Les écrans géants vont apporter tout
une autre dimension au tournoi cette fois et ça devrait être pas mal plus
facile de suivre les combats pour les spectateurs. Tiens je nous vois en plein
écran, nous, tout en bleu et blanc et ma tête rouge de cheveux et de visage qui
pointe au travers.
Lorsque toutes les équipes ont défilé
devant la foule et qu’elles se sont immobilisées en rang l’une à côté de l’autre,
le directeur de l’IMCF et quelques dignitaires dont le maire de Malbork,
adressent des discours en polonais à la foule, ce qui au bout d’un moment nous
apparaît une éternité, puisque nous ne comprenons rien, parce que le soleil
nous plombe un peu dessus et parce que les gars ont des combats de béhourd qui
les attendent dès cet après-midi et trépignent un peu d’impatience.
Les duels d’hallebardes ont tous eut
lieu en avant midi et je sais maintenant que s’ils ont attendu plus tard dans la journée
pour faire la cérémonie d’ouverture c’est bel et bien pour éviter que 300 personnes
paradent en costumes et armures devant des estrades vides. Y a toujours plus de
monde en après-midi. Une heure plus tard, plusieurs équipes sont prêtes à
commencer, même si y a encore plusieurs combattants aux toilettes, leurs
intestins dérangés par la nervosité.
Nos gars doivent affronter les Danois
en premier, Jesper en a profité pour avertir Benoit, en le taquinant, que si
celui-ci endommageait son casque de rechange tout neuf qu’il allait l’achever. L’équipe
danoise est aguerrie et expérimentée et l’Ost se fait ramasser en deux rounds,
bien que le deuxième demeure assez serré, se terminant avec deux Danois et un
Québécois encore debout. Les gars des deux équipes se congratulent, s’aident à
se relever et vont sous la grande toile qui sert d’abri pour les combattants,
pour se protéger du soleil ou de la pluie. Des centaines de bouteilles d’eau y sont
empilées, et quelques chaises sont disposées pour les accommoder. C’est souvent
assis ou couchés par terre qu’ils finissent et c’est fantastique de voir tout
ce beau monde se mélanger et fraterniser.
Après d’autres combats, voilà nos
valeureux devant les Français, et après une défaite au premier round, ils gagnent
les deux suivants, ce qui leur donne du courage et une incroyable énergie pour
affronter ensuite le Pays de Galles. Ils sont beaux à voir tant ils se battent
avec du cœur au ventre ce qui leur accorde la victoire en deux rounds, un des
combattants adverses sort du combat avec les ambulanciers à cause d’une commotion.
Les combattants québécois sont beaux à voir aussi pour une autre raison, en
entrant dans la lice ils vont toujours faire une accolade à leurs adversaires
et les aident toujours à se relever après le combat. On m’a raconté qu’Andrew a
été un des premiers à faire ces accolades de cette façon avant même que la
Fédération soit créée, et puis c’est devenu un peu une distinction québécoise
puis une distinction de l’IMCF. Peu à peu les autres équipes ont emboîté le pas
et maintenant plusieurs autres équipes le font. Même chose aussi pour ce qui
est du contact avec la foule, en effet on attribue à un combattant québécois l’initiative
de saluer pour la première fois, genou par terre tête baissée, comme un
chevalier le faisait au Moyen âge, ça avait à l’époque, fait beaucoup d’effet
sur les spectateurs. Depuis, même si ce n’est plus aussi théâtral l’Ost salue
chaleureusement la foule ça a quelque chose de très gentlemen et dans un
certain sens, ce sport nous apparaît un peu moins brutal.
De mon côté, j’essaie de prendre des
photos, cette année il a été décidé de garder le public à distance, seuls les
accompagnateurs et accompagnatrices peuvent se tenir autour de la lice,
obligatoirement costumés. On veut éviter qu’un spectateur ne vienne trop près
et puisse être blessé, le désir de garder le décorum tout autour y est pour
quelque chose. Les photographes désignés par les équipes, ou les journalistes,
ont reçu un laisser-passer qui leur permet de s’approcher vraiment près de la
lice. J’en ai justement un et je ne me gêne pas pour m’en servir.
Pour l’instant les gars sont très
enthousiastes, ils ont deux victoires et une défaite, et ils leur restent un
combat contre la Nouvelle-Zélande. Benoit qui était sorti durant le combat contre
les Français à cause d’une blessure, est revenu au combat contre le Pays de
Galles et est en pleine forme. Il s’avance sur le côté avec Andrew parce qu’ils
travaillent toujours ensemble, Andrew en immobilise un et Benoit frappe, ils se
passent la victime, d’ailleurs leurs adversaires les surnommeront les « Lumberjack
brothers » après les avoir entendu échanger et combiner sous leurs casques. Parce
que c’est connu, ce sont deux êtres très verbomoteurs, même dans la lice. Moi
je les vois encore, juste avant de commencer le deuxième round, après avoir
gagné le premier, ils ont l’air presque insouciants, très au-dessus de leurs
affaires. Dès le début un adversaire se met à courir pour frapper Benoit dans
le dos et probablement s’enfarge dans son lacet et s’étale de tout son long
avant d’atteindre la cible. C’est quelque chose qui arrive régulièrement, le poids
de l’armure, le manque de visibilité, le terrain glissant, tout plein de
situations gênantes qui peuvent te faire tomber en pleine face, le poids du
casque amplifiant la chute et ce, sans avoir porté un seul coup, une situation
humiliante.
La victoire est rapide, l’Ost remporte
le deuxième round et de ce fait le combat contre les Néo-Zélandais, nos
Québécois sont euphoriques ils font les quarts de finale! Si plusieurs ont
envie de fêter, ils se font rappeler que demain, même s’ils ont congé, ce sont
nos duellistes qui se battront et ils ont besoin de notre support.





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