
Les combattants doivent aussi prévoir des pièces de vêtements supplémentaires
pour porter dessous l’armure et plusieurs rechanges justement parce qu’ils vont
suer en masse et que nous n’avons pas toujours accès à une laveuse et une
sécheuse. Et ça c’est sans compter que nos vêtements historiques ne vont pas
dans la sécheuse étant principalement en laine ou en lin. Donc à moins de
vouloir remettre des vêtements mouillés de leur propre sueur, ils doivent y
penser avant de partir. Les avantages que procurent les billets de Benoit sont
que nous avons droit à deux bagages de 23 kilos chacun, plus notre bagage à
main en cabine, comme je n’ai pas d’armure, on peut transférer du poids dans
mes bagages. Donc nous prenons une deuxième valise pour moi où nous déplacerons
du matériel au besoin.
À Montréal, juste
avant de partir pour l’aéroport, nous avons la chance de manger un super
risotto aux champignons et au vin blanc préparé par Janik, chef en devenir, il
voulait nous faire une « petite » collation pour éviter qu’on bouffe de la
cochonnerie à l’aéroport. Quel être extraordinaire ce fils qui aura 22 ans
demain, alors que nous serons en Allemagne.
Andrew arrive, Andrew arrive avec BEAUCOUP de stock, plus que
ses 46 kilos autorisés, Benoit fulmine, frémit comme la fumée qui lui sort des
oreilles. Nous vérifions avec notre pèse bagage et nous tentons de trouver des
solutions, Andrew n’a pas du tout le temps de prendre du matériel et d’aller le
porter dans sa voiture, nous sommes déjà très juste dans le temps. Benoit et
lui, ouvrent les sacs et tentent de déplacer dans ma valise supplémentaire pas
super pleine, mais qu’on n’avait pas prévu servir à transporter du matériel
d’Andrew. Benoit relève la tête et lui lance avec un regard sarcastique « Really
?? » en découvrant l’enclume, le marteau et le gros paquet de roulettes de duc
tape « au cas où, dit le regard coupable d’Andrew ». La grosse hache de Benoit qui
dépasse de son sac doit absolument être emballée avant de passer au comptoir. Ça
gruge du temps que nous manquons cruellement ! Bon nous courons pour refaire
les bagages d’Andrew, nous courrons pour aller faire « wrapper» sa grosse hache,
ensuite nous courons pour les enregistrements des bagages et évidemment l’agent
au comptoir nous envoie porter le plus gros sac au comptoir destiné aux formats
inhabituels. Au moment où le sac passe au scanner, nous surveillons avec une
pointe d’amusement les employés qui regardent l’écran avec curiosité. Quand
nous venons voir si tout est bon, un des gars supplie presque Andrew de lui
montrer l’armure, il soupèse le casque avec étonnement puis on referme tout ça
pour qu’ils puissent l’envoyer à l’avion. Même si on est pressés, on file doux,
conscients que nous sommes de ne pas être plus retardés par un zèle de
sécurité.
Nous ne perdons pas de temps pour nous mettre en file afin de passer
la sécurité, ce qui se fait tout de même assez rapidement, malgré qu’Andrew ait
oublié de laisser à sa maison son canif. Faut croire que les dieux sont avec
lui, car après l’avoir vérifié, l’agent lui laisse, moi je pense par crainte d’être
responsable d’un assassinat… celui d’Andrew égorgé par Benoit.
Nous ne sommes pas trop inquiets d’embarquer pour le vol de
Toronto, il y en a plusieurs par jour, et nous en avons pris un suffisamment
tôt pour prendre le prochain et arriver à temps pour le vol de Francfort si
nous venions à ne pas pouvoir embarquer dans celui-ci. Cependant ça pourrait
être vraiment problématique si nous ne pouvions pas embarquer dans le seul vol quotidien
vers Francfort en partance de Toronto, parce que nous devrions soit repartir à
Montréal, soit coucher à Toronto, et ce n’est tellement pas prévu dans notre
budget. Benoit est inquiet, comme toujours quand nous prenons l’avion, surtout
quand il prend des invités avec lui, car il se sent coupable si y a un problème
et que nous ne pouvons pas embarquer. Il tente de se faire rassurant sur le
nombre de place qui étaient encore disponibles plus tôt dans la journée,
n’empêche, nous nous croisons les doigts quand nous nous retrouvons à la porte
d’embarquement et qu’on entend nos noms au micro, yeah ! Le vol se fait sans
anicroche et nous atterrissons juste le temps de récupérer nos bagages,
reconfirmer que nous embarquons toujours sur le vol vers Francfort, repasser la
sécurité et embarquer de nouveau.
