Aujourd’hui ce sont les duels qui
commencent et mon chum pourra donner une chance à son corps de se réparer un
peu puisque sa tâche se limite à l’arbitrage, comme si c’était une p’tite job
pffff. Nous devons partir tôt pour son meeting d’arbitre et Andrew pour celui
des capitaines. Nous passons faire un coucou aux autres toujours aussi
enthousiasmés par les mêmes choix attrayants de plats exotiques et nous optons
pour un trio mc muffin en chemin.
Pendant que les gars se rendront sur le terrain, j’irai chercher la
bouffe et surtout le café.
Au Mc Do j’en profite pour aller faire
des coucous aux miens sur facebook, c’est vraiment une bonne chose pour nous de
pouvoir nous connecter sur le WI-FI dans ces restaurants. C’est une des
meilleures décisions qu’ils ont eu d’un point de vue marketing aussi.
Je retourne au terrain avec notre lunch
et retrouve rapidement Ben avec ses super lunettes qui ont d’ailleurs soulevé
ce matin « l’Ire » de certains puristes qui sont dans l’organisation. Mais bon,
acceptent-ils un arbitre aux verres fumées ou bien un arbitre qui ne voit pas ce
qu’il évalue? Ça fait un peu maugréer certains mais au bout d’un moment chacun
retourne à ses tâches et vont « slaquer la poulie ». Ben avale d’une bouchée
son lunch pendant que je me trouve un coin au soleil pour prendre un peu plus
mon temps en attendant que la journée commence réellement. Un des arbitres, ami
d’Adam et qui fait avec lui de la reconstitution historique vient me rejoindre
avec un jeune homme, hollandais comme lui. Nous discutons de la pluie et du
beau temps, des combats d’hier et ils me disent avoir été impressionnés par l’équipe
du Québec. Au bout d’un moment, Klaus, l’ami d’Adam, va rejoindre les autres
arbitres tandis que Reinder, le plus jeune reste à bavarder avec moi. Je
cafouille en anglais du mieux que je peux lorsqu’il me dit qu’il connait un peu
le français et que je peux lui parler dans ma langue, ainsi ça lui permettra de
pratiquer la langue de Molière.
Nous discutons de toute sortes de sujets,
et un moment, je lui raconte le choc que nous avons eu hier soir avec la télé
polonaise, ce qui nous amène à parler du féminisme et à comparer la condition
des femmes dans différentes régions du monde. Nous réalisons que c’est au nord
que les femmes ont les meilleures conditions et nous en concluons, sans trop
nous prendre au sérieux, que c’est probablement une question de survie dans l’histoire
de l’évolution humaine. Vivre dans des conditions plus sévères, oblige les
femmes à être plus forte dans tous les sens du terme et forcément à être plus
respectée par les hommes à ce moment-là. Chez lui en Hollande, les femmes
semblent vivre un peu les mêmes réalités que les Québécoises, en fait comme une
bonne partie des Nord-Américaines, des Irlandaises, des Écossaises, des
Anglaises, des Allemandes, des Danoises, des Norvégiennes, ou des Suédoises. Même
si, pour plusieurs de ces femmes, il y a encore beaucoup de chemin à faire en
matière d’égalité (salaire, postes, embauche, etc.), elles sont plus traitées en
partenaires de vie, que simplement en épouse, maîtresse et/ou mère. Je raconte à
mon nouvel ami qu’au Québec, les femmes sont obligées de garder leur nom lorsqu’elles
se marient, et ce depuis 1981. Tout un contraste avec leurs grands-mères qui aux
yeux de la loi devenaient, comme la mienne «madame Paul Béchard», perdant ainsi
toute identité personnelle derrière celle de son époux. Je ne dis pas qu’elle est unique au Québec,
mais à ce jour je n’ai pas rencontré cette loi ailleurs.
Cependant, on soulève le cas des pays
slaves, pays nordiques pourtant, qui font preuve trop souvent de misogynie,
comme par exemple l’émission polonaise d’hier soir et à part quelques vagues
hypothèses, nous demeurons sans réponses. C’est intéressant aussi de transposer
le féminisme dans le béhourd, certaines équipes masculines acceptent qu’il y
ait des équipes féminines dans leur fédération ou association et d’autres le refusent.
Chez-nous, on a encore trop peu de combattantes pour avoir une équipe à l’IMCF
et les filles qui ont envie de se battre ont commencé à s’entraîner avec les
gars, Bénédicte qui se bat en duel, se pratique avec les gars, puisqu’elle
manque d’adversaire, mais aussi parce que la plupart de nos combattants l’acceptent,
ce qui va de soi pour eux. Y en a tout de même encore certains Québécois qui
hésitent sous prétexte que la peur de les blesser les ralentira dans leur
ardeur. Personnellement, je crois que c’est de la mauvaise foi et que les gars
qui refusent de s’entraîner avec elles, craignent plutôt de voir empiéter leur
territoire, leur chasse gardée et qu’ils ont peur de manger une volée par une
fille. C’est à mon avis une forme de sexisme. Et malheureusement c’est le cas
pour plusieurs équipes, même s’ils amènent une équipe féminine, ils refusent de
pratiquer avec elles. Benoit, de son côté, considère que c’est en multipliant
au maximum ses adversaires, hommes comme femmes, qu’on devient des meilleur(e)s
combattant(e)s, une constatation qu’il fait depuis qu’il fait du jiu jitsu. Il
en fait depuis quelques années déjà et sur le tatami, il est coutumier de voir les
gars et filles s’entraîner ensemble. Pour le moment j’ai bien hâte de voir
comment ça se passera avec Béné, mais je suis convaincue qu’elle se classera
dans les finales.
Autour de la grande lice, que l’on a
divisée en quatre sections de sorte qu’il y aura quatre combats qui se
dérouleront en même temps, on s’affaire. Ça commence à bouger, des arbitres s’installent
et des filles commencent à se préparer et déjà quelques-unes vont dans leur
coin, comme des boxeuses, accompagnées de leur coach ou quelqu’un qui fait
office de coach. Pour les duels, c’est différent du béhourd, c’est généralement
moins rude parce que la victoire est obtenue avec des points et non pas nécessairement
en jetant l’adversaire au sol. Bien sûr, dominer l’adversaire en le jetant par
terre donne des points, mais un(e) duelliste peut très bien remporter ses
points uniquement sur la façon qu’il rend ses coups. Béné a une bonne
technique, mais en plus elle est grande par rapport aux autres filles et est
offensive dans son approche, ce qui fait que d’emblée, elle semble effrayer ses
adversaires et ça a tout de même un effet psychologique. Elle est aussi très
sportive et a donc un excellent cardio, disons qu’elle a de très bonnes chances
de ramener au moins une médaille.
La voilà justement, affronter la combattante d'Afrique du Sud qu’elle gagne après trois rounds. Elle
revient s’asseoir sous le chapiteau avec Amélie, son écuyère, et d’Étienne
qui a lui aussi remporté son premier combat.



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