Le lendemain, nous prenons la route, chacun de notre côté,
nous remercions chaleureusement Adam pour son hospitalité et celui-ci nous
rappelle que nous pouvons revenir dormir sur notre retour du tournoi. Nous
convenons que nous nous retrouverons une fois rendus à Malbork. Après avoir
programmé le GPS, nous quittons Eberswalde et en moins d’une heure nous passons
la frontière de la Pologne, un autre monde s’ouvre devant nous.
Quand on voyage beaucoup et particulièrement en voiture, on
doit souvent s’arrêter pour l’essence, les toilettes ou la nourriture,
maintenant que nous savons que le Wi-Fi est disponible automatiquement dans les
McDos, c’est souvent là que nous nous arrêtons quand nous sommes sur la route. Internet
demeure à ce jour le meilleur moyen de communication dans le monde, surtout quand
il ne coûte pas un sou. Aussi, les prix dans ces restaurants sont généralement
semblables peu importe le pays, du moins ceux dans lesquels j’ai mangé jusqu’à
maintenant (Québec, É-U, France, Belgique, Espagne, Allemagne et bientôt en Pologne),
donc aucune surprise pour le portefeuille.
Avec l’habitude, on en vient aussi beaucoup à comparer les toilettes
publiques, les stations d’essences, les aires de repos quand il y en a, et la
route en général.
Sur la route qui traverse
la Pologne, c’est la forêt, comme c’était aussi le cas en Allemagne. Je ne peux
m’empêcher de penser aux frères Grimm, anthropologues avant la lettre, qui ont
traversé ces forêts géantes pour recueillir auprès de la population, les histoires,
fables et légendes afin de créer leur immense encyclopédie. Entre mes rêveries
lointaines et ma job de DJ, j’observe la route et son langage. Comme chez-nous
on retrouve des panneaux routiers pour prévenir de la présence d’animaux
sauvages comme les chevreuils ou les orignaux mais en Allemagne on nous
prévient aussi de la présence du sanglier et en Pologne celle des ours. Au
Québec, les sangliers sont principalement sur des fermes d’élevage et les ours
sont beaucoup plus au nord. On nous a dit que les sangliers et les loups ont
été réimplantés dans la nature en Allemagne. Quand on prend la peine de les
observer, les panneaux de signalisation mine de rien, ça peut révéler des
choses intéressantes en plus de leur fonction de prévention pour le chauffeur. D’ailleurs ceux-ci commencent à nous informer
de la présence de station d’essence. Ça tombe bien!
Dans la station, j’observe discrètement les clients et les
employés (bon, du point de vue de mon chum, je suis aussi discrète et subtile qu’un
camion de légumes dans le désert). Je suis fascinée par la physionomie typique
slave de plusieurs d’entre eux. Évidemment, nous aussi ne passons pas
inaperçus. J’ai toujours cru que c’est surtout notre « look » général et notre
façon d’être qui nous trahissaient lorsque nous nous retrouvons en dehors de
chez-nous. C’est clair qu’un étranger ça a toujours une aura de mystère, il
semble bizarre ou exotique pour la population locale, mais je me suis souvent
demandé si nous avions quelque chose dans notre physionomie nous aussi, qui
fait que nous sommes définissables pour les étrangers. Je nous regarde tous les
trois et je ne vois vraiment rien, mis à part la blancheur de notre peau à moi
et Ben, mais pour des Polonais ça a rien d’exotique.
Je jette un œil sur les trucs à manger, question de grignoter
un petit quelque chose en attendant de s’arrêter pour manger dans un restaurant
sur la route. J’opte pour un dessert glacé, parmi les nombreux choix qui s’offrent
à moi et après avoir rempli la voiture d’essence nous reprenons la route. Et
cette fois-ci, à part manger mon fudge, je n’ai rien fait d’autre que de
dormir, laissant Benoit et Andrew à leurs conversations et obstinations.
