Le jour se lève sur une journée pleine de promesses, nous
sommes optimistes pour les combats d’aujourd’hui, nous le sommes un peu moins
sur le déjeuner qui nous attend dans la salle à diner. Néanmoins j’enfile mon
costume et je vérifie que j’aie tout mon nécessaire pour la journée dans mon
sac : crème solaire, oui oui même en Pologne, mon appareil photo, carnet
de notes, crayon, bouteille d’eau, alouette.
Cependant, cette fois-ci, nous sommes au milieu de la ville et près du
musée et des toilettes, disons que c’est moins un kit de « survie » que de
commodités que je traîne avec moi. Et comme cette année Benoit y est, je
transporte pour deux, les portefeuilles, clés de voiture, advil, et évidemment
les lunettes quand Benoit se bat. Et quelle paire de lunettes !!! Juste avant
de partir, il les a perdus et par chance, il avait encore ses lunettes de
sécurité au look indéfinissable et qui se teintent au soleil. Vous me voyez
venir? Oui? Non? Comme Benoit est myope, il n’aura pas le choix de les porter quand
il arbitrera, évidemment ça va chialer sur le décorum. Bon au moins, il n’en a
pas besoin quand il se bat, en tournoi à l’extérieur je les garde dans mon gros
sac, mais il n’est pas rare qu’en général, je me promène avec nos deux alliances
et deux paires de lunettes sur la tête, la mienne sur mes yeux et la sienne sur
ma tête qu’il m’arrive d’oublier et de ne pas comprendre l’air ahuri des gens
qui m’abordent.
Dans le couloir nous croisons, un nouvel ami danois de Ben,
ce dernier lui prête son nouveau casque car celui que Ben s’est fait faire, ne
protège pas son menton, il a pété des plombs hier contre l’armurier en
question, et témoin de sa colère titanesque, ce sauveur nordique est arrivé en
renfort pour offrir son aide. Donc Jesper est désormais dans nos prières.
Le reste de la gang est attablé ou en train de choisir
scrupuleusement leurs aliments au buffet, j’opte pour un jus d’orange, mais
encore secouée par la sauce soya sur mes crêpes, j’attends de voir un peu les assiettes des
autres. Autour y a aussi des Danois aussi perplexes que moi et un couple
d’Américains qui semblent plus ou moins frais. Les gars de notre équipe sont un
peu fébriles, certains le cachent mieux que d’autres, Yan Vézina et Igor pour
qui, c’est un premier tournoi tout court et qui se sont retrouvés propulsé avec
des armures empruntées dans le gros tournoi mondial un peu à la dernière
minute, sont un peu nerveux, et ça se comprend! Étienne et Yan Cadorette sont à
leur deuxième tournoi, Andrew est quant à lui, un vétéran, et même si c’est un
premier mondial pour Benoit, il a déjà une bonne feuille de route derrière lui.
Ils ont quatre équipes à affronter aujourd’hui, le Danemark, la France, Le Pays
de Galles et la Nouvelle-Zélande et les combats commencent après la cérémonie
d’ouverture qui aura lieu autour de midi, ce matin aura lieu les duels à la
hallebarde, mais nos duellistes Béné et Étienne ne concourent pas dans cette
catégorie. Aussi drôle que ça puisse paraître la cérémonie d’ouverture est plus
tard dans la journée, j’imagine que c’est parce que l’organisation s’attend à
ce que la foule grossisse en après-midi et veut éviter une parade de quelques
centaines d’individus costumés saluant des estrades encore vides.
Aussitôt arrivés à notre tente, les gars commencent à faire
le check up de leurs armures tout en échangeant avec nos amis belges, Andrew se
rend au meeting des capitaines, Ben et Igor le suivent pour celui des arbitres,
moi je vais me promener un peu dans le coin des marchands. Je veux aussi voir
ce qui sera disponible comme bouffe lors de ces quatre jours de festivité. Par
bonheur, je découvre la tente de Saladin avec Oli et Kim (ou Jésus qui avait
transporté ma grosse valise jusqu’en haut des maudits escaliers à Belmonte),
fidèles au poste comme l’an dernier. Ils ont peu de compétition, ce qui est une
bonne chose pour eux, mais pour nous c’est un peu moins rose car les repas y
sont tout de même assez coûteux et pas très gros pour des estomacs de
combattant comme celui de Benoit, même s’ils sont savoureux.
Je croise justement mon tendre époux et son look de rock star
(les lunettes fumées pétantes au soleil matinal) et que je m’empresse de
présenter à mes amis. Aujourd’hui, lui et Igor n’arbitreront pas puisqu’ils se
battent en béhourd, puis ça dépendra s’ils se rendent en quart de finale, ils
ne pourront pas non plus arbitrer les combats d’Étienne et de Béné qui
commenceront demain.
Bénéficiant d’une bonne heure de liberté avant de commencer à
penser à s’assembler pour la cérémonie d’ouverture, nous déambulons parmi les
kiosques des marchands installés un peu partout autour de la forteresse, des
étals de marchandises comme en retrouverait probablement au Moyen âge, des
pains, des tissus de laine ou de lin, des artisans, un fauconnier, parce que je
me répète…il y a toujours des fauconniers dans les foires médiévales. Au fur et
à mesure qu’on s’éloigne un tout petit peu, le degré d’historicité s’éloigne
aussi, frôlant parfois le ridicule, des épées en plastique, des gadgets Lord of
the ring, des coiffes de princesse Disney, bref, vous voyez le tableau j’en
suis certaine.
Au hasard de notre promenade, nous tombons sur l’équipe
écossaise qui arrive tout juste, immédiatement nous les trouvons sympathique.
Est-ce dû au fait que nous partageons des luttes semblables, de rêve
d’indépendance, mais aussi au sein de l’IMCF, l’Écosse a suivi de près les
chaudes luttes du représentant du Québec (Benoit) pour faire reconnaître l’identité
propre québécoise dans la Fédération, cette année, ils viennent en tant
qu’équipe écossaise et non plus diluée dans celle du Royaume Uni. Est-ce une
sympathie naturelle que nous avons envers eux? Du fait que nous adorons leur
culture depuis plusieurs années au point que Benoit a interprété à merveille un
Écossais à Bicolline pendant 11 ans, au point que nous nous sommes mariés au
son de la cornemuse, lui dans son kilt et moi en robe 18e. Ce qui
fait qu’aussi drôle que ça puisse paraître, au moment où nous les rencontrons,
c’est un peu comme si nous retrouvions des amis dont l’humour nous interpelle
beaucoup. Nous les laissons à leurs bagages tout en nous promettant
mutuellement de prendre un verre ensemble plus tard.

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