mardi 7 mars 2017

Des touristes à Gdansk

Lundi, dernière journée à passer ici à Malbork, la levée du corps est assez relax et le petit déjeuner est pris encore dans la salle à diner hétéroclite. En naviguant sur Internet, Benoit reçoit un message d’un journaliste de CBC avec qui il s’était entretenu quelques semaines avant de partir en Pologne. Ce dernier a su que le Québec avait gagné une médaille d’or et il aimerait s’entretenir à nouveau avec lui. Benoit l’informe que la victoire revient à Bénédicte Robitaille et lui demande s’il désire faire une entrevue plutôt avec elle, ce que le journaliste accepte bien entendu. Benoit en informe Béné et lui demande son numéro de téléphone pour que le journaliste puisse la rejoindre. Il se dépêche de les mettre en contact et leur laisse tout ça entre les mains.

Nous nous rendons une heure plus tard au château pour notre visite, nous sommes peu nombreux puisque plusieurs participants sont déjà repartis chez eux. Nous faisons la visite avec les Néo-Zélandais qui se révèlent être d’agréable compagnie, même si j’ai beaucoup de mal à les comprendre avec leurs accents qui me rappelle sans cesse Crocodile Dundee. Je fais un peu plus connaissance avec la responsable de la lice, Caitlin très enceinte et qui mesure moins de cinq pieds, ce qui lui a valu le surnom de hobbit mom. Mais elle a beau être toute petite, personne n’oserait lui marcher sur les pieds, pieds qui étaient nus la plupart du temps lors du tournoi. C’est une Américaine naturalisée Néo-Zélandaise, son conjoint est l’un des combattants et elle s’occupe de monter les listes de combats durant le tournoi. Certains lui ont aussi donné le surnom de spider mom, car c’est à l’hôpital où elle s’était rendue après avoir été piquée par une araignée venimeuse qu’elle a appris qu’elle était enceinte.

La visite est tranquille et on a l’impression que tout le monde décante doucement après ces quatre jours intenses, la ville aussi semble vivre le même rythme que nous. Pas bien loin, il y a un petit restaurant sans prétention avec de la bonne pizza et de la bière vraiment pas chère, idéal pour se retrouver à manger la croute entre ami(e)s en ce petit lundi nuageux. C’est aussi parfait pour les porte feuilles qui s’amincissent en cette fin d’aventure, plusieurs ont profité des prix avantageux de la dernière journée de tournoi : des pièces d’armure, des bouteilles d’hydromel achetées chez les Danois, des items en cuir, etc.

En après-midi nous retournons à notre hôtel pour finir tranquillement nos bagages et ne rien faire jusqu’au souper où nous avons prévu de prendre un dernier repas de gang avant que tous se séparent chacun de leur côté. Moi et Benoit profitons de ce moment de répit pour préparer un peu notre itinéraire du lendemain puisqu’il est prévu de passer la journée à Gdansk à deux heures de là. Même si c’est un petit détour de notre chemin pour nous rendre à Eberswalde chez Adam, nous ne voulons pas rater cette visite qu’on nous a chaudement recommandé. C’est pourquoi, nous ne voulons pas nous attarder en ville après notre souper.

Le restaurant est situé à une quinzaine de minutes de marche de notre hôtel, c’est pourquoi nous décidons d’un commun accord de laisser les voitures derrière, ainsi, la balade du retour nous permettra de digérer. Nous rencontrons quelques chiens errants, ce dont je ne suis pas habituée, à Montréal, il est très rare de rencontrer un toutou seul, généralement, le maître ou la maîtresse est avec lui. Ceux-ci ne sont pas nécessairement menaçant mais ils semblent un peu farouches et vaut mieux être prudente, je ne m’en approche pas vraiment. Nous revenons quand même assez tôt, après avoir bien mangé et bien bu dans un restaurant polonais dont la décoration floue flirte avec un je-ne-sais-quoi d’inspiration française.

J’ai déjà hâte de repartir, et c’est pourquoi je suis enthousiaste à finir mes valises, j’essaie de fermer définitivement tout le stock médiéval jusqu’à notre retour à Montréal. J’aime bien un peu d’ordre quand c’est le temps de faire les valises, parce que nous nous déplaçons beaucoup et que c’est vraiment barbant de devoir ouvrir les valises chaque fois pour trouver ce qu’on cherche. Je fais les valises de façon méthodique et Benoit s’occupe de son armure, ses gambisons, son stock de réparation d’urgence, ses vêtements de sport et le reste c’est habituellement moi qui s’en occupe. Généralement nous avons quatre valises et deux bagages à main qui eux contiennent nos vêtements civils, notre portable et de la bouffe d’urgence (noix, poudre protéinée, chocolat, etc.) Bien souvent nos voyages ressemblent à des expéditions et faut pouvoir faire face aux imprévus, et on veut éviter de devoir ouvrir toutes nos grosses valises en plein milieu d’une gare ou d’un coin de rue pour trouver par exemple, un imperméable, une crème solaire ou pour se changer de chaussure. J’ai donc pris l’habitude de faire mes bagages de façon stratégique, comme un « re-set » et j’avoue que j’y prends goût, c’est mon rituel de départ.

Mardi matin, Andrew, Ben et moi quittons le reste de la gang après avoir rempli la voiture de tous nos bagages, les deux gars en avant et moi plus petite derrière avec une partie des sacs qui me serviront de coussin quand je m’assoupirai. Je regarde une dernière fois la forteresse, puis droit devant entre Ben et Andrew qui discutent de ce qui a fonctionné ou pas lors du tournoi. De temps en temps j’essaie de placer un mot ou deux, mais parfois je dois lever la main et lâcher un « YOU-HOU! » c’est pas facile de parler entre eux deux! Après avoir dit ce que j’avais à dire, mes propos étant un genre d’intermède dans leur discussion, j’abandonne et recommence à faire ma job de DJ.
 
