mercredi 29 mars 2017

Irlande/ Éirinn partie 2




Lorsque je me réveille, Kaï est étendu confortablement sur le lit à côté de moi, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde, il est particulièrement content de me voir éveillée, enfin! Moi sa nouvelle amie temporaire! Je me glisse à l’extérieur quand j’entends du bruit dans la cuisine et me doute que notre hôtesse vient d’arriver de travailler quand je vois la distance parcourue par le soleil, changeant complètement l’éclairage du salon. J’ouvre la porte du salon, et la referme, et avant d’ouvrir celle de la cuisine, je constate qu’il y a des portes partout, pour toutes les pièces. C’est une chose que j’avais observé dans plusieurs maisons en Europe, les plus vieilles surtout, j’imagine que c’est par mesure d’économie du chauffage, et comme c’est humide ici dans ce pays! Au Québec, nous sommes riches en électricité depuis la création du barrage hydroélectrique, mais aussi notre climat rigoureux plusieurs mois par année, nécessite une circulation du chauffage dans toute la maison, incluant nos sous-sols. Donc généralement, les portes d’intérieur servent surtout pour l’intimité des chambres à coucher et de la salle de bain alors que les pièces communes sont ouvertes entre elles.

Lara est effectivement dans la cuisine et après s’être présentées, on constate rapidement que nous pouvons parler en français, j’imagine que notre accent respectif nous a trahit, elle est française d’origine, mais a eu un coup de foudre pour l’Irlande il y a quelques années après y être venue travailler. Puis à son retour à Paris, elle a réalisé que sa place n’était plus en France mais en Irlande. Elle y est revenue et y vit depuis deux ans avec son chien Kaï, sa chatte Nounette et sa chouette Tony. Je lui montre la belle photo que j’ai prise de son chien, elle lâche : « Ah la canaille! Il n’a pas le droit de monter sur le fauteuil et ni sur les lits. » Évidemment, il en a profité, sachant que moi je ne connaissais pas cette règle, il en a bien profité, nous rions. Désolée maintenant mon vieux, je la connais cette règle.

Luc nous rejoint aussi et bientôt Brendan et Maria arrivent et nous cuisinent un chili, la cuisine est toute petite et à cinq adultes, plus le gros toutou et la chatte qui vient quêter quelques caresses aux nouveaux venus, l’espace est complètement occupé. Les conversations sont en anglais, mais de temps en temps, on échange un peu en français, d’une façon ou d’une autre c’est rapidement très animé. Lara me donne le code pour que je puisse me connecter à son Wi-Fi pour pouvoir communiquer avec Benoit qui en principe doit prendre l’avion ce soir.  


Quand nous réussissons à nous brancher ensemble chacun sur notre fuseau horaire, Benoit m’apprend que lui et Andrew sont retournés à Montréal après que moi et Luc ayons embarqués dans notre avion parce que le prochain vol Toronto-Dublin avec de la place disponible était trop tard pour arriver à temps pour le tournoi. Ils ont donc décidé de prendre le vol Montréal-Paris, puis payer le prix régulier d’un billet Paris-Dublin, ce qui n’était pas prévu dans notre budget, mais là on a pas le choix. Benoit est donc actuellement à l’aéroport de Montréal et Andrew est parti chez-lui prendre une douche et bouffer, mais Benoit est résigné à rester là, pour garder les bagages. Il lui reste encore un bon sept ou huit heures avant son vol pour Paris et il n’est pas trop inquiet, il y a beaucoup de place disponible. Je fausse un peu compagnie à nos ami(e)s qui comprennent la situation, pour jaser avec mon amoureux et lui tenir compagnie qui est coincé tout seul à attendre à se tourner les pouces. La situation est trop injuste et pour moi c’est normal que je tente de rendre son attente un peu plus agréable. Demain matin moi et Luc irons un peu nous promener dans la ville de Galway, pendant que Brendan ira chercher Ben et Andrew à l’aéroport, et nous nous rejoindrons en fin d’après-midi.

Quand Andrew arrive à l’aéroport, ça tombe bien parce que je suis fatiguée et je me couche, on se quitte avec l’espoir que tout aille bien pour eux. Pendant que je dors profondément à 1:00 hre, ils prennent le vol de 20:00 hrs, arriveront vers 9:00 hrs am à Paris pour prendre le vol de Dublin vers 13:00 hrs, on se retrouvera vers 18:00 hrs. Nous avons très hâte d’être ensemble et à la même heure!

