samedi 29 avril 2017

Réflexions sur l'oreiller...dans l'avion



Dans l’avion qui nous ramène, tous les quatre cette fois-ci, je repense à la fin de notre voyage et je me jure que la prochaine fois, parce que c’est certain qu’il y en aura une, je ne visite plus les paysages en voiture. C’est ce que nous avons fait la veille, car nous avions une journée de repos après le tournoi. L’erreur quand on voyage sur de courtes durées comme nous le faisons, est de vouloir voir le maximum de lieux dans un minimum de temps, dorénavant j’en ferai moins, mais le ferai comme il faut. Et puis, les paysages vus hier sont bien magnifiques, mais quand il pleut et qu’on les voit surtout à partir de la banquette arrière de la voiture, et comme moi avec un léger mal de cœur c’est plus ordinaire. Moi et Ben réalisons aussi de plus en plus, que loin d’être insensibles aux décors champêtres, nous préférons encore plus, les gens, les rencontres et donc les lieux où y a du monde, c’est-à-dire les villes. C’est pourquoi, il était hors de question que nous terminions cette journée sans aller prendre une bière et écouter des musiciens dans un pub typique à Galway.





J’ai entendu un jour quelqu’un dire, que la meilleure façon de profiter vraiment de notre voyage quand on manque de temps c’est en se disant qu’un jour on reviendra à cet endroit, ainsi on est moins dans l’urgence de ne rien manquer et on profite plus du moment. Dorénavant, je garderai toujours cela en tête.  Je me fais aussi la promesse de passer moins de temps à prendre des photos souvenirs de lieux et de profiter plus du moment présent pour l’imprimer dans ma tête. D’ailleurs ce que je ramène de plus beau dans mes bagages, ce sont ces nouvelles amitiés, ces rencontres avec des gens, avec l’histoire et des découvertes culturelles.  L’Irlande dans la globalité de ce que j’ai vu, entendu, observé, vécu, a été au-dessus de mes attentes déjà élevées depuis longtemps.

Ce matin, Lara et Brendan nous ont ramené à Dublin pour prendre notre avion, deux voitures étaient nécessaires pour les quatre Québécois, dont deux avec des armures. Nous sommes conscients de tout ce que nos nouveaux ami (e)s ont pu déployer comme énergie pour nous recevoir et nous en sommes très reconnaissants. J’espère avoir la chance d’en faire autant en retour, qui sait peut-être un petit voyage au Québec un moment donné où nous pourrions les recevoir.

Dans quelques semaines, nous avons un tournoi à New York et nous irons avec nos nouveaux combattants Vincent, Chloé et Mathieu, Luc nous accompagnera comme écuyer comme il l’a fait à Galway. Andrew ne peut suivre cette fois-ci, Phil, José et Serge demeurent absents, ceux-ci sont ailleurs dans leur vie et on se demande de plus en plus souvent si on les reverra en tournoi ou même en entraînement. Benoit met son énergie sur les nouveaux qui ont tous du potentiel, Chloé qui est une vraie sportive profite de toutes les occasions qui se présentent pour faire du béhourd, elle est solide, lutte bien et n’a pas peur des coups et des affrontements avec les gars. Aussi comme elle est une personne Asperger, on se demande parfois si par hasard ça a un lien avec sa capacité à recevoir des coups sans sembler en être affectée, elle est vraiment une combattante féroce. Vincent est grand et bien mince, à tel point que nous étions un peu perplexe à l’idée qu’il pouvait même porter une armure et pourtant, il fait partie de ces gens qui sont tout en nerfs et si les coups l’atteignent davantage à cause de sa frêle ossature, avec son cardio il fait un très bon « runner ». Mathieu est très costaud et vraiment solide sur ses jambes, Ben voit en lui un futur « lourd », ceux qui tiennent les adversaires pendant que leurs co-équipiers frappent pour faire tomber la victime. Tous les trois proviennent de la SCA, donc comprennent le concept du costume historique, mais ils sont encore jeunes ce qui veut dire bien souvent en début de vie adulte, une période déterminante pleine de choix (études, premier appart, premier vrai conjoint, même parfois premier bébé, etc.). L’argent ou l’absence de, peut être un gros obstacle, surmontable, mais faut être assez motivé pour trouver des solutions afin de pouvoir pratiquer ce sport. En effet, le béhourd présente plusieurs aspects qui peuvent freiner les ardeurs des combattants, et c’est en quelque sorte là où l’on reconnait les vrais passionné(e)s. Y a les coûts reliés à l’équipement et les tournois, la disponibilité pour les entraînements, le voyagement, les conjoints qui interviennent aussi et qui ne comprennent pas toujours. Y aussi le travail et les études, mais aussi la peur des blessures, car pour pratiquer ce sport de combat à l’image de n’importe quels autres comme la boxe, la lutte, le muay thai, par exemple, eh bien faut accepter l’idée qu’un jour ou l’autre il y aura à coups sûrs des blessures. Malgré l’armure et les épaisseurs de gambison, la coquille ou le protège-dents, il y a toujours des risques de foulures, de fractures, de commotion, d’insolation car si l’armure est là pour protéger, elle peut devenir une ennemie, si elle est mal ajustée à celui qui la porte, de la chaleur qu’elle génère avec le gambison, de certaines pièces qui se brisent ou qui sont mal installées ou même de son poids qui peuvent accélérer une chute ou aggraver une foulure.

