Lundi, dernière journée à passer ici à
Malbork, la levée du corps est assez relax et le petit déjeuner est pris encore
dans la salle à diner hétéroclite. En naviguant sur Internet, Benoit reçoit un
message d’un journaliste de CBC avec qui il s’était entretenu quelques semaines avant
de partir en Pologne. Ce dernier a su que le Québec avait gagné une médaille
d’or et il aimerait s’entretenir à nouveau avec lui. Benoit l’informe que la
victoire revient à Bénédicte Robitaille et lui demande s’il désire faire une
entrevue plutôt avec elle, ce que le journaliste accepte bien entendu. Benoit
en informe Béné et lui demande son numéro de téléphone pour que le journaliste
puisse la rejoindre. Il se dépêche de les mettre en contact et leur laisse tout
ça entre les mains.
Nous nous rendons une heure plus tard
au château pour notre visite, nous sommes peu nombreux puisque plusieurs
participants sont déjà repartis chez eux. Nous faisons la visite avec les
Néo-Zélandais qui se révèlent être d’agréable compagnie, même si j’ai beaucoup
de mal à les comprendre avec leurs accents qui me rappelle sans cesse Crocodile Dundee. Je fais un peu plus connaissance avec
la responsable de la lice, Caitlin très enceinte et qui mesure moins de cinq
pieds, ce qui lui a valu le surnom de hobbit
mom. Mais elle a beau être toute petite, personne n’oserait lui marcher sur
les pieds, pieds qui étaient nus la plupart du temps lors du tournoi. C’est une
Américaine naturalisée Néo-Zélandaise, son conjoint est l’un des combattants et
elle s’occupe de monter les listes de combats durant le tournoi. Certains lui
ont aussi donné le surnom de spider mom,
car c’est à l’hôpital où elle s’était rendue après avoir été piquée par une
araignée venimeuse qu’elle a appris qu’elle était enceinte.
La visite est tranquille et on a
l’impression que tout le monde décante doucement après ces quatre jours
intenses, la ville aussi semble vivre le même rythme que nous. Pas bien loin,
il y a un petit restaurant sans prétention avec de la bonne pizza et de la
bière vraiment pas chère, idéal pour se retrouver à manger la croute entre
ami(e)s en ce petit lundi nuageux. C’est aussi parfait pour les porte feuilles
qui s’amincissent en cette fin d’aventure, plusieurs ont profité des prix
avantageux de la dernière journée de tournoi : des pièces d’armure, des
bouteilles d’hydromel achetées chez les Danois, des items en cuir, etc.
En après-midi nous retournons à notre
hôtel pour finir tranquillement nos bagages et ne rien faire jusqu’au souper où
nous avons prévu de prendre un dernier repas de gang avant que tous se séparent
chacun de leur côté. Moi et Benoit profitons de ce moment de répit pour
préparer un peu notre itinéraire du lendemain puisqu’il est prévu de passer la
journée à Gdansk à deux heures de là. Même si c’est un petit détour de notre
chemin pour nous rendre à Eberswalde chez Adam, nous ne voulons pas rater cette
visite qu’on nous a chaudement recommandé. C’est pourquoi, nous ne voulons pas
nous attarder en ville après notre souper.
Le restaurant est situé à une quinzaine
de minutes de marche de notre hôtel, c’est pourquoi nous décidons d’un commun
accord de laisser les voitures derrière, ainsi, la balade du retour nous permettra
de digérer. Nous rencontrons quelques chiens errants, ce dont je ne suis pas
habituée, à Montréal, il est très rare de rencontrer un toutou seul,
généralement, le maître ou la maîtresse est avec lui. Ceux-ci ne sont pas
nécessairement menaçant mais ils semblent un peu farouches et vaut mieux être
prudente, je ne m’en approche pas vraiment. Nous revenons quand même assez tôt,
après avoir bien mangé et bien bu dans un restaurant polonais dont la
décoration floue flirte avec un je-ne-sais-quoi d’inspiration française.
