Ah merde! Notre vol pour Toronto a été
annulé à cause d’une tempête de neige là-bas! dit Benoit en consultant le grand
panneau des départs et arrivées pendant que je sors nos passeports pour aller
nous enregistrer.
Nous sommes un peu perplexes, nous venons
de descendre de la voiture de Sarah-Maude qui nous a offert gentiment le transport.
Le ciel est clair ici, rien n’annonce des perturbations à Montréal dans les
prochaines heures. Par chance, des vols Montréal-Toronto, il y en a quasiment à
toutes les heures, faut juste réussir à en prendre un qui nous amènera à temps
pour prendre notre vol en direction du Chili, puis en Argentine. Nous avons
encore pas mal d’avance, notre vol est à 23:00 heures et il est 14:00 heures,
mais nous n’avons pas assez de temps pour retourner à la maison et revenir plus
tard. Nous voulions justement nous assurer de pouvoir partir en prenant le plus
tôt possible l’un de ces vols. J’ai eu la bonne idée de nous faire un bon gros lunch,
puisque nous voulions éviter de manger à l’aéroport de Toronto, parce que c’est
super compliqué de trouver du sans gluten et sans soya et que c’est
horriblement cher. Je nous avais donc fait, en plus d’apporter notre gros sac
habituel de noix et grignotines, quatre sandwiches au poulet et fromage, pris
deux bananes et des bouteilles à remplir aux abreuvoirs.
Nous allons nous enregistrer standby sur
le prochain vol avant d’aller porter nos bagages et croisons nos doigts pour
que le vol ne soit pas annulé…et qu’il reste de la place. Le problème est que
pour chaque vol annulé, il y a des clients au prix régulier qui sont transférés
sur les vols suivants, ça remplit vite un avion. Nous essayons de ne pas trop
nous inquiéter, malgré nos chances qui s’amenuisent de prendre notre vol pour
l’Argentine ce soir. Benoit communique Andrew pour l’avertir qu’il se pourrait
bien que nous restions coincés ici. Ce dernier doit prendre un de ces vols pour
Toronto, mais comme lui-même, vole au prix régulier, sa place est assurée, il
avait donc prévu de prendre un vol en fin d’après-midi et qu’on se rejoigne à
Toronto puisque nous serions sur le même vol pour l’Argentine. Quand il arrive
au quai d’embarquement pour son vol prévu, nous attendons de savoir si nous
aurons une chance de prendre ce vol aussi. Mais l’agent au comptoir, sans même
attendre que tous les passagers soient embarqués, nous informe de
l’impossibilité que nous puissions prendre ce vol plus que complet, ainsi que
fort probablement, tous les autres de la journée.
Quelques minutes plus tard, un message
annonçant que les vols sont trop pleins et qu’on demande des volontaires prêts
à laisser leur place en échange de dédommagement. Benoit suggère à Andrew de
donner sa place, les dédommagements en valent souvent la peine : rabais
sur un autre billet d’avion plus tard, hôtel et restaurant payés, etc. Mais,
Andrew n’a qu’une idée en tête, prendre
son avion, trop inquiet de manquer son autre avion, même si Benoit lui rappelle
qu’au pire, on prendra celui du lendemain, mais au moins, son dédommagement
paiera peut-être une grosse partie de son voyage. C’est un avantage que nous
n’avons pas, nous n’embarquons que s’il reste de la place quand l’avion est
prêt à partir. Andrew n’écoutant que sa peur, prend cet avion après que
d’autres passagers aient décidé de profiter des rabais et restent à Montréal
quelques heures de plus. Nous lui disons au revoir et lui rappelons les
coordonnées pour rejoindre Caitlin et Steve à leur hôtel à Buenos Aires.
Nous traînons un peu autour du quai
d’embarquement, jetant un œil de temps en temps sur les panneaux et espérant
que l’agent ait été un peu trop alarmiste ou un miracle, mais nos espoirs se
rétrécissent à une peau de chagrin. Au moins, nous avons de la bouffe et nos
portables. Cependant nous devons prendre une décision, que fait-on si on
n’embarque pas dans le vol de 20:00 heures, le seul qui nous amènerait à temps?
