mardi 3 janvier 2017

Malbork, 1ière partie


Samedi 25 avril, nous sommes, moi et Benoit à l’aéroport et nous attendons Andrew qui tarde, Benoit est inquiet, comme toujours quand il attend Andrew. Néanmoins nous sommes heureux, enfin nous irons au tournoi ensemble cette fois-ci ! Nous avons couru depuis hier matin pour réussir à tout terminer, ma couture, ses réparations de dernière minute, et à emprunter des pièces d’armure, car son armure commandée n’est toujours pas terminée. Ben a fini par dire à l’armurier qu’il ne lui donnerait pas un sou de plus et qu’il était inutile de fabriquer les pièces sensées être terminées durant l’hiver. Nous avons paqueté nos bagages jusqu’aux petites heures du matin et comme nous partons cette fois-ci presque deux semaines, nous avons une tonne de bagages. Quand nous partons en tournoi aussi longtemps, nous avons besoin évidemment de l’armure qui peut prendre l’espace de deux grosses valises, de nos vêtements civils ET de nos costumes pour quatre jours. Généralement ils prennent plus d’espace que nos jeans et t-shirt, puisque ce sont souvent des robes et des tuniques, souvent en laine, des chaussures historiques, des ceintures, des capes chaudes, des sacs en toile ou en cuir pour transporter notre matériel sur le terrain. 

Les combattants doivent aussi prévoir des pièces de vêtements supplémentaires pour porter dessous l’armure et plusieurs rechanges justement parce qu’ils vont suer en masse et que nous n’avons pas toujours accès à une laveuse et une sécheuse. Et ça c’est sans compter que nos vêtements historiques ne vont pas dans la sécheuse étant principalement en laine ou en lin. Donc à moins de vouloir remettre des vêtements mouillés de leur propre sueur, ils doivent y penser avant de partir. Les avantages que procurent les billets de Benoit sont que nous avons droit à deux bagages de 23 kilos chacun, plus notre bagage à main en cabine, comme je n’ai pas d’armure, on peut transférer du poids dans mes bagages. Donc nous prenons une deuxième valise pour moi où nous déplacerons du matériel au besoin.


À Montréal, juste avant de partir pour l’aéroport, nous avons la chance de manger un super risotto aux champignons et au vin blanc préparé par Janik, chef en devenir, il voulait nous faire une « petite » collation pour éviter qu’on bouffe de la cochonnerie à l’aéroport. Quel être extraordinaire ce fils qui aura 22 ans demain, alors que nous serons en Allemagne. 

Andrew arrive, Andrew arrive avec BEAUCOUP de stock, plus que ses 46 kilos autorisés, Benoit fulmine, frémit comme la fumée qui lui sort des oreilles. Nous vérifions avec notre pèse bagage et nous tentons de trouver des solutions, Andrew n’a pas du tout le temps de prendre du matériel et d’aller le porter dans sa voiture, nous sommes déjà très juste dans le temps. Benoit et lui, ouvrent les sacs et tentent de déplacer dans ma valise supplémentaire pas super pleine, mais qu’on n’avait pas prévu servir à transporter du matériel d’Andrew. Benoit relève la tête et lui lance avec un regard sarcastique « Really ?? » en découvrant l’enclume, le marteau et le gros paquet de roulettes de duc tape « au cas où, dit le regard coupable d’Andrew ». La grosse hache de Benoit qui dépasse de son sac doit absolument être emballée avant de passer au comptoir. Ça gruge du temps que nous manquons cruellement ! Bon nous courons pour refaire les bagages d’Andrew, nous courrons pour aller faire « wrapper» sa grosse hache, ensuite nous courons pour les enregistrements des bagages et évidemment l’agent au comptoir nous envoie porter le plus gros sac au comptoir destiné aux formats inhabituels. Au moment où le sac passe au scanner, nous surveillons avec une pointe d’amusement les employés qui regardent l’écran avec curiosité. Quand nous venons voir si tout est bon, un des gars supplie presque Andrew de lui montrer l’armure, il soupèse le casque avec étonnement puis on referme tout ça pour qu’ils puissent l’envoyer à l’avion. Même si on est pressés, on file doux, conscients que nous sommes de ne pas être plus retardés par un zèle de sécurité. 

Nous ne perdons pas de temps pour nous mettre en file afin de passer la sécurité, ce qui se fait tout de même assez rapidement, malgré qu’Andrew ait oublié de laisser à sa maison son canif. Faut croire que les dieux sont avec lui, car après l’avoir vérifié, l’agent lui laisse, moi je pense par crainte d’être responsable d’un assassinat… celui d’Andrew égorgé par Benoit.

