Lorsque je me réveille, Kaï est étendu confortablement
sur le lit à côté de moi, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde,
il est particulièrement content de me voir éveillée, enfin! Moi sa nouvelle
amie temporaire! Je me glisse à l’extérieur quand j’entends du bruit dans la
cuisine et me doute que notre hôtesse vient d’arriver de travailler quand je
vois la distance parcourue par le soleil, changeant complètement l’éclairage du
salon. J’ouvre la porte du salon, et la referme, et avant d’ouvrir celle de la
cuisine, je constate qu’il y a des portes partout, pour toutes les pièces.
C’est une chose que j’avais observé dans plusieurs maisons en Europe, les plus
vieilles surtout, j’imagine que c’est par mesure d’économie du chauffage, et
comme c’est humide ici dans ce pays! Au Québec, nous sommes riches en
électricité depuis la création du barrage hydroélectrique, mais aussi notre
climat rigoureux plusieurs mois par année, nécessite une circulation du
chauffage dans toute la maison, incluant nos sous-sols. Donc généralement, les
portes d’intérieur servent surtout pour l’intimité des chambres à coucher et de
la salle de bain alors que les pièces communes sont ouvertes entre elles.
Lara est effectivement dans la cuisine et après
s’être présentées, on constate rapidement que nous pouvons parler en français,
j’imagine que notre accent respectif nous a trahit, elle est française
d’origine, mais a eu un coup de foudre pour l’Irlande il y a quelques années
après y être venue travailler. Puis à son retour à Paris, elle a réalisé que sa
place n’était plus en France mais en Irlande. Elle y est revenue et y vit
depuis deux ans avec son chien Kaï, sa chatte Nounette et sa chouette Tony. Je
lui montre la belle photo que j’ai prise de son chien, elle lâche : « Ah
la canaille! Il n’a pas le droit de monter sur le fauteuil et ni sur les lits.
» Évidemment, il en a profité, sachant que moi je ne connaissais pas cette
règle, il en a bien profité, nous rions. Désolée maintenant mon vieux, je la
connais cette règle.
Luc nous rejoint aussi et bientôt Brendan
et Maria arrivent et nous cuisinent un chili, la cuisine est toute petite et à
cinq adultes, plus le gros toutou et la chatte qui vient quêter quelques
caresses aux nouveaux venus, l’espace est complètement occupé. Les
conversations sont en anglais, mais de temps en temps, on échange un peu en français,
d’une façon ou d’une autre c’est rapidement très animé. Lara me donne le code
pour que je puisse me connecter à son Wi-Fi pour pouvoir communiquer avec
Benoit qui en principe doit prendre l’avion ce soir.
Quand nous réussissons à nous brancher ensemble
chacun sur notre fuseau horaire, Benoit m’apprend que lui et Andrew sont
retournés à Montréal après que moi et Luc ayons embarqués dans notre avion
parce que le prochain vol Toronto-Dublin avec de la place disponible était trop
tard pour arriver à temps pour le tournoi. Ils ont donc décidé de prendre le
vol Montréal-Paris, puis payer le prix régulier d’un billet Paris-Dublin, ce
qui n’était pas prévu dans notre budget, mais là on a pas le choix. Benoit est
donc actuellement à l’aéroport de Montréal et Andrew est parti chez-lui prendre
une douche et bouffer, mais Benoit est résigné à rester là, pour garder les
bagages. Il lui reste encore un bon sept ou huit heures avant son vol pour
Paris et il n’est pas trop inquiet, il y a beaucoup de place disponible. Je
fausse un peu compagnie à nos ami(e)s qui comprennent la situation, pour jaser
avec mon amoureux et lui tenir compagnie qui est coincé tout seul à attendre à
se tourner les pouces. La situation est trop injuste et pour moi c’est normal
que je tente de rendre son attente un peu plus agréable. Demain matin moi et
Luc irons un peu nous promener dans la ville de Galway, pendant que Brendan ira
chercher Ben et Andrew à l’aéroport, et nous nous rejoindrons en fin d’après-midi.
Quand Andrew arrive à l’aéroport, ça tombe
bien parce que je suis fatiguée et je me couche, on se quitte avec l’espoir que
tout aille bien pour eux. Pendant que je dors profondément à 1:00 hre, ils
prennent le vol de 20:00 hrs, arriveront vers 9:00 hrs am à Paris pour prendre
le vol de Dublin vers 13:00 hrs, on se retrouvera vers 18:00 hrs. Nous avons très
hâte d’être ensemble et à la même heure!
