mercredi 2 août 2017

Portugal Tournoi jour 4 ou 4 médailles chez les Québécoises!





De gauche à droite de haut en bas, Cloé, Christine, Gabrielle et Béné équipe championne féminine IMCF2016 


C’est aujourd’hui, dernier jour de tournoi, une journée qui commence dans la bonne humeur sur le campement, les filles sont prêtes quoiqu’un peu nerveuse. C’est la première fois que nous avons une équipe complète de filles, et si Béné en est à sa deuxième année en tant que combattante duelliste, Cloé, Christine et Gabrielle font leur premier tournoi IMCF. Cloé a un peu plus d’expérience du fait qu’elle nous a accompagné aux États-Unis où elle s’est battue, de plus chaque fois qu’elle en a l’occasion, St-Jean Baptiste, Highlands games, tournoi hivernal, New York, elle le fait et la plupart du temps c’est contre des gars. Gabrielle, s’entraine avec son équipe et a fait ses débuts lors du tournoi hivernal au Québec et Christine a commencé l’entraînement il y a moins d’un an, sans faire de tournoi. 

Comme on dit au baseball « C’est leur tour au bâton » et la gang du Québec est en diapason avec elles. En regardant les préparations sur notre campement, je dirais que c’est pas mal tout le french ghetto, incluant l’équipe du Canada, qui soutient nos filles, la seule équipe féminine du groupe.

Nous avons une température idéale pour nos combattantes, pas de soleil, pas trop chaud, c’est une bonne chose car elles ont trois combats à faire et plus si elles se qualifient. Elles doivent affronter les Polonaises qui sont beaucoup plus expérimentées et comme leurs congénères masculins, très qualifiées. Ensuite elles se battront contre les Espagnoles, elles aussi plus expérimentées et comme les Polonaises elles ont déjà fait du béhourd en équipe dans d’autres tournois ailleurs en Europe. Puis elles rencontreront les Américaines qui sont elles aussi à leur premier tournoi en tant qu’équipe féminine. 
Attendant leur premier combat


Christine ''la destructrice'' St-Jean
Gab ''la redoutable'' Bergeron

Cloé the scisor ''sanguinaire'' Germain


Béné ''tsunami'' Robitaille

Si elles sont nerveuses, elles ne le laissent pas trop paraître, blaguant avec tout le monde et prenant la pose devant nos caméras ou nos cellulaires. Quand on annonce leur prochain combat contre la Pologne, elles finissent d’enfiler le reste de leur armure, récupèrent leur arme et bouclier, Béné, Cloé et Gabrielle s’avancent dans la lice face à leurs adversaires, Christine remplacera l’une d’elle au second round. D’abord l’étreinte amicale des adversaires au milieu, et les équipes reprennent leur place, à chaque extrémité face à face. L’arbitre, comme toujours, demande si elles sont prêtes, ce qu’elles confirment avec un signe de la tête ou du bras. À cinq secondes du début Cloé jette une adversaire au sol, Gab tombe avec une autre, Cloé court aider Béné qui lutte avec la troisième et finalement tombent ensemble, laissant Cloé debout et leur assurant le gain du premier round! 



Deuxième round, Christine remplace Cloé et vient rejoindre Béné et Gab dans la lice. Les filles foncent, Béné et Gabrielle, chacune contre une adversaire, Christine se donne un élan et plaque la troisième, tombant avec celle-ci, et malheureusement trop près de Béné la faisant chuter à son tour.  Reste Gab qui lutte un moment contre les deux Polonaises puis tombe avec l’une d’elle, perdant ainsi le second round. Le troisième déterminera les gagnantes, mais il arrive parfois qu’un quatrième round soit nécessaire.

Troisième round, Béné, Christine et Cloé qui revient pour remplacer Gabrielle, la tension est palpable, l’une des Polonaises se signe à la manière des catholiques. Béné fonce sur une adversaire et après quelques coups revient pour aider Cloé qui lutte contre l’une d’elle mais finalement Béné les fait tomber, Christine et elle continuent le combat, Christine finit par tomber avec son adversaire tandis que le combat se poursuit une contre une, la foule est excitée…nous aussi! Et c’est en luttant dans un corps à corps que Béné finit par faire tomber la dernière adversaire! Victoire!
 

Elles ont le temps de récupérer un peu puisque les combats des filles sont entrecoupés des combats de 16 contre 16 masculins. Nous encourageons les Français comme ils ont soutenu nos filles quelques minutes avant. Ils ont vraiment une grosse équipe cette année à l’IMCF, normalement la majeure partie des combattants français vont plutôt chez les compétiteurs BOTN, il n’y a que Julien et une poignée d’entre eux qui viennent bon an mal an aux tournois IMCF, mais cette année, ils sont là en force.

Ils gagnent d’ailleurs leur combat contre les Espagnols, ces mêmes Espagnols qui ont éliminé notre équipe masculine la veille. C’est d’ailleurs leur équipe féminine qui s’apprête à combattre les Québécoises. En attendant, leur tour, les filles observent les Américaines contre les Polonaises et constatent que la colosse américaine qui s’est battue en duel contre Cloé ne tombe pas, elle ne bouge pas beaucoup, ne lutte pas vraiment, mais quand elle se tient contre la lice, elle est immuable comme le roc. Les filles essaient de trouver comment elles vont arriver à la faire tomber puisqu’elles doivent affronter cette équipe au troisième combat.

Leur tour arrive, Béné, Christine et Gabrielle font le premier round, elles s’avancent chacune en enlignant une adversaire. Gabrielle fait rapidement tomber la sienne, alors que les quatre autres s’entassent dans un tas, dans un corps à corps entre Christine qui maintient les deux Polonaises pendant que Béné tente de les faire tomber avec des «jambettes». Gabrielle vient les rejoindre et semble évaluer où frapper dans cet amas de filles qui reste soudé contre la lice. Christine finit par démêler ça un peu en frappant à coups de boucliers, séparant les Espagnoles, les rendant plus vulnérables, Gabrielle s’en prend une tandis que Christine et Béné ne laissent aucun répit à l’autre. Béné finit par la faire tomber mais s’accroche les pieds et tombe, elle aussi, reste Christine qui va aider Gabrielle, et en luttant tombe en amenant la dernière, laissant Gabrielle debout, victoire!

Deuxième round, cette fois, c’est Béné qui reste sur le banc pour la première fois, les filles s’avançant chacune sur une Espagnole, Cloé la plus téméraire est comme toujours la première à plaquer, ensuite Christine puis Gabrielle. En quelques secondes de corps à corps, Cloé fait tomber son adversaire, Gabrielle lutte contre la sienne et Christine frappe à coups de bouclier le casque de la troisième. Cloé vient aider Gabrielle à coups d’hallebarde, Gabrielle semble confiante et se tourne pour aider Christine. Elles ont l’avantage de leur bord, et lorsque ces dernières finissent par jeter la pauvre Espagnole qui se faisait presque massacrer, les arbitres arrêtent le combat, car elles sont trois contre une, un round parfait, une victoire éclatante en deux rounds! Si elles gagnent le prochain combat elles iront en finale. Les filles aident leurs adversaires à se relever comme toujours et se donnent, adversaires comprises, des tapes dans le dos, sur le casque en guise d’encouragement.

Après la victoire des Américains contre les Espagnols en 16 contre 16, Béné, Gab et Christine reviennent s’installer dans la lice pour affronter leur équipe féminine, elles en profitent pour saluer la foule. Aussitôt le round commencé, elles vont tout droit à leur rencontre et Gabrielle est la première à faire tomber son adversaire. Elle vient aider ses coéquipière, au même moment celles-ci en font tomber une deuxième qui tombe avec Christine, puis Béné et Gab s’attaquent à la géante en la dégageant du coin de la lice et réussissent à la faire tomber, c’est une victoire.

