samedi 14 janvier 2017

Malbork 5e partie Splendeur de Marienbourg







Considérée comme l’une des plus grandes forteresses gothiques de l’Europe à ce jour, Marienbourg, Malbork en polonais, a été construite au 13e siècle et la ville qui porte encore son nom s’y est érigée aussitôt tout naturellement. Le château a été dès lors le siège de l’ordre des chevaliers teutoniques où ils y collectèrent des péages et imposèrent un monopole du commerce de l’ambre, surnommé « l’or du nord » qui provient de la mer Baltique. Sous les Nazis, le château devient l’un des plus gros camps de prisonniers de guerre, environ 300 000 dont 100 000 Russes qui y périssent de maladie et de mauvais traitement. Quand on regarde la forteresse, il est difficile de croire qu’elle a subi de graves dégâts à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, tant les travaux effectués ont su la restaurer magnifiquement tout en respectant son architecture originelle. Aujourd’hui son château et son musée sont intégrés dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. 



Nous sommes éblouis par cette splendeur de l’autre côté de la rive, c’est différent de mes deux expériences précédentes, l’an dernier en Espagne le château de Belmonte surplombait le site, un peu solitaire tout en haut de la colline (*avec ses maudits escaliers! Voir texte sur tournoi de Belmonte) et en France à Aigues-Mortes, la seule partie visible étant principalement un mur qui ceint la ville et qui a fini par s’y greffer étroitement. Ici, un immense château gothique en plein cœur de la ville, à même hauteur que tous les bâtiments modernes, telle une mère qui surveille du coin de l’œil ses petits. Ainsi, cette année, la forteresse fera partie du tournoi puisque les dormeurs et dormeuses dans les campements, passeront la nuit contre ses flans dans les douves. L’équipe québécoise aura aussi une tente qui servira comme en Espagne, pour ranger les armures. La lice sera aussi située à quelques pieds du bâtiment historique, donc nous verrons la forteresse de Marienbourg, partout et sur toutes les photos!


La ville de Marbork s’est organisée avec les hôteliers pour accommoder les centaines de combattants qui ne peuvent ou ne veulent dormir sur le campement médiéval, en offrant des chambres à prix réduits. C’est justement là que nous nous dirigeons pour prendre possession de nos clés et aller saluer les Québécois qui sont déjà arrivés. Mais nous ne pourrons pas trop nous y attarder, car nous devons aller vérifier si notre tente est arrivée et installée sur le terrain. On est bien contents parce que nous réalisons que la distance entre le terrain du château et l’hôtel est à cinq minutes en auto, pourquoi l’auto? Parce qu’il y a toujours beaucoup de matériel à transporter, mais à quinze minutes à pieds ce sera vraiment parfait quand le matériel sera sur place, ça donnera beaucoup de liberté de circulation à tout notre monde. Et il y a un McDo à mi-chemin, donc pas cher et Wi-Fi gratuit (voir chronique précédente).

L’hôtel sort visiblement tout juste de l’ère soviétique, sans avoir eu le temps depuis, de faire peau neuve. De l’extérieur, il est difficile de deviner que c’est un lieu de vacance ou de repos, disons que ça semble être plutôt un lieu pour accommoder les voyageurs, fatigués, trop fatigués pour se pâmer devant la décoration « temps révolu ». Toutefois, les chambres sont très bien, étonnamment modernes, propres et confortables et c’est ça qui est important. Nous y déposons nos bagages et discutons quelques minutes avec quelques-uns des Québécois. Nous sommes dix et dormons deux par chambre, nous avons du réseau Internet…à l’extérieur des chambres, je vois ça déjà d’ici, les couloirs seront toujours encombrés pendant les quatre, cinq jours prochains c’est sûr! 


Bon nous filons sur le terrain, le tournoi débute demain tout de même! Nous cherchons le marchand qui s’occupe de louer une partie des tentes et on se fait dire qu’il n’est pas arrivé encore, disons qu’on est quelques-uns à s’impatienter en se demandant bien si finalement nous aurons nos tentes « installées » pour le lendemain. Faut préciser que ce n’est pas comme une tente igloo ou comme celle que l’on dépose par terre et qui se dresse toute seule en quelques secondes. Ce sont des tentes en grosses toiles d’allure historique. Celle que nous louons n’est pas tellement grande, peut-être une 8x8, mais certains groupes ont loué des grands chapiteaux pour dormir dedans. Une bonne partie des équipes seront installées dans les douves, un peu en retrait du public, parce qu’ils ne seront pas «totalement» historiques. On n’attend moins d’eux, ce sont souvent des combattants venus de loin qui ne peuvent pas autant mettre en scène un campement médiéval. Ceux qui le feront cette année et qui seront installés bien en vue avec les marchands, sont principalement des Polonais, d’abord parce qu’étant chez eux, ils ont la facilité de transporter autant de matériels que nécessaire, mais en plus, ce sont des champions de la reconstitution historique médiévale. N’oublions pas qu’ils font partie des premiers groupes de béhourd avec les Russes et les Ukrainiens.