Au petit matin, on se dépêche de s’habiller,
de manger une bouchée avec Lara qui nous déposera à Galway à une trentaine de
minutes de chez-elle avant d’aller travailler. C’est une ville située dans la
province de Connacht, lieu magnifique et très prisé par les touristes. Nous sommes
sur la côte ouest, près de la mer dans la partie la plus « irlandaise »
gaélique de l’île. Tout est écrit en anglais et en gaélique, partout! Nous partons errer un peu dans la ville qui n’est
pas particulièrement grande, en comparaison je dirais environ de la taille de
St-Jérôme, avec environ une population de 75 000 habitants. La ville
regorge évidemment de pubs tous aussi invitant les uns que les autres, et au
bout d’une heure ou deux à déambuler dans les rues étroites, à prendre des
photos, à s’arrêter pour écouter des musiciens ambulants, nous en choisissons
un pour luncher et prendre une pinte de Guinness.
Y a du WI-Fi, je me connecte pour savoir
si les gars sont bien arrivés à Paris, ce qui est le cas, d’ailleurs ils s’apprêtent
à embarquer pour Dublin, donc on est sur le même continent, c’est l’esprit
soulagé que je poursuis mon diner en tête à tête avec Luc qui ne semble pas
partager autant d’émoi que moi pour tout ce que je vois. Je suis presque comme
un enfant dans un magasin de jouets. Je m’enthousiasme sur la décoration, sur
le magnifique piano, sur les bancs faits à partir de barils, de la musique, du
gaélique partout, de mon fish & chips, même ma Guiness ne semble pas goûter
la même chose que chez-nous, bon c’est peut-être une illusion aussi.
L’après-midi se passe à errer ici et là,
nous avons quelques heures à tuer, mais pas assez de temps pour aller visiter des
trucs en particulier. J’en profite pour aller voir mes messages en s’arrêtant
au McDo et je suis témoin d’une scène qui me rappelle la réaction de Brendan
avec sa voiture abimée. Je suis assise dans le restaurant alors qu’une fillette
de trois-quatre ans tout au plus, est assise sagement en attendant que son père
passe sa commande au comptoir. Elle essaie d’ouvrir maladroitement son sac de
smarties, et quand elle réussit, le sac explose et vous le devinerez, la quasi-totalité
des bonbons se retrouvent sur le sol, de mon côté, j’attends l’alarme nucléaire
imminente, rien ne se produit. Son père arrive au même moment et la fillette hausse
les épaules et lui dit sur un ton résigné, que ses bonbons sont presque tous
tombés, sans cris, sans larmes…c’est tout. Je me demande à ce moment-là si c’est
un trait typique des Irlandais, cette espèce de résignation devant le malheur,
cette volonté de ne pas se laisser briser, une caractéristique qui a fini par s’inscrire
dans leur ADN au fil des générations.
Et toujours cet humour particulier tragi-comique
que l’on trouve dans les contes, les récits, les chansons d’autrefois et le théâtre,
mais aussi chez les gens, comme si le malheur et les catastrophes qui ont marqué
leur histoire leurs avaient forgé un tempérament blindé face au malheur. Est-ce
ce caractère qui a fait de l’Irlande un phare dans la Renaissance celtique,
avec ses poètes, ses hommes de lettre, son théâtre? C’est particulier que cette
petite île fut aussi un phare dans la montée du christianisme à l’époque de
Charlemagne. La Mecque (l’ironie d’user d’un mot emprunté à l’Islam pour parler
du christianisme!) où les moines allaient apprendre. C’était le « Oxford » du
monachisme chrétien! D’ailleurs cette période nous a laissé un des plus
magnifiques chefs-d’œuvre du Moyen âge, le « Book of Kells » exposé au Trinity
College à Dublin, j’irai un jour c’est sûr. Il y a peu d’œuvre purement artistique qui
nous reste de cette époque, la première que j’ai pu voir étant la Tapisserie de
Bayeux, une immense « bande-dessinée », en broderie du 11ième siècle,
qui raconte les événements qui ont menés à la conquête normande de l’Angleterre
par Guillaume de Normandie. J’ai eu ce plaisir lors d’un voyage précédent en Belgique
et dans le nord de la France.
En fin d’après-midi, nous allons prendre
un bus qui nous mènera près de chez Lara où Brendan, Ben et Andrew doivent nous
récupérer.
Je ne m’habitue toujours pas aux habitudes
routières d’ici, et nichée en hauteur dans le gros autobus de type voyageur, le
clash est encore pire, je ferme les yeux pour éviter la nausée. Je m’enfonce
dans une petite sieste, de courte durée, quand le chauffeur bien enfermé dans
sa cabine vitrée, annonce notre arrêt. Nous allons au point de rencontre, près
d’un marché et peu après, les gars arrivent, je retrouve enfin mon amoureux !! Ça
fait moins de 48 heures qu’on s’est vus, et même si nous nous sommes textés
longuement hier soir, nous avons encore tout un tas de choses à nous raconter.
C’est toujours comme ça!







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