Deuxième round, Cloé vient remplacer Christine, les filles sont visiblement sûres d’elles-mêmes, plus offensives que jamais dans leur affrontement, Cloé fonce directement sur la colosse, Gabrielle fait tomber son adversaire, puis Béné de même et les voilà toutes trois sur l’adversaire de Cloé la faisant tomber si rapidement, que les arbitres n’ont pas le temps d’arrêter le combat. Le round s’est déroulé en plus ou moins 15 secondes! Victoire! Elles sont stupéfiantes! Trois victoires aucune défaite, n’ayant perdu qu’un seul round contre les Polonaises, qu’elles devront peut-être affronter de nouveau en finale. Pour le moment, elles saluent la foule et rejoignent le reste des Québécois fous de joie qui les accueillent avec enthousiasme.
Les Québécoises posant fièrement avec les trois équipes qu'elles viennent d'affronter, les Polonaises, les Espagnoles et les Américaines. Comme les gars, les filles démontrent un bel esprit de fraternité.   

C’est maintenant les Espagnoles contre les Polonaises, au deuxième round, je regarde une Espagnole tomber à quatre pattes au sol et je frissonne en voyant le derrière de ses cuisses complètement à nue, comme c’est presque à la hauteur des fesses, le tabard cachait sa nudité, mais je ne peux m’empêcher de trouver cette fille très téméraire, car bien souvent les adversaires choisissent cet endroit pour frapper, sachant que cette région est plus difficile à protéger et moins dangereuse. Mais les coups peuvent décourager et faire tomber bien rapidement. Dans ce cas-ci, je suis particulièrement choquée de voir qu’il n’y a même pas de tissu, ouf! Les Polonaises gagnent en deux rounds.

S’ensuit le combat des Espagnoles contre les Américaines, un combat qu’elles perdent aussi en deux rounds. Les équipes féminines se sont mises d’accord pour limiter les derniers combats parce que plusieurs filles sont complètement épuisées et parce que selon les victoires et les défaites, deux équipes se retrouvent au top à égalité, les Polonaises et les Québécoises! Elles vont s’affronter pour l’or et l’argent et la bronze ira à l’équipe ayant le plus de victoire après les deux gagnantes, ce qui veut dire les Américaines. C’est un peu dommage qu’il n’y ait eu que quatre équipes participantes, d’autant plus que le mois précédent le tournoi, neuf équipes devaient se présenter, mais étrangement, elles se sont désistées à la dernière minute.

Les Québécoises affrontent donc les Polonaises dans un ultime combat, elles entrent dans la lice, vont une fois de plus étreindre leurs adversaires puis reviennent toutes les quatre se faire un caucus. Christine sort, les arbitres vérifient la sécurité des casques et des attaches des armures et leur laissent la place pour le début du round. Avec la même assurance qu’elles ont depuis le premier combat de la journée, elles vont droit sur leurs adversaires, comme des prédatrices sur leur proie. En quelques secondes Béné en fait tomber une, Cloé lutte un moment puis tombe avec la sienne, puis Béné vient à la rescousse de Gab, leurs efforts combinés viennent à bout de la troisième Polonaise.

Deuxième round, Cloé, Gab et Christine qui vient remplacer Béné, rapidement, elles sont sur les Polonaises, qui je crois, ne s’attendaient pas à ce que les Québécoises soient aussi fortes. Les six filles se retrouvent à lutter désespérément contre la lice, sachant d’une part que si les Québécoises gagnent, c’est automatiquement la médaille d’or. Une première Polonaise tombe, Béné lutte un moment avec une autre appuyée sur la lice, Gabrielle au milieu de la lice y va d’un corps à corps avec la troisième quand soudainement Cloé arrive comme sortie de nulle part et plaque à pleine puissance cette dernière adversaire debout, la projetant violemment au sol et ainsi apportant la victoire finale à son équipe! L’or! Encore! Décidément les Québécoises ont pris goût aux médailles, trois d’or et une d’argent! 

samedi 22 juillet 2017

Portugal Tournoi jour 3



Ce matin, Benoit n’ose pas manger, son système digestif refuse de lui pardonner le mcdo avalé cette nuit. Et comme l’employé sur place n’est vraiment pas rapide, il me laisse au petit restaurant sur la grande place pour monter au meeting en espérant qu’il y aura du café chez Nuno. En attendant d’être servie, je flâne un peu dans la pièce et je vois ici et là quelques Américains qui viennent de se lever, du moins ils ont l’air encore un peu endormi. Comme ils ont loué des chambres a quelques bâtiments de là, ce restaurant est un peu pour eux, une descente de lit. Jay a l’air toujours réveillé, comme Benoit il semble être du type lève-tôt et pro-actif, toujours prêt à l’action.


Je monte tranquillement la rue, je suis encore fatiguée, mais c’est une fatigue qui me colle à la peau depuis mon arrivée. Je manque vraiment d’énergie, je mets ça sur le compte de mes règles qui n’en finissent pas. Je bifurque au coin d’une rue pour aller prendre l’escalier roulant, en espérant que celui-ci a finalement été réparé, pas de chance! Il n’est toujours pas fonctionnel! Dépitée je prends le chemin des escaliers en pierre et je fais un petit arrêt à la maison du meeting. Silvia en sort justement, Nuno et Isabel l’hébergent car elle s’est retrouvée sans sac de couchage et sans gîte à la dernière minute. Quand elle me voit, elle prévient Benoit qui prend son café tranquillement à l’intérieur en discutant avec des capitaines d’équipe et des membres du présidium, le meeting n’est pas encore commencé. Il vient me retrouver, pour me faire un câlin et pour me présenter à certaines personnes. L’endroit est adorable, la maison se trouve dans les murs de la forteresse et juste au pas de la porte, il y a un petit coin charmant aménagé, avec un petit banc encadré de la végétation qui procure, avec l’ombre et la fraîcheur de la pierre, une petite oasis de paix. Je m’installe sur le petit banc avec plaisir et je savoure ce moment, dans la lumière du soleil levant en sirotant le café que Benoit vient de m’offrir.



Quand les derniers capitaines arrivent tout le monde s’engouffrent à l’intérieur, tandis que moi et Silvia on grimpe les dernières marches pour nous rendre au campement, prenant ici et là des photos du paysage environnant. Nous prenons notre temps, s’arrêtant en chemin aux petits kiosques qui servent déjà des petites douceurs ou pour discuter avec des connaissances au hasard de notre route. Tant et si bien que nous sommes rejointes par Ben et Andrew avant même d’être arrivées au campement. On apprend que notre duelliste masculin épée bouclier ne se battra peut-être pas, trop fatigué par ses activités touristiques de la veille. Tu parles !! Régis se propose de prendre sa place, il n’est vraiment pas préparé et son armure est plus ou moins en bon état, mais bon nous avons pris un engagement on essaie de le respecter. Si j’avais déjà une faible estime pour le tata en question, là ça dégringole encore plus. On se rappellera Malbork l’an dernier, il avait vendu du matériel inadéquat à Ben, heureusement, grâce au casque prêté par le Danois Jasper, il avait pu se battre.

