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| Vue aérienne de la cérémonie de clôture, filmée par un drône |
La journée s’achève, le tournoi est terminé, et on est déjà en train de préparer la lice pour la cérémonie de
clôture. Des membres du présidium installent les trophées et les médailles sur
une table aménagée. Les participants commencent à se préparer pour le défilé
qui les ramènera comme pour la cérémonie d’ouverture, au sein de la lice devant,
cette fois-ci, une foule de spectateurs.
Comme pour les jeux olympiques, on ne peut
envisager ce tournoi sans ce rituel. Je revêts une robe super élégante conçue
pour l’occasion, car Benoit m’a demandé de l’accompagner au milieu avec les
dignitaires. En fait, on en avait parlé avant même d’arriver au Portugal, la
raison en est fort simple, en tant que compagne de vie et partenaire dans cette
aventure, on peut dire que j’ai comme lui aussi du mérite, ne serait-ce que
pour mon soutien indéfectible « en tout temps »! Nous formons une équipe tous
les deux, et c’est pourquoi, Ben m’a demandé de l’accompagner. Il en informe
Hubert, le président, une vingtaine de minutes avant le début du défilé, ce
dernier est un peu surpris, car, ça ne s’est jamais fait avant. Mais quand Ben
lui explique, il est tout à fait d’accord et demande à son épouse de se joindre
elle aussi, à nous.
Je repère dans le défilé, notre équipe et
rapidement, je vais demander à Laurie si elle peut mettre mon portefeuille et
mon cell dans sa bourse pour que je puisse avoir les mains vides pour les
photos. J’ai l’impression, que mon groupe en entier me boude, à part Laurie qui
accepte de prendre mes choses, je cherche le contact visuel avec plusieurs
d’entre eux et j’y constate un malaise. Mon p’tit doigt me dit que c’est le
spotlight sur moi et Benoit qui dérange, une position qui fait que nous ne
pouvons pas faire « corps » en permanence avec le reste de l’équipe. Je ne peux
rien y faire, tant pis!
Christine est radieuse, l’équipe l’a
choisi pour être porte drapeau pour son dévouement tout au long de la semaine
envers l’équipe. Je les laisse à leur bonheur dont je ne fais malheureusement
pas partie et vais rejoindre Benoit qui m’attend. L’épouse d’Hubert ne comprend
pas trop pourquoi elle est soudainement considérée au même titre que le
présidium, je crois que c’est une pratique très propre aux Nord-Américains de
mettre son épouse aussi au- devant de la scène, on n’a qu’à constater à quel
point l’épouse du président américain ou celle du Premier ministre sont
toujours en avant plan et apparaissent comme partenaires et non pas comme
(juste) une jolie décoration, au bras de son mari. Elle est impliquée d’une
façon ou d’une autre dans l’exercice du pouvoir. Ça me semble moins courant en
Europe, du moins, à ce qu’on peut voir dans les médias. Dans le cas présent, il
y a aussi l’intervention d’un p’tit bonhomme de deux ans qui n’a certainement
pas envie de rester sagement en place, ce pourquoi sa maman est plus ou moins
intéressée de rester plantée là au soleil pour accompagner son époux et
président.
Comme nous savons que notre hymne national, improvisé l’an dernier et maintenant stigmatisé, jouera trois fois pour les
trois médailles d’or, Ben est allé indiquer au technicien de son où couper la
chanson pour éviter que la pièce ne joue plus longtemps que les autres hymnes
traditionnels. C’est très drôle car cette année, sur un total de 22 pays
participants, le Québec arrive deuxième en gain de médailles d’or, l’équipe
anglaise étant la première. Donc après le « God save the queen », c’est Martin
de la chasse-Galerie qu’on entendra le plus, lors de cette remise de médaille! Et
quelle belle façon d’inaugurer la nouvelle catégorie, soit le combat d’équipe
chez les femmes, nous sommes particulièrement fiers que ce soit nos Québécoises
qui ouvrent la voie avec leur médaille d’or et elles le font avec éclat, après
avoir offert de superbes combats, elles nous font quelques pas de rigodons en
accompagnant l’air joyeux. La foule est enthousiaste, la plupart des
combattants debout dans la lice ne peuvent s’empêcher de gigoter et de taper
des mains. Il y a bien quelques offusqués devant ce grand manque de cérémoniel,
mais bon, les Québécois ont toujours fait preuve d’originalité, c’est
certainement pas maintenant qu’ils vont cesser. En voyant ces quelques regards condescendants
ou offusqués, au fond de moi, une voix les envoie promener.
