samedi 26 août 2017

Été Montréal 2016


Ouf! Juin passe à la vitesse de l’éclair avec notre retour du Portugal, l’achèvement de notre installation dans notre 3 1/2 et l’adaptation culinaire due à la diète sans fodmaps de Benoit. Celle-ci consiste à limiter les aliments contenant des glucides ou sucres qu’on dit « fermentescibles », ce qui inclue énormément d’aliments, au moins la moitié des fruits et des légumes, les produits laitiers avec lactose, plusieurs céréales particulièrement le gluten, bref, manger devient un défi constant. Pour au moins six semaines on élimine tout aliment susceptible de causer les maux de ventre, ensuite, on réintroduit graduellement les aliments en observant les réactions, ainsi on sera plus en mesure de connaître ceux qu’on devra proscrire. Nous savons maintenant que Ben est allergique à la protéine de soya, ce qui réduit 80% des préparations de soupe, de sauce, repas, aliments préparés en usine, dans les poudres protéinées, les barres santé, etc. Cette protéine est populaire car elle est d’origine végétale et peu dispendieuse, elle est partout, malheureusement pour ceux qui ne peuvent la consommer. On ne se rend pas compte à quel point on doit consacrer d’énergie à la recherche, l’achat et la préparation des aliments quand on doit éviter autant d’aliment et tout cuisiner soi-même.

La diète bien que très ennuyeuse, fait tout de même des petits miracles, Benoit a enfin l’impression de garder ses aliments, de ne plus souffrir après tous ses repas et d’être beaucoup plus en forme. Paradoxalement, de mon côté, je ne vais pas bien, je vois des médecins et je passe différents tests, car cela fait 45 jours que j’ai mes règles et j’ai du mal à me sortir du lit, encore plus de la maison. Aller acheter un litre de lait au dépanneur m’apparaît comme une épreuve. Avec la chaleur de l’été c’est abominable comme situation et j’en veux à mon corps de me faire subir tout ça. Jusqu’au jour, où un médecin, me donne de la progestérone et des doses si élevées en fer que mon pharmacien en est un peu bouche-bée, il n’en a jamais donné d’aussi fortes concentrations sur une période aussi longue. C’est pour dire à quel point je suis en carence aigüe car j’ai perdu beaucoup trop de sang.

Oh miracle! Vive la médecine moderne! Deux jours et mes règles cessent, mon énergie grimpe en flèche et avec elle, ma bonne humeur et ma motivation!

N’empêche, ça aura pris un bon deux mois avant que nous retrouvions la santé, ce qui est absolument essentiel surtout en voyage. D’ailleurs à notre retour du Portugal, Ben a reçu un courriel de William Murray, dont la famille possède le château de Scone en Écosse. En effet, son ancêtre devint, il y a près de 400 ans, le premier noble à garder le château. Le fils du 8ième  Earl de Mansfield a vu notre tout récent tournoi IMCF et est particulièrement emballé…Benoit aussi! Et ainsi commence une série d’échanges sur le sujet et de la possibilité, d’envisager, que peut-être nous pourrions apporter notre tournoi IMCF en 2018 chez-lui. Pour l’instant il habite à New York avec sa copine, mais fait des allers-retours régulièrement chez ses parents en Écosse. Comme nous prévoyons aller en septembre, comme l’an dernier, au tournoi des Américains à la Renaissance fair de New York, Benoit lui propose de venir le rencontrer là-bas, il pourra constater par lui-même la réalité de ce sport. Pour l’instant, Benoit n’en parle pas au présidium, il veut rencontrer William avant et il ne veut pas faire de fausse joie à personne.