Notre duelliste féminine en épée bouclier c’est Gabrielle, qui comme Cloé, en est à son premier tournoi mondial, va-t-elle comme ses consœurs remporter elle aussi une médaille? Les gars doivent aussi affronter l’équipe de l’Espagne en après-midi, on espère qu’ils performent aussi bien que jeudi. Se rendront-ils en quart de finale?

Profitant d’un moment de répit, moi et Ben, partons nous balader et pour être certain de ne pas nous faire intercepter nous nous sauvons dans la petite chapelle ouverte aux visiteurs mais plus ou moins achalandée. Elle est petite, on a donc fait le tour rapidement, mais malgré tout, comme tous ces lieux de cultes anciens, elle conserve cette atmosphère paisible où il fait bon se recueillir. On s’attarde sur la banderole de dessins d’enfants exposée pour l’événement et quand nous sortons, le soleil et la foule qui commence à grossir, nous surprend dans notre quiétude. Bon « the show must go on ! »





Les duels ont commencé au milieu de la lice, et nous longeons la muraille de l’entrée jusque derrière pour aller rejoindre les nôtres près du pavillon où se préparent nos combattants. Régis a commencé ses combats et Gabrielle finit de se préparer avec l’aide des filles de son équipe qui se battront justement demain. Christine qui, jusqu’à maintenant, a prêté des pièces d’armure à Cloé et son tabard tout neuf à Benoit qui avait oublié le sien jeudi, a prêté ses leggins à Gabrielle. Elle mériterait la médaille de la personne la plus généreuse de l’équipe ou du « couteau suisse vivant » tant elle a dépanné tout le monde, tout le temps! J’imagine qu’elle doit avoir hâte de porter enfin ses affaires…même si ce ne sera finalement pas elle qui les aura étrenné.

Ça n’est pas très long que Benoit se fait happer par quelqu’un, quand ce n’est pas comme commentateurs là-haut pour le streaming, c’est directement comme annonceur dans la lice, ou bien pour régler un quelconque problème. Cette fois c’est pour prendre la relève d’Hubert dans la lice. Je constate aussi qu’un toit en toile a été installé pour les commentateurs, je suis certaine que c’est bien apprécié à cause du soleil qui plombe actuellement.

Régis vient d’être éliminé, mais Gabrielle commence en force, j’ai l’impression qu’elle est bien capable d’aller chercher elle aussi une médaille. J’ai vraiment hâte de voir l’équipe évoluer sur le terrain, nos filles sont vraiment bonnes, elles sont solides sur leurs jambes et pas mal fonceuses, je suis certaine qu’elles vont donner du fil à retordre à leurs adversaires.

Je me promène un peu, il n’y a pas vraiment de place où m’asseoir, les estrades sont pleines et sous le pavillon, on laisse les bancs aux combattant(e)s. Et si je m’assis par terre, je ne verrai rien, donc je décide de bouger. Près d’un kiosque à bijoux je vois la jeune femme d’hier…sans son petit chien, zut! Quand elle voit mon regard désemparé elle devine pourquoi et rit, eh ben non elle ne l’a pas amené cette fois-ci, c’est trop une longue journée pour un petit chiot. Nous discutons en anglais quand arrive Eduardo, le capitaine de l’équipe portugaise, Sveta et l’Ukrainien qui l’accompagne sont ses amis. S’ensuit une discussion à quatre où nous baragouinons, Sveta, Eduardo et moi en anglais ou en français pour arriver à nous comprendre, et Sveta qui est d’origine russe traduit nos propos à son ami. C’est toujours comme ça à l’IMCF! C’est tellement divertissant, y aurait une étude à faire sur les échanges au sein de ces tournois.

Benoit apparaît comme par enchantement et se mêle un peu à notre discussion, puis au bout d’un moment nous poursuivons de notre côté vers les marchands de cuir, mon homme a besoin de cordons de cuir pour son armure. Pendant qu’il discute avec le marchand, j’en profite pour aller voir le chien étrange du marchand d’en face.  Il a des pattes beaucoup trop courtes pour sa tête et son corps, ce qui lui donne une drôle d’allure. Brave toutou!


On ne s’attarde pas trop, Benoit doit aller préparer son armure et moi je veux en profiter pour m’asseoir à l’ombre sur notre campement. Je sais qu’ont lieu les derniers combats féminins et que forcément Gabrielle y est, mais j’ai vraiment besoin de repos et je sais que mon absence passera inaperçue de toute façon, elle a beaucoup de monde autour d’elle. Benoit a du mal à trouver son stock tellement c’est le fouilli dans la tente, tout le monde a mis ses armures, sacs de costume, achats, outils, bout de cuir, gambisons, etc. Tout est pêle-mêle! C’est jamais une bonne idée d’utiliser une seule tente pour un aussi gros groupe.

Peu à peu les autres reviennent au campement, les Québécois sont excités car Gabrielle a remporté l’or! Rien de moins! Wow nos trois duellistes féminines ramènent chacune une médaille, les filles des autres équipes doivent être un peu nerveuses à l’idée d’affronter les Québécoises demain. Pour le moment, celles-ci ont le cœur à la fête, ça fait plaisir à voir.

Nos gars commencent à se préparer pendant qu’a lieu les combats de dix contre dix, certains enfilent une partie de leur armure et apportent le reste avec eux autour de la lice pour suivre les affrontements. D’autres prennent un peu plus leur temps, en profitent pour se reposer un peu, ou tout simplement vérifier tranquillement leurs pièces et s’assurer que tout l’équipement sera prêt en temps voulu. Je regarde mon chum aller, et comme toujours je le trouve un peu chaotique dans sa façon de se préparer et pourtant je sais que je dois le laisser faire, il a son rythme à lui et si j’essaie de l’aider, ça va le désorganiser dans sa marche à suivre et dans ces moments-là ça emmène parfois des moments de panique. Donc je ne m’en mêle pas, même si j’ai repéré une bonne partie du matériel qu’il pourrait avoir besoin, au cas où il ne s’y retrouverait plus.

Il n’a pas beaucoup mangé aujourd’hui, mais il préférait ne pas prendre de chance parce qu’il doit se battre, il redoute les effets de la nourriture sur lui, va vraiment falloir qu’on trouve le bobo à notre retour. Cependant nous en avons une vague idée, il a des symptômes très semblables à ceux des céliaques ou qui souffrent du côlon irritable. Va falloir y voir parce que là, c’est compliqué quand manger c’est comme jouer à la roulette russe.

Lorsque nous arrivons aux abords de la lice, la température est parfaite, le ciel est plutôt gris, il vente et même si de temps en temps on a quelques gouttes de pluie, c’est confortable pour les combattants. Hubert annonce le prochain combat, le Québec contre l’Espagne et les gars commencent à mettre leur casque et mitons, prennent leur arme et entrent dans la lice, Ben est dans le premier round. En face, à l’autre extrémité, les Espagnols les imitent. L’affrontement commence, Ben tombe en apportant un adversaire avec lui, Régis et Andrew d’un côté, Yan et Nick de l’autre, combattent sur les côtés, Nick finit dernier, en s’accrochant à la lice pour ne pas tomber, mais les arbitres viennent le décrocher, c’est interdit. L’Espagne gagne le premier round, je crois qu’on les a sous-estimés, ils sont forts.