L’idée de partir récupérer notre tonne de bagages, trouver quelqu’un pour venir
nous chercher, ou payer un 50$ de taxi et un autre pour revenir, ou prendre la
navette et le métro et encore l’autobus, aller et retour, avec nos sacs et
valises, nous décourage totalement! La moins pire, se trouver un coin pour
dormir et prendre le premier vol demain matin.
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| Benoit avec nos bagages, y en a trois autres qui ne sont derrière en plus. |
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| Ma face de «ostie je commence à être écoeurée!» |
Je ne connaissais pas ce coin repos, ça
devait être le seul où je n’avais pas encore mis les pieds dans cet aéroport,
mis à part la toilette des gars. Nous avons dû traverser à l’entrée pour
récupérer nos bagages et trouvé ces grands bancs matelassés pour les voyageurs,
comme nous, prisonniers au sol. Nous avons encore assez de bouffe jusqu’à
demain matin, et notre ordi pour regarder les séries qu’on a pas eu le temps
d’écouter ces deux dernières semaines. Évidemment on contacte Martina pour lui
dire qu’on a manqué notre vol et qu’on retente notre coup demain, mais c’est
notre dernier essai, puisqu’après, il sera trop tard pour arriver à temps pour
prendre le bus avec le groupe à Buenos Aires vers Cordoba. Andrew, à Toronto,
est sur le point d’embarquer, il arrivera en fin d’après-midi le lendemain.
Après ces dix jours à courir pour finir de
réparer l’armure; à refaire des jambières gambisonnées; à sortir du fond des
boîtes, des vêtements d’été et faire quelques réparations mineures; faire les
photos de Ben dans son armure complète et les envoyer (exigences pour ce
tournoi); penser été, crème solaire, chasse-moustique, sandales, chapeau, alors
que nous sommes en plein mois de février (pour nous c’est inhabituel, de
voyager dans le sud l’hiver!). Nous sommes en congé forcé, condamnés à attendre
plusieurs heures, sans trop dormir, on est tout de même dans un endroit public
avec une tonne de bagages dont certains contiennent des armes.
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| Devant |
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| Derrière. Notez aussi qu'on voit environ la moitié aussi de notre minuscule appart. |
Quand l’alarme sur mon portable sonne,
Benoit est déjà réveillé en train de vérifier s’il reste des places sur le
premier vol. Moi je vais brosser mes dents avant d’aller acheter un jus
d’orange et un café. À mon retour, Benoit est de bonne humeur, il reste plus de
20 places dans le vol pour Toronto et à peu près la même chose pour le vol pour
Buenos Aires! On retourne s’enregistrer à un guichet, cette fois-ci, on a déjà
nos places, ce qui est bon signe. On retourne nos bagages, on repasse la
sécurité et on va s’installer dans les sièges du quai d’embarquement. On attend
en consultant nos messages et notre facebook, Ben envoie un message à Martina
pour la rassurer, nous devrions être à Buenos Aires demain. Notre deuxième vol
part à 23:00 heures, ouf…toute une journée de perdue dans cet aéroport, merde.
Dans l’avion on avale une barre protéinée
avec notre café servi par l’agent de bord et on dort jusqu’à l’atterrissage.
Aussitôt sortis, on va récupérer nos bagages mais avec la ferme intention, si
c’est possible, de les laisser très vite à l’enregistrement pour notre vol de
ce soir. Nous avons 12 heures devant nous, comment va-t-on tuer tout ce
temps? Ici??
Manger, dormir, naviguer sur le net, mais
peu importe qu’on soit d’un côté ou de l’autre de la sécurité ne change pas
grand-chose, aussi bien traverser tout de suite. Au moins, nous ne vivrons le
stress de manquer notre vol parce que des agents trouvent plus importants de se
raconter leur veillée que de s’occuper des gens qui doivent attendre leur
permission pour passer ou reprendre leur valise. Et si ça prend 45 minutes
attendre en ligne, ce qui est désagréable, ce ne sera pas avec la peur au
ventre.