Ici, Benoit représentant l'équipe nationale du Québec et la FQCM auprès de Martine Ouellette et de représentants de Défi équipe Québec 

Pour ce qui est des activités au Québec, rien d’aussi palpitant, mais il y a eu tout de même les combats démonstratifs comme l’an dernier à Saint-Jean sur Richelieu organisé par Vincent lors des festivités de la fête nationale. Nous avons été beaucoup moins nombreux que l’an dernier, principalement des membres des Black Wolves et deux membres du Dogue de Montréal, Steven et Christine que j’apprends à connaître davantage cette journée-là mais aussi durant l’été, lors d’entraînements donnés par Benoit ou via facebook. À la différence de son équipe en général elle démontre plus d’ouverture face aux combattants des autres équipes, du moins la nôtre. Je me sens aussi rapidement complice, puisqu’elle a aussi des enfants et est monoparentale depuis peu, comme je l’ai été il y a plusieurs années. Elle est aussi un peu plus âgée que les filles de l’Ost, la différence d’âge est moins grande entre nous deux, ce qui crée probablement aussi une plus grande complicité.

On s'amuse un peu, et si Christine devenait une Blackwolf, ils ont fière allure dans leur nouveau tabard, ma création.  

On serait malheureux si Cloé changeait de club, c'est qu'on l'aime cette p'tite bête là!
Cloé qui s'est blessée, avec l'intérieur de son casque.


En septembre, nous partons tous les deux, seuls cette fois-ci parce que personne dans notre équipe ne pouvait nous accompagner, pour nous rendre à New York. D’une certaine façon, ça fait un peu notre affaire, tout d’abord parce que ça nous fait un petit voyage en amoureux, mais c’est aussi parce que nous voulons garder notre rencontre secrète avec William : nous voulons éviter les fuites d’informations trop précoces. Nous réservons une petite chambre d’hôtel juste à l’extérieur de la ville pour éviter que tout notre budget passe pour dormir quelques heures dans un lit. En effet, Benoit finit de travailler assez tard le samedi, nous prenons donc la route vers 19:00 heures, avec un gros sac de noix, des fruits et des légumes, et même du popcorn maison, pour s'assurer qu’on limite les arrêts sur le chemin, pour nous tenir tout de même réveillés mais surtout pour être certains que Ben puisse manger. La veille, il sortait justement d’un épisode de crise après avoir mangé une poutine, ce qui l’épuise toujours pour quelques jours. Nous savons maintenant que le gluten est son deuxième plus grand ennemi, ce qui veut dire pain, pâtes, panure, sauce faite à partir de farine (comme de la sauce brune à poutine) et à son plus grand malheur, bière, lui qui en est un grand amateur. Il est très limité dans ses choix et doit complètement apprendre à manger autrement, et comme c’est moi qui prépare la bouffe, je dois changer ma façon de cuisiner. Dorénavant nous devons toujours prévoir le coup et apporter des trucs qui peuvent nourrir Benoit, parce que maintenant qu’il a connu le bonheur de ne plus souffrir en permanence, il y a pris goût. Sur la route et en voyage c’est vraiment compliqué quand on ne peut manger de gluten, il y en a partout surtout dans la restauration rapide.

Donc c’est avec des grignotines, une bonne playlist, l’armure et le beau tabard des Blackwolves que j’ai fait au début de l’été et avec lequel Ben se battra pour la première fois à l’extérieur du Québec, que nous roulons jusqu’à notre hôtel à six heures de route de chez-nous. Nous reprendrons la route du retour le lendemain à la fin de la journée, après les combats, c’est un peu cinglé mais je pense que la passion vient forcément avec une dose de folie.

L’hôtel est dans un quartier plus ou moins sûr, et quand le gardien de sécurité et le commis au comptoir nous disent que les voitures sont gardées dans un stationnement clôturé et verrouillé on en réalise l’ampleur. Ça nous arrange vraiment parce que nous avions peur d’être obligés de sortir toute l’armure et de l’amener dans notre chambre pour les six heures qui nous restent avant de repartir. Quelques mois auparavant, un des gars de l’équipe américaine s’est justement fait voler son armure neuve complète dans sa voiture. L’armure de Ben, n’est pas si rutilante et désirable, mais elle lui permet de pratiquer son sport et il n’a pas les moyens actuellement de s’en procurer une autre, mais surtout, il a son nouveau casque acheté neuf cette fois-ci qu’il compte bien étrenner demain

L’endroit nous plaît bien malgré son léger délabrement, un hôtel art déco qui a dû être magnifique il y a une centaine d’années. Notre chambre dénuée complètement de décorations mais propre et confortable, nous apparaît comme un havre de paix temporaire, très temporaire.