Deuxième round, Phil, Igor et Jérémie remplacent Ben, Yan et Nick, Régis et Andrew sont du deuxième round. Phil dans le premier affrontement, perd son arme, il court en chercher une autre, car c’est la règle, nul ne peut poursuivre le combat sans arme. Pendant qu’il ramasse son arme tendue par un co-équipier, un Espagnol qui courrait derrière lui, profitant de ce moment de vulnérabilité, lui rentre violemment dedans. Il ne tombe pas immédiatement, mais chancelle suffisamment pour le déséquilibrer et donner la chance à son adversaire de le faire tomber facilement sur le sol. Andrew et Régis, en font tomber un, Jérémie et Igor sont enchevêtrés sur le bord de la lice avec trois adversaires et finissent par tomber avec leurs adversaires. Et en quelques secondes, Andrew et Régis contre le dernier qui finalement tombe sous les coups et la petite jambette finale de Régis.

Troisième round, Ben, Nick et Yan reviennent dans la lice pour remplacer Igor, Phil et Andrew. Régis se fait ramasser en commençant, Ben fonce dans son adversaire et tombe avec lui, Jérémie, Nick et Yan luttent en paquet contre le reste de l’équipe, Nick tombe, reste Jérémie et Yan qui tentent de ne pas tomber sous l’assaut des quatre Espagnols, mais quand Yan tombe à son tour avec l’un d’eux, les arbitres arrêtent le combat comme c’est la règle quand il y a plus de deux contre un. L’Espagne gagne et malheureusement le Québec est éliminé. C’était le dernier combat «officiel» de la journée

Le reste de notre équipe vient rejoindre les gars pour aller étreindre leurs adversaires, puis saluer la foule avant de sortir, Andrew est évidemment le dernier à revenir rejoindre son groupe, occupé qu’il est, à parler avec les Espagnols. Quand il revient il fait une grosse étreinte à Régis et Ben qui sont encore dans la lice à attendre que le combat de «All v/s all» auquel ils participent, commence. Dans les faits, c’est plus une vingtaine de gars contre une autre vingtaine. C’est le moment de pouvoir se battre avec des amis qui sont dans d’autres équipes, c’est du combat uniquement pour s’amuser sans prix ni récompense pour les gagnants. C’est du défoulement, mais c’est aussi plus difficile de suivre pour les spectateurs, j’imagine que ça doit l’être aussi pour les combattants à l’intérieur de la lice.

Benoit participe aux deux premiers rounds, de mon côté je préfère socialiser autour, je commence à avoir pas mal faim aussi. Quand Benoit a fini, on s’en va au campement, préférant laisser aux autres le spectacle de la cracheuse de feu qui clôt la journée. Considérant le temps que ça prendra d’ôter l’armure, se sécher un peu, se changer, tout ça en mémérant abondamment, et de se rendre au restaurant, aussi bien commencer tout de suite.



Pendant que mon homme entame ses prémisses (je me dis que ça va être tellement long!) je vais au petit café boutique juste à côté, sur la terrasse ils ont du Wi-Fi. En allant annoncer la défaite finale de notre équipe masculine sur mon facebook, je vois que Benoit a été identifié sur des photos, curieuse j’y jette un coup d’œil. Plusieurs de nos amis du tournoi qui sont au restaurant ont trouvé sa carte d’identité fournie à chacun pour le tournoi et qu’il avait perdu, elles ont juste le nom d’inscrit dessus. Donc plusieurs comiques se sont posés chacun leur tour avec la carte, en demandant « Is it him? » Quand je rejoins Benoit, nous concluons en riant que nous n’avons pas le choix d’aller les rejoindre. Par chance la faim qui tenaille Benoit est plus forte que son besoin de mémérer avec les autres autour, c’est pourquoi il se dépêche. Faut dire qu’il a hâte aussi de retrouver ses amis au restaurant, celui où nous sommes allés la veille du tournoi avec Hubert.

Une fois arrivés sur place avec la majorité de notre équipe, les Irlandais offrent à Benoit un drapeau de l’Irlande, et c’est avec émotion que Benoit leur demande de signer chacun leur tour, ainsi s’exécutent les deux Brendan, Killian, Jack, Maria, Anthony et Greg. Le restaurant est plein et très bruyant, demain c’est la dernière journée du tournoi et comme à chaque année, à mesure que les jours avancent, il y a de plus en plus de combattants qui ont été éliminés de la course, donc plus disposés à célébrer. 

jeudi 20 juillet 2017

Portugal Tournoi Jour 2: La fois où tout va un peu de travers

L’alerte du cell, nous rappelle que même si on est en voyage au Portugal, dans un condo sur le bord de la mer, nous devons nous lever car nous avons une grosse journée devant nous et le meeting des capitaines et du présidium à 9:00 heures. Si on considère les douches à prendre, le stock à préparer pour la journée, la route à faire pour nous rendre et un petit déjeuner et surtout un deuxième café à prendre, on ne peut traîner au lit. Cette fois, Luc et Cloé, trop fatigués, restent au condo, Andrew reviendra un peu plus tard les chercher, c’est donc à trois que nous partons pour Montemor.

Notre priorité en arrivant, c’est de repérer un endroit où l’on peut trouver du café et proche de la maison où se tiennent les meetings, idéalement si on pouvait y trouver de la bouffe qui peut se consommer en marchant ce serait bien aussi. Sandwichs, pâtisseries, on n’est pas difficile! C’est tranquille dans les rues, mis à part un marchand qui ouvre tranquillement son dépanneur et une petite dame qui balaie le devant de sa porte, on est presque surpris quand une voiture passe lentement sur la rue que nous venons de traverser.

En tournant le coin, nous trouvons un petit café qui ouvre, Benoit un peu pressé, me laisse pour monter au meeting en me demandant de lui ramener un truc à manger. Deux dames nous accueillent, moi et Andrew, avec leur plus charmant sourire et des pâtisseries tout juste sorties du four. Évidemment, elles sont curieuses d’en savoir un peu plus sur nous, avec notre costume médiéval et notre français un peu étrange, ce n’est un secret pour personne que nous faisons partis du tournoi, mais n’empêche, elles veulent savoir d’où nous venons, et nous, quelques mots de portugais. Quand nous choisissons finalement une table pour manger et boire notre café, Julien se joint à nous, en tant que capitaine, il doit assister lui aussi au meeting dans environ une vingtaine de minutes. On mange tranquillement en sirotant notre café, puis Gauthier arrive lui aussi avec un autre Belge, Benoit, et discutons entre francophones, nous ne sommes pas trop dépaysés.

Une vingtaine de minutes plus tard, après avoir donné une pâtisserie à Andrew pour qu’il la donne à Ben, je laisse tout ce beau monde pour aller au campement un peu plus haut. Silvia me rejoint en chemin et nous allons nous asseoir avec notre café pour finir de nous réveiller. Les gens qui dorment sur place, émergent doucement de leur tente et s’activent un peu sachant que les visiteurs commenceront à arriver dans la prochaine heure. Les plus occupés sont ceux qui combattent ce matin à l’épée longue, dans l’équipe du Québec, nous avons Béné et Andrew.

Aujourd’hui ce n’est pas la grande forme pour moi, je manque d’énergie rapidement, c’est encore plus flagrant à côté de Benoit qui est un feu roulant, il est partout, sur tous les fronts en ce qui concerne l’organisation du tournoi. Ce matin après le meeting des capitaines, il a dû régler quelques petits problèmes et répondre à des questions tout au long du chemin qui le mène à la lice où Andrew l’attend, lui son coach. Comme pour Cloé hier, Benoit est là pour s’occuper de son co-équipier et ami.

Je manque de motivation à suivre les combats, je me promène entre l’aire de combats en suivant de loin, nos deux duellistes, et le coin de marchands. J’essaie de repérer, ce qu’on pourra manger un peu plus tard, pour moi c’est jamais compliqué, mais avec mon amoureux, qui oublie que son corps doit être nourri de temps en temps, même s’il y a une tonne de choses à faire, et son système digestif capricieux, ça demande de la planification. C’est moi qui s’en charge.