Vol sans problème, et dodo jusqu’à notre arrivée à Francfort.
À l’aéroport, nous allons directement au comptoir de location
d’auto, nous avons déjà une réservation, mais on nous demande un super dépôt, beaucoup
plus élevé que ce qu’on nous avait dit, évidemment nous n’avons pas été avisés
quand nous avons réservé que nous aurions à payer aussi cher. Pendant que les
gars s’obstinent au comptoir avec l’agent, je connecte mon cellulaire sur le WI-FI
de l’aéroport pour pouvoir envoyer mes vœux d’anniversaire à Janik. Et au bout
d’un moment, les clés de la voiture en main, avec le goût amer de s’être fait «fourrer»,
nous partons en direction de Berlin. Pour ceux ou celles qui sont moins bons en
géographie, Francfort est près de la frontière à l’ouest et Berlin tout au bout
au nord-est de l’Allemagne, un trajet d’environ 5 heures et demi. Bien sûr, comme nous devons faire quelques
arrêts en chemin, le trajet va nous prendre une bonne partie de la journée.
En
Allemagne, il n’y a pas de limite de vitesse sur l’autobahn (autoroute), ça
roule en moyenne à 130-140 km heures, pas tellement plus vite que chez-nous,
mais de temps en temps y a des voitures qui nous dépassent à la vitesse de la
lumière, bon j’exagère à peine. Les routes sont super bien entretenues et on
commence à réaliser à quel point l’efficacité est un mot qui décrit bien
l’Allemagne en général. Assise derrière, parce que les deux autres avec leurs
grandes jambes ont besoin de plus d’espace que moi, je n’ai pas tant de beaux
paysages à admirer, sur une autoroute en général c’est assez « drabe » plutôt
ennuyeux, mais je constate qu’il y a au moins des centaines et des centaines
d’éoliennes, mon cœur d’écologiste est satisfait. Lorsque nous nous arrêtons
dans les aires de repos, nous sommes impressionnés par nos sièges de toilette
super technologiques qui tournent et sont nettoyés après chaque usage et pour
laver les mains par le système de jet d’eau, de jet de savon et de jet d’air,
sans rien toucher, et qui…fonctionne ! Après un arrêt pour déjeuner et plus
tard un diner dans un McDo, nous arrivons à Eberswalde pas très loin de Berlin,
chez Adam (vice-président de l’IMCF).
Adam, j’avais un peu tenté de lui parler l’année dernière en
Espagne, alors que j’essayais de discuter avec des piliers de l’IMCF parce que je voulais
en savoir davantage sur le béhourd à l’international. Ça n’avait pas super bien
fonctionné, lui ne comprenant pas trop mes motivations et mon anglais cahoteux,
sa blonde un peu suspicieuse et moi ne sachant pas trop par où et quoi
commencer. Cette année, il a discuté pas mal avec Benoit à l’assemblée générale
en Pologne et lui a proposé le gîte quelques jours avant et après le tournoi à
Malbork, évidemment l’invitation inclue moi et Andrew.
Notre hôte, vit dans un superbe
appartement qu’il partage avec trois colocs, dont deux qui comme lui, font partie aussi de l’équipe allemande. On nous accueille chaleureusement et on nous offre à manger
et à boire. C’est drôle la cuisine est vraiment toute petite comparée aux
autres pièces, on arrive à peine à tous tenir autour de la table, en revanche,
le hall et le salon sont très vastes. Il y a aussi trois chambres, et deux
pièces séparées pour la douche et la toilette, c’est à mon souvenir toujours
ainsi en Europe, alors qu’en Amérique, généralement, on met tout ça dans une plus
grande mais unique pièce.
Les gars sont déjà en train de discuter du tournoi et moi
j’essaie de m’ajuster à l’anglais, celui de Benoit et Andrew, j’y suis assez
habituée, celui d’Adam ressemble à mon oreille à de l’anglais britannique,
Florian, Johannes et Josephine, le parlent un peu avec un fort accent allemand.
Au bout d’un moment à force de décoder, de chercher à se faire comprendre tout
en sirotant nos bières, la fatigue commence à se faire ressentir et Adam nous
amène au salon où il nous a installé des coussins et des couvertures, ils sont
terriblement séduisants et invitants. Et quand je vois que Benoit et Andrew
continuent de discuter, je ne les attends pas et je me dépêche d’aller me
coucher. Il est prévu que le lendemain et le surlendemain nous traînerons un
peu autour d’Eberswalde et le jour suivant nous partirons tous à Malbork.
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