Nous ne sommes pas trop inquiets d’embarquer pour le vol de Toronto, il y en a plusieurs par jour, et nous en avons pris un suffisamment tôt pour prendre le prochain et arriver à temps pour le vol de Francfort si nous venions à ne pas pouvoir embarquer dans celui-ci. Cependant ça pourrait être vraiment problématique si nous ne pouvions pas embarquer dans le seul vol quotidien vers Francfort en partance de Toronto, parce que nous devrions soit repartir à Montréal, soit coucher à Toronto, et ce n’est tellement pas prévu dans notre budget. Benoit est inquiet, comme toujours quand nous prenons l’avion, surtout quand il prend des invités avec lui, car il se sent coupable si y a un problème et que nous ne pouvons pas embarquer. Il tente de se faire rassurant sur le nombre de place qui étaient encore disponibles plus tôt dans la journée, n’empêche, nous nous croisons les doigts quand nous nous retrouvons à la porte d’embarquement et qu’on entend nos noms au micro, yeah ! Le vol se fait sans anicroche et nous atterrissons juste le temps de récupérer nos bagages, reconfirmer que nous embarquons toujours sur le vol vers Francfort, repasser la sécurité et embarquer de nouveau. 

Vol sans problème, et dodo jusqu’à notre arrivée à Francfort.

À l’aéroport, nous allons directement au comptoir de location d’auto, nous avons déjà une réservation, mais on nous demande un super dépôt, beaucoup plus élevé que ce qu’on nous avait dit, évidemment nous n’avons pas été avisés quand nous avons réservé que nous aurions à payer aussi cher. Pendant que les gars s’obstinent au comptoir avec l’agent, je connecte mon cellulaire sur le WI-FI de l’aéroport pour pouvoir envoyer mes vœux d’anniversaire à Janik. Et au bout d’un moment, les clés de la voiture en main, avec le goût amer de s’être fait «fourrer», nous partons en direction de Berlin. Pour ceux ou celles qui sont moins bons en géographie, Francfort est près de la frontière à l’ouest et Berlin tout au bout au nord-est de l’Allemagne, un trajet d’environ 5 heures et demi.  Bien sûr, comme nous devons faire quelques arrêts en chemin, le trajet va nous prendre une bonne partie de la journée. 

En Allemagne, il n’y a pas de limite de vitesse sur l’autobahn (autoroute), ça roule en moyenne à 130-140 km heures, pas tellement plus vite que chez-nous, mais de temps en temps y a des voitures qui nous dépassent à la vitesse de la lumière, bon j’exagère à peine. Les routes sont super bien entretenues et on commence à réaliser à quel point l’efficacité est un mot qui décrit bien l’Allemagne en général. Assise derrière, parce que les deux autres avec leurs grandes jambes ont besoin de plus d’espace que moi, je n’ai pas tant de beaux paysages à admirer, sur une autoroute en général c’est assez « drabe » plutôt ennuyeux, mais je constate qu’il y a au moins des centaines et des centaines d’éoliennes, mon cœur d’écologiste est satisfait. Lorsque nous nous arrêtons dans les aires de repos, nous sommes impressionnés par nos sièges de toilette super technologiques qui tournent et sont nettoyés après chaque usage et pour laver les mains par le système de jet d’eau, de jet de savon et de jet d’air, sans rien toucher, et qui…fonctionne ! Après un arrêt pour déjeuner et plus tard un diner dans un McDo, nous arrivons à Eberswalde pas très loin de Berlin, chez Adam (vice-président de l’IMCF).

Adam, j’avais un peu tenté de lui parler l’année dernière en Espagne, alors que j’essayais de discuter avec des piliers de l’IMCF parce que je voulais en savoir davantage sur le béhourd à l’international. Ça n’avait pas super bien fonctionné, lui ne comprenant pas trop mes motivations et mon anglais cahoteux, sa blonde un peu suspicieuse et moi ne sachant pas trop par où et quoi commencer. Cette année, il a discuté pas mal avec Benoit à l’assemblée générale en Pologne et lui a proposé le gîte quelques jours avant et après le tournoi à Malbork, évidemment l’invitation inclue moi et Andrew. 

Notre hôte, vit dans un superbe appartement qu’il partage avec trois colocs, dont deux qui comme lui, font partie aussi de l’équipe allemande. On nous accueille chaleureusement et on nous offre à manger et à boire. C’est drôle la cuisine est vraiment toute petite comparée aux autres pièces, on arrive à peine à tous tenir autour de la table, en revanche, le hall et le salon sont très vastes. Il y a aussi trois chambres, et deux pièces séparées pour la douche et la toilette, c’est à mon souvenir toujours ainsi en Europe, alors qu’en Amérique, généralement, on met tout ça dans une plus grande mais unique pièce.


Les gars sont déjà en train de discuter du tournoi et moi j’essaie de m’ajuster à l’anglais, celui de Benoit et Andrew, j’y suis assez habituée, celui d’Adam ressemble à mon oreille à de l’anglais britannique, Florian, Johannes et Josephine, le parlent un peu avec un fort accent allemand. Au bout d’un moment à force de décoder, de chercher à se faire comprendre tout en sirotant nos bières, la fatigue commence à se faire ressentir et Adam nous amène au salon où il nous a installé des coussins et des couvertures, ils sont terriblement séduisants et invitants. Et quand je vois que Benoit et Andrew continuent de discuter, je ne les attends pas et je me dépêche d’aller me coucher. Il est prévu que le lendemain et le surlendemain nous traînerons un peu autour d’Eberswalde et le jour suivant nous partirons tous à Malbork.  

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