mardi 21 mars 2017

Été 2015: Éternellement sur la route, chez-nous...





L’été est arrivé sur le Québec et avec lui, les événements extérieurs propices aux combats de béhourd, comme la St-Jean Baptiste, les Highlands games et les nombreux festivals au Québec, incluant ceux à caractère médiéval. L’équipe de Benoit avait accueilli leur première future combattante, Cloé, juste un peu avant notre départ en Pologne, et à notre retour elle était plus que jamais décidée à participer aux combats avec les gars. C’est une fille très athlétique qui joue au football et au hockey, entre autres, donc Benoit est confiant de ses futures performances, mais surtout c’est une fille qui n’a aucun problème avec les coups, le placage et la rudesse.


Vincent, l’autre nouveau de l’équipe, n’a pu venir en Pologne mais pendant notre absence, en a profité pour nous organiser des combats démonstrations pour la fête nationale à St-Jean sur Richelieu. Il connait bien les membres de l’organisation et quelques personnes qui sont à l’hôtel de ville, nous avons donc un endroit réservé pour nous sur le terrain, une petite lice, un auvent et de la pizza.  Le jour de la Saint-Jean-Baptiste, nous nous retrouvons donc, une bonne partie des Blackwolves, Ben, Andrew, José, Vincent, Cloé et d’autres volontaires qui sont venus de Trois-Rivières et de Québec, soit Raphaël, Marc-André, Yan Vez et Igor qui va arbitrer les combats.


Andrew vs Cloé



Cloé

Alors que le sport explose un peu partout en Europe et chez nos voisins américains, ici il balbutie toujours et même si les démonstrations n’attirent pas une foule spectaculaire ce jour-là, il y a quand même une bonne centaine de curieux massés autour de la lice lorsque les combats débutent, surtout quand Cloé affronte par exemple, Andrew. Moi je prends des photos mais je parle aussi beaucoup avec les gens et je suis toujours à l’affût quand j’entends des commentaires, pour soit confirmer, soit rectifier le tir. Évidemment mon costume sert d’une certaine façon, car souvent on m’aborde sachant que je fais partie du groupe, mais sans être occupée comme les combattants.

Nous sommes installés sous l’auvent avec un groupe de GN et nous réalisons de plus en plus que c’est une erreur, car nous laissons encore une fois le public confondre le béhourd avec le GN. Bien sûr les gens qui ne connaissent pas ces activités ne font souvent pas la différence entre le vêtement et l’armure historique et un costume fantastique de GN et la confusion vient aussi du fait qu’on y retrouve souvent les mêmes individus.


Le mois suivant, les Blackwolves participent à un tournoi à Nashua avec Vincent, Andrew et Cloé qui fait pour la première fois un vrai combat et elle le fait avec l’équipe contre une équipe entièrement masculine très forte. Je l’ai déjà dit, au knight’s hall, les Américains consacrent énormément de temps à l’entraînement et ils frappent très fort. Ils n’ont aucun problème à se battre contre une fille. Cette dernière, impressionne d’ailleurs tout le monde, elle est forte et ne semble pas ressentir la douleur. Dans le dojo, la température est insupportable, comme elle l’a été un peu partout la nuit dernière, nous privant de sommeil dans la maison sans air climatisé de notre hôte. J’ai du mal à endurer ma propre peau, alors qu’eux…et elle, en armure, ils font 13 rounds!



Évidemment après la victoire des Américains beaucoup plus nombreux, mais surtout plus forts et expérimentés que la moitié de notre équipe, on retire avec bonheur les armures et gambisons complètement détrempés et on fraternise avec une bière. Jaye est impressionné par notre nouvelle de qui il a reçu quelques solides coups. On se remémore un peu Malbork au passage et Ben a de la misère à garder le secret pour la prochaine destination, mais un moment donné, Ben et Jaye ont compris qu’ils partagent ce même secret. Comme le capitaine de l’équipe Andre, siégeait au présidium à l’IMCF, il en a informé Jaye son bras droit.  

