Lundi 28 avril, nous attendons
moi, Janik et Andrew à l’aéroport en espérant qu’on embarquera sans difficulté,
le vol est pas mal plein. Moi et Janik avons pris chacun une grosse valise et
comme nous avons droit à deux valises de 23 kilos, nous prenons une partie des
bagages d’Andrew avec nous, qui lui en a beaucoup à cause de son armure et
parce qu’Andrew en amène toujours trop. Moi et Janik apportons chacun un
matelas pneumatique puisqu’il est entendu que nous dormirons tous les deux au
château. Lorsque Benoit était allé à l’assemblée générale en décembre dernier,
le comte, propriétaire du château avait offert de laisser une pièce disponible
pour ceux qui n’auraient pas de chambre à l’hôtel ou de campement médiéval.
Benoit l’avait contacté pour lui signifier que son épouse (chercheure sur le
béhourd) et son beau-fils y dormiraient. L’Ost s’était pris des chambres à
l’hôtel.
On nous appelle finalement et heureusement on embarque!
Le vol se passe plutôt bien et
nous arrivons à Charles de Gaules en matinée, nous disposons d’un peu plus de
temps entre nos deux vols que j’en avais l’année dernière puisque cette fois-ci
notre vol pour Madrid est à partir de Charles de Gaules mais tout de même, nous
nous dépêchons, justement pour éviter les emmerdes de dernières minutes. Comme
par exemple, se rendre compte que la distance à parcourir entre les deux
terminaux est très grande ou qu’Andrew pourrait oublier l’un de ses bagages et
s’en rendre compte, une fois que Janik a passé le tourniquet «one way», que moi
je sois en train de les passer et que lui-même suis derrière moi. Donc nous
voilà à attendre aux tourniquets qu’Andrew retourne 20 minutes de courses
derrière pour récupérer son bagage. Nous finissons par prendre ce deuxième
avion quand même à la dernière minute.
À notre arrivée à Madrid,
l’aéroport nous apparaît vide et sans vie, j’ignore si c’est toujours comme ça,
mais le contraste avec l’aéroport que nous venons de quitter est spectaculaire.
Il y a peu de gens et peu d’employés, et le fait que nous débarquons dans une
section où il n’y a pas de fenêtre c’est un peu oppressant. Nous constatons
qu’il manque un bagage, le plus gros, l’armure d’Andrew! Nous tentons
désespérément de parler à l’un des rares agents, personne au comptoir ne parle
ni français et ni anglais, mais par-dessus tout, ils semblent refuser de le
faire, soit on leur parle espagnol, soit on sèche. Vraiment? C’est pas un peu
bête de jouer la carte nationaliste dans un aéroport?
Nous devons prendre la navette
fournie par l’IMCF qui sera là dans quelques heures, mais on ignore où on doit
la prendre. Et nous devons absolument récupérer l’armure, essentielle pour le
tournoi. Nous finissons à force d’insister, par faire comprendre que notre
bagage a été perdu, par LEUR compagnie aérienne et leur laissons l’adresse du
lieu où nous serons à partir de demain, pour qu’ils puissent la livrer, on
l’espère, à temps. Nous partons ensuite manger un McDo après qu’Andrew ait
communiqué avec le capitaine de l’équipe espagnole pour savoir l’heure et
l’endroit du départ de la navette. Le restaurant est super modernisé et chic
pour un McDo et quand je mange ma salade, j’oublie presque que je suis dans un
fast food. Nous nous attablons avec un groupe de combattants allemands
qu’Andrew connait et qui attendent eux aussi la navette. La quantité de verres
de bière vides accentue la convivialité entre nous, eh oui, il y a de la bière
au menu chez McDo (comme en Belgique d’ailleurs). Nous restons là jusqu’à
l’arrivée de la navette, autant parce que nous n’avons rien d’autre à faire,
parce que leur compagnie est fort agréable et qu’en plus, on s’assure de ne pas
manquer la navette, puisque nous la prenons tous ensemble. Andrew en est à sa
quatrième année de participation au tournoi international, et même si les trois
premières l’étaient dans le cadre de Battle of the nations et que cette année
c’est avec la nouvelle fédération, c’est tout de même le même monde qui y
participe, et donc il connaît beaucoup de combattants.
