Benoit a été transféré de garage, il travaille
maintenant dans notre quartier, et comme il est à 10 minutes à pied, il peut
faire des journées avec de grandes amplitudes. Il part travailler très tôt,
revient à la maison pour des pauses de quatre heures et retourne travailler
quelques heures avant de revenir souper vers 19:00-20:00 heures. Et que fait-il
pendant ses pauses? Il travaille comme vice-président de l’IMCF, pas juste un
poste qui fait beau là…non non, un vrai travail et tout ça bénévolement. Moi
qui suis à la maison à fabriquer des costumes et à écrire, je suis chaque jour,
fascinée par tout ce qu’il réussit à accomplir.
Il vient tout juste de terminer le nouveau
site web, un site qui aurait dû être fait depuis plusieurs mois par des volontaires,
mais comme rien n’avance, Benoit qui n’a jamais fait ça avant, s’est retroussé
les manches, s’est mis à fouiller sur internet les différents programmes, il a
passé tout son temps des fêtes là-dessus. Pendant que je l’entendais sacrer
pour une millième fois à propos de l’encadrement ou de la perte d’éléments par
oubli de sauvegarder, je me dis que si j’entends une personne passer un
commentaire négatif à propos du site, je lui arrache la tête, même si je dois
prendre l’avion pour le faire.
En plus du site, il y a l’organisation du
tournoi au Danemark qui demande du temps, une chance, il y a Magnus qui est sur
place et avec qui il partage beaucoup de tâches. C’est quoi les tâches?
S’occuper de louer des tentes pour les gens qui viennent de l’extérieur, et
organiser un forfait repas pour les quatre jours, mais pour ça, faut savoir
combien de personnes en ont besoin. Donc, faut être en communication avec +/- 25
pays qui parfois tardent à s’inscrire, changent d’idées, leurs combattants et
les accompagnateurs qui s’ajoutent ou s’enlèvent à la dernière minute. Faut
penser à faire construire la lice et les estrades, penser aux commentateurs,
aux arbitres, aux marchands, aux combattants, et tous ces groupes requièrent à
eux seuls, des solutions à trouver à plusieurs problématiques. Faut penser à
faire les médailles, les trophées, les t-shirts. Faut faire le marketing au
plan international, négocier avec les gens du château, du musée, de la
municipalité ou même du gouvernement, faire des posters, des clips
promotionnels, etc. Mettre à jour la page Facebook avec les informations parce
que des milliers de personnes la consultent. Il doit aussi répondre à tous les
courriels et dans ce cas-ci, il est en plus, en communication constante avec le
palais de Scone pour 2018. Si Benoit c’est LE communicateur de l’IMCF à TOUS
les niveaux (site web, page facebook, courriel, marketing) il a touché à tous
les autres dossiers de près, de très près et rarement de loin. C’est quelques
heures de travail quotidien, sept jours sur sept. Mais surtout, les canaux de
communication (ordi et portable) sont ouverts en permanence, sauf quand il
conduit son autobus. Oui j’endure, j’accepte parce que je crois à son travail,
je comprends les sacrifices à faire, et je suis dans la même galère que lui
d’une certaine façon, à d’autres niveaux, mais je connais tous ses dossiers.
Nos ordis sont sur la même table de travail, on voyage ensemble, je côtoie les
mêmes gens, si je connaissais déjà bien la réalité du béhourd, je connais bien
maintenant la réalité d’un vice-président de l’IMCF qui se dédie complètement à
sa tâche.
Mais ce n’est pas tout, parce que nous
partons en Argentine en février, pour chapeauter le premier Open IMCF avec le
chef des arbitres, Steve et celle qui s’occupe de gérer la lice et les combats,
Caitlin. Si, Benoit n’a pas eu autant à intervenir dans l’organisation, les
Argentins ont fait le gros du travail, ça veut quand même dire, échanger ses
journées de travail avec d’autres chauffeurs pour avoir assez de congés pour
être sur place à Cordoba. Évidemment, il veut aussi participer et se battre
avec l’équipe des Argentins et avec Andrew qui prévoit venir aussi.
Pour la petite histoire locale, les
qualifs se préparent à Trois-Rivières, elles auront lieu juste avant que nous
partions. Évidemment, Benoit veut y participer pour assurer sa place dans
l’équipe, mais craint la présence des 3-4 gars à problème qui pourrissent
actuellement la fédération, sans qu’aucune action concrète ne se fasse contre
eux. Il a beau avertir qu’en tant que vice- président de l’IMCF, il doit donner
l’exemple et ne pas accepter au tournoi dont il partage la responsabilité avec
les quatre autres membres du présidium, des combattants qui trichent, qui se
vantent de blesser, qui ont régulièrement des propos haineux et menaçants et
surtout qui vomissent sur les réseaux sociaux à propos de l’IMCF. Mais ici, on
ne le prend pas vraiment au sérieux, ça commence à être une habitude faut dire,
et Benoit n’ayant pas d’autre choix, discute du problème avec les membres du
présidium qui sont unanimement d’accord, on refusera ces individus dont ils ont
entendu parler par d’autres sources que Benoit.
