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| «Ensemble dans la même direction, des rêves en commun». Photo prise par Béné en cette fin de journée. |
C’est sous un soleil éclatant mais insuffisant à réchauffer à cause du vent froid matinal, que
commence cette troisième journée de tournoi. Ben, Igor et Andrew de nouveau
partis à leur meeting, le reste de notre gang traîne autour du campement
pendant que Béné se prépare tranquillement pour la grosse journée qui l'attend. Moi je discute avec mon ami Julien, dont la tente est installée pas très loin
de la nôtre. Nous nous sommes installés un peu ensemble entre francophones, Québécois, Français et Belges. Julien
est devenu un ami, on se connaît depuis Aigues-Mortes, et chaque fois c’est un
bonheur de le retrouver. Il m’arrive souvent de m’étonner à quel point ce grand
et solide gaillard dont les yeux clairs et magnifiques semblent receler toute
la bonté du monde, devient une brute redoutable dans la lice, particulièrement
quand il croise le fer avec des Anglais. C’est quelqu’un de droit, qui te
regarde direct dans les yeux sans ciller et je me dis que son regard doit être
insupportable quand il est chargé de colère, une chance qu’il porte un casque avec une visière dans la lice! Mais quand nous nous retrouvons, il redevient le papa si fier de
sa fille; l’ébéniste qui me parle de son autre passion, la première étant le béhourd; le Français fils d’aubergiste,
dont l’établissement recevait chaque année bon nombre de touristes anglais, et
depuis n’en garde pas de bons souvenirs. C’est un ami au cœur immense avec qui
j’aime toujours discuter, il a quelque chose dans sa façon de raconter qui me
rappelle un peu Coluche. Son humour aussi m'interpèle, et je devine une profondeur d'âme derrière son air débonnaire, bref c’est toujours un
plaisir de le revoir chaque année. Oui promis Julien, un jour nous irons en Auvergne et nous aimerions que ce soit toi qui nous la fera découvrir!
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| Oups, j'ai triché, photo prise au Portugal cette année. |
On ne tarde pas trop longtemps au
campement parce que nous ne voulons pas manquer les prochains combats de Béné,
celle-ci doit affronter sous peu la Luxembourgeoise. Nous n’avons pas de
duelliste masculin à présenter pour cette catégorie et nos amis belges et français
n’ont pas de duelliste féminine cette année, nous avons donc avec nous pas mal
de supporteurs.
Je
vois Jana l’épouse de Jay, chez qui nous sommes allés le mois dernier, elle est
complètement emmitouflée, tellement elle a froid. Normalement elle prend des
tonnes de photos et films car c’est elle qui s’occupe de l’image publique de l’équipe, mais elle gèle depuis le début du tournoi. Elle est d’une nature timide et parle peu,
et avec mon anglais de survie, nos conversations sont pour le moment assez
limitées.
Nous suivons les performances de notre
Québécoise et de son adversaire qui terminent à égalité et doivent
faire un round supplémentaire, bref, en prolongation comme au hockey. C’est
Béné qui gagne! Elle va devoir rencontrer la Néo-Zélandaise, puis l’Australienne,
et qui sait, peut-être ira-t-elle encore chercher l’or? Nous le saurons aujourd’hui.
Moi qui suis sensible aux ambiances
musicales, je désespère un peu d’entendre en boucle depuis le début du tournoi les
mêmes cinq ou six pièces, c’est-à-dire Final
countdown, Eye of the tiger la musique
des génériques de Game of thrones et
de Hobbit et We’re gonna fight. Non mais sérieux, comment peut-on manquer son
coup à ce point-là?!!! L’année prochaine j’apporte une clé USB avec plein de
musique épique et je l’apporte aux gars de la sonorisation pour le bien de tous.
Une heure plus tard, Béné et la
Néo-Zélandaise sont à égalité, elles doivent faire un round supplémentaire, ce
qui fait que c’est le huitième round de Béné depuis ce matin. Aujourd’hui, ses
adversaires lui donnent plus de fil à retorde, mais on ne peut exclure qu’elle ne
se bat pas dans sa catégorie habituelle et elle gagne encore! Je vais les rejoindre, elle et Amélie sous l’auvent,
Béné s’est blessée à une main lors de ce combat, mais rien de bien grave, rien
qui ne l’empêchera d’affronter l’Australienne dans une vingtaine de minutes. Elle
va dans la tente des ambulanciers et ceux-ci lui font un bandage et une petite
réparation de dernière minute est effectuée par un de nos gars sur son miton afin
de mieux protéger sa main. Si le combat avait été du béhourd (en équipe) il
aurait été préférable de déclarer forfait, parce que c’est beaucoup plus rude
que les duels.
