lundi 30 janvier 2017

Les béhourd'heureux



Par un heureux hasard, c’est juste devant eux que nous nous trouvons dans le cortège qui attend, derrière la forteresse, de se mettre en branle pour le défilé de la cérémonie d’ouverture. Leur drapeau bleu et blanc se marie parfaitement au nôtre et ensemble, nous formons un amas un peu turbulent à discuter, blaguer et se prendre en photos ensemble. Quand nous commençons à bouger enfin, nous constatons qu’il y a plusieurs admirateurs qui applaudissent et agitent leur petit drapeau tout au long du chemin qui nous mènera devant la foule et à l’intérieur de la lice. Au passage je note même certains fleurdelisés, je leur offre mon plus beau sourire.

Les écrans géants vont apporter tout une autre dimension au tournoi cette fois et ça devrait être pas mal plus facile de suivre les combats pour les spectateurs. Tiens je nous vois en plein écran, nous, tout en bleu et blanc et ma tête rouge de cheveux et de visage qui pointe au travers.  

Lorsque toutes les équipes ont défilé devant la foule et qu’elles se sont immobilisées en rang l’une à côté de l’autre, le directeur de l’IMCF et quelques dignitaires dont le maire de Malbork, adressent des discours en polonais à la foule, ce qui au bout d’un moment nous apparaît une éternité, puisque nous ne comprenons rien, parce que le soleil nous plombe un peu dessus et parce que les gars ont des combats de béhourd qui les attendent dès cet après-midi et trépignent un peu d’impatience.

Les duels d’hallebardes ont tous eut lieu en avant midi et je sais maintenant que s’ils ont attendu plus tard dans la journée pour faire la cérémonie d’ouverture c’est bel et bien pour éviter que 300 personnes paradent en costumes et armures devant des estrades vides. Y a toujours plus de monde en après-midi. Une heure plus tard, plusieurs équipes sont prêtes à commencer, même si y a encore plusieurs combattants aux toilettes, leurs intestins dérangés par la nervosité.

Nos gars doivent affronter les Danois en premier, Jesper en a profité pour avertir Benoit, en le taquinant, que si celui-ci endommageait son casque de rechange tout neuf qu’il allait l’achever. L’équipe danoise est aguerrie et expérimentée et l’Ost se fait ramasser en deux rounds, bien que le deuxième demeure assez serré, se terminant avec deux Danois et un Québécois encore debout. Les gars des deux équipes se congratulent, s’aident à se relever et vont sous la grande toile qui sert d’abri pour les combattants, pour se protéger du soleil ou de la pluie. Des centaines de bouteilles d’eau y sont empilées, et quelques chaises sont disposées pour les accommoder. C’est souvent assis ou couchés par terre qu’ils finissent et c’est fantastique de voir tout ce beau monde se mélanger et fraterniser.


Après d’autres combats, voilà nos valeureux devant les Français, et après une défaite au premier round, ils gagnent les deux suivants, ce qui leur donne du courage et une incroyable énergie pour affronter ensuite le Pays de Galles. Ils sont beaux à voir tant ils se battent avec du cœur au ventre ce qui leur accorde la victoire en deux rounds, un des combattants adverses sort du combat avec les ambulanciers à cause d’une commotion. Les combattants québécois sont beaux à voir aussi pour une autre raison, en entrant dans la lice ils vont toujours faire une accolade à leurs adversaires et les aident toujours à se relever après le combat. On m’a raconté qu’Andrew a été un des premiers à faire ces accolades de cette façon avant même que la Fédération soit créée, et puis c’est devenu un peu une distinction québécoise puis une distinction de l’IMCF. Peu à peu les autres équipes ont emboîté le pas et maintenant plusieurs autres équipes le font. Même chose aussi pour ce qui est du contact avec la foule, en effet on attribue à un combattant québécois l’initiative de saluer pour la première fois, genou par terre tête baissée, comme un chevalier le faisait au Moyen âge, ça avait à l’époque, fait beaucoup d’effet sur les spectateurs. Depuis, même si ce n’est plus aussi théâtral l’Ost salue chaleureusement la foule ça a quelque chose de très gentlemen et dans un certain sens, ce sport nous apparaît un peu moins brutal.


De mon côté, j’essaie de prendre des photos, cette année il a été décidé de garder le public à distance, seuls les accompagnateurs et accompagnatrices peuvent se tenir autour de la lice, obligatoirement costumés. On veut éviter qu’un spectateur ne vienne trop près et puisse être blessé, le désir de garder le décorum tout autour y est pour quelque chose. Les photographes désignés par les équipes, ou les journalistes, ont reçu un laisser-passer qui leur permet de s’approcher vraiment près de la lice. J’en ai justement un et je ne me gêne pas pour m’en servir.     



Pour l’instant les gars sont très enthousiastes, ils ont deux victoires et une défaite, et ils leur restent un combat contre la Nouvelle-Zélande. Benoit qui était sorti durant le combat contre les Français à cause d’une blessure, est revenu au combat contre le Pays de Galles et est en pleine forme. Il s’avance sur le côté avec Andrew parce qu’ils travaillent toujours ensemble, Andrew en immobilise un et Benoit frappe, ils se passent la victime, d’ailleurs leurs adversaires les surnommeront les « Lumberjack brothers » après les avoir entendu échanger et combiner sous leurs casques. Parce que c’est connu, ce sont deux êtres très verbomoteurs, même dans la lice. Moi je les vois encore, juste avant de commencer le deuxième round, après avoir gagné le premier, ils ont l’air presque insouciants, très au-dessus de leurs affaires. Dès le début un adversaire se met à courir pour frapper Benoit dans le dos et probablement s’enfarge dans son lacet et s’étale de tout son long avant d’atteindre la cible. C’est quelque chose qui arrive régulièrement, le poids de l’armure, le manque de visibilité, le terrain glissant, tout plein de situations gênantes qui peuvent te faire tomber en pleine face, le poids du casque amplifiant la chute et ce, sans avoir porté un seul coup, une situation humiliante.


La victoire est rapide, l’Ost remporte le deuxième round et de ce fait le combat contre les Néo-Zélandais, nos Québécois sont euphoriques ils font les quarts de finale! Si plusieurs ont envie de fêter, ils se font rappeler que demain, même s’ils ont congé, ce sont nos duellistes qui se battront et ils ont besoin de notre support. 

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