Au petit matin, on se dépêche de s’habiller, de manger une bouchée avec Lara qui nous déposera à Galway à une trentaine de minutes de chez-elle avant d’aller travailler. C’est une ville située dans la province de Connacht, lieu magnifique et très prisé par les touristes. Nous sommes sur la côte ouest, près de la mer dans la partie la plus « irlandaise » gaélique de l’île. Tout est écrit en anglais et en gaélique, partout!  Nous partons errer un peu dans la ville qui n’est pas particulièrement grande, en comparaison je dirais environ de la taille de St-Jérôme, avec environ une population de 75 000 habitants. La ville regorge évidemment de pubs tous aussi invitant les uns que les autres, et au bout d’une heure ou deux à déambuler dans les rues étroites, à prendre des photos, à s’arrêter pour écouter des musiciens ambulants, nous en choisissons un pour luncher et prendre une pinte de Guinness.



Y a du WI-Fi, je me connecte pour savoir si les gars sont bien arrivés à Paris, ce qui est le cas, d’ailleurs ils s’apprêtent à embarquer pour Dublin, donc on est sur le même continent, c’est l’esprit soulagé que je poursuis mon diner en tête à tête avec Luc qui ne semble pas partager autant d’émoi que moi pour tout ce que je vois. Je suis presque comme un enfant dans un magasin de jouets. Je m’enthousiasme sur la décoration, sur le magnifique piano, sur les bancs faits à partir de barils, de la musique, du gaélique partout, de mon fish & chips, même ma Guiness ne semble pas goûter la même chose que chez-nous, bon c’est peut-être une illusion aussi.




L’après-midi se passe à errer ici et là, nous avons quelques heures à tuer, mais pas assez de temps pour aller visiter des trucs en particulier. J’en profite pour aller voir mes messages en s’arrêtant au McDo et je suis témoin d’une scène qui me rappelle la réaction de Brendan avec sa voiture abimée. Je suis assise dans le restaurant alors qu’une fillette de trois-quatre ans tout au plus, est assise sagement en attendant que son père passe sa commande au comptoir. Elle essaie d’ouvrir maladroitement son sac de smarties, et quand elle réussit, le sac explose et vous le devinerez, la quasi-totalité des bonbons se retrouvent sur le sol, de mon côté, j’attends l’alarme nucléaire imminente, rien ne se produit. Son père arrive au même moment et la fillette hausse les épaules et lui dit sur un ton résigné, que ses bonbons sont presque tous tombés, sans cris, sans larmes…c’est tout. Je me demande à ce moment-là si c’est un trait typique des Irlandais, cette espèce de résignation devant le malheur, cette volonté de ne pas se laisser briser, une caractéristique qui a fini par s’inscrire dans leur ADN au fil des générations.

Et toujours cet humour particulier tragi-comique que l’on trouve dans les contes, les récits, les chansons d’autrefois et le théâtre, mais aussi chez les gens, comme si le malheur et les catastrophes qui ont marqué leur histoire leurs avaient forgé un tempérament blindé face au malheur. Est-ce ce caractère qui a fait de l’Irlande un phare dans la Renaissance celtique, avec ses poètes, ses hommes de lettre, son théâtre? C’est particulier que cette petite île fut aussi un phare dans la montée du christianisme à l’époque de Charlemagne. La Mecque (l’ironie d’user d’un mot emprunté à l’Islam pour parler du christianisme!) où les moines allaient apprendre. C’était le « Oxford » du monachisme chrétien! D’ailleurs cette période nous a laissé un des plus magnifiques chefs-d’œuvre du Moyen âge, le « Book of Kells » exposé au Trinity College à Dublin, j’irai un jour c’est sûr.  Il y a peu d’œuvre purement artistique qui nous reste de cette époque, la première que j’ai pu voir étant la Tapisserie de Bayeux, une immense « bande-dessinée », en broderie du 11ième siècle, qui raconte les événements qui ont menés à la conquête normande de l’Angleterre par Guillaume de Normandie. J’ai eu ce plaisir lors d’un voyage précédent en Belgique et dans le nord de la France.

En fin d’après-midi, nous allons prendre un bus qui nous mènera près de chez Lara où Brendan, Ben et Andrew doivent nous récupérer.

Je ne m’habitue toujours pas aux habitudes routières d’ici, et nichée en hauteur dans le gros autobus de type voyageur, le clash est encore pire, je ferme les yeux pour éviter la nausée. Je m’enfonce dans une petite sieste, de courte durée, quand le chauffeur bien enfermé dans sa cabine vitrée, annonce notre arrêt. Nous allons au point de rencontre, près d’un marché et peu après, les gars arrivent, je retrouve enfin mon amoureux !! Ça fait moins de 48 heures qu’on s’est vus, et même si nous nous sommes textés longuement hier soir, nous avons encore tout un tas de choses à nous raconter. C’est toujours comme ça!

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