C’est un super gros autobus de
luxe qui vient nous chercher, nous avons une heure et demie de route devant
nous jusqu’à Belmonte. Il se remplit en quelques minutes et pendant que je
m’installe épuisée à côté de Janik, j’entends les discussions qui font bon
train, principalement en anglais mais qui trahissent la présence d’Allemands,
d’Écossais et d’Irlandais. J’aimerais bien admirer le paysage mais il fait noir
et nous ne voyons pas grand-chose, je m’endors épuisée, mais me réveille juste
à temps pour notre entrée dans le village où on peut voir le château tout
illuminé surplombant Belmonte. Magnifique! L’autobus circule dans les petites
rues du village et fait figure de contraste en gros intrus roulant ainsi en pleine
nuit dans ce village rustique et paisible.
Cristian, le capitaine espagnol,
nous accueille dans le stationnement, c’est lui qui gère un peu pas mal le
tournoi et qui fait le pont entre le propriétaire du château, le château en
tant que tel et la gestion du tournoi. Il nous attend pour nous montrer où
déposer notre stock pour dormir et en profite au passage pour nous faire faire
une courte visite des lieux. Nous devons être silencieux car, il y a déjà des
combattants d’installés qui dorment dans la salle où nous dormirons toute la
semaine. Nous soufflons nos matelas dans le noir à la lueur du clair de lune
qui éclaire partiellement notre chambre et je demande les coordonnées pour le
wi-fi pour que je puisse communiquer avec Benoit et lui dire que nous sommes
arrivés. La connexion est faible mais j’ai le temps de faire un p’tit coucou à
mon amoureux qui est à Winnipeg en train de souper, quand je me couche, Janik
ronfle déjà. Andrew est parti rejoindre les gars de l’Ost à leur hôtel.
Au petit matin, on se fait
réveiller par le bruit environnant et par les déplacements de matériaux dans la
chambre, d’abord nous constatons que les autres dormeurs sont partis avec leurs
bagages et apparemment y a un artiste sculpteur qui semble installer ses œuvres
au milieu de la pièce. On tente une communication, il baragouine difficilement
quelques mots en anglais, mais on comprend qu’il y aura une exposition dans
cette pièce, de ses œuvres. Et cette exposition s’insère dans l’événement
médiéval qui commence aujourd’hui la veille du tournoi, il y aura donc des
visites du château. Et ça commence dans quelques heures. Ah!
Bon…Okayyy
Nous trouvons rapidement les
toilettes, de superbes toilettes publiques mais évidemment pas de douche. Bah
j’irai voir plus tard en bas sur le terrain. Et nous paquetons notre stock que
nous empilons derrière des paquets de chaises rangées sur le long du mur du
fond. Personne ne nous a averti pour ces visites et ignorons où nous devons
laisser nos bagages pendant les heures d’ouverture. Afin d’éviter d’avoir à
revenir fouiller dans mes affaires, j’essaie d’être prévoyante, je ramasse crème
solaire, portefeuille, passeport, bouteille d’eau, cellulaire, calepin et
crayons. J’apporte aussi en bandoulière mes articles de toilette, des vêtements
de rechange et une serviette au cas où je prendrais ma douche quelque part. Je
cherche mon maquillage, trouve pas, perdu probablement dans les toilettes de
l’aéroport de Madrid, merde! C’est hors de question que je passe ma semaine nue
visage, là-dessus c’est non négociable, sans mon crayon, mascara et rouge à
lèvre, y doit bien y avoir un endroit où s’en procurer au village.