Quand notre alarme nous réveille, c’est comme une machine dont les rouages s’activent à merveille que nous nous préparons, descendons chercher la voiture, allons récupérer un café et nous rendons à la foire tout en grignotant des noix et des fruits. Sur place, on nous désigne une place de stationnement à l’intérieur du site et on se dépêche de sortir l’armure et moi je prends mon sac avec de la bouffe et une bouteille à remplir aux abreuvoirs pour que je puisse avoir toujours de l’eau sur moi. Il fait un soleil magnifique, donc crème solaire oblige, je m’en enduis généreusement. Nous sommes accueillis par quelques combattants américains devenus des amis depuis ces rencontres au Knight’s hall, aux tournois annuels au Québec et aux internationaux. Jaye a promis à Ben qu’il lui fournirait quelques gars pour que ce dernier se batte sous la bannière des Black wolves. C’est dans la bonne humeur que son équipe improvisée se prépare, tandis que moi je vais faire un tour du côté des marchands après qu’on m’ait dit que les combats ne commenceraient pas avant 13:00 heures. Je suis toujours fascinée de voir cette foule aussi bigarée dont la moitié des individus sont librement costumés, maquillés ou juste décorés pour s’accorder à cette Renaissance fair.

Discutons stratégie

Quand je reviens vers Benoit, c’est justement tellement contrastant avec l'homme qui discute avec lui que je devine son identité, ce ne peut être que le jeune lord écossais, William. Arrivée à leur hauteur Benoit me le présente et je vois bien que sous son allure classique et sobre se cache un grand gamin qui rêve de chevalerie. Comme Ben enfile son armure, William décide de l’aider, il veut comprendre le trip au complet. Je le regarde faire et je souris de voir son enthousiasme, lui, temporairement new yorkais mais clairement venu d’un autre univers que cette quarantaine de combattants nord-américains, bruyants, suant sous le soleil, dont les pièces sont étalées un peu partout autour. Le vrai test sera sa réaction à la vue des combats ''live'' qui commenceront bientôt, d’ailleurs il nous avise qu’il va rejoindre sa copine dans les estrades.

Moi et la femme d’un équipier, les suivons jusque dans la lice et allons, nous installer près des gens autorisés dans l’immense lice. Une chance qu’il y ait, une foule immense, c’est encourageant, parce que plus la journée avance, plus l’humidité et la chaleur deviennent absolument intolérable. Je ne comprends toujours pas comment mon amoureux peut être en ce moment dans une armure, au milieu de la lice et se battre avec cette température, lui qui sort d’une crise et qui a très peu dormi ces dernières 24 heures. C’est presqu’héroïque! Mais il est conscient que ses chances ne sont pas de son bord, d’autant plus qu’il se bat avec une équipe temporaire avec des co-équipiers nouveaux, bien que ce soient des copains maintenant. À la pause, William vient nous rejoindre les yeux brillants, il est bien emballé, il veut ce genre de tournoi à Scone.

Juste avant que la pause ne finisse, il lui dit au revoir, car il doit partir dans environ une heure et craint de quitter avant la fin des combats. Il informe Ben qu’il s’envole pour l’Écosse dans une semaine et discutera avec ses parents de la possibilité de recevoir le tournoi annuel IMCF au château. Au fond, c’est cette rencontre qu’il l’a aidé à tenir la journée, l’espoir de convaincre cet homme essentiel dans la réalisation de ce projet qui le tient à cœur. Ça et la foule enthousiaste qui intervient dans la motivation des exécutants, des combattants qui vont au-delà de leurs capacités physiques. Mais là, il a beau être très motivé, vaincre des équipes rôdées et dont les gars sont probablement dans un meilleur état, ça relève du miracle, et ce département est parti en vacances dans le nord.

