dimanche 15 janvier 2017

Malbork 6e partie Hôtel Dedale


Un hôtel qui trouve son unicité dans ses disparités, comme nous tous, diverses nationalités dans ce tournoi mondial.
Jeudi 30 avril, premier jour du tournoi, et premier matin à prendre notre petit déjeuner à l’hôtel (compris dans notre forfait) dans cette salle abracadabrante, saugrenue… déconcertante. À l’entrée, une affiche où il est écrit « No photos », un coup d’œil à l’intérieur et je comprends, il y a certainement beaucoup de voyageurs qui en ont pris auparavant, au point d’en agacer les employés, ce qui expliquerait la pancarte. J’en aurais bien pris une bonne douzaine pour venir appuyer mon récit et surtout, l’authentifier. Tout d’abord, un comptoir où en guise de bancs, sont suspendus des balançoires individuelles. Le siège est une courte planche de bois, un peu mal dégrossie retenue par des grosses cordes de jute. Benoit me glisse à l’oreille : « Faut pas trop prendre un coup assis à ce comptoir-là. » Moi je pense à la nausée, lui parle de la débarque après s’être « un peu » enivré.  
Une partie d'Igor en compagnie du guépard


Les balancoires


Au milieu de la pièce, sur une table, un guépard grandeur nature en résine qui semble un peu perdu dans cet environnement inhabituel. Sur les murs, un peu comme le restaurant où l’on s’était arrêtés sur la route, un ensemble hétéroclite, bon normalement c’est un non-sens de qualifier un ensemble d’hétéroclite, mais dans ce cas-ci, ça s’applique. Des minous, des « love », une photo imprimée sur une feuille et encadrée, qui semble datée des années 80, d’ados qui font semblant de s’aimer comme dans les romans photos, un paysage soporifique brodé au petit point, toutes des images un peu mièvres qui semblent avoir été ramassées au fil des ans, sur les murs des maisons de la famille des proprios pour « décorer » le restaurant. Un porte-revue dans le milieu du restaurant, pas très loin du guépard en fait, débordant de magazines usés dont un vieux playboy bien en vue sur le dessus. Mais qui donc aurait pu s’installer ici pour feuilleter cette revue en prenant son café instantané, entre deux petites familles en visite ?


Béné et Vez (Yan) pour le mur du fond
Mais y a aussi la nourriture, si nous avons bien mangé jusqu’à maintenant dans les restaurants polonais, celui-ci sert un buffet à l’image de sa décoration et qui nous rend perplexe. Bien sûr on retrouve les cornichons dans pas mal de plats, comme par exemple, une salade de patates et d’anchois, qui à mon avis est étrange dans un déjeuner, mais comme il y a différents plats semblables avec certaines variantes, je me dis que ça doit être la norme. Le buffet a tout de même le mérite d’offrir beaucoup de variétés, comme plusieurs pots de céréales qui ne m’inspirent pas forcément, pâtisseries surprises, selon ce que tu trouves dedans, du fromage, des épinards…un cornichon. Et on peut manger des œufs et du bacon ou des crêpes. Dans mon cas je me suis retrouvée avec une crêpe que j’ai nappé par mégarde de sauce soya, comment aurais-je pu imaginer que le saucier à côté des crêpes puisse être autre chose que du sirop et un truc salé en plus ? Bref, les déjeuners ne sont pas super au point, mais on peut se sustenter quand même chaque matin, suffit de s’adapter ou…d’être stratégique.

Dehors, un soleil magnifique, le fond de l’air est tout de même frisquet et il vente passablement, mais on sent que ça va beaucoup se réchauffer. On met les armures dans les voitures et on file sur le terrain, le reste de la gang s’y rend à pied. Chaque combattant descend son armure à la tente, ensuite Benoit et Igor vont au meeting du matin pour les arbitres, pendant que je vais au McDo à trois minutes pour aller nous chercher un gros café. C’est absolument génial, puisque nous pouvons utiliser les toilettes modernes et propres du musée situées à l’entrée, même s’il y en a des chimiques sur le terrain. On a accès aux lavabos et c’est plus facile pour se changer et y a les indispensables grands miroirs, les amis des femmes, ou leurs pires ennemis c’est selon.


L’endroit le plus cosmopolite de Malbork est sans aucun doute le McDo, pour toutes les raisons énumérées plus tôt, les combattants venus de partout dans le monde viennent s’y attarder pour manger de la bouffe qu’ils connaissent bien et pour Internet. J’imagine que les employés n’ont jamais servi autant d’étrangers différents en si peu de temps. Nous sommes plus d’une vingtaine de pays à participer à ce tournoi, cette année nous avons l’Europe, l’Amérique du nord et du sud, l’Océanie, et même une équipe qui vient d’Afrique du Sud. Pour la première fois, tous les continents y sont représentés, et bien que la langue officielle utilisée soit l’anglais car elle est la plus accessible, lorsque les gens se retrouvent entre eux au McDo, c’est toute une tour de Babel qui s’anime! D’un McDo à l’autre, il y a tout de même des petites variantes, au Québec nous avions (encore?) de la poutine, en Belgique, ils y servent de la bière, ici la sauce à Big Mac est un peu différente, une sauce au paprika et y paraîtrait est très bonne au goût de mon chum (moi je n’en mange pas). Leurs hashbrowns sont aussi meilleurs qu’ailleurs, est-ce un hasard quand l’on sait que la pomme de terre est au cœur de la cuisine polonaise (avec les cornichons bien sûr!)? 

Dans cet univers de la malbouffe internationale, d’une certaine façon réconfortante, je découvre pour la première fois les guichets « self service » pour commander, bien sûr un grand complice pour les clients et les employés. C’est super utile, mais je trouve ça aussi un peu triste (c’est l’anthropologue qui parle, sortez vos violons!!) ça limite les interactions, donc les échanges culturels, je n’y peux rien, je trouve ça un peu impersonnel. Pratique, mais bon…j’en profite pour placer au moins, dès que je le peux, en signe de respect, mon « dziekuje» (merci) qu’on prononce «djin-kou-yè». D’ailleurs les Québécois le feront systématiquement, plus que n’importe qui à ce tournoi, est-ce surprenant? Qui d’autres pourraient comprendre mieux cette fierté de se faire communiquer dans sa langue? Séparatistes ou pas, chaque fois que j’ai voyagé à l’étranger avec des Québécois, systématiquement, ceux-ci tentent d’apprendre au moins quelques mots de la langue de l’endroit, pour les mettre en pratique pendant qu’ils sont là. Est-ce un réflexe inconscient qui nous rappelle notre volonté de survie culturelle ou juste de la curiosité coutumière des Québécois envers les étrangers?  

   

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