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| Nos championnes, je n'ai malheureusement pas de cliché du rigodon improvisé. |
Cette année, les arbitres ont décidé
d’offrir un prix pour l’équipe et pour l’individu s’étant le plus illustrés
pour leur esprit sportif. C’est l’équipe des Néo-Zélandais qui a été désignée,
celle-ci a multiplié les gestes d’entraide envers les autres combattants tout
au long du tournoi, et les coéquipiers ont pris sous leur aile l’unique
représentant d’Afrique du Sud qui n’avait pas de gîte à son arrivée et qui
était par-dessus tout…seul. L’équipe l’a pris dans son giron comme s’il faisait
partie du groupe et l’a soutenu dans ses combats. Jesper le Danois est
l’individu qui s’est démarqué le plus, cette année et l’année dernière, on se
souviendra qu’il avait prêté un de ses casques pour toute la durée du tournoi à
Benoit, alors que le Danemark affrontait pourtant le Québec. Cette année, il a
encore prêté des pièces d’armure à d’autres combattants et a eu d’autres gestes
généreux ici et là envers les participants.
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| Hilton, le Sud-Africain, venu de loin pour représenter tout seul, son pays. |
En clôture finale, voilà l’annonce
officielle que tous attendent, même si depuis quelques mois y avait déjà des
bruits qui couraient à cet effet. Le tournoi IMCF 2017 aura lieu à Spotrup au
Danemark! Le présidium, avec ses nouveaux membres, s’est juré de ne plus vivre
avec autant d’incertitudes et d’inquiétude comme ce fut le cas cette année, ils
ont, parallèlement à la préparation de dernière minute du tournoi au Portugal,
entamé les négociations avec le château de Spotrup et ainsi bénéficier de la
visibilité du tournoi pour annoncer tout de suite celui de l’an prochain. Les
participants présents, encore réchauffés d’enthousiasme et toujours sous le
coup de l’émotion reçoivent la nouvelle en rugissant de contentement. Tous les
combattants se rejoignent spontanément au milieu, de sorte qu’il n’y a bientôt
plus qu’une mer houleuse de drapeaux qui flottent pêle-mêle parmi tous ces
individus heureux qui s’étreignent, se laissent sur des promesses d’au revoir
et à la prochaine au Danemark. Benoit qui est en charge du site internet, s’est
dépêché de mettre la nouvelle sur le mur seulement quelques minutes après que
la nouvelle fut retransmise via le streaming. Des milliers d’individus ont
appris la nouvelle en même temps. Les réactions positives sont immédiates!
Pendant que la lice et les estrades se
vident, Benoit et Julia, du présidium, commencent à défaire le décor, je vais
me changer rapidement et reviens aider. Plus vite on finit, plus vite on peut
relaxer avec tout le monde, bière à la main. Les techniciens ramassent les fils
et les consoles, les derniers commerçants venus de loin et pressés de reprendre
la route vers le nord, remballent leurs articles invendus, je me dépêche
d’acheter deux bières artisanales à l’un d’eux, pour mon homme et moi. Je
croise Nuno et Isabel qui ont l’air fatigués, mais heureux, l’événement a été
une réussite et là, il est terminé, ils vont pouvoir enfin se reposer. Comme
moi et Ben, ou comme Jay et Jana, ils semblent former une véritable équipe, les
deux œuvrant ensemble dans cette passion commune. J’ai toujours cru que les
couples les plus solides sont ceux dans lesquels on communique beaucoup, où l'on se respecte mutuellement et surtout où il existe des passions communes. Comme nous, ces
deux couples ont sûrement compris ça depuis longtemps, bien avant nous!
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| Benoit grimpé dans la muraille pour défaire les fanions. |
Lorsque je rejoins Benoit, il termine de
ramasser les drapeaux accrochés à la muraille, Julia les récupère et les ramène
pour les ranger jusqu’à l’an prochain, on espère bien que d’ici là, quelques
autres s’ajouteront. Après s’être assuré qu’il n’avait plus rien à faire, nous
revenons, notre bière rapidement vidée, vers le «french ghetto» qui s’est
improvisé un p’tit party de fin de tournoi.
