samedi 11 février 2017

Jour 3: Amitié, une médaille d'argent et fierté nationale.


«Ensemble dans la même direction, des rêves en commun». Photo prise par Béné en cette fin de journée.
  C’est sous un soleil éclatant mais insuffisant à réchauffer à cause du vent froid matinal, que commence cette troisième journée de tournoi. Ben, Igor et Andrew de nouveau partis à leur meeting, le reste de notre gang traîne autour du campement pendant que Béné se prépare tranquillement pour la grosse journée qui l'attend. Moi je discute avec mon ami Julien, dont la tente est installée pas très loin de la nôtre. Nous nous sommes installés un peu ensemble entre francophones, Québécois, Français et Belges. Julien est devenu un ami, on se connaît depuis Aigues-Mortes, et chaque fois c’est un bonheur de le retrouver. Il m’arrive souvent de m’étonner à quel point ce grand et solide gaillard dont les yeux clairs et magnifiques semblent receler toute la bonté du monde, devient une brute redoutable dans la lice, particulièrement quand il croise le fer avec des Anglais. C’est quelqu’un de droit, qui te regarde direct dans les yeux sans ciller et je me dis que son regard doit être insupportable quand il est chargé de colère, une chance qu’il porte un casque avec une visière dans la lice! Mais quand nous nous retrouvons, il redevient le papa si fier de sa fille; l’ébéniste qui me parle de son autre passion, la première étant le béhourd; le Français fils d’aubergiste, dont l’établissement recevait chaque année bon nombre de touristes anglais, et depuis n’en garde pas de bons souvenirs. C’est un ami au cœur immense avec qui j’aime toujours discuter, il a quelque chose dans sa façon de raconter qui me rappelle un peu Coluche. Son humour aussi m'interpèle, et je devine une profondeur d'âme derrière son air débonnaire, bref c’est toujours un plaisir de le revoir chaque année. Oui promis Julien, un jour nous irons en Auvergne et nous aimerions que ce soit toi qui nous la fera découvrir! 

Oups, j'ai triché, photo prise au Portugal cette année.

On ne tarde pas trop longtemps au campement parce que nous ne voulons pas manquer les prochains combats de Béné, celle-ci doit affronter sous peu la Luxembourgeoise. Nous n’avons pas de duelliste masculin à présenter pour cette catégorie et nos amis belges et français n’ont pas de duelliste féminine cette année, nous avons donc avec nous pas mal de supporteurs.  

 Je vois Jana l’épouse de Jay, chez qui nous sommes allés le mois dernier, elle est complètement emmitouflée, tellement elle a froid. Normalement elle prend des tonnes de photos et films car c’est elle qui s’occupe de l’image publique de l’équipe, mais elle gèle depuis le début du tournoi. Elle est d’une nature timide et parle peu, et avec mon anglais de survie, nos conversations sont pour le moment assez limitées.

Nous suivons les performances de notre Québécoise et de son adversaire qui terminent à égalité et doivent faire un round supplémentaire, bref, en prolongation comme au hockey. C’est Béné qui gagne! Elle va devoir rencontrer la Néo-Zélandaise, puis l’Australienne, et qui sait, peut-être ira-t-elle encore chercher l’or? Nous le saurons aujourd’hui.
 
Béné et Amélie, entre deux rounds.
Moi qui suis sensible aux ambiances musicales, je désespère un peu d’entendre en boucle depuis le début du tournoi les mêmes cinq ou six pièces, c’est-à-dire Final countdown, Eye of the tiger la musique des génériques de Game of thrones et de Hobbit et We’re gonna fight. Non mais sérieux, comment peut-on manquer son coup à ce point-là?!!! L’année prochaine j’apporte une clé USB avec plein de musique épique et je l’apporte aux gars de la sonorisation pour le bien de tous.

Une heure plus tard, Béné et la Néo-Zélandaise sont à égalité, elles doivent faire un round supplémentaire, ce qui fait que c’est le huitième round de Béné depuis ce matin. Aujourd’hui, ses adversaires lui donnent plus de fil à retorde, mais on ne peut exclure qu’elle ne se bat pas dans sa catégorie habituelle et elle gagne encore! Je vais les rejoindre, elle et Amélie sous l’auvent, Béné s’est blessée à une main lors de ce combat, mais rien de bien grave, rien qui ne l’empêchera d’affronter l’Australienne dans une vingtaine de minutes. Elle va dans la tente des ambulanciers et ceux-ci lui font un bandage et une petite réparation de dernière minute est effectuée par un de nos gars sur son miton afin de mieux protéger sa main. Si le combat avait été du béhourd (en équipe) il aurait été préférable de déclarer forfait, parce que c’est beaucoup plus rude que les duels.


