lundi 9 janvier 2017

Malbork 4e partie Exotique Pologne




Le lendemain, nous prenons la route, chacun de notre côté, nous remercions chaleureusement Adam pour son hospitalité et celui-ci nous rappelle que nous pouvons revenir dormir sur notre retour du tournoi. Nous convenons que nous nous retrouverons une fois rendus à Malbork. Après avoir programmé le GPS, nous quittons Eberswalde et en moins d’une heure nous passons la frontière de la Pologne, un autre monde s’ouvre devant nous.

Quand on voyage beaucoup et particulièrement en voiture, on doit souvent s’arrêter pour l’essence, les toilettes ou la nourriture, maintenant que nous savons que le Wi-Fi est disponible automatiquement dans les McDos, c’est souvent là que nous nous arrêtons quand nous sommes sur la route. Internet demeure à ce jour le meilleur moyen de communication dans le monde, surtout quand il ne coûte pas un sou. Aussi, les prix dans ces restaurants sont généralement semblables peu importe le pays, du moins ceux dans lesquels j’ai mangé jusqu’à maintenant (Québec, É-U, France, Belgique, Espagne, Allemagne et bientôt en Pologne), donc aucune surprise pour le portefeuille.  Avec l’habitude, on en vient aussi beaucoup à comparer les toilettes publiques, les stations d’essences, les aires de repos quand il y en a, et la route en général.  

Sur la route qui traverse la Pologne, c’est la forêt, comme c’était aussi le cas en Allemagne. Je ne peux m’empêcher de penser aux frères Grimm, anthropologues avant la lettre, qui ont traversé ces forêts géantes pour recueillir auprès de la population, les histoires, fables et légendes afin de créer leur immense encyclopédie. Entre mes rêveries lointaines et ma job de DJ, j’observe la route et son langage. Comme chez-nous on retrouve des panneaux routiers pour prévenir de la présence d’animaux sauvages comme les chevreuils ou les orignaux mais en Allemagne on nous prévient aussi de la présence du sanglier et en Pologne celle des ours. Au Québec, les sangliers sont principalement sur des fermes d’élevage et les ours sont beaucoup plus au nord. On nous a dit que les sangliers et les loups ont été réimplantés dans la nature en Allemagne. Quand on prend la peine de les observer, les panneaux de signalisation mine de rien, ça peut révéler des choses intéressantes en plus de leur fonction de prévention pour le chauffeur.  D’ailleurs ceux-ci commencent à nous informer de la présence de station d’essence. Ça tombe bien!

Dans la station, j’observe discrètement les clients et les employés (bon, du point de vue de mon chum, je suis aussi discrète et subtile qu’un camion de légumes dans le désert). Je suis fascinée par la physionomie typique slave de plusieurs d’entre eux. Évidemment, nous aussi ne passons pas inaperçus. J’ai toujours cru que c’est surtout notre « look » général et notre façon d’être qui nous trahissaient lorsque nous nous retrouvons en dehors de chez-nous. C’est clair qu’un étranger ça a toujours une aura de mystère, il semble bizarre ou exotique pour la population locale, mais je me suis souvent demandé si nous avions quelque chose dans notre physionomie nous aussi, qui fait que nous sommes définissables pour les étrangers. Je nous regarde tous les trois et je ne vois vraiment rien, mis à part la blancheur de notre peau à moi et Ben, mais pour des Polonais ça a rien d’exotique.

Je jette un œil sur les trucs à manger, question de grignoter un petit quelque chose en attendant de s’arrêter pour manger dans un restaurant sur la route. J’opte pour un dessert glacé, parmi les nombreux choix qui s’offrent à moi et après avoir rempli la voiture d’essence nous reprenons la route. Et cette fois-ci, à part manger mon fudge, je n’ai rien fait d’autre que de dormir, laissant Benoit et Andrew à leurs conversations et obstinations.