En discutant avec d’autres membres de la
fédération, Benoit réalise qu’il y a beaucoup de monde qui ne veulent plus de
ces gars-là, encore moins au tournoi au Danemark. On craint de gâcher notre
voyage mais surtout, on veut présenter une équipe du Québec sans tache. Nous
sommes à moitié rassurés, mais juste à moitié, il y a quand même des individus
qui ont du poids dans les décisions et qui minimisent les gestes et comportements
et malheureusement y a ceux qui se font acheter en matériel. Au milieu de tout
ça, y a ceux et celles qui ne veulent pas se « chicaner ». Christine est
constamment prise entre les deux, en tant que membre du C.A de la fédération,
elle voudrait bien entreprendre des actions dans le même sens que Benoit parce
qu’elle est d’accord, mais se fait reprocher par son équipe ou par d’autre
membres du C.A, d’être trop l’amie de Benoit (on se rappelle qu’il est l’antéchrist!),
et d’un autre côté elle reçoit en tant que C.A, nos frustrations, nous qui
sommes ses ami(e)s. Bref…
Jusqu’au jour des qualifs, Benoit est sur
le qui-vive. Même si on lui dit que ces individus n’ont pas payé leur adhésion en
tant que membre de la fédé, autrement dit, qu’ils ne pourront pas faire les
qualifs, il craint de les voir arriver à la dernière minute, paiement en main.
Il redoute ça, car il a pris la décision que dans un tel cas, il quitterait sur
le champ puisqu’il doit se montrer impartial devant le présidium et le board
des capitaines de toutes les équipes. Par-dessus tout parce que sa motivation à
faire évoluer ce sport de façon saine, le tient encore plus à cœur.
Je suis aussi bouleversée que lui à l’idée
de cette perspective, nous avons mis tellement d’énergie dans ce bébé, sans que
personne ne le réalise vraiment ici. Benoit a défendu bec et ongles en tant que
représentant du Québec, pour que celui-ci conserve sa position initiale de «
nation » au sein de l’IMCF; mon investissement personnel (doctorat, recherches,
chroniques, conception et couture, etc.) pour faire connaître le béhourd en
mettant de l’avant l’équipe du Québec; tous les entraînements qu’il a donnés et
qu’il donne encore gratuitement depuis 2013, lui prenant son temps libre
autrefois consacré au Jiu jitsu, boxe, muay thaï. Cependant, je suis consciente
que s’il veut être conséquent avec lui-même, il n’aura pas le choix.
Ayant un empêchement ce matin-là pour y
assister, c’est avec beaucoup de soulagement que je reçois l’appel de Benoit en
milieu de journée qui m’annonce que les individus ne se sont pas présentés, il
n’y a donc aucune chance qu’ils fassent partie de l’équipe. Ouf! De son côté,
il a performé moyennement sans être trop inquiété de sa position dans l’équipe,
ils sont une dizaine de participants et faut en choisir huit. Si on considère
qu’il y en a trois qui n’ont jamais fait de tournoi avant, ce n’est
effectivement pas inquiétant. Lui-même en a fait deux mondiaux à l’IMCF, cinq
autres à l’extérieur du pays où il a remporté quelques médailles, plus quatre
ou cinq au Québec, et s’apprête à en faire un autre en Argentine. Si lui est
rassuré, moi je ne suis pas complètement certaine que rien ne sera tenté pour
l’enlever de la sélection, mais bon je suis peut-être un peu parano, enfin, on
verra bien en revenant d’Argentine.
Nous ne sommes pas des créatures de sud,
mais pour une fois nous devons admettre que nous avons hâte de fuir le froid et
faut l’avouer, ce stress vécu depuis plusieurs semaines, et puis ça coupera
notre hiver en deux. Il y a deux mois nous avons mis les pieds sur un nouveau
continent, l’Asie, comme si ce n’était pas suffisant, cette fois-ci, nous
allons en Amérique du Sud. Là-bas, parce qu’ils sont de l’autre côté de
l’équateur, c’est l’été, nous réalisons que nous n’avons jamais traversé cette
frontière avant. Martina, l’organisatrice de l’événement là-bas, nous informe
que nous devons obtenir un papier qui fait office de permis de tourisme, pour pouvoir
entrer au pays. On commence à faire nos recherches et effectivement, nous
devons nous procurer ce permis qui nous coûte presque 100$ chacun, mouains…ça
fait mal au portefeuille juste avant de partir. Même si nos billets nous
coûtent beaucoup moins cher que la normale, la quantité de voyages que l’on
fait par année, nous ruine toujours un peu. Mais c’est un choix que nous avons
fait.

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