Printemps 2013
Nous commençons à regarder de
quoi les vols ont l’air, parce que nous volons toujours en standby. Benoit
ayant travaillé plus de 15 ans chez Air Canada a droit à des excellents
escomptes sur ses billets d’avion, du moins ceux qui partent de Montréal. Ces
rabais sont toutefois rattachés à des restrictions, comme par exemple, embarquer
seulement s’il y a des places de disponibles, donc en prenant le risque de se
rendre à l’aéroport, d’enregistrer ses bagages, passer la sécurité et attendre
jusqu’à l’embarquement et peut-être devoir rebrousser chemin par manque de
place. Y a toujours l’option d’attendre le prochain vol, mais certains ne
volent qu’une fois par jour. Quand nous
voyageons sur ces billets, nous avons aussi un code vestimentaire à respecter,
puisque nous représentons la compagnie et l’employé au comptoir peut «
théoriquement » nous refuser l’accès si on porte jeans et espadrilles.
Évidemment, c’est un très gros
avantage d’avoir nos billets à si bas prix pour l’aventure que nous nous
apprêtons à vivre et ce pendant probablement plusieurs années, et si jusqu’à
maintenant nous avons surtout vécu les avantages, le futur nous réservera
peut-être des mésaventures.
Pour l’heure, Benoit surveille, à
partir de l’intérieur du système, les places restantes et combien il y a
d’employés ou d’ex employés qui attendent comme lui sur ce vol, combien de seniors
passeront avant lui. On regarde aussi les vols en France pour nous rendre à
Montpellier, l’aéroport le plus près d’Aigues-Mortes, car Air Canada ne vole
pas directement là-bas, du moins pas à cette période de l’année. Pour ces
billets, nous payons le plein prix et comme nous ne nageons pas sur l’or, on
doit être stratégique.
Un matin, Benoit reçoit du
nouveau à propos des emplois sur lesquels il a postulé, chez Postes Canada, et
à la ville de Montréal comme col bleu. On lui dit qu’il devra passer une série
de tests et pour ce qui est de Poste Canada, advenant qu’il passe les premiers
tests, il devra effectuer une formation de trois semaines. Ça bouge et tout ça
alors que nous devions partir dans les prochaines semaines en France, nous
convenons la mort dans l’âme, que je partirai seule et je rejoindrai l’équipe
du Québec sur place. Je me faisais un tel plaisir de partir avec lui, mais
c’est très important que j’y aille, c’est un gros événement annuel qui concerne
directement mon sujet d’étude, et l’occasion d’observer cette «communauté» ne
se représentera que l’an prochain. Ben, lui, doit rester à Montréal pour ne pas
perdre sa place et être disponible pour des tests ou des entrevues dès que ça
se présente. Toutefois, nous envisageons qu’il vienne me rejoindre à Paris à
mon retour et qu’on y passe deux jours en amoureux.
De mon côté, une documentaliste
québécoise m’a communiqué pour m’informer qu’elle sera à Aigues-Mortes pour
suivre l’Ost car elle prépare du contenu pour une nouvelle série à Historia qui
portera sur le Québec et le Moyen âge. Elle a su par l’entremise de Serge, que
j’envisageais de consacrer ma thèse de doctorat au béhourd, et me demande si je
pourrai lui accorder une petite entrevue à propos de mes deux études qui
portent toutes deux à leur façon sur le Moyen âge.
Ma mère qui considère très
important ce voyage, parce qu’il concerne mes études, m’avance un peu d’argent mais
suffisamment pour assurer mon voyage, merci Mom!
Quelques semaines passent...
Je viens d’embarquer dans
l’avion, je suis pas mal chanceuse, on m’a mis en classe affaire. Je vais
pouvoir dormir et calmer un peu mes nerfs. Je texte un peu avec Benoit en
attendant le départ, puis au décollage j’écris un peu mes réflexions dans un
calepin jusqu’à ce que le souper soit servi et le dernier p’tit verre de vin
finit par m’achever complètement, je plonge dans un court sommeil sans rêve.
À mon arrivée, c’est un peu la
course folle, puisque je dois me rendre à l’aéroport d’Orly pour mon vol vers
Montpellier, j’ai moins de quatre heures entre mon arrivée sur Charles de
Gaules et le départ de mon autre vol. Pour faire exprès, la récupération des
bagages me gruge un temps fou, les bagages prenant 30 minutes à arriver sur le
tapis roulant. Je commence à stresser, je calcule mon temps, est-ce que je vais
prendre une navette ou le métro, qu’est-ce qui est le plus rapide pour moi? Je
finis par récupérer ma valise et me rue vers l’extérieur vers l’arrêt qu’on m’a
désigné, le bus arrive et j’embarque rapidement en continuant de calculer mon
temps. Comble de malheurs sur la route il y a un trafic monstre, partout des
constructions et des réparations, finalement c’est international cette
calamité! Nous prenons une grosse heure pour faire le trajet, je désespère!