Lorsque je me réveille, j’ai le mal de cou typique d’avoir dormi la tête complètement penchée en avant et la langue douloureuse coincée entre les dents avec le p’tit filet de bave sur le menton, aucun sex appeal!  Ça m’indique que j’ai dormi pas mal longtemps, et apparemment assez longtemps pour avoir besoin de manger un repas cette fois-ci. On prend une sortie pour trouver un vrai restaurant cette fois, nous nous arrêtons au premier trouvé, Benoit a pu déchiffrer le mot « Pierogis » un plat qu’il connait et qu’il aime. Vendu! C’est là qu’on mange! À première vue, ça semble LE restaurant du village. L’allure extérieure me fait penser à ces endroits que l’on retrouve parfois en Amérique du nord, tout en bois aux sorties d’autoroute, par exemple, «la grange du steak» où l’on sert un peu de tout pour accommoder les villageois ET les touristes perdus. Rien de particulier avant d’entrer. Une fois admis dans ce sanctuaire villageois dont je n’ai malheureusement pas retenu le nom, nous sommes un peu perplexes par l’ameublement western et le look « Ranch à Willie » mais nous nous dépêchons de nous trouver une table et de nous asseoir pour mieux contempler les murs.

Partout, des cadres ou des affiches dépareillés, sauf que, d’un côté, ce sont des images ou photos de loups et de l’autre, des chats, le seul effort pour créer une unité d’ensemble en fait. La serveuse qui vient nous porter les menus nous regarde avec des yeux étonnés et nous lui commandons d’office une «piwo» (bière). Nous devons en plus d’essayer de comprendre les choix de plats qui s’offrent à nous, convertir mentalement nos zlotys polonais en dollars pour connaître les prix. Nous sommes ravis quand nous constatons que c’est très abordable, plus abordable que chez-nous. Pendant que nous savourons notre repas, le restaurant se remplit rapidement et tout le monde se dirige dans la salle de réception du fond, il semble y avoir un événement spécial et moi je continue mon activité préférée :  j’observe.

Dans ce restaurant sans prétention où la bouffe est vraiment peu chère, on doit payer pour les toilettes, quelques zlotys glissés dans la fente prévue à cet effet, sur la porte du cabinet. Bien sûr, c’est pas cher, mais c’est quand même curieux. Le plus surprenant étant les douches payantes disponibles pour quelques zlotys, mais tellement bien pensées! En Allemagne aussi fallait payer pour les toilettes, mais uniquement celles des stations-services, ce qui est moins rare. Dans un restaurant de village, à mon avis ça indique que c’est plus courant partout. On prévoit garder toujours de la monnaie à cet effet. La conversion du dollar canadien en zlotys est de 1$ pour 3,14 zlotys, j’arrondis dans ma tête 1$ pour 3 zlotys. Pour les toilette c’est la plupart du temps 1 zloty, donc environ 0.30$.

Il nous reste encore un bon deux heures de route avant d’arriver à Malbork, nous ne tardons pas à reprendre la route. Et une fois sur l’autoroute, je reprends du service avec la musique, bien appuyée sur une partie des sacs qui partagent avec moi le siège arrière de la voiture louée. Le paysage est encore uniformément de la forêt et au bout d’un moment, quelle ne fut pas notre surprise de voir une femme étendue nonchalante sur une chaise longue en petite nuisette, l’air de prendre le soleil, sous un ciel nuageux et tout de même un peu frisquet. Précisons ici que la chaise et sa propriétaire sont sur le bord de l’autoroute, décidément la Pologne est pleine de surprises! N’empêche que c’est un drôle d’endroit pour faire la prostitution, on se doute bien que c’est de cela qu’il s’agit. Plus tard on nous informera qu’il s’agit de publicité « vivante » invitant les intéressés dans des bordels construits un peu à l’orée des bois mais invisibles directement de la route.


On quitte bientôt l’autoroute pour arriver aux abords de Malbork, et en passant sur un pont, je suis un peu intriguée par ce que je vois en contrebas. Normalement là où y aurait dû y avoir de l’eau, y a des dizaines de petites maisons qui ressemble à des chalets ou des cabanes de pêcheurs désertées. Elles semblent avoir été abandonnées à leur sort sur un sol qui aurait dû être recouvert d’eau, mais qui ne semble pas super sec et solide non plus. Je me promets bien de m’informer à ce sujet. Mais en attendant, nous entrons presque triomphalement dans Malbork quand nous apercevons la grande affiche qui annonce notre tournoi, comme pour nous souhaiter la bienvenue!

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