Nous déambulons parmi les marchands en
mangeant un sandwich et en attendant la cérémonie de clôture et la remise des
médailles. Plusieurs profitent des bas prix qu’offrent la plupart des marchands
désireux de liquider le maximum de leurs marchandises et ainsi en ramener moins
chez eux. Y a déjà certains groupes qui commencent à démonter leur tente et
prendre de l’avance sur le paquetage des bagages. Pour ceux comme nous qui
dormons à l’hôtel, y a moins d’urgence, mais tout de même, le marchand qui nous
a loué la tente nous a demandé de la vider et de la démonter rapidement après
la cérémonie. Je m’attarde près des kiosques de tissus particulièrement les
laines et je trouve cruel de ne pouvoir en ramener, j’ai pas de budget pour ça
mais surtout je n’ai pas de place dans mes valises déjà débordantes.
L’après-midi s’achève lorsque nous
prenons place dans le cortège en attendant comme il y a quatre jours, lorsque nous avons entamé la cérémonie d’ouverture. Quand notre tour arrive
nous longeons la lice et sans s’être consultés, nous saluons la foule qui
remplit les estrades et leur crions « dziekuje! » (merci) comme l’a fait l’Ost ce matin juste
avant leur combat ultime contre les Polonais. Notre
équipe avait d’ailleurs reçu du public un accueil chaleureux pour cette belle
démonstration. C’est pourquoi, spontanément nous renouvelons nos salutations
avec le même enthousiasme. Nous prenons place ensuite derrière la lice avec les
autres équipes faisant face au public et attendons patiemment ensuite que les
notables prennent la parole pour enfin commencer la remise des médailles.
Je quitte momentanément mon groupe pour
aller me positionner juste derrière la lice de l’autre côté avec les
journalistes et les photographes pour, comme la foule, faire face aux futurs médaillés.
Juste avant, on invite la vingtaine d’arbitres, dont Benoit et Igor font
partie, à venir dans la lice afin de les remercier pour leur bon travail. Le
président de l’IMCF les remercie pour leur travail extraordinaire et leur remet
à chacun une petite broche dorée à l’effigie du château de Malbork. Puis la remise
commence, les duels à la hallebarde chez les femmes et chez les hommes où l’on
peut entendre les hymnes nationaux de la Nouvelle-Zélande et du Royaume- Uni.
Puis, voilà le moment que nous
attendions, les duels à l’épée longue chez les femmes, la médaille d’or pour
Bénédicte Robitaille Québec! Béné s’avance, avec Amélie qui suit derrière en tenant
notre grand fleurdelisé, reçoit poignées de main et félicitations et on lui
remet sa médaille, elle prend place alors au milieu des deux autres femmes et
attend que la musique se mette à jouer…Hubert s’adresse à la foule et je pense
qu’il explique brièvement que nous avons apporté notre propre hymne. Notre
championne, le sourire rayonnant commence à taper doucement sur sa cuisse dès
le début des premières notes et dès que la musique devient audible complètement,
toute la foule se lève et se met à taper des mains avec tous les combattants et
le reste des participants. L’Ost déborde d’enthousiasme de fierté et moi, je
suis incapable de prendre des photos tant je veux vivre pleinement ce moment.
D’être aux premières loges pour voir une Québécoise se faire médailler d’or
dans un sport, à l’origine exclusivement masculin, c’est trippant; d’être
témoin direct d’un mouvement aussi soudain d’enthousiasme de la part d’un
millier d’individus issus de plus d'une vingtaine de pays, qui tapent avec entrain sur l’air
de Martin de la chasse-galerie de la
Bottine souriante en guise d’hymne national, c’est complètement euphorisant! D’avoir
tous ces regards ravis tournés vers la lice, vers les écrans géants, vers le
Québec avec la championne et avec nous, c’est très émouvant. J’espère qu’on
verra ça quelque part sur Internet quand tout ça sera terminé, mais avec toutes
ces caméras qui tournent, y a de l’espoir.