Évidemment, je dois endurer le fait que
systématiquement on me réponde en anglais sans aucune gêne, quand je m’adresse
uniquement en français (par principe, parce que je me tiens debout), mais ça…je
commence à m’y habituer, même si ça m’enrage encore autant. Mais une partie de
cette colère va vers les Québécois francophones, ceux qui trouvent ça normal et
à cause de ça, contribuent à ce qu’on soit des étrangers dans notre pays.
Au-delà du mépris à peine voilé envers les
francophones, de façon générale, l’impression d’être considérés comme du gibier
par les employés de l’aéroport contraste violemment avec le service à
l’aéroport d’Haneda au Japon. Ça fait juste deux mois mais oh que nous sommes
nostalgiques en ce moment ! On respire par le nez et on se trouve un coin
tranquille où l’on peut brancher nos appareils, proche des toilettes et
abreuvoirs et pis on s’enfonce dans l’attente. Un voyageur « occupé »
visiblement à attendre lui aussi, pose une question sur les vols à Benoit, et
en moins de deux minutes, une belle jasette commence entre eux. D’abord le
sujet porte sur le fait qu’il s’est fait offrir hier de laisser sa place dans
un vol de Toronto vers Calgary, en échange de plusieurs centaines de dollars
plus la chambre d’hôtel. Benoit lui raconte qu’il avait suggéré de faire la
même chose à son ami la veille. Évidemment, de fil en aiguille, les deux hommes
continuent, cherchant inconsciemment les points en commun avec lesquels ils
pourront continuer leurs bavardages question de passer le temps qu’ils doivent
tuer tous les deux. Ça arrive rapidement, en effet, le monsieur d’origine
indienne, est un chirurgien spécialisé dans les sports à Calgary. Bang!
En moins de deux, il regarde avec
étonnement et enthousiasme, des vidéos de l’IMCF que Benoit lui montre. Mis à
part les quelques minutes où je vais me chercher de quoi grignoter, je les
regarde et les écoute avec intérêt. Je trouve que ce genre de rencontre est
toujours tellement enrichissant. Le monsieur s’intéresse particulièrement à
l’anthropologie médico-légale, en gros aux blessures mortelles. Il est curieux
à propos de l’armure, des armes et des blessures potentielles dans la pratique
de ce sport. Lorsqu’il nous quitte pour aller prendre son avion, il laisse ses
coordonnées à Benoit, il aimerait bien que celui-ci le contacte si jamais il
organisait un gros tournoi dans l’ouest.
Plus que quelques heures à attendre notre
vol et nous avons très faim, nous ne pouvons pas attendre le repas dans
l’avion. Y a un endroit agréable et très grand, près des quais d’embarquement
où l’on peut manger, prendre un verre ou juste rester assis à naviguer sur
Internet. Ce qui est bien c’est qu’il n’y a aucune obligation à consommer pour
en profiter, une chance parce que c’est cher en maudit. Cependant, on est
écœurés de manger des noix pis du chocolat, on veut manger un repas et
l’avantage de cet endroit c’est le menu qui englobe plusieurs restaurants
autour et qui viennent servir le repas peu importe où le client est assis.
L’avantage c’est aussi la possibilité de manger ensemble, des plats provenant
de restaurants différents, mais nous finissons par opter tous les deux pour la
cuisine indienne.
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| Attendre... |
Quand l’embarquement commence, nous sommes
relativement sereins, nous avons déjà nos places, mais tant qu’on n’est pas
assis dans l’avion, rien n’est complètement définitif, Benoit s’est déjà fait demander, il y a plusieurs années, de sortir de l’avion pour laisser un client retardataire récupérer sa place.
Toutefois, l’avion n’est même pas plein quand on gagne notre place dans l’allée
droite, au moins cette fois, nous avons un peu plus de place, trois bancs juste
pour nous. Nous volerons onze heures, suivie d’une escale à Santiago (Chili) où
nous nous changerons de vêtements, puis nous poursuivons sur un vol de deux heures
jusqu’à Buenos Aires. ENFIN!!!!






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