dimanche 5 février 2017

Jour 2 «L'Or!»


Le soleil s’est caché pour le reste de la journée on dirait bien et il vente, nous obligeant à nous habiller plus chaudement, sauf que c’est une température idéale pour tous ceux et celles qui doivent porter une armure et combattre. Rien de pire qu’une journée étouffante et ensoleillée. Pour nous Québécois, comme tout autre combattant qui habite un pays qui connait les hivers enneigés et froids, combattre à l’extérieur apporte un obstacle supplémentaire. Souvent obligés de s’entraîner dans un gymnase, à cause de la neige ou de la gadoue au printemps, ils luttent donc plus souvent avec des espadrilles sur un sol bien lisse, qu’à l’extérieur. Lorsqu’ils arrivent au tournoi mondial à la fin du printemps, ils doivent composer avec la terre inégale, parfois glissante à cause du gazon, en bottes médiévales, obligatoires au tournoi. C’est d’ailleurs parce qu’il a glissé accidentellement, entraînant sa chute et permettant à son adversaire de lui placer trois bons coups, qu’Étienne qui s’était hissé en quart de finale à l’épée longue, a perdu son combat contre l’Autrichien. Toute une frustration! 


Béné, de son côté s’en sort très bien, après ses deux autres victoires contre l’Argentine et la Japonaise, elle rencontrera en demi-finale, l’Anglaise, plus tard dans la journée. Donc elle gagne une médaille, on ne sait juste pas encore laquelle, ça va être la première pour le Québec. Nous sommes tous derrière elle, particulièrement Amélie qui l’aide à mettre et enlever ses pièces d’armure, qui veille à ce qu’elle ne manque pas d’eau, de nourriture ou de pansement quand il y a des petites blessures, bref elle est complètement dédiée au confort de son amie.


Je kidnappe mon chum, sans trop de résistance de sa part, et nous allons diner sous la tente de Saladin en cette journée nuageuse et fraîche, un bon thé odorant nous fera du bien. C’est l’endroit le plus «IN» aujourd’hui…après le kiosque de l’armurier-forgeron dans le campement historique. Ce dernier est régulièrement sollicité pour arrondir des pointes d’épée qui ne passent pas l’inspection ou pour réparer des armes ou des pièces d’acier sur une armure en échange de contributions. Je suis certaine qu’offrir ce service pendant quatre jours à quelques centaines de combattants qui mettent sérieusement leur matériel à l’épreuve, ça doit être pas mal payant en fin de compte.

C’est une bonne chose, ils font revivre un métier qui n’existait plus depuis l’arrivée des armes à feu. Et pour le public, le spectacle qu’offre le forgeron en plein travail devient divertissant et instructif. C’est souvent la mission que se donnent les amateurs de reconstitutions historiques, ils se servent de leur passion de vivre momentanément dans le passé pour apprendre un savoir, le pratiquer et transmettre ensuite leurs connaissances au public. Des métiers comme tisserand, teinturier, forgeron, armurier, enlumineur, orfèvre, verrier, dentellière, revivent grâce à ces passionnés du Moyen âge. Le plus magnifique, c’est qu’ils nous font découvrir la vraie beauté du travail bien fait, à la main, et non pas sorti d’une usine. Ça « reconnecte » les gens avec la réalité du tangible, du matériel utilitaire qui les entoure. Aujourd’hui on touche un bouton, et la lumière s’allume, n’est-ce pas fascinant de regarder des gens fabriquer un moule qui servira à couler des cierges qui jadis, une fois allumés, procuraient avec la lueur du foyer, la seule lumière de la maison une fois la nuit tombée? Je pense que c’est une prise de conscience qu’il est bon de faire, à quel point le travail d’un artisan aura toujours une valeur hautement supérieure à un produit sorti d’une usine, parce qu’on y trouve de la poussière de l’âme de son créateur. Encore trop souvent j’entends des gens, se plaindre du prix d’un meuble, d’un bijou ou d’un vêtement fait à la main et c’est normal puisqu’ils comparent systématiquement avec tout ce qui se vend en magasin, des produits usinés à la chaîne où travaillent des millions d’exploités et où le plus gros profit se ramasse dans les poches de quelques individus qui n’ont touché du produit que l’argent généré. Bref, être témoin du travail que représente dans son ensemble la fabrication d’un objet, ça remet un peu les pendules à l’heure.


Après avoir justement fait le tour des artisans, nous retournons aux combats juste à temps pour voir Béné gagner en demi-finale, elle devra rencontrer la combattante polonaise. Même si celle-ci a le soutien du public et que c’est une sacrée bonne combattante, nous avons quand même espoir que Béné gagne le duel. Cette dernière est encore en pleine forme et elle a gagné tous ses combats assez facilement, disons que son adversaire semble la redouter un peu.


J’avais hâte de voir l’attitude des filles entre elles, je m’attendais à les voir plus compétitives et moins amicales, je me trompais, du moins jusqu’à maintenant. Elles n’hésitent pas à se parler sous la tente, à rire ensemble et discuter de leurs armures, mais à mesure que le combat approche, chacune prend sa distance et semble évaluer l’autre. Nous sommes tous derrière elle, ou plutôt autour d’elle lorsqu’elle entre en lice et nous crions son nom à l’unisson. Elle ne se laisse pas du tout impressionner par son adversaire, la majeure partie du temps elle lui fonce dessus, définitivement elle domine complètement la Polonaise, et c’est sans surprise qu’elle remporte la finale d’épée longue en deux rounds. VICTOIRE! Première médaille pour le Québec et rien de moins que l’or remportée par une femme dans un des sports les plus virils que je connaisse.

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