Avant de nous joindre à la fête, nous
croisons le maire avec qui Benoit a échangé quelques discussions et quelques
verres de porto lors du meeting en janvier et un peu cette semaine. Il tient à
me présenter ce monsieur tout à fait charmant qui est visiblement heureux de
revoir Benoit. Il me demande comment j’ai trouvé sa ville, son pays, les Portugais
en général, évidemment je lui réponds que je suis complètement sous le charme
et j’ai à peine le temps de lui parler de ma surprise concernant la langue
française, qu’il veut me faire goûter à tout ce qu’il y a autour, c’est-à-dire
les alcools et quelques trucs à manger d’un kiosque local. Je découvre des perceves, des bernacles en français, un
petit crustacé que je n’avais jamais vu de ma vie. Il me dit rêveur : « ça
goûte la mer! » et après avoir mis de côtés mes réticences à les mettres dans ma bouche, je dois asdmettre que c'est vrai! Ça goûte l’eau marine dans laquelle ils sont
cuits et comme les chips, c’est un peu addictif. Un moment, un de ses amis
apporte un petit cochon rôti tout entier et commence à le découper pour nous
offrir des morceaux, lorsqu’il coupe le crâne et m’offre un morceau de la
cervelle, je refuse net sans même cacher mon dégoût. Je ne suis vraiment pas
subtile et surtout quand il est question de bouffe ma curiosité anthropologique
s’estompe considérablement. Le monsieur hausse les épaules en riant avec un air
de dire : « Tant pis, tu sais pas ce que tu manques» et mord à pleine
dents dans le morceau tendu et refusé.
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| Des perceves, elles étaient environ un pouce de long |
Après notre petit détour d’une heure, on
se dirige vers le campement qui semble être désigné pour accueillir LE party
principal quand j’entends au travers des discussions en français, tout un tas
d’accents anglais différents. La coupe de nos championnes, pleine d’hydromel se
promène, l’alcool coule à flots et je regarde un peu découragée, tout le stock,
costumes, armures, gambisons, sacs, bouteilles qui traînent un peu partout sur
le terrain. Comme le soleil se couche bientôt, que peu à peu l’alcool aidant
les facultés s’affaiblissent, le discernement et la motivation prennent le bord,
ce sera bientôt difficile de ramasser et départager qu’est-ce qui est à qui. Je
suggère à Ben de se changer et ramasser tout de suite son stock, quitte à le
mettre dans un coin et continuer le party après. Par chance, Phil qui sait que
Ben cherche à vendre son vieux casque qui est en train de rendre l'âme, vient le voir pour lui dire qu'un spectateur est prêt à lui acheter. Ce sera ça de moins à transporter dans les
bagages, donc plus de place si on veut rapporter une bouteille ou deux de
porto. C’est aussi bien pratique d’avoir un peu plus d’argent que prévu à la
fin d’un voyage, surtout quand on en a pas des tonnes.
Au bout d’une demi-heure, la transaction est
faite, mon chum est changé et même son stock est à peu près ramassé dans un
coin, je suis agréablement surprise. On commence aussi à avoir faim, nous
n’avons pratiquement pas mangé de la journée, la dernière collation avec le
maire à contribué à rappeler à notre estomac qu’il fait bon manger… de temps
en temps. Benoit et le capitaine de l’équipe néo-zélandaise, James, envisagent
de manger ensemble dans un restaurant en bas au village, on passe le mot autour
de nous, si bien qu’on se retrouve une bonne quinzaine à descendre au
crépuscule en direction des quelques restaurants. Au passage, Benoit a ramassé
le Sud-Africain qui tentait de s’esquiver, ne voulant pas s’imposer au groupe.
Une petite partie de l’équipe québécoise nous accompagne et lorsque nous jetons
notre dévolu sur un endroit, nous constatons que d’autres combattants ont eu la
même idée, notamment l’équipe danoise qui nous hèle du fond du restaurant. L’endroit
est bondé! On nous trouve tout de même de la place, mais c’est impossible
d’être tous ensemble. Le Sud-Africain se retrouve avec un Néo-Zélandais, Laurie
et Béné, quelques-uns se sont immiscés ici et là avec d’autres groupes et nous,
Ben, Cloée, Andrew, Luc et moi, sommes assis à une grande table avec James et
une partie de l’équipe danoise.