Bon après ce moment fort, la remise
continue avec les duels masculins dans la même catégorie, puis à l’épée et
bouclier où Béné reçoit la médaille d’argent. Cette année, nous avons des
équipes féminines, c’est une première, un trophée est donc remis aux championnes
dans la catégorie 3 contre 3. Je trouve ça vraiment chouette, mais ce qui me
fait encore plus sourire quand l’équipe du Royaume Uni vient chercher son
trophée pour la seconde place, c’est de voir l’une des combattantes entrer toute
souriante avec son bébé dans les bras devant leur porteur de drapeau masculin. C’est
juste fantastique et en même temps surréel quand l’on sait à quel point des
millions de femmes ailleurs dans le monde doivent cacher leur visage en public
et sont complètement soumises aux hommes.
S’ensuit les trophées des meilleures
équipes masculines en béhourt dans les catégories de 5v5, 10v10, et 16v16 toutes
remportées par les Polonais. Les combattants quittent la lice non sans s’être
serrés les mains et s’être félicités les uns les autres. On remercie aussi les deux
commentateurs lors de la transmission de l’événement durant les quatre jours. On
invite dans la lice pour terminer, tous les capitaines des équipes des 24
pays participants. On leur remet un livre illustré de la forteresse de Malbork.
Finalement tous les combattants se retrouvent dans la lice pour un immense « câlin
» collectif, une marée humaine souriante et colorée où s’emmêlent les drapeaux,
pour un au revoir mes frères. Comme je le fais toujours à chaque année, même si
je ne combats pas moi-même, je rejoins toujours cette foule dans ce rituel pour m’imprégner de
cette communion chaleureuse.
La foule de spectateurs est presque
toute partie quand nous redescendons sur terre et constatons que plusieurs
tentes ont disparues, bien rangées dans les camions de location. Y a des
combattants qui sont déjà prêts à partir, ayant tout paqueté leur stock avant
la cérémonie. Y en a d’autres qui sont en train de ramasser leurs affaires pour
partir avant la tombée de la nuit. D’autres sont moins pressés parce qu’ils
partiront demain ou mardi, c’est aussi notre cas, mais comme nous dormons à l’hôtel
et que n’avons plus de tente pour y ranger les armures, nous devons aller porter
tout ça en lieu sûr. Nous finissons de saluer nos amis qui partent ce soir, moment
interminable s’il en est un et allons porter les armures de Ben et d’Andrew
dans la voiture de location stationnée pas bien loin.
Nous revenons, moi et Benoit sur le
terrain, décidés à faire un peu la fête avec ceux qui restent pour la nuit,
nous tombons rapidement sur Adam avec qui nous déambulons au hasard des rues à proximité
du château. Il nous félicite à défaut de pouvoir le dire directement à Béné qui
n’est pas là, et sachant à quel point une partie d’entre nous sommes de fiers
souverainistes, il avoue avoir été ému devant notre débordement de joie et
notre fierté toute québécoise. C’était beau à voir!
Au bout d’une quinzaine de minutes,
nous sommes rejoints par des Écossais qui nous font goûter à leur « meadskey »
un mélange d’hydromel et de whiskey qui n’est pas banal et même très bon, puis
s’ajoute les Irlandais et un Anglais. Nous voilà en train de boire de la bière,
de l’hydromel danois et du meadskey tout en discutant avec beaucoup d’animation
et d’humour à propos de fabrication de caribou, de drambuie, de bières et autres.
Une bonne partie de notre soirée se passe d’ailleurs sur ce coin de rue avec Adam
et ces nouveaux amis. Au bout d’un moment, notre groupe de joyeux lurons se
dissout et nous tombons sur Béné, Amélie et Igor qui envisagent de faire un
tour chez les Danois qui dorment sur place et qui ont commencé à festoyer. Nous
décidons de les accompagner, ceux-ci nous accueillent et s’efforcent de parler en
anglais pour que nous puissions nous joindre à leurs conversations. Cependant,
au bout d’un moment passé avec eux, nous repartons à l’hôtel pour les laisser
célébrer entre eux, en danois. De toute façon nous sommes considérablement fatigués
et nous rentrons nous coucher. Demain matin il est prévu de visiter le château
en groupe avec les combattants qui seront encore à Malbork.





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