Septembre est arrivé en coup de vent, sans
qu’on ne le voie arriver! J’ai juste eu le temps de faire ma cottehardie aux
couleurs du Québec et quelques morceaux pour moi et Ben et nous voilà prêts à
repartir. Mais cette fois-ci, c’est bien particulier, moi et Ben avons toujours
rêvé d’aller en Irlande, c’est un endroit que nous chérissons depuis des
années, avant même d’y avoir mis les pieds. Il y a une dizaine d’années, je m’étais
beaucoup documentée sur la culture irlandaise, avant et pendant la renaissance
culturelle gaélique et celtique en général car c’était mon premier choix de
sujet à la maîtrise. Je m’étais plongée dans les contes et légendes dont les
textes dataient du 19ième siècle. J’avais eu un véritable coup de
foudre et j’avais pu constater par moi-même, la similitude avec le folklore
québécois, et reconnaître notre parenté qui se traduit beaucoup dans la culture.
Si plusieurs d’entre nous, avons des ancêtres irlandais gaéliques, faut aussi
ajouter que pendant plusieurs siècles nous avions aussi les mêmes ennemis, les
Anglais riches et conquérants qui ont tenté de nous assimiler. Pareil pour notre
religion commune, le catholicisme, un critère hautement plus important que la
langue chez les couples mixtes issus de la vague d’immigration irlandaise au
milieu du 19ième siècle.
Depuis, je me suis toujours sentie proche
de ce peuple, de son histoire, de ses contes de fantômes et de farfadets, de
son humour, de ses luttes politiques et de sa victoire pour son indépendance
évidemment. Ça a été tout naturel que nous nommions notre chien, Angus. Bon, même
s’il s’apparentait au bœuf par sa taille, c’est plutôt en référence au dieu de
l’amour Aengus dans la mythologie celtique que nous l’avons appelé ainsi. Avec
les années, l’image du bœuf irlandais s’est fortement imposé et a pris le
dessus complètement! Et il nous manque toujours autant ce gros paquet d’amour…
C’est avec beaucoup de fébrilité que nous
partons, encore chargés à bloc de valises accompagnés d’Andrew et de Luc. Benoit
est un peu inquiet vu le peu de place restante pour le vol de Toronto-Dublin quand
il nous enregistre d’abord sur le vol pour Toronto. Malheureusement, il n’y a
pas de vol direct, nous allons devoir passer par cet aéroport que nous haïssons
tant moi et Benoit. Bah, en autant qu’on n’y reste pas trop longtemps.
Le vol se passe sans histoire et même si
nous avons de l’avance, nous nous dépêchons d’aller nous enregistrer sur notre
deuxième vol, merde, ça paraît mal, il est plein et y a d’autres employés comme
Benoit, qui attendent comme nous. Normalement y a toujours des places qui se
libèrent à cause des «no shows», mais là nous sommes quatre à vouloir
embarquer, c’est pas facile de nous caser. Y a qu’un seul vol Toronto-Dublin par
jour, donc si y en a qui restent derrière, ils devront attendre 24 heures et
nous sommes à Toronto! On commence à penser à nos stratégies : On ne peut
partir seuls moi et Benoit en laissant nos amis derrière qui ne pourront
embarquer sans l’un de nous, Ben refuse de me laisser derrière à l’aéroport de
Toronto, car c’est lui le responsable de ces billets et si y a un pépin, je
risque de m’emmêler les pinceaux, ne connaissant pas toutes possibilités en tant
qu’ancien employé. Il craint aussi que je n’ouvre les hostilités, me laisser là-bas,
c’est comme laisser une grenade avec une goupille défectueuse et dans ce cas, il
craint de perde ses billets définitivement. J’ai beau être une adulte
compréhensive, mais je suis impulsive et j’ai mes limites à faire traiter comme
de la merde.
Donc, je partirai sans lui avec Luc, ça me
brise un peu le cœur, j’aurais vraiment voulu faire le voyage « entièrement »
avec mon amoureux. Aussi avec toutes nos mésaventures je suis devenue un peu parano
dans ces moments-là et je pense que ça se comprend, quand nous voyageons
ensemble je suis plutôt sereine. Pour achever tout ça, nous mettons un bon 45
minutes pour passer la sécurité et quand nous arrivons de l’autre côté, il nous
reste environ 30 minutes avant le début de l’embarquement à des kilomètres de là!
Nous courons une bonne trotte jusqu’à la porte où c’est indiqué que le quai a
changé de place, à un bon 5 minutes de là. Lorsque nous arrivons hors d’haleine
et ventre à terre, on nous apprend que le vol est retardé d’une bonne
demi-heure. Quand je dis que c’est jamais simple!
