Avant de repartir nous achetons quelques
trucs au marché pour le souper et le petit déjeuner du lendemain matin, les
prix sont pas mal similaires à chez-nous, on n’est pas trop dépaysés. La soirée
se passe chez Lara à relaxer, Ben et Andrew défont leurs bagages et veillent à
ce que tout leur équipement pour le tournoi du surlendemain, soit prêt à
servir. Comme moi, Benoit adore les animaux, et c’est avec bonheur qu’il va
jouer dehors avec Kaï qui est tout en réjouissance de rencontrer un nouvel ami
aussi actif que lui. Lara sort aussi de sa grande cage extérieure, Tony sa
petite chouette qui semble bien apprécier toute cette attention qu’on lui
porte.
Avant de nous coucher, nous nous battons
un peu avec nos adaptateurs, c’est vraiment la première fois que nous voyons ce
type de prise d’électricité et nous mettons un moment avant d’être en mesure de
brancher nos chargeurs pour le portable et mon BlackBerry. Nous avons aussi
étendu nos serviettes de douche pour les faire sécher, mais c’est si humide,
même malgré le calorifère que nous avons ouvert. Nous finissons par nous
engouffrer de plaisir sous la grosse couette et dormir comme des bûches
jusqu’au petit matin.
Quand nous nous réveillons, nous voyons
Lara et Kaï entrer dans la maison, ils reviennent d’un p’tit jogging matinal,
l’air semble frais et humide, comme ma serviette qui n’a pas séché du tout.
Tant pis, ce soir peut-être, du moins on l’espère, car la sécheuse de Lara est
défectueuse et à quatre invités, elle va vite se retrouver sans aucune
serviette. Nous allons les rejoindre dans la cuisine et sommes bientôt rejoint
par Luc et Andrew qui ne semble pas super à l’aise lui non plus avec le gros
toutou. Lara a décidé de nous faire goûter quelques spécialités irlandaises
dont le black pouding (en genre de boudin avec des herbes et des épices), des
saucisses et des beans. Je goûte, j’adore les saucisses, mais pour le reste je
préfère me rabattre sur un fruit, du fromage et du pain. Pour moi, les beans
c’est à la mélasse avec du porc et du lard salé et non pas avec une sauce
tomate, je laisse aux autres. Nous avons oublié qu’ici, les gens boivent
surtout du thé, Lara a un peu de café instantané, mais n’est certainement pas
équipé pour que nous achetions du café perco. Nous allons nous rabattre sur du
thé et prendrons un vrai café dans un restaurant, comme on dit « En
Irlande faisons comme les Irlandais! ».
En jetant un œil sur la maison du voisin,
visible par la fenêtre de la cuisine, ma réflexion à propos des maisons sans
adresse me revient et j’en parle à Lara. Elle m’explique : Dès qu’on sort
des grandes villes, les maisons n’ont pas d’adresse ou parfois elles portent un
nom qui est inscrit sur un petit panneau décoratif (nous avions déjà vu ça
aussi en Belgique en Flandre). Je lui demande comment se fait la distribution
du courrier, et c’est là que ça devient intéressant. En effet, les facteurs
connaissent tous les gens sur leur circuit et les gens écrivent le nom du
destinataire et du village avec parfois quelques indicatifs sur leurs
enveloppes. Comme par exemple « la maison jaune avec deux chiens » ou « avec un
vélo rouge » « avec un muret de pierres» (bon c’est pourtant vraiment très
commun ici, y en a partout!). Elle ajoute qu’ils viennent juste de recevoir un
code postal. Mais c’est pour dire deux choses : La population n’est
vraiment pas très grande mais surtout, les gens se connaissent et ainsi
connaissent souvent la situation de leurs voisins. Lara nous raconte qu’il est
à peu près impossible de sombrer dans la misère et la pauvreté ici parce que
les gens s’entraident beaucoup. Par exemple, quelqu’un laissera un sac de
provision anonymement sur le balcon d’une personne dans le besoin, ou tout
autre service gratuit sans aucune attente en retour. Ça rejoint mes réflexions
à propos du passé catastrophique particulièrement la grande famine du 19ième
siècle qui a décimé ou mené à l’exil plus du tiers de la population irlandaise,
laissant la majorité des catholiques restante dans la misère. Les gens se
souviennent ou du moins ils portent en eux cette philosophie de vie parce que
ça s’est inscrit tout naturellement.
Lara nous propose une promenade juste de
l’autre côté du chemin, dans les tourbières, avec ce soleil pâle et matinal,
avec Kaï qui trottine avec nous, ça sera génial.
Nous sommes fascinés par les tourbières
mais encore plus en sachant que ce mode de chauffage vieux de plusieurs siècles
est encore utilisé assez couramment dans les maisons. La méthode consiste à
couper la terre en brique, les laisser sécher (ce qui reste pour moi un mystère
encore, ça doit prendre une éternité!) et s’en servir comme d’une bûche. L’odeur
dégagée de ces feux de tourbe est particulière et bien typique de l’Irlande. Les
tourbières se retrouvent dans les endroits humides, c’est pourquoi il y en a
beaucoup sur cette île. C’est dans la
région du Connemara, où nous sommes, qu’elles sont principalement. Je ne peux m’empêcher
d’ajouter ici une explication un peu plus détaillée :
« Dans des pays humides tel que l’Irlande (250
jours de pluie par an), un sol détrempé favorise ainsi le développement de
plantes hydrophiles (jonc, carex mousse…) et surtout la sphaigne capable d’absorber
d’énorme quantités de liquide. C’est cette plante, la sphaigne, qui est à l’origine
de la création des tourbières. En absorbant l’eau, celle-ci puise l’oxygène,
empêchant les matières mortes de se décomposer. La sphaigne se développe en
réalité par-dessus les déchets organiques morts en formant au fil du temps une
couche de tourbe qui ne cesse de s’épaissir. C’est ensuite cette tourbe, qui,
lorsqu’elle est exploitée par les Irlandais, sert de combustible dans les
cheminées. Une tourbière varie de 45 cm à 13 mètres de profondeur, et se
constitue essentiellement, d’eau à 95%, et de 5% de déchets organiques tels que,
racines, compost, fleurs, graines, etc. »
Dans le passé, cette méthode est venue
pallier au manque de forêts, donc de bois pour se chauffer et demeure à ce
jour, la solution la plus économique. Cependant, la surexploitation des tourbières,
met en danger leur survie, car elles ne parviennent plus à préserver l’équilibre
de leurs composés végétaux.
Sur notre retour, Ben me cueille une
fleur, pour le romantisme de la chose, puis nous finissons par ramasser
suffisamment de fleurs pour en faire un bouquet que je sécherai (hum…mouains).





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