Le château de
Claregalway construit dans la première moitié du 15ième siècle a été
la forteresse de la puissante famille Clanricarde De Burgo ou Burke jusqu’au
milieu du 17ième siècle. Les Burke sont les descendants de
William de Burgh, un chevalier qui a participé à l’invasion anglo-normande de
Connacht au début des années 1200. Comme la plupart des châteaux, il est situé
sur un point stratégique d’une rivière d’où il pouvait contrôler les
routes de l’eau et ainsi exiger des péages. Le seigneur du château maintenait
l’autorité de sa famille sur la région avoisinante. Si bien qu’à la fin du 16ième
siècle, il y avait un réseau de châteaux appartenant à la puissante famille.
Malheureusement, le seigneur Ulick Finn Burke, est à l’origine de l’une des
plus grandes batailles de l’histoire irlandaise médiévale, la bataille de
Knockdoe en 1504, qui impliqua environ 10 000 combattants. En effet, une
histoire d’adultère aurait mis le feu aux poudres, officiellement, Ulick Finn
Burke aurait dépassé agressivement son autorité dans le Connacht, mais la vraie
raison est qu’il aurait eu une liaison avec la femme d’un autre seigneur qui
exigea ensuite justice. Ce seigneur cocufié pu obtenir de l’aide militaire du
frère de l’épouse trompée. Pendant que les seigneurs rassemblaient des alliés
dans toute l’Irlande, Burke buvait et jouait aux cartes avec ses hommes, et ce
qui devait arriver arriva, l’affrontement fut un terrible massacre et l’armée
de Burke fut vaincue. Le seigneur défait, survécu tout de même, mais certains
de ses enfants furent pris en otage par le seigneur beau-frère. (probablement
ses propres neveux et nièces).
Son digne petit-fils, Ulick na gCeann Burke, aussi amateur de femmes et connu
sous le nom de «Ulick of the heads» à cause de sa prise de nombreuses têtes
d'ennemis vaincus, était un opportuniste dans l’Irlande affaiblie face à
l’Angleterre par leurs propres guerres intestines et querelles de succession.
C’est pourquoi il a cru bon d’épouser une riche veuve anglaise de la ville de
Galway, Dame Marie Lynch qui a pu l’aider à se préparer à l’étiquette anglaise
et lui apprendre des rudiments de la langue qu’il ne parlait pas, ne parlant
que le gaélique et le latin. Il alla donc à la rencontre d’Henri VIII à
Greenwich et avec d’autres seigneurs irlandais se soumis et reconnu son
autorité en tant que roi d’Irlande. En échange il se fit offrir des terres et
des propriétés près de Dublin et se fit accorder des titres anglais en
abandonnant ses titres irlandais. Il reçut aussi du roi la fameuse harpe de Brian
Boru (premier roi suprême d’Irlande de 1002 à 1014) mais qui n’a apparemment
aucun fondement historique avec ce roi, la harpe daterait plus ou moins du 14ième
siècle, mais elle serait la harpe qui symbolise l’Irlande aujourd’hui.
Malheureusement, Ulick,
comme son aïeul, aimait un peu trop les femmes, en plus d’épouser cette veuve,
il avait déjà deux autres femmes : Grainne O'Carroll et sa cousine Honora
De Burgo. Ce qui fait que par la suite, il y eu des guerres de succession entre
les fils de ces différents mariages, et Connacht en subi les conséquences, bien
qu’en bout du compte, le château est demeuré aux mains des Burke, jusqu’en 1651.
Ulick Burke (oui un autre du même nom), le successeur, commandant royaliste en Irlande
pour le roi Charles 1er Stuart, donc fidèle au roi d’Angleterre,
combattit Oliver Cromwell dans la guerre civile anglaise qui s’était étendue
jusqu’en Irlande. Finalement, le seigneur irlandais perdit son château lors de
la défaite, après un assaut qui dura neuf mois, même si Galway fut tout de même
la dernière ville d’Irlande à céder aux forces cromwelliennes. Et aux cours des
décennies suivantes le château fut laissé un peu de côté d’un point de vue
politique, mais il semble avoir été maintenu périodiquement en activité, pour
des garnisons militaires, comme prison, de refuge ou même de gîtes.
Nous sommes à
la fin de notre visite et dans cette grande salle magnifique où on peut imaginer
un feu brûler au centre pendant que la fumée s’échappe dans l’ouverture du
plafond cathédral, Eamonn nous fait monter tout en haut dans les balcons. Il
nous raconte que le château a été si souvent déserté par tous les hommes partis
en guerre, parfois tous morts, que ce fut les femmes qui gérèrent la forteresse
la plupart du temps. Et grâce à elles, le château de Claregalway fut longtemps un
lieu enrichissant du point de vue culturel. Ces dernières organisaient des fêtes
ou des pièces de théâtre sur le plancher, près du feu, et les spectateurs
prenaient place exactement à l’endroit où nous sommes assis. De nombreux bardes
y sont venus divertir raconter et chanter accompagnés de leur harpe ou de celle
de Brian Boru. Notre visite s’achève, mais auparavant, notre guide veut nous
montrer la ville à partir d’un endroit sur les remparts. Nous marchons à la
queue leu-leu dans la petite allée étroite à ciel ouvert, c’est magnifique, c’est
vertigineux, la hauteur, le vin, l’expérience en soi ?
La soirée se termine sur la petite
terrasse à discuter, un verre de vin à la main avec un ami du Dr Eamon Donoghue,
un professeur d’histoire à l’université de Galway qui a d’ailleurs participé à
la restauration du château en tant que conseiller. Nous avons une discussion
super passionnante à propos de l’histoire du château mais aussi de l’histoire
du Québec et du béhourd. Il nous parle de cette jeune infirmière québécoise
dont son grand-père est tombé amoureux à l’hôpital militaire lors de la Deuxième
Guerre Mondiale. Son aïeul décédé aujourd’hui, a gardé toute sa vie sa
correspondance écrite avec cette dame. Son petit-fils l’a apporté car il savait
qu’il y aurait des Montréalais au tournoi, et comme l’adresse est à Montréal,
peut-être pourrions-nous l’aider ? Nous sommes emballés même si je ne
comprends pas tout ! Je suis fascinée de voir à quel point mon chum réussit à
me traduire ce que je ne comprends pas, à traduire en anglais mes questions ou
mes réflexions, à répondre lui-même aux questions, à émettre ses opinions et
ses connaissances. Nous plongeons ensemble dans ce morceau d’histoire, la
petite histoire des gens, celle qui ne passera pas dans les manuels
pédagogiques et pourtant la plus réelle, parce qu’elle n’est pas assez
importante pour être manipulée maintes et maintes fois à des fins politiques ou
religieuses. Je ne peux m’empêcher de parler à ce collègue historien du journal
intime de mon arrière-grand-mère, des milliers de pages écrites dans des
carnets qui font état de son quotidien sur plus de 40 ans. Je reconnais cette
lueur du chercheur enthousiaste dans les yeux de mon collègue historien. Ah !
Comme nos aïeuls nous font vivre des sensations fortes ce soir !





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