Ben épuisé et ''sup''portant son nouveau casque de 17 livres, épais, sécuritaire mais lourd!

Quand les combats finissent, Benoit vient me rejoindre sur le bord de la lice, je lui donne ma bouteille d’eau et je l’aide à apporter son matériel derrière les estrades à l’endroit désigné comme vestiaire en plein air. Il est crevé mais heureux, toutefois il ne peut prendre une bière avec la gang, il se contente de sa bouteille d’eau. Les visiteurs s’insèrent un peu partout pour venir voir de plus près, les armures, les armes et ces fous qui se tapent dessus avec des armes véritables. Quelques combattants se portent volontaires pour servir d’exemples, prêtant leur hache, masse ou épée aux curieux pour qu’ils frappent sur sa tête, sur le casque bien entendu. C’est important de faire un peu de pédagogie après le spectacle de ces combats violents pour que les gens comprennent que les blessures, quand il y en a, viennent la plupart du temps de l’armure elle-même qui est mal ajustée ou sont aussi semblables qu’au football, au rugby ou n’importe quel sport de combat.

Benoit et moi, sommes conscients que nous ne pouvons nous attarder longtemps puisque nous devons reprendre la route rapidement, si nous voulons manger un morceau sur la route. Mais nous sommes un peu coincés par la foule qui s’en retourne tranquillement mais qui bloque l’accès pour que nous puissions nous déplacer avec tout notre stock vers la sortie, on attend donc un peu, assis à l’ombre à discuter avec les autres. Nous n’avons pas vraiment le luxe de nous détendre complètement, de nous laisser prendre dans cette torpeur d’après combat et de cette chaleur humide qui colle encore même en fin de journée, sinon nous n’aurons plus le courage de partir.

Quand la foule se fait moins dense on récupère un chariot, on met l’armure dessus, on fait nos beubye et on prend vite le chemin de la sortie, vers le stationnement se souvenant que Dieu merci on a l’air clim dans la van!! On s’engouffre dedans à toute vitesse et on prend quelques minutes pour savourer la fraîcheur avant de partir de notre emplacement. On ouvre la radio et on apprend que des bombes ont été retrouvées dont une qui a explosé au New Jersey la veille de notre arrivée, nous n’en avons jamais entendu parlé. C’est quand même étonnant! Nous sortons de la ville de New York, nous voulons arrêter plutôt sur l’autoroute pour manger, ainsi nous aurons fait un bout de chemin, on évitera les restaurants trop chers et surtout ça sera plus simple pour nous stationner.

Au bout d’une heure, on voit une sortie intéressante avec, semble-t-il, un bon choix de restos, donc, un choix raisonnable de repas pour le vaillant combattant. On opte pour un restaurant de type familial qui sert des vrais repas. Pendant que nous mangeons, nous envisageons d’arrêter dans une halte routière pour dormir une petite heure parce que nous sommes épuisés, surtout Ben. Ce qui est bien en Amérique du Nord, c’est que le territoire est si grand, que les haltes routières sont essentielles, et sur la côte Est, il y en a vraiment beaucoup. Lorsque nous sortons du restaurant complètement, trop, rassasiés, faut se rendre à l’évidence, prochaine halte on s’arrête et on dort ce que l’on a à dormir, quitte à reprendre la route au petit matin, de toute façon, Ben ne travaille pas demain.

Arrivés dans notre dortoir de voitures et de gros camions, le moteur éteint, le siège baissé, on réalise à quel point on est fous et heureux. On est fatigués mais animés par ce nouvel espoir, cette rencontre qui nous mènera peut-être enfin en Écosse, pays dont nous rêvons depuis plus de quinze ans. C’est un super défi, gros et extraordinaire! Juste avant de nous endormir, je dis à Ben avec le sourire fendu jusqu’aux oreilles : ‘’Tu te rends compte? Dans deux semaines, nous serons en Irlande une fois de plus!! ‘’ 




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