mardi 11 avril 2017

Le château de Claregalway



Le château de Claregalway construit dans la première moitié du 15ième siècle a été la forteresse de la puissante famille Clanricarde De Burgo ou Burke jusqu’au milieu du 17ième siècle. Les Burke sont les descendants de William de Burgh, un chevalier qui a participé à l’invasion anglo-normande de Connacht au début des années 1200. Comme la plupart des châteaux, il est situé sur un point stratégique d’une rivière d’où il pouvait contrôler les routes de l’eau et ainsi exiger des péages. Le seigneur du château maintenait l’autorité de sa famille sur la région avoisinante. Si bien qu’à la fin du 16ième siècle, il y avait un réseau de châteaux appartenant à la puissante famille. Malheureusement, le seigneur Ulick Finn Burke, est à l’origine de l’une des plus grandes batailles de l’histoire irlandaise médiévale, la bataille de Knockdoe en 1504, qui impliqua environ 10 000 combattants. En effet, une histoire d’adultère aurait mis le feu aux poudres, officiellement, Ulick Finn Burke aurait dépassé agressivement son autorité dans le Connacht, mais la vraie raison est qu’il aurait eu une liaison avec la femme d’un autre seigneur qui exigea ensuite justice. Ce seigneur cocufié pu obtenir de l’aide militaire du frère de l’épouse trompée. Pendant que les seigneurs rassemblaient des alliés dans toute l’Irlande, Burke buvait et jouait aux cartes avec ses hommes, et ce qui devait arriver arriva, l’affrontement fut un terrible massacre et l’armée de Burke fut vaincue. Le seigneur défait, survécu tout de même, mais certains de ses enfants furent pris en otage par le seigneur beau-frère. (probablement ses propres neveux et nièces).

            Son digne petit-fils, Ulick na gCeann Burke, aussi amateur de femmes et connu sous le nom de «Ulick of the heads» à cause de sa prise de nombreuses têtes d'ennemis vaincus, était un opportuniste dans l’Irlande affaiblie face à l’Angleterre par leurs propres guerres intestines et querelles de succession. C’est pourquoi il a cru bon d’épouser une riche veuve anglaise de la ville de Galway, Dame Marie Lynch qui a pu l’aider à se préparer à l’étiquette anglaise et lui apprendre des rudiments de la langue qu’il ne parlait pas, ne parlant que le gaélique et le latin. Il alla donc à la rencontre d’Henri VIII à Greenwich et avec d’autres seigneurs irlandais se soumis et reconnu son autorité en tant que roi d’Irlande. En échange il se fit offrir des terres et des propriétés près de Dublin et se fit accorder des titres anglais en abandonnant ses titres irlandais. Il reçut aussi du roi la fameuse harpe de Brian Boru (premier roi suprême d’Irlande de 1002 à 1014) mais qui n’a apparemment aucun fondement historique avec ce roi, la harpe daterait plus ou moins du 14ième siècle, mais elle serait la harpe qui symbolise l’Irlande aujourd’hui.

            Malheureusement, Ulick, comme son aïeul, aimait un peu trop les femmes, en plus d’épouser cette veuve, il avait déjà deux autres femmes : Grainne O'Carroll et sa cousine Honora De Burgo. Ce qui fait que par la suite, il y eu des guerres de succession entre les fils de ces différents mariages, et Connacht en subi les conséquences, bien qu’en bout du compte, le château est demeuré aux mains des Burke, jusqu’en 1651. Ulick Burke (oui un autre du même nom), le successeur, commandant royaliste en Irlande pour le roi Charles 1er Stuart, donc fidèle au roi d’Angleterre, combattit Oliver Cromwell dans la guerre civile anglaise qui s’était étendue jusqu’en Irlande. Finalement, le seigneur irlandais perdit son château lors de la défaite, après un assaut qui dura neuf mois, même si Galway fut tout de même la dernière ville d’Irlande à céder aux forces cromwelliennes. Et aux cours des décennies suivantes le château fut laissé un peu de côté d’un point de vue politique, mais il semble avoir été maintenu périodiquement en activité, pour des garnisons militaires, comme prison, de refuge ou même de gîtes.




            Nous sommes à la fin de notre visite et dans cette grande salle magnifique où on peut imaginer un feu brûler au centre pendant que la fumée s’échappe dans l’ouverture du plafond cathédral, Eamonn nous fait monter tout en haut dans les balcons. Il nous raconte que le château a été si souvent déserté par tous les hommes partis en guerre, parfois tous morts, que ce fut les femmes qui gérèrent la forteresse la plupart du temps. Et grâce à elles, le château de Claregalway fut longtemps un lieu enrichissant du point de vue culturel. Ces dernières organisaient des fêtes ou des pièces de théâtre sur le plancher, près du feu, et les spectateurs prenaient place exactement à l’endroit où nous sommes assis. De nombreux bardes y sont venus divertir raconter et chanter accompagnés de leur harpe ou de celle de Brian Boru. Notre visite s’achève, mais auparavant, notre guide veut nous montrer la ville à partir d’un endroit sur les remparts. Nous marchons à la queue leu-leu dans la petite allée étroite à ciel ouvert, c’est magnifique, c’est vertigineux, la hauteur, le vin, l’expérience en soi ?


            La soirée se termine sur la petite terrasse à discuter, un verre de vin à la main avec un ami du Dr Eamon Donoghue, un professeur d’histoire à l’université de Galway qui a d’ailleurs participé à la restauration du château en tant que conseiller. Nous avons une discussion super passionnante à propos de l’histoire du château mais aussi de l’histoire du Québec et du béhourd. Il nous parle de cette jeune infirmière québécoise dont son grand-père est tombé amoureux à l’hôpital militaire lors de la Deuxième Guerre Mondiale. Son aïeul décédé aujourd’hui, a gardé toute sa vie sa correspondance écrite avec cette dame. Son petit-fils l’a apporté car il savait qu’il y aurait des Montréalais au tournoi, et comme l’adresse est à Montréal, peut-être pourrions-nous l’aider ? Nous sommes emballés même si je ne comprends pas tout ! Je suis fascinée de voir à quel point mon chum réussit à me traduire ce que je ne comprends pas, à traduire en anglais mes questions ou mes réflexions, à répondre lui-même aux questions, à émettre ses opinions et ses connaissances. Nous plongeons ensemble dans ce morceau d’histoire, la petite histoire des gens, celle qui ne passera pas dans les manuels pédagogiques et pourtant la plus réelle, parce qu’elle n’est pas assez importante pour être manipulée maintes et maintes fois à des fins politiques ou religieuses. Je ne peux m’empêcher de parler à ce collègue historien du journal intime de mon arrière-grand-mère, des milliers de pages écrites dans des carnets qui font état de son quotidien sur plus de 40 ans. Je reconnais cette lueur du chercheur enthousiaste dans les yeux de mon collègue historien. Ah ! Comme nos aïeuls nous font vivre des sensations fortes ce soir !

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