Il y a plusieurs petites échoppes, la plupart servent à boire ou à manger, même si c’est très appétissant, on ne peut se « nourrir » que de pâtisseries portugaises, je cherche quelque chose de plus consistant, plus protéiné. Les marchands, majoritairement Portugais, sont très chaleureux, avec Silvia à mes côtés, qui peut traduire au besoin, les discussions sont encore plus faciles. Jusqu’à maintenant, c’est la première fois que la population locale me semble aussi curieuse à notre contact, les gens sont-ils plus curieux que les Français d’Aigues-Mortes, que les Espagnols de Belmonte, que les Polonais de Malbork? Les Portugais sont-ils moins timides, moins réservés? C’est mon quatrième tournoi mondial mais c’est la première fois que je parle autant avec les locaux, que ce soit sur le terrain avec les marchands, avec les spectateurs ou au village lors de nos achats. Les gens démontrent une ouverture et une sympathie particulière pour les francophones. Je repère un kiosque qui semble pas mal populaire, et en m’approchant je comprends pourquoi : le monsieur fait des crêpes bretonnes et elles ont l’air délicieuses…et la garniture protéinée. Exactement ce dont j’ai besoin! Comme je vois les gens s’agglomérer rapidement en salivant autour, je me dis que vaut mieux acheter tout de suite deux belles crêpes car dans une heure il y aura une file interminable. Je passe donc ma commande avec l’aide de mon amie. C’est toujours un peu fascinant de regarder travailler la pâte avec une telle dextérité et en quelques minutes, je me retrouve avec notre dîner. Je m’empresse d’aller retrouver Benoit et lui offrir fièrement cette belle pitance qu’il avale goulument.

Il a terminé son travail de coach, Andrew ne s’est pas classé malheureusement, Béné de son côté s’en va en finale! On espère qu’elle remporte l’or cette année encore, les chances sont bonnes jusqu’à maintenant.


Cet après-midi, Benoit va aller s’installer à son tour sur la muraille pour commenter les combats avec Dale. Ils sont quatre à se partager ce travail, un travail qu’ils ont du plaisir à faire, avec Benoit, il y a notre ami irlandais Brendan, Dale, un Américain et Eli un Néo-Zélandais. Évidemment les commentaires sont en anglais et j’imagine la surprise des internautes d’entendre cette panoplie d’accents qui leur explique le spectacle qu’ils ont devant les yeux ou qui racontent des anecdotes, parfois avec beaucoup d’humour.



En allant aux toilettes, une jeune femme apparemment Européenne de l’est, qui avait remarqué à quel point je m’entichais de son bébé chien, me demande tout sourire si je veux le prendre dans mes bras pendant qu’elle va à la cabine. Oh là là! Le bonheur! Je profite avec plein de reconnaissance de ce moment de joie pure, même si la petite guerrière n’est pas de tout repos. Quand sa maîtresse sort, elle prend une photo de moi tenant sa chérubine et je lui dis de ne pas hésiter, je garderai son chien chaque fois qu’elle en aura besoin, elle me répond en riant qu’elle n’aura aucun mal à me trouver sur le terrain, vu ma couleur de cheveux. J’oublie tout le temps à quel point, ma chevelure m’empêche de passer inaperçu, Benoit dit souvent à la blague que je suis comme un phare quand il me cherche dans une foule.


Le soleil est disparu et le temps est soudainement à la pluie, je vais rejoindre les Québécois qui se tiennent la plupart du temps près des Français, des Belges ou des Américains qu’ils connaissent pour les avoir déjà rencontrés en tournoi au Québec ou aux États-Unis. Quand la pluie s’intensifie on se retrouve sous l’un des chapiteaux qui normalement sert aux combattants. Les combats continuent tout de même et je lève les yeux pour voir ce qu’il advient des commentateurs et constate que c’est un peu le branle-bas puisqu’ils n’ont pas de toit sur la tête et sont évidemment équipés d’appareils audio. À ma surprise, ils semblent continuer presque imperturbable, à « livrer la marchandise » se couvrant la tête du mieux qu’ils le peuvent. Mais à un certain moment donné, c’est la tempête et on doit interrompre momentanément les combats et les commentateurs. Le réalisateur fulmine de voir son matériel se faire malmener, mais il est bien obligé d’admettre qu’un abri aurait dû être prévu, ne serait-ce qu’un toit pour les commentateurs.


Deux heures après, les commentateurs reprennent leur place là-haut, et je suis juste à moitié étonnée de voir mon homme en sous-vêtement médiéval, parce qu’il risque d’être au sec plus rapidement, maintenant que la pluie a pratiquement cessé de tomber. Des vêtements de laine, ça imperméabilise jusqu’à un certain point, après, quand c’est complètement détrempé, ce qu’étaient devenus les vêtements de Ben, ça devient lourd et inconfortable. 


L’ascension de Béné se poursuit et c’est avec beaucoup d’enthousiasme que nous la suivons jusqu’à la médaille d’or qu’elle remporte avec brio. La deuxième médaille pour le Québec et sa deuxième médaille d’or en deux tournois, un score parfait. Tout naturellement nous nous retrouvons tous dans notre french ghetto où Luc et Cloé nous rejoignent en colère parce qu’ils ont passé la journée au condo à cause d’un malentendu, d’un manque de communication et d’un tata de l’équipe qui a abusé de la générosité du chauffeur (mandaté pour aller les chercher) à ses fins personnelles pour aller faire du tourisme sexuel.

Après avoir trinqué un peu avec nos amis belges et français, nous optons pour un souper au village, sur la grande place, en gang cette fois-ci. Il y a un seul restaurant à cet endroit du village et c’est là que l’on retrouve aussi quelques amis Américains dont Jay. La pauvre serveuse vient très très vite débordée entre les quelques clients réguliers et nous, qui sommes plus d’une vingtaine de personnes. Il m’apparaît évident qu’elle n’a pas souvent autant de clients en même temps, nous remplissons complètement la terrasse qui tient lieu de salle à diner. Le soleil se couche doucement pendant que nous commandons notre repas, certains ont déjà reçu le leur alors que d’autres, nous en l’occurrence, n’avons pas encore choisi. Quand nous avons finalement un verre de vin et que nous attendons notre repas, une partie des Québécois qui a terminé, veut remonter au campement puis au condo. On ne peut les suivre, même si entretemps j’ai reçu mon assiette, Benoit n’a rien reçu encore et il meurt de faim. Ça devient problématique, car Andrew parti je ne sais trop où, moi, Ben et Phil nous retrouvons sans voiture et tout le monde veut s’en aller. Finalement Régis et Christine nous proposent de revenir nous chercher après être allés reconduire une partie du groupe, l’autre suivant dans la voiture louée d’Igor.

Après s’être fait critiqué la veille parce que nous ne soupions pas avec le reste du groupe, on se dit que la solidarité c’est quelque chose qui fonctionne à sens unique ça a l’air. Bref, on n’a pas beaucoup le choix et on accepte l’offre de Régis. On espère bien que nous aurons reçu, d’ici son retour, le plat de Benoit, ce qui ne semble pas prêt d’arriver.