J’ai encore un faible espoir de voir apparaître
Benoit et Andrew par miracle, mais je dois bien me rendre à l’évidence quand je
finis par m’asseoir sur mon siège, nous arriverons seuls moi qui baragouine l’anglais
et Luc qui est très timide. Je fais une
prière silencieuse mais pleine de ferveur pour que mon amoureux puisse au moins
prendre le prochain vol, sinon ils arriveront vraiment à la dernière minute ou
pas du tout au tournoi, on se rappelle que ce tournoi est le but premier de ce
voyage.
À notre arrivée, je me dépêche de trouver
la connexion wi-fi de l’aéroport pour avertir Benoit que nous sommes bien
arrivés et pour avoir de ses nouvelles. Mais je réalise qu’il est au beau
milieu de la nuit à Toronto, je lui laisse un court message. Je suis un peu gênée
lorsque je vois arriver Brendan, même s’il est au courant de notre mésaventure,
car il a fait le trajet Galway-Dublin, un gros deux heures, pour venir chercher
finalement les écuyers sans les combattants, le colis essentiel. C’est moi qui
le vois d’abord et vais à sa rencontre, spontanément lui fais la bise, mais je
le sens inconfortable et gêné. J’apprendrai plus tard que ce n’est pas dans
leurs habitudes encore moins avec des gens qu’ils connaissent à peine.
Dans la voiture, je m’engouffre derrière,
là où il n’y a pas assez de place pour Luc et c’est un soulagement quand il
commence à parler en anglais avec Brendan. Je ne sais pas comment j’aurais fait
moi-même, avec mon anglais boiteux, ma fatigue intense avec un interlocuteur
que je connais à peine mais surtout à regarder la route comme dans un super manège.
En Irlande les limites de vitesse ont l’air d’un défi lancé aux automobilistes
et lorsque nous quittons l’autoroute pour prendre les routes secondaires, c’est
complètement dément, des panneaux de 100km maximum et ces routes tortueuses et
étroites qui sont bordées, soit de murets de pierres des champs, soit de haies,
amplifiant l’illusion de la vitesse que notre conducteur n’hésite pas un seul
instant à prendre par habitude. Si on ajoute à cela, que le volant est à droite
et que forcément on roule à gauche et que moi j’ai facilement le mal des
transports, il est fortement recommandé que je dorme derrière.
Sur l’autoroute j’avais eu le temps de
voir, avant de m’écrouler de sommeil, que les panneaux étaient indiqués en anglais
et en gaélique, mais maintenant sur les petites routes, je constate la rareté d’indication
pour les rues secondaires. Encore plus surprenant, les maisons que je vois, n’ont
même pas de numéro de porte !! Mais comment ils font les facteurs ?? Je mets
cette question-là dans un coin de ma tête pour plus tard. En attendant nous semblons
arriver à destination chez Lara, là où nous devons loger, mais Brendan n’a pas
l’air trop sûr, ne connaissant pas l’endroit et évidemment sans numéro sur la
porte, faut se repérer autrement. Il tente d’entrer la voiture dans le petit
stationnement étroit et écorche solidement la voiture sur la borne de pierre à
l’entrée, ouch! Nous sortons de la voiture, Brendan s’accroupie pour voir les
dégâts et hausse les épaules et par dépit fait « meh ». Le contraste avec mon
chum beaucoup plus latin qui serait sorti les baguettes en l’air, démontrant
son mécontentement avec force et détails, la comparaison me fait sourire secrètement.
Brendan est convaincu que nous sommes au mauvais endroit, nous rembarquons en
voiture et lorsque nous prenons une autre entrée de maison et que l’énorme
chien vient nous accueillir, notre conducteur nous indique que c’est bien ici.
Nous sortons nos bagages et nous nous laissons renifler par notre hôte, si moi
je suis toujours enthousiaste de retrouver un autre toutou, Luc ne semble pas
super confortable. Mais après quelques minutes, le chien en a conclu que nous
ne sommes pas une menace et nous laisse entrer à l’intérieur.
Brendan nous explique que Lara est encore
au travail et qu’elle viendra nous rejoindre après, en attendant, il nous
invite à nous choisir une chambre et à nous installer. Il reviendra lui-même un
peu plus tard car il doit aller chercher sa copine Maria et faire quelques
courses pour nous faire un bon chili con carne. Je prends quelques photos de l’endroit
et de Kaï (le chien) qui pose pour moi, bien assis sur le fauteuil bien nonchalamment
et je me traîne jusque dans une des chambres pour terminer ma nuit en plein après-midi.




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