mardi 14 février 2017

Des fois ça va mal, mais y a toujours aussi l'amour



Le « All vs all » vient tout juste de commencer mais sans nous y attarder, c’est le cœur en liesse que nous redescendons à notre campement avec nos amis belges. Les bouteilles de bières sur la table se vident à mesure que le soleil se couche et tout en célébrant la victoire de Béné, nous réalisons que l’alcool fort coule aussi en bonne quantité et trop vite, nous rappelons que les gars doivent affronter l’équipe polonaise le lendemain…matin. C’est une équipe très forte, mais si nous gagnons, nous ramenons une médaille de bronze, et tant que le tournoi n’est pas terminé nul n’en connaît l’issue. Après avoir eu l’impression de parler chinois en s’adressant ainsi aux autres, Benoit prend Andrew à part et lui rappelle que son devoir de capitaine est de ramasser son équipe et de les ramener à l’hôtel le plus tôt possible pour éviter d’avoir une équipe encore éméchée à présenter le lendemain. Ils pourront faire la fête demain quand tout sera fini. Andrew qui a déjà un peu commencé le party aussi, a beau approuver, toutefois sans grande conviction, nous sommes convaincus que c’est perdu d’avance. Nous en sommes conscients quand on tente de faire entendre raison à ceux susceptibles de raisonner, nous sommes les « casseux de party », donc après un rappel chargé de colère de Ben à Andrew, nous prenons les clés de voiture et nous quittons pour notre hôtel.

Nous mangerons dans notre chambre d’hôtel après avoir acheté des fromages, saucissons, noix et quelques bières à l’épicerie en face. Nous sommes furieux, le mot est même un peu faible. Nous mettons toutes nos billes dans ce tournoi et voulons maximiser les chances de ramener une médaille, des médailles ça attire les médias et les médias ça attire les foules, et au final ça fait connaître ce sport. Au Québec, nous en avons besoin de ce «spotlight», dans la plupart des pays participants au tournoi, le béhourd prend de l’ampleur, sauf chez nous, on a peine à avoir une équipe complète vraiment sérieuse. Et ce soir nous en avons encore une fois la preuve. Y en a un qui revient plus tôt, il a quitté le party parce qu’il y a du souci chez eux, son cœur n’est pas ici, et il a dû se rendre compte que l’alcool n’était pas suffisant à lui faire oublier.

Benoit est un peu dégoûté, il a fait des compétitions dans d’autres sports et jamais on ne tolère que les athlètes fassent la fête la veille d’un combat. Comment prendre ce sport au sérieux alors? De mon côté, j’ai des relents d’Aigues-Mortes et ça me décourage, au moins, pour une fois, je ne suis pas seule.

Andrew finit par arriver, il est autour de minuit, il a ramené une partie du groupe, tous à des degrés divers d’ivresse, il est en colère parce qu’il s’est engueulé avec un ou deux gars de l’équipe qui sont demeurés là-bas. Certains convaincus de l’impossibilité de vaincre l’équipe polonaise, ont décidé que c’était inutile de se préparer, comme mentalité de looser on ne fait pas mieux. Il y en a un dans l’équipe particulièrement fêtard, qui ne se bat pas et qui est venu « en principe » pour servir d’écuyer, il est le premier à dériver et à tenter d’en entraîner d’autres dans son sillage. Andrew prend le parti de son ami et coach…et de la raison, avec l’alcool grand vecteur de querelles, la guerre a pogné, et tout ce beau monde devra se retrouver dans la lice dans quelques heures, Bravo! Au moins y en aura un qui sera plus frais que les autres, et cette fois-ci, à moins d’un miracle ultra céleste millénaire, l’Ost perdra contre les Polonais.

Après une courte nuit de sommeil, et après avoir réveillé Andrew et lui rappeler, de rappeler aux autres le combat de ce matin, nous n’avons pas très envie de voir qui que ce soit avant d’avoir bu un café, ce qui est impossible en restant à l’hôtel, nous irons déjeuner chez notre vieux chum Mc Donald. Ce matin j’ai commencé à ramasser un peu nos bagages qui sont, chaque voyage, étalés comme s’ils avaient explosé dans la chambre. Le désordre n’est pas tellement un sujet de dispute pour moi et Benoit. Nous sommes tous les deux bordéliques, nous pouvons re-décorer une pièce en moins de deux, mais il vient un temps où faut se ramasser et je suis celle qui s’en soucie le plus rapidement. J’ai rangé tous les costumes et les accessoires historiques, en dehors de ce que nous porterons aujourd’hui. C’est déjà presque la moitié des bagages d’emballés et qui resteront fermés jusqu’à notre retour à Montréal dans quelques jours. Demain, nous quittons Malbork et nous passerons la journée à Gdansk, puis repasserons chez Adam à Eberswalde avant de retourner à Francfort pour reprendre notre vol.   