Je descends sur le terrain où les
tentes se dressent et les étals s’animent tranquillement, je trouve rapidement
Janik qui discute avec les Allemands rencontrés au McDo la veille, ceux-ci
travailleront comme serveur, cuisiner et barman sous la tente de Saladin, lieu
de détente et de restauration tenue par Jan Olivier, un habitué des foires
médiévales. Ce dernier est marocain d’origine, a vécu en France et demeure
depuis plusieurs années en Allemagne. Quand il me parle en français, j’ai l’impression
d’entendre le Germain dans «Les douze travaux d’Astérix». Et jouxtant sa tente,
il tient aussi un kiosque de noix et fruits séchés en vrac. Il est super bien
organisé mais quand Janik lui propose de travailler pour lui en échange du
couvert et de la bière, il est enchanté. Pour lui, ça ne sera pas vraiment difficile,
il travaille déjà dans un restaurant, il aime les gens et parle mieux anglais
que les autres employés avec qui il se lie rapidement d’amitié. Toutefois, il spécifie
qu’il veut pouvoir se promener à sa guise sans obligation et venir aider les
gars de l’Ost en tant qu’écuyer au besoin.
Je repère le marchand polonais qui
vend ses fameux chapeaux de paille, si populaires l’an dernier et probablement
le seront aussi cette année sous le soleil d’Espagne. À 25 euros je les trouve
un peu dispendieux pour mon budget qui est pas mal serré, je décide d’attendre
un peu. Je vois que mon fils erre ici et là et lui propose une visite au
village, pour acheter des trucs à grignoter et parce que je veux trouver un
magasin où je peux m’acheter un mascara et un rouge à lèvre. On passe par une
petite ruelle qui débouche sur une grande place, c’est assez désert, ça me
rappelle les films western où personne ne traîne dans les rues et où le soleil
plombe, éblouissant les murs pastels des maisons aux rideaux tirés, un peu plus
et y auraient des «tumbleweeds». En cherchant une épicerie, et tout en
déambulant dans les rues, nous remarquons qu’il y a des rameaux tressés ici et
là aux grillages ou aux volets de certaines fenêtres, je suis curieuse,
peut-être est-ce un rituel catholique en rapport avec les fêtes de Pâques
récentes? Aussi, de temps à autre, il y
a une bouteille d’eau placée sur le pas de la porte, j’avoue que ça m’intrigue
aussi, mais personne pour répondre à mes questions, car il n’y a personne dans
les rues et de toute façon arriverions nous à nous comprendre?
Mais…la motivation à vouloir se
faire comprendre peut parfois nous faire soulever des montagnes ou trouver un
magasin où se vendent des cosmétiques. Faut pas avoir peur du ridicule, je me
le répétais alors que je franchissais la porte d’une petite épicerie que nous
venions de découvrir par hasard au tournant d’une rue. On fait rapidement le
tour pour repérer ce qui est disponible à manger, et après avoir payé nos
saucissons, fromage et jus, je vais voir les dames qui travaillent un peu plus
loin et comme je le redoutais elles ne parlent qu’espagnol, donc je «mime»
l’action de se maquiller, elles font «ahhhhh si!» le reste je comprends pas,
mais l’une d’elle me fait un petit dessin des rues autour et m’encourage à
aller là-bas. Je vais retrouver mon fils, découragé, qui était sorti aussitôt
mes prouesses communicatives entamées, refusant d’être mêlé en quoi que ce soit
à ces histoires de femmes. Je lui montre mon schéma et on essaie tous les deux
de le comprendre, quand on finit par arriver devant la vitrine du magasin qui
ressemble à une petite boutique démodée depuis 25 ans, on se retrouve devant
une porte barrée. Et là on allume, bien sûr ce doit être la siesta! C’est
pourquoi n’y a personne dans les rues! Y a juste des épais comme nous, des gens
qui viennent du nord pour se promener et faire leurs petites affaires en plein
cœur de l’après-midi en plein soleil.