On appelle les prochaines concurrentes,
la Québécoise et l’Australienne, nous sommes tous fébriles, même si nous sommes
conscients que notre championne est blessée, nous sommes tout de même
confiants. Il y a de plus en plus de combattants, combattantes, accompagnateurs
qui se tiennent autour de la lice, tout près et qui suivent attentivement cette
valkyrie québécoise que rien ne semble arrêter. J’observe discrètement la
Polonaise qui affrontera la gagnante, elle parle avec son capitaine, la
nervosité se lit dans ses yeux. Le combat semble interminable, et pour une
bonne raison, les adversaires doivent faire un round supplémentaire, un douzième
pour Béné. Un round qui déterminera si elle remporte une médaille dans cette
catégorie.
Nous tentons de la supporter du mieux
que nous le pouvons, Amélie à ses côtés toujours, Andrew qui lui envoie
quelques encouragements bien sentis et nous qui sommes autour de la lice. La
caméra perchée au-dessus d’elle suit tous ses mouvements de ce round enlevant, l’arbitre
crie son habituel « Stop the fight! » au bout d’une minute et après
délibérations des compteurs de points, il annonce la gagnante et c’est
Bénédicte! Comme toujours, les filles se font une accolade, s’échangent
quelques bons mots et retrouvent leur groupe respectif. Même si elle perdait le
prochain combat, elle est en troisième position, donc elle a la médaille de
bronze, mais nous verrons dans une bonne heure si elle poursuivra son
ascension.
En après-midi la température a grimpé
de plusieurs degrés, le soleil chauffe tout autant mais, comme le vent est
tombé c’est beaucoup plus agréable, du moins pour ceux et celles qui ne se
battent pas. Les demi-finales ont commencé, et Béné est de nouveau en lice
contre la Polonaise, la foule suit attentivement, comme la plupart des
combattants. Qui des deux, aura l’argent…ou l’or en affrontant la dernière
concurrente, l’Allemande? Le combat est intense, et la pression est grande,
nous encourageons Béné à plein poumons, et en jetant régulièrement les yeux sur
les écrans géants, je réalise que les caméras l’aiment beaucoup. Et c’est la
victoire!!! C’est une sacrée défaite pour l’équipe polonaise.
On dirait que rien ne peut arrêter
notre combattante, sa main tient toujours le coup et il ne lui reste que ce
combat final. Elle aura fait près de vingt rounds aujourd’hui, ils ont beau
durer une minute, ce sont des minutes ultra intenses. Mais comme c’est une
fille très sportive au quotidien, elle sait comment gérer cette intensivité
physique et bien sûr comment bien récupérer.
Les combattantes prennent place,
chacune dans leur coin, écoutant attentivement les conseils de leur capitaine,
même si la visière de leur casque est maintenant baissée, on peut deviner qu’elles
se jaugent, qu’elles s’observent et qu’elles espèrent trouver la faille qui
fera tomber l’autre. Elles se retrouvent au milieu, frappent ensemble le bout
de leur épée en guise de salutation et commencent à se battre, c’est serré…Deuxième
round, de mon point de vue, je n’ai aucune idée laquelle des deux est en train
de dominer l’autre. Troisième round, les filles retournent à leur coin et on
les avertie qu’une décision est prise, donc elles peuvent retirer leur casque
et venir rejoindre l’arbitre au milieu. Gagnante, l’Allemande! Tout de même, Béné
agrémentera sa médaille d’or d’une p’tite sœur en argent.
Mais que va-t-on faire demain à la
cérémonie de la remise des médailles? Je suis heureuse que ce soit Andrew le
capitaine, un souverainiste comme Serge, le fondateur de l’Ost, comme Benoit,
le représentant qui s’est battu pour faire reconnaître le Québec comme une
nation à l’IMCF et finalement comme moi. On ne peut faire jouer l’hymne canadien,
sans nous compromettre dans notre fierté québécoise. Ce n’est peut-être pas l’avis
de tous les membres de l’équipe, mais c’est celle de son capitaine. Je pense
que si on peut attribuer une âme et une histoire à l’Ost, elle est sans
contredit et profondément québécoise. À Aigues-Mortes, Serge, alors capitaine
de l’Ost avait fait jouer une pièce instrumentale de la Bottine souriante lors
de la cérémonie d’ouverture, même si cette année, comme l’année dernière on ne
met pas d’hymne pendant le défilé de la cérémonie, nous en avons quand même
besoin pour le moment où Béné recevra sa médaille d’or.
Andrew cherche dans son téléphone et
opte pour Martin de la Chasse-Galerie de la Bottine souriante, ça n’a rien à
voir avec un hymne national, mais le choix est bon, c’est une pièce qui nous
ressemble et tant qu’à faire parler de nous, faisons-le avec éclat. J’ai
tellement hâte de voir la tête des gens quand la chanson commencera à jouer!







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