Au bout d’une éternité, nous redemandons pour une troisième fois ce qu’il advient de celui-ci, la serveuse semble presque sur le point de pleurer tellement elle est dépassée et finalement Benoit lui dit de laisser faire, il en marre d’attendre ça doit bien faire presque deux heures qu’il a commandé! Elle cherche par tous les moyens de sauver les meubles, mais je vois bien que ce sera peine perdue, nous payons nos verres et mon repas que j’ai partagé avec Benoit et nous partons avec Régis et Christine qui viennent d’arriver. Nous devons passer par le campement pour récupérer nos effets personnels avant. Ce que nous ignorions, c’était que la forteresse fermait pour la nuit et le gardien de sécurité ne veut absolument rien savoir de faire entrer personne, même un des principaux organisateurs de cet événement. Ce dernier est maintenant en colère en plus d’être affamé, d’être un peu ivre et peut-être aussi un peu déçu devant le peu de solidarité à son égard.

Nous retournons donc au stationnement en cherchant un endroit où nous pourrions trouver à manger, il n’y a rien au condo, et à cette heure tardive c’est presqu’impossible de trouver une épicerie ou même un restaurant d’ouvert dans ce village. Nous nous rabattons sur l’espoir de trouver un McDonald quelque part dans la ville voisine, Christine qui est toujours prête à aider son prochain, nous dit qu’elle est disposée à nous aider dans notre recherche et que nous retournerons au condo, quand les affamés auront mangé. Benoit redoute un peu les effets de cette bouffe qu’il digère de plus en plus difficilement, mais il a tellement faim.

Heureusement, comme partout ailleurs, nous repérons aisément ces arches dorées au bout d’une trentaine de minutes de route, nous passons donc rapidement une commande à l’auto et filons au condo où tout le monde est couché. Juste avant de sombrer dans notre sommeil, Benoit m’annonce qu’il n’aurait finalement pas dû manger cette cochonnerie, déjà il en subi les conséquences, la nuit va être pénible pour lui. Va falloir qu’on élimine les McDonalds sur notre route dorénavant.  

lundi 19 juin 2017

Portugal, que le tournoi commence!

Tournoi, jour 1


Une belle journée ensoleillée accueille ce troisième tournoi d’IMCF, et nous sommes tous un peu fébriles attendant de défiler pour la cérémonie d’ouverture qui doit commencer d’une minute à l’autre. J’ai décidé de ne pas défiler avec le groupe, j’aimerais prendre des photos, et je dois l’admettre, je trouve toujours un peu pénible de rester plantée au soleil à brûler pendant le discours d’ouverture. Les 22 équipes attendent en ligne, qu’on les nomme pour s’avancer dans la lice, en fait les 21 plus un combattant d’Afrique du sud qui est venu seul pour représenter son équipe. L’atmosphère est joviale, comme toujours, les combattants se retrouvent avec plaisir, indifférents au soleil et à la chaleur déjà présente et qui ne les épargne pas sous leur attirail. Certain(e)s portent une partie de leur armure, généralement les jambes, bras et épaules avec leur tabard aux couleurs de leur pays.  Il n’y a pas beaucoup de spectateurs dans les estrades, mais en considérant que nous sommes le jeudi matin, ce n’est guère surprenant, je suis certaine que si cette cérémonie avait lieu le soir il en serait bien autrement. Toutefois, il a été convenu entre l’IMCF et la municipalité de Montemor que l’entrée serait gratuite, nous prévoyons un bon achalandage d’ici les quatre prochains jours.

L’Ost du Québec a apporté un drapeau gigantesque, il flotte fièrement, presque effrontément parmi les autres, comme pour compenser tous ces moments où normalement il est relégué derrière le drapeau canadien. Est-ce que cette année nous aurons la chance d’entendre de nouveau l’air de Martin de la Chasse-Galerie? Aurons-nous des médaillé(e)s d’or? Ce drapeau flottera-t-il sur le podium? Nos premiers duellistes aujourd’hui sont Cloé et Phil, dans les catégories féminine et masculine à la hallebarde. En après-midi, notre équipe masculine affrontera l’Allemagne et le Mexique. Cloé qui commence ses combats avec une armure empruntée, est un peu nerveuse, celle-ci n’étant pas ajustée pour elle, limite ses mouvements, elle est presque incapable de lever les bras au-dessus de sa tête. Nous espérons que son armure arrive au plus tôt pour qu’elle puisse se battre à pleine capacité.

Quand les combats débutent, Benoit est au micro, annonçant les concurrents, et voyons la nervosité de Cloé, je vais le chercher et tente de lui parler et quand il me fait signe qu’il est occupé, je me fâche et j’insiste : «Tu as entraîné Cloé toute l’année, elle n’a pas son armure, elle est nerveuse, elle a besoin de TOI, y a plein d’autres personnes qui peuvent faire l’annonceur, mais personne ne peut aussi bien calmer Cloé!». Sans hésiter, il donne son micro à l’un des arbitres et vient retrouver Cloé pour prendre son coin, la rassurer et consacrer ce moment à elle. J’ai maintenant l’esprit tranquille.

Dans la grande lice, il y a d’aménagées temporairement, trois petites lices pour les duels, d’abord parce que ces combats nécessitent beaucoup moins d’espace et puis parce que ça permet de faire plusieurs duels en même temps. Nous n’avons plus tellement de choix, il y a de plus en plus de participants et ça doit tout tenir dans quatre jours.  Les Québécois font le va et vient entre les combats de Phil et ceux de Cloé, moi je suis particulièrement attentive à ceux de Cloé, je l’avoue j’ai un parti pris et je sais aussi à quel point Benoit prend l’évolution de son élève à cœur. Phil ne gagne aucun de ses combats, mais donne tout un show, et pendant ce temps, Cloé gagne contre la Canadienne et contre l’Allemande, perd contre la Portugaise et finalement la chaleur et la fatigue la gagnant elle doit déclarer forfait contre l’Américaine. Toutefois, elle se rend en finale un peu plus tard dans la journée, on espère tous, en particulier elle, que son armure arrivera entre temps.

Je vais faire un tour du côté des marchands, question de me restaurer un peu, on m’a dit qu’il y avait pas mal de trucs intéressants à manger, je demande à Benoit s’il veut quelque chose, mais comme il doit se battre en équipe un peu plus tard, il refuse, de peur d’être malade. Je vais donc me balader avec Silvia qui est bien contente de pouvoir me servir de guide concernant la culture portugaise particulièrement sa gastronomie. Les gens sont très accueillants, et je vais de surprise en surprise quand je vois à quel point beaucoup de Portugais connaissent quelques rudiments de la langue française, beaucoup plus que la langue anglaise en fait. Bien sûr vous me direz que c’est normal puisque c’est une langue latine comme le français, bien qu’elle s’apparente aussi aux langues arabes, mais c’est surtout parce qu’à cause de la proximité des deux pays, beaucoup de Portugais ont travaillé jadis ou travaillent encore en France, plusieurs ont de la famille qui est partie y vivre, comme les parents de Silvia.

Je crois que nous sommes tellement conditionnés à l’idée que la langue anglaise domine le monde, que spontanément, dès qu’on voyage ailleurs qu’en francophonie, on utilise l’anglais pour se faire comprendre de la population locale et je ne fais pas exception. Pourtant à force de voyager, je constate parfois que si oui la langue anglaise domine, il n’en demeure pas moins que le français a déjà été très présent, la France ayant été un empire colonisateur puissant, en Afrique, en Amérique et même en Asie. On oublie aussi qu’il fût un temps où c’était la langue la plus couramment utilisée chez les têtes couronnées d’Europe au 18ième siècle et même en Angleterre, au Moyen Âge. Beaucoup de francophones ne savent pas que certains de leurs mots qu’ils croient être empruntés de l’anglais sont en fait des mots français, récupérés par la langue anglaise, comme par exemple le mot «budget» qui tire son origine du mot «bougette» qui désignait une petite bourse de monnaie attachée à la ceinture et qu’on portait en voyage. Quand je suis à l’extérieur du pays, je suis encore surprise de susciter aussi souvent de l’intérêt quand je m’adresse en français à Benoit ou à un autre Québécois, soit on se fait aborder par des francophiles, qui trouvent notre langue si belle, soit on nous demande qu’elle est cette langue étrange qui ressemble au français sans en être vraiment.