Faut encore que je me rende au comptoir pour enregistrer mes bagages, récupérer
mon billet, passer la sécurité et il ne me reste pas une heure. J’ai l’air
d’une poule pas de tête dans ma panique! Quand j’embarque, parce que oui j’ai
réussi à embarquer, je pousse un ouf! Et ça se comprend, le personnel est
beaucoup plus relax, la plupart des agents de bord sont visiblement du Sud, ça
s’entend dans leur accent. Juste à les entendre parler, je descends d’un cran
et je relaxe enfin, je sais que je serai ce soir au camping avec la gang de
Québécois.
Quand je sors de l’avion, je
finis tranquillement de décompresser, on fonctionne ici avec une autre vitesse
qu’à Paris, les gens sont plus détendus, l’aéroport est plus petit, plus convivial.
J’ai un numéro de taxi dans mes poches, ça vient de Christine, une québécoise
immigrée à Aigues-Mortes, qui connait l’ami d’un des gars de l’équipe et qui
travaille dans le camping où nous passerons notre séjour. Elle nous a aidé à
préparer notre séjour depuis le Québec par Facebook et nous a fourni un numéro
de téléphone d’un taxi qui viendrait nous chercher pour pas trop cher au
besoin. Oui moi j’ai besoin!! J’essaie avec ma carte d’appel et …elle ne
fonctionne pas, je n’ai que des euros en papier, bon je vais faire de la
monnaie, mais au téléphone, moi et mon interlocuteur avons tant de mal à nous
comprendre que je finis par raccrocher en me disant que je trouverai bien un
chauffeur de taxi raisonnable sur place.
Je sors à l’extérieur et l’air méditerranéen
me séduit tout de suite. Je trouve rapidement un gentil monsieur-taxi qui me
fait la conversation tout au long du trajet quand il reconnait mon accent
québécois. C’est drôle, j’avais toujours entendu dire que les Québécois sont
mal perçus ailleurs, pourtant quand je voyage, surtout en Europe, je me rends
compte que c’est tout le contraire. Faut dire que les commentaires concernaient
des Québécois partis dans le sud en hiver. Est-ce que les Québécois sont trop
sévères envers leurs semblables? Est-ce un type particulier de voyageur plus
tapageur qui manque de savoir vivre, on
a tous connu quelqu’un qui aurait dû rester chez eux, tsé des Elvis Gratton?
Néanmoins, j’observe que le Québécois moyen, quand il voyage, hors des «tout
compris» ou des terrains de camping en Floride, se montre plutôt curieux de
l’Autre et ouvert, ce qui le rend sympathique aux yeux de ceux qui le
reçoivent.
Nous arrivons une vingtaine de
minutes plus tard au terrain de camping, et le monsieur me remet sa carte en me
disant que je peux le rappeler quand j’aurai besoin d’un taxi. Tout le monde
est déjà là, Serge m’accueille et m’invite dans un des chalets et m’indique une
des chambres pour déposer ma valise et me dit que ce sera la mienne. Je
partagerai le chalet avec cinq combattants incluant lui-même et le chalet d’en
face en accueillera trois plus la blonde de l’un d’eux qui a commencé
tranquillement à s’entraîner au duel elle aussi au Québec. Après m’être un peu
installée et mis mes robes médiévales sur des cintres, certains d’entre nous
allons prendre une bière au p’tit bar du camping où quelques vacanciers
s’attardent eux aussi. Christine vient nous rejoindre un peu plus tard et nous
bavardons bien après le crépuscule, et quand je demande à Dan s’il peut envoyer
un message à Benoit pour confirmer que je suis arrivée saine et sauve,
Christine m’indique qu’il y a un ordinateur branché sur le Wi-fi dans le hall
d’entrée du camping pendant les heures d’ouverture. Je me promets d’aller y
faire un tour dès le lendemain matin. Je ne m’attarde pas trop tard au bar et
je ne peux m’empêcher d’observer autour que finalement quand y a de l’alcool
Elvis n’est jamais très loin…
Je me couche en espérant que
Benoit puisse venir me rejoindre en France.

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