Gdansk!

Gdansk, appelée communément la perle de la Baltique est une ville située sur les rives de la Mer et son port est le plus important au pays. C’est une ville très populaire auprès des touristes à cause de son rayonnement culturel, elle a conservé son architecture historique et on y trouve beaucoup de musées, de théâtres et d’activités à faire. C’est aussi la capitale mondiale de l’ambre qu’on retrouve partout dans les boutiques de souvenirs ou chez les marchands de bijoux. Si Marienbourg à Malbork a été une plaque tournante importante dans le passé pour le commerce de cet or du Nord, c’est ici qu’il touchait terre puisqu’il provient directement de la mer Baltique.


Le pont des amoureux (comme à Paris) 
Arrivés sur place, nous décidons de trouver un stationnement et de circuler à pied, pour être en mesure de mieux admirer l’architecture particulièrement riche et héritée des nombreuses cultures laissées par les vagues d’immigration allemande, polonaise, écossaise et néerlandaise. En typique ville portuaire qui accueille l’étranger et finit par le garder, Gdansk a elle aussi un patrimoine historique extraordinaire qui le distingue des autres villes de la Pologne.

Au cours de notre balade, nous tombons par hasard sur Jay Noyes, le capitaine de l’équipe japonaise, évidemment on discute avec enthousiasme une bonne heure sur le coin d’une rue. Les membres de l’équipe errent un peu autour et leur capitaine telle une maman oiseau qui pousse ses oisillons hors du nid, les encourage à se promener, les rassurant qu’il n’y a aucun danger. L’allure de l’endroit où nous sommes est un peu comme le Vieux port à Montréal sur la grande place, on est bien loin d’un grand centre-ville, d’ailleurs la population est d’environ 450 000 personnes à Gdansk. Certains d’entre eux font mine de se promener mais ils tournent autour ce qui fait sourire Jay. À voir son regard bienveillant quand il les regarde, je ne lui demande pas, mais je suis convaincue qu’il a des enfants, je reconnais cet air-là.


Au bout d’un moment, faut bien nous quitter, et les laissons avec des promesses d’« à la prochaine, au prochain tournoi ». Nous déambulons un peu parmi les dizaines de tables de marchands où l’on vend des bijoux avec de l’ambre doré et vert, ça fait rêver. Pendant que je reste à ma fascination, Benoit a trouvé la sienne juste derrière, chez un antiquaire qui vend des épées. Au bout d’un moment, Benoit me persuade d’acheter la paire de boucles d’oreille qui me titille depuis cinq minutes et me supplie de l’accompagner ensuite à l’intérieur. Je vois une hallebarde vieille de 400 ans et j’espère qu’il n’essaiera pas de me convaincre cette fois-ci. Je souffle un peu mieux quand je constate qu’il ne voulait que partager son admiration. Quand il explique à l’antiquaire, ce qu’il fait et pourquoi nous sommes en Pologne, il a le regard du gars qui rencontre un autre gars comme lui et qui sait le comprendre, il lui prête l’arme pour qu’il puisse la soupeser et mieux la regarder. Il est comme un poisson dans l’eau, Ben a trouvé un connaisseur avec qui discuter métallurgie et technique. Je finis par décoller mon chum, comme un plaster, de la boutique et nous continuons notre errance jusqu’à ce qu’on trouve un p’tit resto sur une terrasse, parce qu’il faut bien manger un moment donné. Il est encore tôt mais nous voulons partir assez tôt, conscients que nous devrons rouler cinq-six heures avant d’arriver à Eberswalde, si nous partons trop tard, nous serons fatigués au bout d’une heure et ça sera dangereux de rouler sur l’autoroute ennuyante.


Après notre petit souper, nous longeons le port pour nous rendre à notre stationnement, c’est absolument magique! Le crépuscule enveloppant qui nous maintient dans une sensation d'être prisonniers d'une autre époque, le crépuscule toujours entre deux mondes, je suis fascinée, hypnotisée…

Lorsque nous prenons la route, la nuit est déjà tombée et il est entendu que Benoit conduira la première partie du trajet, qu’Andrew en profite pour dormir et qu’ensuite ils changent de place. Moi en principe, je pourrais dormir quand je veux, mais je suis un peu nerveuse que l’un d’eux s’endorme au volant. C’est la nuit, la forêt encadre l’autoroute noire la plupart du temps et les véhicules roulent vite, je ne suis pas rassurée du tout. Je me dis que le mieux que je puisse faire, c’est de m’occuper de la musique, ainsi je garde le conducteur éveillé et moi je me tiens l’esprit alerte. Soudainement, alors que nous sommes tous perdus dans nos pensées, dans un moment de silence, je vois dans la lumière des phares d’auto, la silhouette d’un homme qui se tient debout immobile entre la route et la forêt, la tête repliée par en avant, brrrrrrrr. Et là Andrew demande : « C’est juste moi ou y avait un dude sur le bord de la route?» On confirme! Ça me rappelle quand on était plus jeune et qu’on se racontait des histoires de peur autour du feu, exactement la même sensation soudaine de ne plus être du tout fatigué à cause de cette chair de poule. Cette histoire nous a tenu éveillés un bout de temps et nous en sommes venus à nous dire que c’était probablement la suite de l’épisode des petites dames étendues sur les chaises longues pour inviter les clients potentiels dans leur bordel caché de l’autoroute par quelques arbres. Le « dude » en question était peut-être saoul mort après sa petite escapade dans les bois et ne retrouvait plus son auto. N’empêche que le portrait avait un quelque chose d’effrayant en soi.  






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