L’argent et/ou le temps sont les facteurs les plus courants qui mènent à l’abandon de ce sport, dans notre cas, de l’argent il n’y en a pas beaucoup, en revanche on consacre beaucoup de temps à fabriquer notre matériel, bien sûr de mon côté je m’occupe de tous nos costumes et des « gambisonnages » de Benoit. La seule fois où il s’est acheté une armure, il a voulu encourager quelqu’un du Québec et il a eu la mauvaise expérience d’en recevoir une mal ajustée et fabriquée avec du matériel cheap ou usagé. Comme les armuriers au Québec sont très rares, Serge ayant passé à autre chose, les bons armuriers sont rares, les combattants sont donc pris en otage entre le peu de compétition ici et les artisans en Europe ou aux États-Unis, donc l’achat par Internet ou sur place lors des tournois auprès des marchands qui y ont leur kiosque.  Si quelqu’un veut développer ce marché ici en toute honnêteté, go y a de la place! Cependant, de son côté, Benoit doit composer avec des pièces d’armures qu’il compte remonter lui-même, cette fois-ci sur du matériel solide et en attendant d’avoir beaucoup de temps, il emprunte le plastron de Phil (qui ne s’en sert pas) et ajuste et répare lui-même les petits bobos.

Si son armure n’est pas complètement à lui, en revanche, ses pièces de gambison sont fabriquées par moi et pour lui. Ça semble bien banal mais il n’en est rien, du moins pour nous deux. Lorsque j’ai fait sa pièce de tête, je m’étais piqué les doigts à plusieurs reprises car je devais faire beaucoup de couture à la main pour assembler des pièces trop épaisses pour ma machine. Je lui avais dit que son gambison était « marqué » de mon sang et de ma sueur, il m’avait alors demandé de glisser dedans une mèche de mes cheveux. J’avais trouvé cela tellement romantique et surtout très à propos pour cette activité. Je coupai donc une mèche et la glissa à l’intérieur, puis au printemps dernier quand j’avais fabriqué son gambison de corps, encore très affecté par la perte de notre chien, il m’avait demandé d’y glisser une touffe de son poil (j’en avais coupé une grosse touffe à son décès). J’avais donc fabriqué une petite pochette pour la glisser dedans puis cousu la pochette à l’intérieur du gambison, ainsi il continuerait d’être avec lui d’une certaine façon. Ces ajouts sont très symboliques et romantiques dans le vrai sens du mot. Ces vêtements ont donc une très grande valeur et quand il les revêt avant d’aller se battre, c’est un peu comme s’il se couvrait d’une protection invisible car chargée d’amour pour lui.


Contrairement à la plupart des combattant(e)s, Benoit a la chance d’avoir comme conjointe, sa partenaire aussi dans cette aventure, je suis donc en mesure de comprendre et d’accepter que notre samedi soir soit consacré à de la confection et des réparations, que notre fin de semaine de libre implique un tournoi à cinq heures de voiture, que le dimanche après-midi ait lieu un entraînement, qu’une partie de notre budget serve à l’achat de tissu, de cuir, d’outils. De mon côté, j’ai suffisamment de travail à y consacrer en plus de la couture, je prends des tonnes de notes, de photos et vidéos; je m’occupe d’appeler les assurances dès que nous sortons du pays pour les risques de blessures, je veille à la bouffe sur la route pour éviter trop de frais, je dresse des listes de musiques mais surtout je me tiens en totale réceptivité pour absorber toute nouvelle information pour un jour mettre tout ça par écrit et devenir une référence sur le sujet.      

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