Le ventre plein, le grand café fort dans les mains, nous devrions être en mesure de commencer la journée. Les autres arrivent et sortent leurs pièces d’armure sans grand enthousiasme. Les filles leur donnent un coup de main tout en discutant avec nos voisins belges pas très frais non plus, mais eux au moins, ils ont terminé de concourir. Ben enfile ses jambières et son gambison et je l’aide à transporter le reste de l’équipement jusqu’à la lice avec les autres membres de l’équipe. L’ambiance s’est un peu réchauffée parmi les Québécois, l’absence d’éléments à problème aide beaucoup à ramener la paix.

On annonce le prochain combat : Québec-Pologne! Les gars se dirigent sur le bord de la lice, et finissent de s’armurer, l’arbitre, comme toujours, vérifie et s’assure que le casque de chaque combattant soit bien attaché, avant de donner son approbation. Les gars se mettent en ligne, face à leurs adversaires et attendent le signal « Fight! ». Les Polonais encouragés par la foule, prennent vingt secondes à mettre toute l’Ost au sol au premier round et quarante secondes au deuxième round. Un massacre! Ils sont très fort et ils ont la foule avec eux, mais la victoire est encore plus facile quand l’équipe adverse a perdu psychologiquement avant même de commencer?

Malgré tout, en sortant de la lice, le capitaine québécois, salue respectueusement la foule. L’Ost est éliminé.


Dans quelques minutes commencent les finales pour les équipes de 5, de 10 et de 16, les combats des deux dernières catégories ont eu lieu la veille et l’avant-veille après les duels. Les équipes étant plus grandes, elles sont moins nombreuses à concourir, ainsi ça va un peu plus vite. Quand nous retournons sur le bord de la lice après avoir aidé nos gars, nous arrivons juste à temps pour voir les Polonais remporter la finale contre les Anglais. Puis soudainement je vois apparaître une Polonaise dans le milieu du terrain, visiblement la douce d’un des combattants qui se tient dans le milieu et qui l’invite à le rejoindre, je sens qu’il se passe quelque chose d’important, j’ai des antennes pour ce genre d’affaire. Le Polonais qui a une oreillette en guise de micro s’agenouille devant sa dulcinée quand elle arrive à sa hauteur, ça y est j’ai déjà les yeux plein d’eau avant même qu’il la demande en mariage, j’ai beau rien comprendre au polonais, le langage de l’amour est universel, et je crois bien que je pourrais reconnaître une déclaration d’amour même en klingon,


L’amoureux, toujours agenouillé, lui présente son petit boitier avec la bague de fiançailles, et bien sûr elle dit oui et lui saute au cou. En jetant un coup d’œil autour de moi, je peux voir qu’il y a pas mal de dames qui soupirent et qui regardent en coin leur copain qui lui-même doit trouver l’idée de faire sa demande dans ce contexte assez intéressante. Ce n’est guère étonnant en effet, si on considère que le béhourd est issu de la chevalerie comme on se la représente au Moyen âge, et cette « chevalerie » à mon avis c’est le pendant masculin de « romantique ». Dans cette demande en mariage, je peux voir la rencontre d’un fantasme partagé, mais avec des mots différents pour le nommer. Et c’est justement quand il est partagé ainsi qu’il est puissant, je pense qu’un homme qui vient de se battre, tout en sueur qui s’agenouille devant celle qu’il aime et pour ajouter, prend délicatement le tissu de sa robe pour y déposer un baiser va émouvoir pas mal plus que celui qui apporte des fleurs et une boîte de chocolat. Non? L’amour au fond ça coûte pas cher!


Bon évidemment y aura toujours aussi dans cette foule qui m’entoure, les autres gars qui maudissent secrètement ce fiancé polonais inspiré, parce que leur blonde va leur en parler toute l’année dans l’espoir de vivre un moment comme celui-là. Ça, y en aura toujours malheureusement et dans tous les milieux, mais chères demoiselles célibataires, je vous le dis, ce milieu du béhourd est un terreau fertile. ;-)  

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