Nous sommes toujours fiers de leur en parler! Je l’ai déjà dit dans une chronique précédente, seuls les Québécois qui ne connaissent que le camping en Floride ou les tout inclus à Cuba peuvent avoir une perception négative des Québécois en voyage. Car un Québécois qui voyage en dehors de sa zone de confort, démontre généralement une ouverture sur les Autres et leur culture et ça c’est le meilleur passeport qui soit. Nous avons beau être reconnus pour être souvent bruyants et directs, notre curiosité nous rend facile d’approche. Bien sûr, y aura toujours des cons, n’importe où dans le monde et on ne fait pas exception malheureusement…

Lorsque nous revenons au «french ghetto» (ironiquement nous lui donnons un non anglais pour que les non francophones comprennent que c’est un quartier francophone, nous, nous le savons déjà), il y a beaucoup d’animation, les finales des duellistes en hallebarde et le béhourd des gars vont bientôt commencer. Excellente nouvelle, Cloé a reçu son armure qu’elle examine pour s’assurer que tout est bien en place, elle a dessiné sur son casque des cicatrices partout où son casque a été cabossé lors des derniers combats, ça lui donne une allure personnalisée. Les combats de béhourd ont commencé depuis une bonne heure et l’Ost embarquera dans la lice après les finales de duellistes, dont le dernier combat de Cloé. Le reste du groupe, incluant les Belges qui ne présentent pas d’équipe cette année, se tient prêt à aider tout ce beau monde au besoin. Cette année, notre campement est vraiment tout près, le transport du matériel, les casques, mitons, boucliers, armes et drapeau est plus aisé.


Benoit s’armure en même temps que Cloé, car il veut pouvoir la coacher jusqu’au bout, il ne pourra profiter de ce moment pour se préparer. Lorsque nous franchissons l’entrée, le ciel s’est assombri et les estrades sont maintenant pleines. Certains d’entre nous lancent des bonbons à l’érable dans la foule qui suit attentivement le tournoi. Les spectateurs sont ravis, surtout les enfants. Ceux et celles qui ne se battent pas gardent précieusement, les cellulaires, lunettes, portefeuilles, caméras et crème solaire. Laurie a amené sa tablette, elle prend nos combats en vidéo et des photos avec son I-phone. De temps en temps je la croise, grimpée où elle peut, pour réussir à avoir une bonne prise de vue, elle n’a pas le choix vu sa petite taille. Pour ma part, j’utilise nos deux cellulaires pour prendre des photos, n’ayant pas de batterie, je ne peux que les recharger le soir au condo, si je veux prendre des photos et des vidéos je dois les utiliser avec modération. Mais j’oublie trop souvent de m’en servir, trop prise par le moment présent.

Cloé s’avance dans la lice, suivie de Benoit à qui il ne manque que le casque et les mitons. Comme il a oublié son tabard au Québec, Christine lui a prêté le sien tout neuf avec un p’tit pincement au cœur, ce matin son armure toute neuve et cet après-midi c’est son tabard. Elle se dit avec philosophie que ça lui portera peut-être chance. L’adversaire de Cloé est impressionnante, elle a une tête de plus et doit bien peser 60 kilos de plus qu’elle. Évidemment ça peut désavantager l’Américaine dans son cardio, mais sa longueur de bras l’avantage certainement quand elle porte ses coups, tenant Cloé à distance. Celle-ci bouge beaucoup plus et se bat si bien qu’un quatrième round est nécessaire pour déterminer qui gagnera l’or. Benoit comme à son habitude entre dans la lice entre chaque round, pour se placer devant ses yeux, pour lui rappeler de respirer, pour lui faire oublier son adversaire si grande et si costaude de l’autre côté, pour la rassurer et l’encourager, jamais pour lui rappeler ses erreurs. Comme il le dit souvent, quand tu pratiques des sports de combat, ça vient chercher quelque chose de primitif en toi, ça a quelque chose d’animal et tes émotions sont, au moment du combat, très brutes, ce qui fait que tu dois trouver un certain équilibre entre émotion et raisonnement, ce pourquoi, beaucoup d’athlètes ont souvent des rituels et des coachs qui les aident justement en ce sens. Les combattants peuvent être terriblement à fleur de peau et avoir du mal à se contrôler, par exemple après une défaite, éclater en sanglots et se sentir complètement démolie. À ce moment-là on n’a certainement pas besoin de se faire crier dessus ou de se faire rappeler nos erreurs, ça n’aide absolument en rien pour reprendre confiance en soi. Faut alors chercher les points forts, et convaincre le ou la combattante de les faire rejaillir, ça et gérer les crises de panique c’est pas toujours facile. D'ailleurs, Cloé est un peu dans cet état et spontanément engueule son coach, mais Benoit reconnait cet état et n'en fait pas de cas, la ramenant constamment dans un état plus calme.

Après le quatrième round, Cloé s’incline devant l’Américaine et remporte la seconde place, l’argent! Wow! Nous sommes fiers d’elle! Cependant, nous avons peu de temps pour profiter de sa victoire puisque nos gars vont bientôt commencer.


Dans la cour aménagée de la forteresse de Montemor, les combattants de l’Ost, attendent leur tour pour entrer en piste. La fébrilité, la peur, l’adrénaline peut-être le doute sont au rendez-vous, des émotions qui surpassent l’inconfort de la chaleur. Le malaise est amplifié par l’épaisseur du tissu sous le poids de l’armure et le manque d’air à l’intérieur de leur casque qui pourtant, les protégeront de la violence des coups d’épée ou de hache frappés à pleine puissance par leurs adversaires.

Moi qui suis tout près, je ressens bien cette tension et je ne peux m’empêcher de penser à ces gladiateurs qui attendaient sous le forum, à la différence près que ceux-ci luttaient pour leur survie. Il devait en être ainsi aussi au Moyen âge, sur le campement quand se préparant au combat, le guerrier craignait pour sa vie. Mais il devait tout de même trembler aussi lors de tournois organisés. Bien sûr, ce dernier était habitué à la violence, ça faisait partie de son monde mais si l’on exclue les blessures et les coups de chaleur, le béhourd était un sport divertissant qui lui permettait d’améliorer ses techniques, de se mesurer aux autres et évidemment de se faire remarquer. 

Cependant, aujourd’hui, nos gladiateurs des temps modernes ne sont pas des soldats, ils gagnent leur vie dans un monde aseptisé où la violence est devenue un tabou. Pourtant, ils sont là, de leur plein gré, attendant leur tour, concentrés à chercher en eux une violence transmise par leurs tout premiers ancêtres, une violence primitive afin de la canaliser et de la projeter dans leurs coups.