Bon j’ai aucune idée du temps que
peut prendre ce répit quotidien, nous rebroussons chemin penaud, moi de devoir
attendre pour faire mes achats, Janik parce qu’il redoute que je l’entraîne une
seconde dans mes aventures plus tard. Nous tombons sur un petit resto bar qui
semble ouvert avec une terrasse, nous avons faim! À l’intérieur, un monsieur
d’une soixantaine d’années semble pris un peu au dépourvu quand nous lui signifions
que nous voulons manger, mais il nous fait comprendre qu’il peut nous
accommoder, et nous présente un menu minuscule, sur lequel on reconnait «burgers»,
on saute là-dessus. Il se glisse derrière dans ce qui semble une minuscule
cuisine de maison. Dans le bar, un comptoir où peuvent tenir trois ou quatre
tabourets, une télé au mur et quelques décorations un peu défraîchies. Et
évidemment aucun client, sont tous partis faire la siesta. Nous nous installons
à une table sur la terrasse et bientôt viennent s’attabler d’autres gens qui ne
font pas la siesta, des combattants américains, on se reconnait rapidement
entre étrangers en ce pays, c’est ainsi que nous finissons par manger ensemble.
Le pôvre petit monsieur, nos burgers dans une assiette, est vite débordé avec
ces nouveaux clients supplémentaires.
De retour sur le terrain du
tournoi, je retrouve les gars de l’Ost, occupés à déposer leurs armures dans la tente
installée sur le campement de l’équipe autrichienne, qui a l’air plus ou moins
emballée de notre présence pas assez décorum et historique à son goût, mais
par chance nous avons comme voisin aussi, l’équipe japonaise absolument
sympathique et qui comme nous, consciente des complications à l'idée de traverser un
océan avec son campement historique dans ses bagages.
Beaucoup de recréateurs* européens ont du mal à saisir cela. L’équipe du Québec
est très différente cette année, Andrew est le seul qui était là aussi l’an
dernier. Raphaël en est à sa deuxième participation, étant allé au tournoi en Ukraine trois ans auparavant, Régis et Étienne viennent pour la première fois
mais font du béhourd depuis quelques années et font aussi de la reconstitution
historique et deux nouveaux depuis quelques mois, Yan et Nicolas. Cette année,
l’équipe est très réduite, comparée à celle de l’an dernier mais la dynamique
est très différente. Je pense aussi, que ça s’explique par le fait que
contrairement à l’an dernier, l’événement est abordé différemment, c’est-à-dire
comme un gros tournoi sportif important où l’on a la chance de voyager et de
fêter le dimanche quand l’événement prend fin et non pas en touriste où tous
les soirs sont occasion de fêter; un séjour entrecoupé de combats comme ceux
qu’on fait dans les grandeurs nature… pour jouer. Et c’est à mon avis
précisément parce que l’an dernier nous avions une majorité de joueurs dans
l’équipe que ça s’est déroulé ainsi. Cette année nous n’en avons qu’un seul et
encore ce n’en n’est pas un très assidu. Faut dire aussi que les histoires de
l’an dernier ont fait le tour à notre retour d’Aigues-Mortes, et que certains combattants plus sérieux, restés au Québec avaient goûté à cette sauce les deux années
d’avant et connaissaient le «pattern», ce n’était donc pas une nouvelle
inédite. L’équipe formée cette année consciente de tout cela est déterminée à
changer la donne.
Bonne nouvelle, Andrew a reçu son
armure, fiouuu!
Régis m’offre d’utiliser sa
connexion wi-fi qui est excellente à leur hôtel et Raphaël sa douche si jamais
j’ai besoin, et comme j’ai pu voir sur le terrain que le bâtiment servant de
douches est conçu pour une gang de gars, des douches communes, bye bye
l’intimité! Je le remercie du fond du cœur.
Le soir commence à s’installer et
moi je suis trop fatiguée pour aller me doucher au village, de plus j’ai un mal
de tête lancinant, une petite insolation inévitable. Peut-être qu’une sieste me
remettra sur pieds, je me laverai après, faut-il déjà que je monte ces satanés
escaliers qui n’en finissent pas de monter en pente raide. J’ai aussi entendu
dire que les Américains célèbrent un mariage le soir même à leur campement et
qu’ils invitent tout le monde, j’avoue que je suis tentée par l’idée d’aller y
faire un tour, on verra bien. Dans notre tour, les visites sont terminées et
j’entre discrètement, tire mon matelas de derrière les chaises, m’étends et
réussis à envoyer quelques bisous à Benoit malgré la connexion merdique.
Je ne me réveille pas avant le
lendemain matin.

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