vendredi 3 février 2017

Jour 2 «Femmes fortes»





Aujourd’hui ce sont les duels qui commencent et mon chum pourra donner une chance à son corps de se réparer un peu puisque sa tâche se limite à l’arbitrage, comme si c’était une p’tite job pffff. Nous devons partir tôt pour son meeting d’arbitre et Andrew pour celui des capitaines. Nous passons faire un coucou aux autres toujours aussi enthousiasmés par les mêmes choix attrayants de plats exotiques et nous optons pour un trio mc muffin en chemin.  Pendant que les gars se rendront sur le terrain, j’irai chercher la bouffe et surtout le café.

Au Mc Do j’en profite pour aller faire des coucous aux miens sur facebook, c’est vraiment une bonne chose pour nous de pouvoir nous connecter sur le WI-FI dans ces restaurants. C’est une des meilleures décisions qu’ils ont eu d’un point de vue marketing aussi.

Je retourne au terrain avec notre lunch et retrouve rapidement Ben avec ses super lunettes qui ont d’ailleurs soulevé ce matin « l’Ire » de certains puristes qui sont dans l’organisation. Mais bon, acceptent-ils un arbitre aux verres fumées ou bien un arbitre qui ne voit pas ce qu’il évalue? Ça fait un peu maugréer certains mais au bout d’un moment chacun retourne à ses tâches et vont « slaquer la poulie ». Ben avale d’une bouchée son lunch pendant que je me trouve un coin au soleil pour prendre un peu plus mon temps en attendant que la journée commence réellement. Un des arbitres, ami d’Adam et qui fait avec lui de la reconstitution historique vient me rejoindre avec un jeune homme, hollandais comme lui. Nous discutons de la pluie et du beau temps, des combats d’hier et ils me disent avoir été impressionnés par l’équipe du Québec. Au bout d’un moment, Klaus, l’ami d’Adam, va rejoindre les autres arbitres tandis que Reinder, le plus jeune reste à bavarder avec moi. Je cafouille en anglais du mieux que je peux lorsqu’il me dit qu’il connait un peu le français et que je peux lui parler dans ma langue, ainsi ça lui permettra de pratiquer la langue de Molière.

Nous discutons de toute sortes de sujets, et un moment, je lui raconte le choc que nous avons eu hier soir avec la télé polonaise, ce qui nous amène à parler du féminisme et à comparer la condition des femmes dans différentes régions du monde. Nous réalisons que c’est au nord que les femmes ont les meilleures conditions et nous en concluons, sans trop nous prendre au sérieux, que c’est probablement une question de survie dans l’histoire de l’évolution humaine. Vivre dans des conditions plus sévères, oblige les femmes à être plus forte dans tous les sens du terme et forcément à être plus respectée par les hommes à ce moment-là. Chez lui en Hollande, les femmes semblent vivre un peu les mêmes réalités que les Québécoises, en fait comme une bonne partie des Nord-Américaines, des Irlandaises, des Écossaises, des Anglaises, des Allemandes, des Danoises, des Norvégiennes, ou des Suédoises. Même si, pour plusieurs de ces femmes, il y a encore beaucoup de chemin à faire en matière d’égalité (salaire, postes, embauche, etc.), elles sont plus traitées en partenaires de vie, que simplement en épouse, maîtresse et/ou mère. Je raconte à mon nouvel ami qu’au Québec, les femmes sont obligées de garder leur nom lorsqu’elles se marient, et ce depuis 1981. Tout un contraste avec leurs grands-mères qui aux yeux de la loi devenaient, comme la mienne «madame Paul Béchard», perdant ainsi toute identité personnelle derrière celle de son époux.  Je ne dis pas qu’elle est unique au Québec, mais à ce jour je n’ai pas rencontré cette loi ailleurs.

Cependant, on soulève le cas des pays slaves, pays nordiques pourtant, qui font preuve trop souvent de misogynie, comme par exemple l’émission polonaise d’hier soir et à part quelques vagues hypothèses, nous demeurons sans réponses. C’est intéressant aussi de transposer le féminisme dans le béhourd, certaines équipes masculines acceptent qu’il y ait des équipes féminines dans leur fédération ou association et d’autres le refusent. Chez-nous, on a encore trop peu de combattantes pour avoir une équipe à l’IMCF et les filles qui ont envie de se battre ont commencé à s’entraîner avec les gars, Bénédicte qui se bat en duel, se pratique avec les gars, puisqu’elle manque d’adversaire, mais aussi parce que la plupart de nos combattants l’acceptent, ce qui va de soi pour eux. Y en a tout de même encore certains Québécois qui hésitent sous prétexte que la peur de les blesser les ralentira dans leur ardeur. Personnellement, je crois que c’est de la mauvaise foi et que les gars qui refusent de s’entraîner avec elles, craignent plutôt de voir empiéter leur territoire, leur chasse gardée et qu’ils ont peur de manger une volée par une fille. C’est à mon avis une forme de sexisme. Et malheureusement c’est le cas pour plusieurs équipes, même s’ils amènent une équipe féminine, ils refusent de pratiquer avec elles. Benoit, de son côté, considère que c’est en multipliant au maximum ses adversaires, hommes comme femmes, qu’on devient des meilleur(e)s combattant(e)s, une constatation qu’il fait depuis qu’il fait du jiu jitsu. Il en fait depuis quelques années déjà et sur le tatami, il est coutumier de voir les gars et filles s’entraîner ensemble. Pour le moment j’ai bien hâte de voir comment ça se passera avec Béné, mais je suis convaincue qu’elle se classera dans les finales.

Autour de la grande lice, que l’on a divisée en quatre sections de sorte qu’il y aura quatre combats qui se dérouleront en même temps, on s’affaire. Ça commence à bouger, des arbitres s’installent et des filles commencent à se préparer et déjà quelques-unes vont dans leur coin, comme des boxeuses, accompagnées de leur coach ou quelqu’un qui fait office de coach. Pour les duels, c’est différent du béhourd, c’est généralement moins rude parce que la victoire est obtenue avec des points et non pas nécessairement en jetant l’adversaire au sol. Bien sûr, dominer l’adversaire en le jetant par terre donne des points, mais un(e) duelliste peut très bien remporter ses points uniquement sur la façon qu’il rend ses coups. Béné a une bonne technique, mais en plus elle est grande par rapport aux autres filles et est offensive dans son approche, ce qui fait que d’emblée, elle semble effrayer ses adversaires et ça a tout de même un effet psychologique. Elle est aussi très sportive et a donc un excellent cardio, disons qu’elle a de très bonnes chances de ramener au moins une médaille.



La voilà justement, affronter la combattante d'Afrique du Sud qu’elle gagne après trois rounds. Elle revient s’asseoir sous le chapiteau avec Amélie, son écuyère, et d’Étienne qui a lui aussi remporté son premier combat.      




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