mardi 27 décembre 2016

Automne 2014


Ça faisait deux mois que j’étais de retour et la malchance s’acharnait sur Benoit. En effet, après avoir brillamment réussi tous ses examens et être revenu à Montréal pour finaliser sa formation, il s’est trouvé au sein d’un conflit entre la direction du CN à Montréal et à Winnipeg. Le conflit concernait les formateurs à Montréal mécontents que le volet théorique se fasse à Winnipeg et non à Montréal. Alors les formateurs à Montréal se sont arrangés pour discréditer et faire échouer plusieurs des finissants de Winnipeg dont Benoit, et ainsi pouvoir prouver que la formation théorique à Winnipeg était inadéquate. Comme le formateur de Benoit à Montréal était aussi le chef du syndicat, il était condamné d’avance. Il se retrouve une fois de plus sans emploi. Complètement déprimé et la valorisation personnelle à moins 10, il accepte l’offre d’un ami qui travaillait comme conseiller financier chez Manuvie. Il fait une super formation intensive durant l’été et commence à l’automne, un emploi payé uniquement à commission sans aucun salaire. Mais certains de ses collègues lui font miroiter un avenir prometteur où il croulera sous l’argent. Tsé un moment donné l’espoir fait vivre. Mes contrats avancent mais pas suffisamment, j’envoie mon CV, comme à chaque année dans tous les cégeps et cette fois-ci je ne me limite pas à Montréal, Laval et Longueuil. J’élargie mon cercle en me disant qu’au pire, je me trouverai une chambre pas loin ou je voyagerai en autobus. J’ai aussi mon emploi d’auxiliaire d’enseignement à l’université qui me permet de toucher un tout petit salaire, celui-ci consiste à faire de la surveillance et de la correction d’examens pour mon directeur.  

On est tellement sûrs que ce n’est qu’une question de semaine avant que je ne trouve quelques contrats d’enseignement plus réguliers et que Benoit commence à faire des très gros salaires…on vit en suspension, en attente. Tous ses collègues au bureau sont étonnés, et le trouve vraiment bon «espoir», mais les gros contrats lui échappent…«désespoir». Comme notre loyer est excessivement cher, on se retrouve rapidement dans un gouffre financier, et même avec toute la volonté du monde, nous sommes conscients que nous ne pourrons pas nous en sortir. Benoit en parle à ses parents qui nous proposent de nous prêter leur condo à Ste-Adèle puisqu’eux-mêmes partent chaque année pour le Mexique pendant six mois. Et comme ils partent justement le mois prochain, pourquoi ne pas nous arranger avec notre propriétaire et casser notre bail, déjà qu’on vient de se rendre compte qu’il y a des souris et anyway on ne peut plus vraiment le payer. Ce qui se règle en moins de deux, lui-même a tenté à quelques occasions de nous inciter à partir, par exemple après l’incendie, pour rénover et donner l’appart à son fils. Donc il est très heureux et nous dit que nous n’avons pas besoin de payer le dernier loyer…si nous quittons dans deux semaines. Et c’est pourquoi nous sommes actuellement logés à Ste-Adèle avec une partie de nos affaires, les plus importantes, nos meubles vendus et du stock dans le sous-sol d’une amie.

Bien sûr, partir de Montréal est un déchirement pour nous, tout notre monde est là particulièrement mes grands enfants et nous y vivions depuis 17 ans, mais on se console, on va se remettre sur pied financièrement, Benoit peut travailler à partir de la maison, moi je peux continuer mes contrats et Angus pourra se balader en montagne. Le condo est aussi très confortable et nous ne remercierons jamais assez mes beaux-parents pour cet incroyable filet de sureté tendu pour nous rattraper. Mais comme un foutu malheur n’arrive jamais seul, deux semaines après qu’ils furent partis, Angus notre chien que l’on chérissait depuis neuf ans, qui était d’une certaine façon notre troisième enfant est subitement tombé malade, les reins, et après le diagnostic catastrophique nous avons dû nous résigner à le faire euthanasier la mort dans l’âme. Aujourd’hui je comprends cette expression parce que c’est vraiment une partie de mon âme qui est partie avec lui. Je n’ai jamais pleuré autant et pourtant Dieu seul sait à quel point j’ai versé des larmes dans ma vie. Moi et Benoit sommes profondément affectés, c’est le clou final, tout notre espoir tient dans la solidité de notre couple qu’on protège comme le plus grand trésor au monde. Chaque jour on s’accroche, on se dit qu’un moment donné le soleil brillera de notre bord mais par chance, nous avons la famille et les ami(e)s qui ne sont jamais loin. Dans notre malheur, des personnes se révèlent être de véritables anges gardiens, qui tiennent notre fardeau un moment, le temps de reprendre notre souffle. Heureusement, ayant eu un restaurant y a plusieurs années, et monoparentale aux études pendant quelques années, j’ai appris à cuisiner vraiment bon, santé et pas cher, donc je fais des miracles avec notre peu d’argent et le congélateur rempli par mes beaux-parents avant de partir. En ajoutant l’essence qu’on sauve en restant à la maison, c’est à peu près l’équivalent d’un salaire.


Dans quelques semaines, Benoit devra se rendre à l’Assemblée générale de l’IMCF à Malbork en Pologne en tant que représentant de la FQCM, ça changera le mal de place comme on dit. Il sera accompagné encore une fois du nouveau capitaine Andrew. Comme l’an dernier la FQCM fait de grosses économies, le prix des billets (de Benoit) pour Gdansk, plus la location d’une voiture pour les amener à Malbork, plus leur chambre d’hôtel, plus leur repas, coûte à peu près le prix d’un seul billet d’avion au prix régulier. Le prochain tournoi aura donc lieu là-bas, au printemps 2015 et il est hors de question que nous le manquions. C’est notre dernière particule de rêve et on s’y accroche très fort, le prix de nos billets nous permet d’y croire facilement. On nous a dit que le coût de la vie n’y est vraiment pas élevé, donc se loger et manger ne devrait pas coûter plus cher que ce qu’on paie déjà ici. Benoit peut se battre, il a quelques pièces empruntées de combattants qui ont un peu lâché le sport, déjà on va voir ce que ça donne comme équipement lors du prochain tournoi hivernal en février. Et même si la FQCM organise des qualifications pour décider qui se battra pour l’Ost au tournoi mondial, nous sommes bien conscients qu’un trop petit nombre de combattants prêts à faire le tournoi rend caduques ces qualifications, au fond, ceux qui iront sont ceux qui voudront ET pourront faire le voyage. 

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