Dans un campement médiéval, faut penser à deux réalités indissociables, camping ET histoire, donc praticité mais costumée et déguisée. Faut penser à la literie, souvent des grosses couvertures de laine, des fourrures, des bottes de foin en guise de lit, une table, des bancs, un feu pour cuisiner avec un chaudron de fonte, pas question d’installer un barbecue moderne ou insulte suprême, de laisser traîner des emballages plastiques. Faut que les visiteurs aient l’impression que les gens sortent d’une autre époque. Souvent, un coffre servira de banc et de rangement pour les armures ou les vêtements, des vêtements qui prennent beaucoup de place (on se rappelle, les bagages à l’aéroport?). D’ailleurs le port du costume historique est la seule chose à laquelle TOUS les combattants, aidants ou accompagnateurs(trices) doivent se soumettre lorsqu’ils circulent sur le terrain, et ça se comprend, les hôtes offrent un décor enchanteur au tournoi, ceux-ci s’attendent en retour à en faire un événement où les spectateurs sont invités à « vivre l’histoire » à se laisser enchanter par ce spectacle vivant. C’est donnant donnant!

Cette année, une nouveauté justement, les seules personnes à circuler autour de la lice, sont les acteurs, c’est-à-dire, les gens costumés comme il se doit. Ça évite aussi qu’un spectateur ne soit blessé en trainant trop près. Il y a deux écrans géants immenses pour les gens réunis dans les estrades, et y a toute une équipe de caméramans qui font un travail de pros, ils ont des systèmes sophistiqués de grues pour prendre des prises au-dessus de la lice. Woahh ça va être super!

Notre marchand arrive tout juste et il se fait talonner par ses clients, on peut lire la panique et l’impatience dans ses yeux, et quand Benoit finit par l’agripper enfin, il lui offre de monter lui-même sa propre tente, mais peut-il l’avoir au plus vite? Il nous demande où nous l’installons et il viendra dans quelques minutes, mais ses yeux semblent dire « quelques heures ou même jamais! ». Nous retournons sur notre emplacement, juste en face du campement belge qui sont au nombre de sept en incluant leur photographe (celui à qui je pique plein de photos!). Les amis belges dorment au même hôtel que nous, ainsi qu'une partie de l'équipe danoise et néo-zélandaise Nous nous sommes un peu connus l’an dernier, mais j’ai l’impression que nous fraterniserons beaucoup plus cette année, après qu’ils nous aient invité à s’asseoir. Ils ont une belle grosse table et des bancs, deux éléments absolument nécessaires à la socialisation autour d’une bière, des items que nous n’avons pas.  Aussi ça se connait, moi et Ben en savons quelque chose pour y être allé trois fois déjà, en Belgique, ils ont de sacrées bonnes bières!

Entre temps, y a un meeting qui doit se tenir concernant la marche à suivre pour le début du tournoi, Ben et Andrew s’y rendent en espérant que la tente sera livrée à leur retour. J’en profite pour faire un peu le tour des campements pour aller saluer quelques-uns de nos amis, chez les Américains, les Allemands et deux amis Hollandais que nous avons rencontré chez Adam quelques jours plus tôt. Je retrouve aussi mon bon ami Julien qui est là avec l’équipe française très réduite cette année, il sort tout juste du meeting, c’est lui le capitaine cette année, je l’invite à se joindre à nous pour le souper. Ben le suit de quelques minutes et il nous livre toutes les infos, en principe c’est le travail d’Andrew, mais tous attendent impatiemment de connaître l’horaire du lendemain et comme le messager s’est arrêté quelque part en chemin pour mémérer et que ça peut durer une éternité…

Quand notre tente finit d’être installée, le soleil est presque couché et nous sommes crevés et affamés, tout le groupe de Québécois est là : Une bonne partie de l’équipe de l’année dernière, Andrew, Étienne, Yan et Nicolas, à qui s’ajoute Ben, et deux nouveaux, un autre Yan et Igor qui sera aussi arbitre. Grande première cette année, nous avons une combattante qui se battra en duel, Béné, qui était de l’aventure à Aigues-Mortes, et Amélie qui vient en tant qu’écuyère.

Ben et Andrew proposent un resto où ils avaient mangé lors de leur Assemblée de l’IMCF à l’automne. Un restaurant où la bouffe est excellente et vraiment pas chère, mais à la décoration très confondante, en commençant par l’affiche extérieure d’un gros Scoobie Doo en bois. Néanmoins notre premier repas de gang est succulent et nous donnons un très bon pourboire au pauvre serveur un peu dépassé et surpris de recevoir un aussi grand nombre de personnes et tous de langue étrangère.      

Aucun commentaire:

Publier un commentaire