J’ai déjà hâte de repartir, et c’est
pourquoi je suis enthousiaste à finir mes valises, j’essaie de fermer
définitivement tout le stock médiéval jusqu’à notre retour à Montréal. J’aime
bien un peu d’ordre quand c’est le temps de faire les valises, parce que nous
nous déplaçons beaucoup et que c’est vraiment barbant de devoir ouvrir les valises
chaque fois pour trouver ce qu’on cherche. Je fais les valises de façon méthodique
et Benoit s’occupe de son armure, ses gambisons, son stock de réparation d’urgence,
ses vêtements de sport et le reste c’est habituellement moi qui s’en occupe. Généralement
nous avons quatre valises et deux bagages à main qui eux contiennent nos vêtements
civils, notre portable et de la bouffe d’urgence (noix, poudre protéinée, chocolat,
etc.) Bien souvent nos voyages ressemblent à des expéditions et faut pouvoir faire
face aux imprévus, et on veut éviter de devoir ouvrir toutes nos grosses valises
en plein milieu d’une gare ou d’un coin de rue pour trouver par exemple, un imperméable,
une crème solaire ou pour se changer de chaussure. J’ai donc pris l’habitude de
faire mes bagages de façon stratégique, comme un « re-set » et j’avoue que j’y
prends goût, c’est mon rituel de départ.
Mardi matin, Andrew, Ben et moi
quittons le reste de la gang après avoir rempli la voiture de tous nos bagages,
les deux gars en avant et moi plus petite derrière avec une partie des sacs qui
me serviront de coussin quand je m’assoupirai. Je regarde une dernière fois la
forteresse, puis droit devant entre Ben et Andrew qui discutent de ce qui a
fonctionné ou pas lors du tournoi. De temps en temps j’essaie de placer un mot
ou deux, mais parfois je dois lever la main et lâcher un « YOU-HOU! » c’est pas
facile de parler entre eux deux! Après avoir dit ce que j’avais à dire, mes
propos étant un genre d’intermède dans leur discussion, j’abandonne et
recommence à faire ma job de DJ.
Gdansk, appelée communément la perle de
la Baltique est une ville située sur les rives de la Mer et son port est le
plus important au pays. C’est une ville très populaire auprès des touristes à
cause de son rayonnement culturel, elle a conservé son architecture historique
et on y trouve beaucoup de musées, de théâtres et d’activités à faire. C’est
aussi la capitale mondiale de l’ambre qu’on retrouve partout dans les boutiques
de souvenirs ou chez les marchands de bijoux. Si Marienbourg à Malbork a été une
plaque tournante importante dans le passé pour le commerce de cet or du Nord, c’est ici qu’il
touchait terre puisqu’il provient directement de la mer Baltique.
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Le pont des amoureux (comme à Paris) |
Arrivés sur place, nous décidons de
trouver un stationnement et de circuler à pied, pour être en mesure de mieux
admirer l’architecture particulièrement riche et héritée des nombreuses
cultures laissées par les vagues d’immigration allemande, polonaise, écossaise
et néerlandaise. En typique ville portuaire qui accueille l’étranger et finit
par le garder, Gdansk a elle aussi un patrimoine historique extraordinaire qui
le distingue des autres villes de la Pologne.
Au cours de notre balade, nous tombons
par hasard sur Jay Noyes, le capitaine de l’équipe japonaise, évidemment on
discute avec enthousiasme une bonne heure sur le coin d’une rue. Les membres de
l’équipe errent un peu autour et leur capitaine telle une maman oiseau qui
pousse ses oisillons hors du nid, les encourage à se promener, les rassurant qu’il
n’y a aucun danger. L’allure de l’endroit où nous sommes est un peu comme le
Vieux port à Montréal sur la grande place, on est bien loin d’un grand
centre-ville, d’ailleurs la population est d’environ 450 000 personnes à
Gdansk. Certains d’entre eux font mine de se promener mais ils tournent autour
ce qui fait sourire Jay. À voir son regard bienveillant quand il les regarde,
je ne lui demande pas, mais je suis convaincue qu’il a des enfants, je
reconnais cet air-là.
