L’été est arrivé sur le Québec et avec
lui, les événements extérieurs propices aux combats de béhourd, comme la
St-Jean Baptiste, les Highlands games et les nombreux festivals au Québec,
incluant ceux à caractère médiéval. L’équipe de Benoit avait accueilli leur
première future combattante, Cloé, juste un peu avant notre départ en Pologne, et à notre
retour elle était plus que jamais décidée à participer aux combats avec les
gars. C’est une fille très athlétique qui joue au football et au hockey, entre
autres, donc Benoit est confiant de ses futures performances, mais surtout
c’est une fille qui n’a aucun problème avec les coups, le placage et la rudesse.
Vincent, l’autre nouveau de l’équipe, n’a
pu venir en Pologne mais pendant notre absence, en a profité pour nous
organiser des combats démonstrations pour la fête nationale à St-Jean sur
Richelieu. Il connait bien les membres de l’organisation et quelques personnes
qui sont à l’hôtel de ville, nous avons donc un endroit réservé pour nous sur
le terrain, une petite lice, un auvent et de la pizza. Le jour de la Saint-Jean-Baptiste, nous nous
retrouvons donc, une bonne partie des Blackwolves, Ben, Andrew, José, Vincent,
Cloé et d’autres volontaires qui sont venus de Trois-Rivières et de Québec,
soit Raphaël, Marc-André, Yan Vez et Igor qui va arbitrer les combats.
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| Andrew vs Cloé |
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| Cloé |
Alors que le sport explose un peu partout
en Europe et chez nos voisins américains, ici il balbutie toujours et même si
les démonstrations n’attirent pas une foule spectaculaire ce jour-là, il y a
quand même une bonne centaine de curieux massés autour de la lice lorsque les
combats débutent, surtout quand Cloé affronte par exemple, Andrew. Moi je
prends des photos mais je parle aussi beaucoup avec les gens et je suis
toujours à l’affût quand j’entends des commentaires, pour soit confirmer, soit
rectifier le tir. Évidemment mon costume sert d’une certaine façon, car souvent
on m’aborde sachant que je fais partie du groupe, mais sans être occupée comme
les combattants.
Nous sommes installés sous l’auvent avec
un groupe de GN et nous réalisons de plus en plus que c’est une erreur, car
nous laissons encore une fois le public confondre le béhourd avec le GN. Bien
sûr les gens qui ne connaissent pas ces activités ne font souvent pas la
différence entre le vêtement et l’armure historique et un costume fantastique
de GN et la confusion vient aussi du fait qu’on y retrouve souvent les mêmes
individus.
Le mois suivant, les Blackwolves
participent à un tournoi à Nashua avec Vincent, Andrew et Cloé qui fait pour la
première fois un vrai combat et elle le fait avec l’équipe contre une équipe
entièrement masculine très forte. Je l’ai déjà dit, au knight’s hall, les
Américains consacrent énormément de temps à l’entraînement et ils frappent très
fort. Ils n’ont aucun problème à se battre contre une fille. Cette dernière,
impressionne d’ailleurs tout le monde, elle est forte et ne semble pas
ressentir la douleur. Dans le dojo, la température est insupportable, comme
elle l’a été un peu partout la nuit dernière, nous privant de sommeil dans la
maison sans air climatisé de notre hôte. J’ai du mal à endurer ma propre peau,
alors qu’eux…et elle, en armure, ils font 13 rounds!
Évidemment après la victoire des
Américains beaucoup plus nombreux, mais surtout plus forts et expérimentés que
la moitié de notre équipe, on retire avec bonheur les armures et gambisons
complètement détrempés et on fraternise avec une bière. Jaye est impressionné
par notre nouvelle de qui il a reçu quelques solides coups. On se remémore un
peu Malbork au passage et Ben a de la misère à garder le secret pour la
prochaine destination, mais un moment donné, Ben et Jaye ont compris qu’ils
partagent ce même secret. Comme le capitaine de l’équipe Andre, siégeait au
présidium à l’IMCF, il en a informé Jaye son bras droit.
Le lendemain, un petit entraînement est
prévu encore au knight’s all avant de repartir au Québec. Je me sens un peu
isolée par mon anglais un peu trébuchant, mais les copines des combattants sont
vraiment gentilles et patientes. Quand je disais qu’à l’aéroport les employés
ne VOULAIENT pas communiquer avec moi, eh bien ici, ce n’est vraiment pas le
cas, et pourtant, personne n’est obligé de me parler. Cependant je me trouve
maladroite et je m’excuse pour mon anglais boiteux jusqu’à ce qu’Elizabeth, une
fille du Sud, que je trouve vraiment drôle, se tourne vers moi et me dise «
Honey, your english is better than my french! » En une phrase elle vient de
revirer complètement la situation. Me voilà requinquée!
Sur le chemin du retour, Andrew et Vincent
voyagent dans une voiture et nous embarquons avec nous, Cloé qui après avoir
enduré notre musique à l’allée, nous demande si nous n’aurions pas du heavy
métal. Après notre refus, elle s’enfonce dans son siège avec ses écouteurs. Si
y a une chose qui est sacré pour nous, c’est la musique en voiture, nous sommes
inflexibles sur ce point. On se fait des playlists pour nous tenir éveillé sur
la route que nous empruntons souvent, et sur lesquelles on peut chanter à
tue-tête si le cœur nous en dit.