Le commentateur annonce l’entrée en lice des deux équipes de cinq combattants. Les Québécois avec leur tabard bleu et blanc, retenu par leur ceinture fléchée pénètrent dans la lice aménagée deux jours plus tôt, à quelques mètres des estrades de spectateurs, pleines à craquer d’une foule aussi enthousiaste que s’il fut s’agit d’un match de soccer. Les adversaires prennent place en face les uns des autres, aux deux extrémités, se jaugent, se mesurent, évaluent, repensent à leur stratégie. Est-ce que chacun se souvient de ce qu’il doit faire? Les voilà à s’échanger quelques rappels juste avant que le round commence.  Ils affrontent l’équipe de l’Allemagne, une équipe aguerrie qu’ils connaissent bien, puisque celle-ci comme celle du Québec et de l’Italie, furent les premières à rejoindre en 2011 le tout premier tournoi de Béhourd qui était subventionné et organisé pour et par la Russie et ne concernait que l’Ukraine, la Pologne et la Biélorussie.

Tout se décidera en trois rounds d’une durée indéterminée car le but est de faire tomber les adversaires en frappant avec les armes ou les poings, en se servant de prises de lutte ou de plaquages, etc.  Presque tous les coups seront permis et c’est pourquoi les armures doivent être réglementaires, sécuritaires et confortables… autant que possible.

L’arbitre en chef, avec un signe de tête s’assure que les équipes soient prêtes et crie «fight!», s’ensuit alors les mouvements d’avancée puis le choc brutal des armures qui se fracassent l’une contre l’autre. On repère rapidement les «runners» plus rapides et les lourds qui s’emparent souvent à bras le corps de leur adversaire pour les faire tomber ou pour les tenir afin qu’un autre frappe pour le faire abandonner. Trois ou quatre arbitres se tiennent à l’intérieur et l’extérieur tout près de la rampe et surveillent bien les combattants et leur rappellent qu’ils sont «out» lorsqu’il y a trois points d’appui par terre, ou quand l’un s’agrippe trop longtemps au montant de la lice pour éviter de tomber ou pour être en mesure d’intervenir rapidement s’il y a blessure. Ils sont tous vêtus de jaune pour qu’on les repère facilement. Pour le spectateur, il est difficile de savoir ce qui se passe sous l’armure et surtout sous le casque, c’est pourquoi la promiscuité de l’arbitre est importante, de même qu’il doit, s’il veut arrêter le combat se servir d’un grand bâton auquel est accroché un drapeau jaune. Il va l’abaisser immédiatement entre les adversaires, qui sont restreints au niveau de la vue et de l’ouïe.

Le premier round est remporté par Québec! La foule applaudit, l’équipe du Québec est souvent populaire lors des tournois. J’ai souvent remarqué une sympathie générale pour les Québécois, peut-être est-ce dû à leur curiosité, une ouverture qui les amène à socialiser rapidement avec leurs hôtes, ou bien parce qu’ils se démarquent par des gestes particuliers, originaux lors des tournois.
La lice se vide et les combattants ont hâte de boire un peu d’eau, certains enlèvent rapidement leur casque, d’autre préfèrent le garder pour la minute de pause et ne soulever que leur visière pour se rafraîchir et se désaltérer.

Je me tiens près de mon homme qui entrera à son tour au round suivant pour prendre la place d’un autre, je sais qu’il ne me voit plus, ne m’entend plus, il est connecté direct avec son équipe et toute cette puissante «aura» de testostérones. Il savoure peut-être les clameurs de la foule. Il ne tient plus en place, prend une gorgée d’eau et met son casque, je lui attache sa sangle sous le menton, c’est déjà un sauna là-dessous! Je me sens un p’tit peu coupable de fuir le soleil et de maudire « silencieusement » la chaleur, moi dans ma robe médiévale, lui sous 35 kilos de tissu et d’armure s’apprêtant à faire un sprint de cardio.

Des journalistes s’insèrent un peu tout le tour pour maximiser les belles prises de vue, ils détonnent tellement avec leur jeans et leurs lunettes fumées dans tout ce spectacle vivant sorti tout droit du Moyen âge, c’est la règle lors des tournois internationaux, combattants et accompagnateurs doivent en tout temps être costumés historiquement correct. J’avoue que pour le spectateur ça ajoute beaucoup d’allure à l’événement! Parfois des spectateurs réussissent à se glisser mais sont vite repérés justement à cause de leurs vêtements, ils sont alors reconduits dans les estrades.

Voilà qu’on annonce le deuxième round!

Même rituel de l’arbitre en chef, et puis «FIGHT!»

Ça joue dur, ça joue fort, encore tout cet acier qui crie sous les coups. Je surveille de près mon guerrier préféré et récite une mini prière silencieuse, pour la forme, pour qu’il donne plus qu’il n’encaisse et surtout qu’il ne se blesse pas. Une entorse, une commotion, une blessure au visage à cause d'un casque mal «padé», une fracture, ce sont des choses qui arrivent sporadiquement, comme au football ou au hockey. C’est juste que c’est toujours spectaculaire de voir un tank foncer avec sa hache et frapper de toutes ses forces sur un casque, ça l’est d’autant plus quand sous ce casque c’est quelqu’un qu’on aime très très fort.

Mais voilà que le Québec gagne aussi le deuxième round, donc la victoire totale!
               
Délire!
J’observe Benoit qui ne semble pas blessé, soulagement, fierté, plaisir partagé.

Je me délecte des rugissements de la foule, il en aurait été autrement si l’équipe adverse avait été celle du Portugal.

Les combattants des deux équipes vont se saluer, se prendre dans leurs bras, se féliciter et sortir afin de laisser les équipes suivantes prendre place à leur tour pour la suite des combats. Les Québécois qui se sont hâtés d’ôter leur casque, maintenant jubilent! Les Allemands sont des adversaires coriaces mais ce sont aussi des amis, et en moins de deux, les voilà qui fraternisent tous ensemble sous la grande tente, se gratifiant de leurs bons coups et partageant des trucs d’art martiaux. C’est un des aspects qui me laissent toujours sans voix mais qui me fait sourire aussi, cette fraternité qui semble n’avoir d’égale que dans la violence d’un sport aussi brutal. Comment peuvent-ils exprimer une telle décharge de violence sur quelqu’un, même si c’est dans le cadre sportif, et l’instant d’après être capable de rire autant avec lui?


Déjà, ils doivent se préparer pour affronter leurs seconds adversaires, les Mexicains et cette fois Ben est du premier round, Andrew sur son flan gauche. L’Ost est super efficace et gagne rapidement le premier round, puis le deuxième round, les gars sont gonflés à bloc! Ils sont en quart de finale, puisque la quatrième équipe du pool s'est désistée quelques jours avant le début du tournoi. Samedi, ils se battront à nouveau!



Peu après, Benoit découvre que sur l’image de présentation du streaming suivi par des milliers d’internautes, le logo de l’IMCF n’apparaît pas, il va rapidement rencontrer l’un des réalisateurs qui se tient à l’intérieur d’une tour pour lui rappeler que ça avait été envoyé et que ça aurait dû y être. C’est quand même important puisque c’est d’abord un tournoi IMCF. Le réalisateur s’obstine, arguant qu’il s’en fout du logo, que ce n’est guère important, il ne veut rien savoir, Benoit doit donc menacer d’arrêter le tournoi, en empoignant un paquet de fil tous branchés à la console et en menaçant de tout débrancher drette là avant que finalement le réalisateur accepte de mettre le logo. Quand il a accepté de faire partie du présidium, il savait d’emblée que ce serait beaucoup d’énergie et de travail, mais quand il prend une responsabilité, il la prend au sérieux.


La journée s’achève et nous décidons de souper tous ensemble en ville, au même restaurant ou nous avons rencontré les parents de Brendan et l’équipe décide de payer le lunch et la bière de Cloé pour sa médaille d’argent.