Au bout d’un moment, faut bien nous
quitter, et les laissons avec des promesses d’« à la prochaine, au prochain
tournoi ». Nous déambulons un peu parmi les dizaines de tables de marchands où
l’on vend des bijoux avec de l’ambre doré et vert, ça fait rêver. Pendant que
je reste à ma fascination, Benoit a trouvé la sienne juste derrière, chez un
antiquaire qui vend des épées. Au bout d’un moment, Benoit me persuade d’acheter
la paire de boucles d’oreille qui me titille depuis cinq minutes et me supplie
de l’accompagner ensuite à l’intérieur. Je vois une hallebarde vieille de 400 ans et j’espère
qu’il n’essaiera pas de me convaincre cette fois-ci. Je souffle un peu mieux
quand je constate qu’il ne voulait que partager son admiration. Quand il
explique à l’antiquaire, ce qu’il fait et pourquoi nous sommes en Pologne, il a
le regard du gars qui rencontre un autre gars comme lui et qui sait le
comprendre, il lui prête l’arme pour qu’il puisse la soupeser et mieux la
regarder. Il est comme un poisson dans l’eau, Ben a trouvé un connaisseur avec
qui discuter métallurgie et technique. Je finis par décoller mon chum, comme un
plaster, de la boutique et nous continuons notre errance jusqu’à ce qu’on
trouve un p’tit resto sur une terrasse, parce qu’il faut bien manger un moment
donné. Il est encore tôt mais nous voulons partir assez tôt, conscients que
nous devrons rouler cinq-six heures avant d’arriver à Eberswalde, si nous
partons trop tard, nous serons fatigués au bout d’une heure et ça sera
dangereux de rouler sur l’autoroute ennuyante.
Après notre petit souper, nous longeons
le port pour nous rendre à notre stationnement, c’est absolument magique! Le crépuscule enveloppant qui nous maintient dans une sensation d'être prisonniers d'une autre époque, le crépuscule toujours entre deux mondes, je suis fascinée, hypnotisée…
Lorsque nous prenons la route, la nuit
est déjà tombée et il est entendu que Benoit conduira la première partie du
trajet, qu’Andrew en profite pour dormir et qu’ensuite ils changent de place. Moi
en principe, je pourrais dormir quand je veux, mais je suis un peu nerveuse que
l’un d’eux s’endorme au volant. C’est la nuit, la forêt encadre l’autoroute
noire la plupart du temps et les véhicules roulent vite, je ne suis pas
rassurée du tout. Je me dis que le mieux que je puisse faire, c’est de m’occuper
de la musique, ainsi je garde le conducteur éveillé et moi je me tiens l’esprit
alerte. Soudainement, alors que nous sommes tous perdus dans nos pensées, dans
un moment de silence, je vois dans la lumière des phares d’auto, la silhouette
d’un homme qui se tient debout immobile entre la route et la forêt, la tête repliée
par en avant, brrrrrrrr. Et là Andrew demande : « C’est juste moi ou y
avait un dude sur le bord de la route?» On confirme! Ça me rappelle quand on
était plus jeune et qu’on se racontait des histoires de peur autour du feu,
exactement la même sensation soudaine de ne plus être du tout fatigué à cause
de cette chair de poule. Cette histoire nous a tenu éveillés un bout de temps
et nous en sommes venus à nous dire que c’était probablement la suite de l’épisode
des petites dames étendues sur les chaises longues pour inviter les clients
potentiels dans leur bordel caché de l’autoroute par quelques arbres. Le « dude
» en question était peut-être saoul mort après sa petite escapade dans les bois
et ne retrouvait plus son auto. N’empêche que le portrait avait un quelque
chose d’effrayant en soi.












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