Nous vivons l’été 2015 complètement dans
nos valises sans pour autant quitter le Québec, exception faite de notre fin de
semaine à Nashua. Benoit qui travaille toujours chez Bédard Ressources, doit
faire la route Sainte-Adèle-Montréal, à tous les jours, ce qui diminue à une
peau de chagrin le temps qui lui reste pour « vivre » et pour s’entraîner et
moi je perds beaucoup de temps quand je dois aller acheter des fournitures
(couture), car je prends la route au petit matin avec Benoit, puis le transport
en commun en ville pour faire mes achats et j’attends le soir pour rejoindre
Benoit pour que nous repartions dans le nord. Souvent on dort sur le Plateau
chez ma mère, dans son lit simple d’amis, ce qui la décourage, mais nous nous
en accommodons parfaitement.
Dans l’univers du béhourd, nous commençons
à observer une certaine animosité de la part de certains combattants québécois
envers Benoit, particulièrement aux Highland games à Verdun où nous nous
rendons avec Cloé et Andrew. Nous gardons ça pour nous, jusqu’à ce que Cloé qui
ne connait encore presque personne, nous fasse part de ses observations à notre
retour. Des commentaires condescendants envers les Blackwolves et envers Benoit
qu’elle a entendu quand ce dernier était plus loin. Cloé qui est Asperger a
parfois du mal à saisir certaines subtilités du non verbal, ce qui fait qu’elle
contrevérifie à l’occasion si elle a bien compris, mais sur ce coup là c’est
limpide pour elle, ça la met en colère et elle veut juste comprendre pourquoi
cette médisance. Nous ne le savons pas vraiment nous-même à part peut-être la
jalousie ou bien parce que Benoit a pas mal d’expérience dans les sports de
combat et une grande gueule et qu’il ne se gêne pas pour se servir de ses
habiletés. Comme celui-ci donne des entraînements beaucoup plus difficiles que
n’importe qui d’autre ici, Cloé elle, ça la satisfait. Elle a besoin de
performer et comme Benoit l’a pris sur son équipe comme n’importe quel gars et
qui l’a fait travailler efficacement, elle est satisfaite. Elle sait que dans d’autres
équipes, y a des gars qui refusent de se battre contre les filles soi-disant
parce qu’ils auront peur de les frapper (personnellement je crois qu’ils
seraient trop honteux d’avoir été battu par une fille). Ben, Andrew, José et
Vincent ne ménagent pas leur force de frappe sur Cloé et je pense bien que pour
elle c’est une marque de respect. Faut dire qu’elle frappe très fort elle aussi!
Durant l’été, Benoit apprend que l’équipe
irlandaise organise un tournoi en septembre et annonce que le maximum d’effort
sera fait pour accueillir et accommoder les combattants de l’étranger qui
seraient intéressés à participer. Benoit m’en parle et bien sûr nous aimerions
vivement y aller! Mais nous n’avons pas les moyens de nous payer une chambre d’hôtel
là-bas, et faudrait qu’on limite les restaurants le plus possible. Après que
Benoit en ait parlé avec eux sur leur babillard, les choses se mettent en
branle, Brendan le capitaine est fou d’espoir de recevoir des Québécois alors
que le délai est si court. Lara, une fille qui fait partie de l’équipe depuis
peu nous offre de nous loger chez elle, et nous certifie qu’on pourra éviter les
restaurants en cuisinant à sa maison. Pour nous, le billet standby nous permet
cette expédition encore, mais faut-il que Benoit puisse prendre une semaine de
congé, ce qui ne devrait pas trop poser de problème avec tout l’overtime qu’il
a fait depuis notre retour de Malbork. Si ça fonctionne on amène Andrew avec
nous et Luc notre ami de Longueuil qui rêve depuis toujours de voir l’Irlande,
même si c’est entendu que nous ne verrons pas beaucoup de paysages par manque
de temps. Ça sera une p’tite saucette comme on dit pour un ami qui nous a aussi
beaucoup aidé lorsque tout s’est effondré et nous voulons le remercier! Il sera
écuyer, comme moi, sauf qu’il sera sûrement plus efficace pour attacher les
armures, car ça demande souvent des mains fortes, ce que je n’ai pas.
De mon côté, je viens de faire ma demande
pour obtenir mon diplôme du Bac en histoire, je ne l’avais jamais reçu à cause
d’un déménagement et comme je suis passée à la maîtrise après, je ne m’en suis
jamais occupée. Le plus drôle c’est que j’ai enseigné (pas de la suppléance là,
des vraies tâches) et on ne m’a jamais demandé mon diplôme du Bac, les deux
commissions scolaires s’étant contentées de mon diplôme de maîtrise, de mon
relevé de notes du Bac comme documents académiques. Et comme je me cherche
activement un emploi, j’ai envoyé mes coordonnées à la commission scolaire la
plus proche pour faire de la suppléance, mais on me demande tous mes diplômes,
incluant celui du Bac, et dans mon cas, c’est compliqué car je dois aller voir
un commissaire à l’assermentation pour faire prouver que je suis bien Marie-France
Bonsaint, ensuite faire la demande officielle avec le sceau du commissaire,
puis payer 65$ et attendre environ quatre semaines. Donc chers finissant(e)s,
je vous en conjure, si un jour vous ne recevez pas votre diplôme, réclamez-le
tout de suite pour vous éviter tout ce trouble.
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