Le lendemain, un petit entraînement est prévu encore au knight’s all avant de repartir au Québec. Je me sens un peu isolée par mon anglais un peu trébuchant, mais les copines des combattants sont vraiment gentilles et patientes. Quand je disais qu’à l’aéroport les employés ne VOULAIENT pas communiquer avec moi, eh bien ici, ce n’est vraiment pas le cas, et pourtant, personne n’est obligé de me parler. Cependant je me trouve maladroite et je m’excuse pour mon anglais boiteux jusqu’à ce qu’Elizabeth, une fille du Sud, que je trouve vraiment drôle, se tourne vers moi et me dise « Honey, your english is better than my french! » En une phrase elle vient de revirer complètement la situation. Me voilà requinquée!

Sur le chemin du retour, Andrew et Vincent voyagent dans une voiture et nous embarquons avec nous, Cloé qui après avoir enduré notre musique à l’allée, nous demande si nous n’aurions pas du heavy métal. Après notre refus, elle s’enfonce dans son siège avec ses écouteurs. Si y a une chose qui est sacré pour nous, c’est la musique en voiture, nous sommes inflexibles sur ce point. On se fait des playlists pour nous tenir éveillé sur la route que nous empruntons souvent, et sur lesquelles on peut chanter à tue-tête si le cœur nous en dit.

Nous vivons l’été 2015 complètement dans nos valises sans pour autant quitter le Québec, exception faite de notre fin de semaine à Nashua. Benoit qui travaille toujours chez Bédard Ressources, doit faire la route Sainte-Adèle-Montréal, à tous les jours, ce qui diminue à une peau de chagrin le temps qui lui reste pour « vivre » et pour s’entraîner et moi je perds beaucoup de temps quand je dois aller acheter des fournitures (couture), car je prends la route au petit matin avec Benoit, puis le transport en commun en ville pour faire mes achats et j’attends le soir pour rejoindre Benoit pour que nous repartions dans le nord. Souvent on dort sur le Plateau chez ma mère, dans son lit simple d’amis, ce qui la décourage, mais nous nous en accommodons parfaitement.


 Ma sœur qui vit juste à côté, part en voyage et nous suggère à la blague de venir nous installer chez-elle et de nous occuper de ses trois chats. Marché conclu! Puis un autre ami qui habite à quelques rues, a un chat et un petit studio de musique et aimerait que nous y logions pour plus de sécurité pendant qu’il part en tournée une semaine, puis une autre amie qui a une maison dans le quartier d’à côté et qui a un gros bouvier bernois qu’ils ne peuvent amener en camping, sachant que nous avons tellement souffert de la perte de notre Angus, se dit que nous serons les gardiens rêvés. Une autre amie encore sur le Plateau, qui a deux chats, nous offre son logement « climatisé » pour que nous puissions nous occuper de ses chats pendant son petit voyage, et finalement l’un de nos amis, Luc, qui vit à la sortie du pont Jacques-Cartier à Longueuil, nous offre le gîte si nous voulons rester en ville. Ce qui fait que cet été-là, nous avons peut-être passé une dizaine de jours à Sainte-Adèle, limitant de beaucoup le temps sur la route et la consommation de l’essence. Et comble de bonheur je suis proche de mes deux amours Janik et Karelle qui habitent le Plateau, donc que je peux voir plus souvent. à quelques reprises d'ailleurs, mon fils qui est chef cuisinier, nous concocte des p'tits soupers délicieux. Toutefois, ces déplacements constants nous apportent une expertise dans la pratique intense à faire et défaire des valises, nous obligeant à prévoir de semaine en semaine, nos besoins, les entraînements, les réparations d’armure, les contrats de couture, etc. C'est aussi pour nous un soulagement de ne pas être un fardeau pour personne et particulièrement pour mes beaux-parents, revenus du Mexique en mai et qui repartiront en octobre. Nous logeons, quand nous sommes là, au sous-sol, mais nous nous retrouvons pour souper ensemble en toute convivialité.  