Le restaurant est un peu plus chic que les
autres où nous sommes allés jusqu’à maintenant, les prix sont plus élevés
aussi, mais bon, comme Benoit a vendu son casque, on est un peu moins regardant
sur la facture. Le staff est heureusement compréhensif et ferme les yeux sur
notre chahutage, faut dire que tout ce beau monde un peu bruyant a contribué,
par sa présence, à faire rouler rondement l’économie locale cette semaine. Je suis étonnée tout de même que malgré nos
débordements et notre nombre, le service n’en souffre pas trop et le repas est
délicieux.
Après le repas, certains proposent de se
réunir dans un petit bar pas très loin, Benoit dont la tension due aux responsabilités
est retombée est un peu survolté devant l’accomplissement de ce travail acharné
et intense des derniers mois et a très envie d’en virer une! Toutefois, je suis
fatiguée, encore! Il me semble que j’ai passé ce tournoi à être fatiguée, c’est
tellement pas moi…Bon je me dis qu’éventuellement je vais me laisser prendre
par l’ambiance et ça chassera cette lassitude espérons-le, temporaire.
Arrivée à la porte, nous réalisons qu’on a
perdu quelques joueurs en chemin, nous sommes plus qu’une quinzaine de
personnes. Cloée décide de s’installer sur un banc de parc dehors pour lire son
livre, elle n’a pas vraiment envie de se retrouver en foule et dans le bruit,
je la comprends, j’ai presqu’envie de faire comme elle. Mais j’ai encore plus
besoin d’un siège plus confortable et j’en repère un rapidement quoiqu’on ne
manque pas vraiment d’espace, nous sommes pratiquement les seuls clients dans
la place qui ressemble plus à un grand salon sur deux étages qu’un bar. Béné et
Laurie ont amené avec elles la coupe et elle est pleine d’hydromel. Les Danois
qui nous accompagnent, la remplisse constamment, leur délicieux hydromel est
célèbre lors de nos tournois, et personne ne se fait prier pour en boire à même
la coupe, incluant moi-même. J’aimerais bien avoir le même enthousiasme que Ben
qui vient me voir régulièrement entre deux conversations, pour s’assurer que
tout va bien car je reste à somnoler dans mon siège étonnamment confortable. Un
moment je réalise qu’Andrew est en face et dort carrément en face de moi et Luc
est lui aussi assis et s’il ne dort pas, semble attendre désespérément qu’on
s’en aille. Finalement, il n’y a que Ben, Laurie et Béné qui s’amusent,
j’essaie d’être compréhensive, mais un moment, la police intervient à cause du
bruit et parce que l’établissement est censé être fermé à cette heure très
tardive. Une partie du groupe veut continuer en secret, de fêter, mais
j’interviens auprès de Ben, je tente de dissiper ses vapeurs d’alcool et lui
faire entendre raison en lui montrant Andrew qui dort et qui doit conduire la
voiture, Luc qui ne demande qu’à partir, Cloée qui est assise seule dehors et
moi qui croule de fatigue. Béné et Laurie pompettes à bloc tentent de le
convaincre de continuer le party avec elles et de nous laisser partir, mais
finalement Ben finit par leur faire entendre raison et on embarque tous les
sept dans la voiture, une chance qu’on n’a pas une trop longue route à faire.
Sur le chemin du retour, je pense à mon amie Silvia que j'ai à peine eu le temps de dire au revoir, elle a été bien émue que je lui donne un de mes livres, va-t-elle être au Danemark l'an prochain? Elle craint que non, vu les coûts du voyage. Le silence s’est
peu à peu installé dans la voiture et moi qui dodeline un peu de la tête
derrière Béné, je reconnais en elle ce silence qui accompagne généralement le
vomissement imminent et j’espère que ça arrivera à l'extérieur du véhicule.
Lorsque la voiture s’arrête devant la porte de notre condo, Béné se rue à
l’extérieur pour rendre au sol de Figuera da foz tout cet hydromel danois. Il
était temps que le party finisse finalement! « La nuit va être longue pour elle
», « Tout de même, ça a été un très beau tournoi » et « Demain on ne fout rien!
» ont été à peu près les dernières paroles échangées entre moi et Ben, avant de nous écrouler de
sommeil, ENFIN!.
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| Mon amie Silvia avec une petite fille dont les parents sont dans l'équipe française... |
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| Ouais bon...je suis un peu tombée amoureuse de cette adorable fillette. |







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