On appelle les prochaines concurrentes, la Québécoise et l’Australienne, nous sommes tous fébriles, même si nous sommes conscients que notre championne est blessée, nous sommes tout de même confiants. Il y a de plus en plus de combattants, combattantes, accompagnateurs qui se tiennent autour de la lice, tout près et qui suivent attentivement cette valkyrie québécoise que rien ne semble arrêter. J’observe discrètement la Polonaise qui affrontera la gagnante, elle parle avec son capitaine, la nervosité se lit dans ses yeux. Le combat semble interminable, et pour une bonne raison, les adversaires doivent faire un round supplémentaire, un douzième pour Béné. Un round qui déterminera si elle remporte une médaille dans cette catégorie.

Nous tentons de la supporter du mieux que nous le pouvons, Amélie à ses côtés toujours, Andrew qui lui envoie quelques encouragements bien sentis et nous qui sommes autour de la lice. La caméra perchée au-dessus d’elle suit tous ses mouvements de ce round enlevant, l’arbitre crie son habituel « Stop the fight! » au bout d’une minute et après délibérations des compteurs de points, il annonce la gagnante et c’est Bénédicte! Comme toujours, les filles se font une accolade, s’échangent quelques bons mots et retrouvent leur groupe respectif. Même si elle perdait le prochain combat, elle est en troisième position, donc elle a la médaille de bronze, mais nous verrons dans une bonne heure si elle poursuivra son ascension.


En après-midi la température a grimpé de plusieurs degrés, le soleil chauffe tout autant mais, comme le vent est tombé c’est beaucoup plus agréable, du moins pour ceux et celles qui ne se battent pas. Les demi-finales ont commencé, et Béné est de nouveau en lice contre la Polonaise, la foule suit attentivement, comme la plupart des combattants. Qui des deux, aura l’argent…ou l’or en affrontant la dernière concurrente, l’Allemande? Le combat est intense, et la pression est grande, nous encourageons Béné à plein poumons, et en jetant régulièrement les yeux sur les écrans géants, je réalise que les caméras l’aiment beaucoup. Et c’est la victoire!!! C’est une sacrée défaite pour l’équipe polonaise.

On dirait que rien ne peut arrêter notre combattante, sa main tient toujours le coup et il ne lui reste que ce combat final. Elle aura fait près de vingt rounds aujourd’hui, ils ont beau durer une minute, ce sont des minutes ultra intenses. Mais comme c’est une fille très sportive au quotidien, elle sait comment gérer cette intensivité physique et bien sûr comment bien récupérer.

Les combattantes prennent place, chacune dans leur coin, écoutant attentivement les conseils de leur capitaine, même si la visière de leur casque est maintenant baissée, on peut deviner qu’elles se jaugent, qu’elles s’observent et qu’elles espèrent trouver la faille qui fera tomber l’autre. Elles se retrouvent au milieu, frappent ensemble le bout de leur épée en guise de salutation et commencent à se battre, c’est serré…Deuxième round, de mon point de vue, je n’ai aucune idée laquelle des deux est en train de dominer l’autre. Troisième round, les filles retournent à leur coin et on les avertie qu’une décision est prise, donc elles peuvent retirer leur casque et venir rejoindre l’arbitre au milieu. Gagnante, l’Allemande! Tout de même, Béné agrémentera sa médaille d’or d’une p’tite sœur en argent.


Mais que va-t-on faire demain à la cérémonie de la remise des médailles? Je suis heureuse que ce soit Andrew le capitaine, un souverainiste comme Serge, le fondateur de l’Ost, comme Benoit, le représentant qui s’est battu pour faire reconnaître le Québec comme une nation à l’IMCF et finalement comme moi. On ne peut faire jouer l’hymne canadien, sans nous compromettre dans notre fierté québécoise. Ce n’est peut-être pas l’avis de tous les membres de l’équipe, mais c’est celle de son capitaine. Je pense que si on peut attribuer une âme et une histoire à l’Ost, elle est sans contredit et profondément québécoise. À Aigues-Mortes, Serge, alors capitaine de l’Ost avait fait jouer une pièce instrumentale de la Bottine souriante lors de la cérémonie d’ouverture, même si cette année, comme l’année dernière on ne met pas d’hymne pendant le défilé de la cérémonie, nous en avons quand même besoin pour le moment où Béné recevra sa médaille d’or.


Andrew cherche dans son téléphone et opte pour Martin de la Chasse-Galerie de la Bottine souriante, ça n’a rien à voir avec un hymne national, mais le choix est bon, c’est une pièce qui nous ressemble et tant qu’à faire parler de nous, faisons-le avec éclat. J’ai tellement hâte de voir la tête des gens quand la chanson commencera à jouer! 

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