Dans l’univers du béhourd, nous commençons à observer une certaine animosité de la part de certains combattants québécois envers Benoit, particulièrement aux Highland games à Verdun où nous nous rendons avec Cloé et Andrew. Nous gardons ça pour nous, jusqu’à ce que Cloé qui ne connait encore presque personne, nous fasse part de ses observations à notre retour. Des commentaires condescendants envers les Blackwolves et envers Benoit qu’elle a entendu quand ce dernier était plus loin. Cloé qui est Asperger a parfois du mal à saisir certaines subtilités du non verbal, ce qui fait qu’elle contrevérifie à l’occasion si elle a bien compris, mais sur ce coup là c’est limpide pour elle, ça la met en colère et elle veut juste comprendre pourquoi cette médisance. Nous ne le savons pas vraiment nous-même à part peut-être la jalousie ou bien parce que Benoit a pas mal d’expérience dans les sports de combat et une grande gueule et qu’il ne se gêne pas pour se servir de ses habiletés. Comme celui-ci donne des entraînements beaucoup plus difficiles que n’importe qui d’autre ici, Cloé elle, ça la satisfait. Elle a besoin de performer et comme Benoit l’a pris sur son équipe comme n’importe quel gars et qui l’a fait travailler efficacement, elle est satisfaite. Elle sait que dans d’autres équipes, y a des gars qui refusent de se battre contre les filles soi-disant parce qu’ils auront peur de les frapper (personnellement je crois qu’ils seraient trop honteux d’avoir été battu par une fille). Ben, Andrew, José et Vincent ne ménagent pas leur force de frappe sur Cloé et je pense bien que pour elle c’est une marque de respect. Faut dire qu’elle frappe très fort elle aussi!

Durant l’été, Benoit apprend que l’équipe irlandaise organise un tournoi en septembre et annonce que le maximum d’effort sera fait pour accueillir et accommoder les combattants de l’étranger qui seraient intéressés à participer. Benoit m’en parle et bien sûr nous aimerions vivement y aller! Mais nous n’avons pas les moyens de nous payer une chambre d’hôtel là-bas, et faudrait qu’on limite les restaurants le plus possible. Après que Benoit en ait parlé avec eux sur leur babillard, les choses se mettent en branle, Brendan le capitaine est fou d’espoir de recevoir des Québécois alors que le délai est si court. Lara, une fille qui fait partie de l’équipe depuis peu nous offre de nous loger chez elle, et nous certifie qu’on pourra éviter les restaurants en cuisinant à sa maison. Pour nous, le billet standby nous permet cette expédition encore, mais faut-il que Benoit puisse prendre une semaine de congé, ce qui ne devrait pas trop poser de problème avec tout l’overtime qu’il a fait depuis notre retour de Malbork. Si ça fonctionne on amène Andrew avec nous et Luc notre ami de Longueuil qui rêve depuis toujours de voir l’Irlande, même si c’est entendu que nous ne verrons pas beaucoup de paysages par manque de temps. Ça sera une p’tite saucette comme on dit pour un ami qui nous a aussi beaucoup aidé lorsque tout s’est effondré et nous voulons le remercier! Il sera écuyer, comme moi, sauf qu’il sera sûrement plus efficace pour attacher les armures, car ça demande souvent des mains fortes, ce que je n’ai pas.

De mon côté, je viens de faire ma demande pour obtenir mon diplôme du Bac en histoire, je ne l’avais jamais reçu à cause d’un déménagement et comme je suis passée à la maîtrise après, je ne m’en suis jamais occupée. Le plus drôle c’est que j’ai enseigné (pas de la suppléance là, des vraies tâches) et on ne m’a jamais demandé mon diplôme du Bac, les deux commissions scolaires s’étant contentées de mon diplôme de maîtrise, de mon relevé de notes du Bac comme documents académiques. Et comme je me cherche activement un emploi, j’ai envoyé mes coordonnées à la commission scolaire la plus proche pour faire de la suppléance, mais on me demande tous mes diplômes, incluant celui du Bac, et dans mon cas, c’est compliqué car je dois aller voir un commissaire à l’assermentation pour faire prouver que je suis bien Marie-France Bonsaint, ensuite faire la demande officielle avec le sceau du commissaire, puis payer 65$ et attendre environ quatre semaines. Donc chers finissant(e)s, je vous en conjure, si un jour vous ne recevez pas votre diplôme, réclamez-le tout de suite pour vous éviter tout ce trouble.


Aucun commentaire:

Publier un commentaire