Ça fait six mois que suis
revenue, et nous avons commencé à équiper Benoit pour qu’il puisse vraiment
faire du combat et ainsi partir au prochain tournoi international qui aura lieu
à Belmonte en Espagne.
Benoit a suivi de près les
actualités car les choses évoluent beaucoup. Comme nous l’avons pressenti, plusieurs
équipes ont décidé de quitter le tournoi Battle of the nations pour créer une
fédération où chaque pays sera représenté et pourront voter sur toutes les
décisions, contrairement à l’autre organisation qui ‘’appartient’’ à un riche
promoteur russe et dont les issues des tournois sont pas mal décidées d’avance.
L’équipe américaine et l’équipe québécoise quittent définitivement pour se
consacrer uniquement à l’IMCF (International Medieval Combat Federation) et avec
eux, plusieurs autres groupes très en colère suivent aussi, l’Allemagne, la
France, l’Angleterre, l’Espagne, etc. Et si certaines équipes hésitent à
quitter définitivement, plusieurs se lancent corps et âme dans la nouvelle
fédération parce que celle-ci répond enfin à leurs attentes.
Serge nous a annoncé qu’il doit
se retirer pour se consacrer davantage à sa famille, il ne peut donc pas
participer à la première assemblée générale de l’IMCF en tant que capitaine et
représentant du Québec, qui d’ailleurs va poser ses bases et se créer à ce
moment-là. L’Assemblée générale aura lieu à l’endroit où se produira le tournoi
au printemps suivant. Il est impératif que le Québec soit représenté là-bas, à
Belmonte, pour s’assurer une place en tant que nation fondatrice de la fédération.
Il doit par la suite participer aux discussions et voter, ce qui nécessitera sa
présence sur place. Il y a quelques jours, la FQCM (Fédération québécoise du
combat médiéval) devait nommer celui qui représenterait le Québec, et Serge qui
avait voix au chapitre et conscient que Benoit serait le candidat idéal, a poussé
très fort dans cette direction. Tout d’abord, d’un point de vue financier
puisque Benoit peut faire bénéficier d’un excellent rabais à la FQCM en
voyageant avec ses billets d’avion, il peut même embarquer avec lui, le second
capitaine, Andrew. Disons que la nomination de Benoit devient ainsi, assez
difficilement discutable. Mais pour Serge, c’est aussi beaucoup parce qu’il a
confiance que Benoit défendra la cause du Québec en tant que nation et surtout,
il sait que ce dernier a les compétences pour le faire.
Depuis mon retour, j’ai pu suivre
le jeu politique qui se dessine et assister à la naissance de la fédération en
observant Benoit qui de son côté échange quotidiennement sur les différents
sites de discussions, autant au Québec, avec la FQCM, qu’à l’International, il
connait à peu près tous les dossiers. C’est clair que Benoit est le candidat idéal,
puisqu’en plus d’être un habile politicien, d’être parfaitement bilingue et de
savoir faire preuve de diplomatie, il arrive à comprendre des différentes
perceptions européennes et américaines qui parfois s’opposent. C’est une
faculté, qui à mon avis est très québécoise, n’étant ni complètement un ni
complètement l’autre mais en même temps issu d’un mélange, européen et
amérindien, et d’une proximité américaine, qui nous donne une perspective plus
complète et qui fait qu’on arrive à s’entendre avec tout le monde.
La décision n’a pas été très
difficile à prendre et même si ça n’enchante pas tout le monde, Benoit a tous
les arguments de son bord. Il part donc le jeudi 5 décembre avec Andrew pour
Paris avec les billets de Benoit (ses rabais ne fonctionnent que sur les vols
directs d’Air Canada), puis sur des vols réguliers le samedi matin soir en
partance pour Belmonte. Leur retour est prévu pour le lundi le 9 décembre, un
voyage rapide, épuisant mais ô combien important.
Depuis le début du mois
d’octobre, Benoit a démarré une compagnie de nettoyage industriel avec mon
frère, il se retrouve donc en terrain connu, pour en avoir fait son métier sur
le tas (il n’y avait pas de diplôme pour ce métier) pendant ses 17 années de
service chez Air Canada. Les choses vont bien, et il se retrouve à diriger une
petite équipe d’une dizaine de nettoyeurs avec en main, un contrat au nom de
mon frère pour travailler sur les chantiers du CUSM. Enfin, les choses semblent
se placer et il est en mesure de toucher un très bon salaire.
Moi j’ai commencé ma première
session de doctorat en septembre et j’ai travaillé d’arrache-pied, je n’ai
jamais été aussi loin de ma zone de confort d’un point de vue académique que la
fois où j’ai eu mes derniers cours de maths au secondaire. Les cours à la
maîtrise ou au doctorat sont donnés sous forme de séminaire par groupe de 12-15
personnes. Généralement on y discute beaucoup, évidemment ce sont des
discussions documentées, dirigées, et où chacun(e) est invité à prendre la parole.
Celui que je suis en train d’achever, m’a donné des sueurs froides :
Chaque semaine, je devais écrire un compte-rendu d’une page ou deux qui
résumait les trois textes que j’avais lu dans la semaine, sauf que…sur 39
textes variant de 20 à 50 pages que je me suis farcis durant ma session, 33
étaient en anglais. Pas que j’en étais incapable, mais je l’admets, des textes scientifiques
très pointus dans la langue de Shakespeare sur l’ethnologie (anthropologie
culturelle), la linguistique, l’archéologie et l’anthropologie biologique, les
quatre disciplines qui composent le corpus d’anthropologie, j’en avais pas lu tant
que ça, puisque c’est en histoire que j’avais fait mon BAC. J’ai galéré!!!!!
J’ai demandé aussi beaucoup d’aide à mon chum bilingue pour m’aider à
comprendre. Ça a été une vraie torture, et s’il m’est arrivé souvent de me dire
que ce séminaire était passablement inutile pour mes recherches, je dois admettre
qu’avec du recul il m’a beaucoup apporté. J’ai pratiqué considérablement, et je
pèse mes mots, ma lecture en anglais et
j’ai dû apprendre à être plus concise dans mes idées. Néanmoins, je ne suis pas
déçue que cette session se termine enfin! J’espérais que la prochaine sera plus
appropriée pour moi, mais au fond, je ne suis pas encore sur une piste claire
en ce qui concerne mon sujet, donc qu’est-ce qui serait le plus approprié?
Concrètement je suis aussi les
actualités avec curiosité, ce qui se passe dans le monde du combat médiéval,
j’ai commencé à fabriquer des pièces de gambison en plus de mes contrats de
couture de costume pour Bicolline et de vêtements historiques pour les
combattant(e)s ainsi que ceux et celles qui les accompagnaient. Je dois faire
de la recherche, pour m’assurer de respecter l’historicité du vêtement, ce qui
veut dire, un tissu et modèle approprié pour le 14e et 15e. siècle.
Pour les pièces gambisonnées, on
doit s’assurer qu’elles soient bien confortables et qu’elles protégent bien le
combattant, de son armure. J’ai fait un prototype de jambière pour Béné qui en
a besoin rapidement puisqu’elle a maintenant une armure et qu’elle s’entraîne
régulièrement.
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