Lorsque je me réveille, j’ai le mal de cou typique d’avoir
dormi la tête complètement penchée en avant et la langue douloureuse coincée
entre les dents avec le p’tit filet de bave sur le menton, aucun sex appeal! Ça m’indique que j’ai dormi pas mal longtemps,
et apparemment assez longtemps pour avoir besoin de manger un repas cette
fois-ci. On prend une sortie pour trouver un vrai restaurant cette fois, nous nous
arrêtons au premier trouvé, Benoit a pu déchiffrer le mot « Pierogis » un plat
qu’il connait et qu’il aime. Vendu! C’est là qu’on mange! À première vue, ça
semble LE restaurant du village. L’allure extérieure me fait penser à ces endroits
que l’on retrouve parfois en Amérique du nord, tout en bois aux sorties d’autoroute,
par exemple, «la grange du steak» où l’on sert un peu de tout pour accommoder
les villageois ET les touristes perdus. Rien de particulier avant d’entrer. Une
fois admis dans ce sanctuaire villageois dont je n’ai malheureusement pas
retenu le nom, nous sommes un peu perplexes par l’ameublement western et le
look « Ranch à Willie » mais nous nous dépêchons de nous trouver une table et
de nous asseoir pour mieux contempler les murs.
Partout, des cadres ou des affiches dépareillés, sauf que, d’un
côté, ce sont des images ou photos de loups et de l’autre, des chats, le seul
effort pour créer une unité d’ensemble en fait. La serveuse qui vient nous
porter les menus nous regarde avec des yeux étonnés et nous lui commandons d’office
une «piwo» (bière). Nous devons en plus d’essayer de comprendre les choix de
plats qui s’offrent à nous, convertir mentalement nos zlotys polonais en dollars
pour connaître les prix. Nous sommes ravis quand nous constatons que c’est très
abordable, plus abordable que chez-nous. Pendant que nous savourons notre
repas, le restaurant se remplit rapidement et tout le monde se dirige dans la
salle de réception du fond, il semble y avoir un événement spécial et moi je
continue mon activité préférée : j’observe.
Dans ce restaurant sans prétention où la bouffe est vraiment
peu chère, on doit payer pour les toilettes, quelques zlotys glissés dans la
fente prévue à cet effet, sur la porte du cabinet. Bien sûr, c’est pas cher, mais
c’est quand même curieux. Le plus surprenant étant les douches payantes
disponibles pour quelques zlotys, mais tellement bien pensées! En Allemagne aussi
fallait payer pour les toilettes, mais uniquement celles des stations-services,
ce qui est moins rare. Dans un restaurant de village, à mon avis ça indique que
c’est plus courant partout. On prévoit garder toujours de la monnaie à cet
effet. La conversion du dollar canadien en zlotys est de 1$ pour 3,14 zlotys, j’arrondis
dans ma tête 1$ pour 3 zlotys. Pour les toilette c’est la plupart du temps 1
zloty, donc environ 0.30$.
Il nous reste encore un bon deux heures de route avant d’arriver
à Malbork, nous ne tardons pas à reprendre la route. Et une fois sur l’autoroute,
je reprends du service avec la musique, bien appuyée sur une partie des sacs
qui partagent avec moi le siège arrière de la voiture louée. Le paysage est
encore uniformément de la forêt et au bout d’un moment, quelle ne fut pas notre
surprise de voir une femme étendue nonchalante sur une chaise longue en petite
nuisette, l’air de prendre le soleil, sous un ciel nuageux et tout de même un
peu frisquet. Précisons ici que la chaise et sa propriétaire sont sur le bord
de l’autoroute, décidément la Pologne est pleine de surprises! N’empêche que c’est
un drôle d’endroit pour faire la prostitution, on se doute bien que c’est de cela
qu’il s’agit. Plus tard on nous informera qu’il s’agit de publicité « vivante »
invitant les intéressés dans des bordels construits un peu à l’orée des bois
mais invisibles directement de la route.
On quitte bientôt l’autoroute pour arriver aux abords de
Malbork, et en passant sur un pont, je suis un peu intriguée par ce que je vois
en contrebas. Normalement là où y aurait dû y avoir de l’eau, y a des dizaines
de petites maisons qui ressemble à des chalets ou des cabanes de pêcheurs
désertées. Elles semblent avoir été abandonnées à leur sort sur un sol qui
aurait dû être recouvert d’eau, mais qui ne semble pas super sec et solide non
plus. Je me promets bien de m’informer à ce sujet. Mais en attendant, nous entrons
presque triomphalement dans Malbork quand nous apercevons la grande affiche qui
annonce notre tournoi, comme pour nous souhaiter la bienvenue!

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