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| Dans le p'tit bar particulièrement sympathique. |
Après notre diner pris chez Adam, nous repartons tous les
quatre cette fois-ci avec Johannes, Florian, Josephine et Philip un ami
d’Adam, qui nous ont rejoint pour un entraînement donné par Benoit. Le bâtiment
aménagé pour les pratiques est une ancienne usine à papier où l’on imprimait de
la monnaie et des dépliants de propagande que les Nazis larguaient par avion
au-dessus de l’Angleterre. Après la fin du régime RDA, un homme l’a acheté pour
servir d’entrepôts, puis pour le louer à des étudiants de l’université
d’Eberswalde. Maintenant, des hippies, des bohémiens modernes, « squattent
» le terrain derrière et y vivent, c’est sympathique.
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| Séminaire-Entraînement de Benoit |
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| Des gens qui vivent autrement |
L’ami Philip et sa femme recueillent des chiens victimes de
mauvais traitements, et il y en a justement un qui suit son nouveau maître
comme son ombre. Il tremble en permanence et est hyper farouche avec les autres
humains. Ayant perdu mon chien il y a six mois, je déverse maintenant mon trop
plein d’amour sur à peu près tous les autres chiens, mais lui ne se laisse pas
approcher tellement il est craintif. Quand l’entraînement commence, je vais
m’installer à quelques pieds du toutou pour le laisser m’approcher à son
rythme. Ce qui finit par arriver au bout d’un moment quand son maître est trop
loin, se cherchant quelqu’un pour le protéger, il vient se réfugier contre moi.
Benoit est content, il a un groupe discipliné et habitué à
s’entraîner et à pratiquer différents sports, pour eux c’est un entraînement de
plus, mais l’échange des connaissances par le biais d’un tel séminaire
constitue généralement une expérience enrichissante pour tous. De mon côté, je prends
quelques photos et j’observe par la fenêtre les campements aménagés à
l’extérieur par des gens qui vivent autrement. Des fauteuils et des tables sont
installés sous des marquises improvisées à l’aide de grandes toiles.
Nous avions prévu d’aller pique-niquer sur le bord d’un lac
après l’entraînement, nous avons apporté avec nous des saucisses, des pièces de
viande et naturellement de la bière. L’emplacement est vraiment bien caché, et
lorsque nous atteignons le lac, le soleil se couche sur l’horizon. Avec le
petit feu sur le bord de la plage, ça me rappelle le Québec, la tonne de
moustiques en moins. J’essaie d’amadouer encore le chien mais peine perdue,
quand Phillip est là, rien au monde n’existe à part lui, ou peut-être un peu
Adam qu’il connait très bien.
Quelques heures après la tombée de la nuit, nous retournons à
l’appart pour terminer notre fin de soirée, bien au chaud, on en profite pour
discuter avec nos nouveaux amis ou aller un peu facebooker. Johannes m’offre
une bière d’une micro-brasserie de sa région natale pour que je la ramène
chez-moi, c’est une bière que j’ai goûtée hier et que j’ai adoré. Florian nous
offre une canne de saucisses de brebis de la ferme de ses parents, décidément
nous aurions dû apporter des cadeaux nous aussi. Nous n’y avons pas pensé trop
préoccupés par toutes nos histoires de bagage.
Mardi matin, ce sont les Québécois qui font le déjeuner, nous
avons au moins apporté du sirop d’érable dans nos bagages et nous préparons une
tonne de crêpes pour toute la maisonnée. Ce qui semble être bien apprécié.
Nous n’avons rien de prévu aujourd’hui, on prend ça relax,
car le lendemain nous partons pour Malbork et nous devons faire un peu de
lessive, Adam et Johannes doivent préparer leurs bagages eux-aussi. Florian ne
va pas à Malbork cette année, il reste derrière avec Josephine. Cependant nous
prévoyons un incontournable souper au resto pour manger une spécialité
viennoise, des schnitzels, qui sont à la base des escalopes de porc panées.
Après le souper qui est succulent, nous décidons d’aller
prendre un verre dans un petit bar qu’Adam veut nous faire découvrir. Nous
déambulons un peu dans le quartier jusqu’à ce que nous atteignions une porte
qui à première vue semble être un appartement bien ordinaire et si ce n’était
du petit comptoir dans le hall et les quelques personnes installées ici et là,
l’effet resterait le même, une fois à l’intérieur. En fait, il semblerait que
c’est vraiment un appartement qui a été transformé en bar. Nous avons
l’impression d’être replongés dans les années 80…en Allemagne de l’Est. Nous
nous installons dans la pièce du milieu, sûrement une chambre à l’origine, et
pendant qu’Adam propose la première tournée et qu’il retourne en avant pour
aller chercher de la bière et du scotch, nous en profitons pour observer la décoration.
Les trois colocs et la copine d’Adam semblent habitués, parlant entre eux pas
ébranlés le moins du monde par l’environnement hétéroclite. Une petite table de
pool occupe la majeure partie de la pièce du fond, laissant très peu d’espace
pour circuler autour ou pour se rendre aux toilettes, situées juste derrière.
Autour de nous, l’espace est utilisé à sa pleine capacité, une table centrale, quelques
chaises et fauteuils dépareillés, un jeu de dards au mur, une vieille machine à
cigarette des années 80, encore en utilisation, et un radiocassette au moins
aussi vieux qui me rappelle que justement aucune musique ne joue en arrière
fond. L’absence de musique a certainement contribué à amplifier un petit
malaise quand nous sommes entrés, du moins, nous les étrangers. Benoit me fait
remarquer les cassettes enregistrées « home made » dont la musique datait
justement des années 80, de la musique qui n’était pas disponible parce que prohibée à la même
époque en Allemagne de l’Est.
Dans un coin, une guitare, qu’Adam entreprend de gratter tout
en discutant avec nous. Le long du mur, Andrew est un peu tassé mais il peut au
moins déployer ses grandes jambes. La fumée de cigarette qui flotte de temps en
temps vient encore nous rappeler ce temps où en Amérique du nord, une tonne de
jeunes détruisait la couche d’ozone à coups de « spray net » et où justement la
jeunesse du côté Est du mur, aspirait à cette même soif de rêves pop.
C’est au tour de Benoit de faire une tournée et quand il
constate le prix, il me glisse à l’oreille que les prix sont probablement
restés les mêmes depuis longtemps. Adam qui a deviné la raison de notre air un
peu ahuri, nous dit que c’est pour cette raison que c’est un bar étudiant très
fréquenté, bien que ce soir, ce soit tout de même tranquille. On en vient à
oublier que c’est un bar, j’ai la sensation d’être dans un party chez quelqu’un
que je ne connais pas où je me contente de rester avec ma
gang. Nous passons une très agréable soirée, mais nous devons penser à s’en
retourner, demain nous partons pour Malbork situé à six heures au nord-est
d’Eberswalde, donc nous serons toute la journée sur la route.



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