qui le reçoivent.
Nous arrivons une vingtaine de minutes plus tard au terrain de camping, et le monsieur me remet sa carte en me disant que je peux le rappeler quand j’aurai besoin d’un taxi. Tout le monde est déjà là, Serge m’accueille et m’invite dans un des chalets et m’indique une des chambres pour déposer ma valise et me dit que ce sera la mienne. Je partagerai le chalet avec cinq combattants incluant lui-même et le chalet d’en face en accueillera trois plus la blonde de l’un d’eux qui a commencé tranquillement à s’entraîner au duel elle aussi au Québec. Après m’être un peu installée et mis mes robes médiévales sur des cintres, certains d’entre nous allons prendre une bière au p’tit bar du camping où quelques vacanciers s’attardent eux aussi. Christine vient nous rejoindre un peu plus tard et nous bavardons bien après le crépuscule, et quand je demande à Dan s’il peut envoyer un message à Benoit pour confirmer que je suis arrivée saine et sauve, Christine m’indique qu’il y a un ordinateur branché sur le Wi-fi dans le hall d’entrée du camping pendant les heures d’ouverture. Je me promets d’aller y faire un tour dès le lendemain matin. Je ne m’attarde pas trop tard au bar et je ne peux m’empêcher d’observer autour que finalement quand y a de l’alcool Elvis n’est jamais très loin…

Je me couche en espérant que Benoit puisse venir me rejoindre en France.

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