jeudi 20 juillet 2017

Portugal Tournoi Jour 2: La fois où tout va un peu de travers

L’alerte du cell, nous rappelle que même si on est en voyage au Portugal, dans un condo sur le bord de la mer, nous devons nous lever car nous avons une grosse journée devant nous et le meeting des capitaines et du présidium à 9:00 heures. Si on considère les douches à prendre, le stock à préparer pour la journée, la route à faire pour nous rendre et un petit déjeuner et surtout un deuxième café à prendre, on ne peut traîner au lit. Cette fois, Luc et Cloé, trop fatigués, restent au condo, Andrew reviendra un peu plus tard les chercher, c’est donc à trois que nous partons pour Montemor.

Notre priorité en arrivant, c’est de repérer un endroit où l’on peut trouver du café et proche de la maison où se tiennent les meetings, idéalement si on pouvait y trouver de la bouffe qui peut se consommer en marchant ce serait bien aussi. Sandwichs, pâtisseries, on n’est pas difficile! C’est tranquille dans les rues, mis à part un marchand qui ouvre tranquillement son dépanneur et une petite dame qui balaie le devant de sa porte, on est presque surpris quand une voiture passe lentement sur la rue que nous venons de traverser.

En tournant le coin, nous trouvons un petit café qui ouvre, Benoit un peu pressé, me laisse pour monter au meeting en me demandant de lui ramener un truc à manger. Deux dames nous accueillent, moi et Andrew, avec leur plus charmant sourire et des pâtisseries tout juste sorties du four. Évidemment, elles sont curieuses d’en savoir un peu plus sur nous, avec notre costume médiéval et notre français un peu étrange, ce n’est un secret pour personne que nous faisons partis du tournoi, mais n’empêche, elles veulent savoir d’où nous venons, et nous, quelques mots de portugais. Quand nous choisissons finalement une table pour manger et boire notre café, Julien se joint à nous, en tant que capitaine, il doit assister lui aussi au meeting dans environ une vingtaine de minutes. On mange tranquillement en sirotant notre café, puis Gauthier arrive lui aussi avec un autre Belge, Benoit, et discutons entre francophones, nous ne sommes pas trop dépaysés.

Une vingtaine de minutes plus tard, après avoir donné une pâtisserie à Andrew pour qu’il la donne à Ben, je laisse tout ce beau monde pour aller au campement un peu plus haut. Silvia me rejoint en chemin et nous allons nous asseoir avec notre café pour finir de nous réveiller. Les gens qui dorment sur place, émergent doucement de leur tente et s’activent un peu sachant que les visiteurs commenceront à arriver dans la prochaine heure. Les plus occupés sont ceux qui combattent ce matin à l’épée longue, dans l’équipe du Québec, nous avons Béné et Andrew.

Aujourd’hui ce n’est pas la grande forme pour moi, je manque d’énergie rapidement, c’est encore plus flagrant à côté de Benoit qui est un feu roulant, il est partout, sur tous les fronts en ce qui concerne l’organisation du tournoi. Ce matin après le meeting des capitaines, il a dû régler quelques petits problèmes et répondre à des questions tout au long du chemin qui le mène à la lice où Andrew l’attend, lui son coach. Comme pour Cloé hier, Benoit est là pour s’occuper de son co-équipier et ami.

Je manque de motivation à suivre les combats, je me promène entre l’aire de combats en suivant de loin, nos deux duellistes, et le coin de marchands. J’essaie de repérer, ce qu’on pourra manger un peu plus tard, pour moi c’est jamais compliqué, mais avec mon amoureux, qui oublie que son corps doit être nourri de temps en temps, même s’il y a une tonne de choses à faire, et son système digestif capricieux, ça demande de la planification. C’est moi qui s’en charge.

Il y a plusieurs petites échoppes, la plupart servent à boire ou à manger, même si c’est très appétissant, on ne peut se « nourrir » que de pâtisseries portugaises, je cherche quelque chose de plus consistant, plus protéiné. Les marchands, majoritairement Portugais, sont très chaleureux, avec Silvia à mes côtés, qui peut traduire au besoin, les discussions sont encore plus faciles. Jusqu’à maintenant, c’est la première fois que la population locale me semble aussi curieuse à notre contact, les gens sont-ils plus curieux que les Français d’Aigues-Mortes, que les Espagnols de Belmonte, que les Polonais de Malbork? Les Portugais sont-ils moins timides, moins réservés? C’est mon quatrième tournoi mondial mais c’est la première fois que je parle autant avec les locaux, que ce soit sur le terrain avec les marchands, avec les spectateurs ou au village lors de nos achats. Les gens démontrent une ouverture et une sympathie particulière pour les francophones. Je repère un kiosque qui semble pas mal populaire, et en m’approchant je comprends pourquoi : le monsieur fait des crêpes bretonnes et elles ont l’air délicieuses…et la garniture protéinée. Exactement ce dont j’ai besoin! Comme je vois les gens s’agglomérer rapidement en salivant autour, je me dis que vaut mieux acheter tout de suite deux belles crêpes car dans une heure il y aura une file interminable. Je passe donc ma commande avec l’aide de mon amie. C’est toujours un peu fascinant de regarder travailler la pâte avec une telle dextérité et en quelques minutes, je me retrouve avec notre dîner. Je m’empresse d’aller retrouver Benoit et lui offrir fièrement cette belle pitance qu’il avale goulument.

Il a terminé son travail de coach, Andrew ne s’est pas classé malheureusement, Béné de son côté s’en va en finale! On espère qu’elle remporte l’or cette année encore, les chances sont bonnes jusqu’à maintenant.


Cet après-midi, Benoit va aller s’installer à son tour sur la muraille pour commenter les combats avec Dale. Ils sont quatre à se partager ce travail, un travail qu’ils ont du plaisir à faire, avec Benoit, il y a notre ami irlandais Brendan, Dale, un Américain et Eli un Néo-Zélandais. Évidemment les commentaires sont en anglais et j’imagine la surprise des internautes d’entendre cette panoplie d’accents qui leur explique le spectacle qu’ils ont devant les yeux ou qui racontent des anecdotes, parfois avec beaucoup d’humour.



En allant aux toilettes, une jeune femme apparemment Européenne de l’est, qui avait remarqué à quel point je m’entichais de son bébé chien, me demande tout sourire si je veux le prendre dans mes bras pendant qu’elle va à la cabine. Oh là là! Le bonheur! Je profite avec plein de reconnaissance de ce moment de joie pure, même si la petite guerrière n’est pas de tout repos. Quand sa maîtresse sort, elle prend une photo de moi tenant sa chérubine et je lui dis de ne pas hésiter, je garderai son chien chaque fois qu’elle en aura besoin, elle me répond en riant qu’elle n’aura aucun mal à me trouver sur le terrain, vu ma couleur de cheveux. J’oublie tout le temps à quel point, ma chevelure m’empêche de passer inaperçu, Benoit dit souvent à la blague que je suis comme un phare quand il me cherche dans une foule.


Le soleil est disparu et le temps est soudainement à la pluie, je vais rejoindre les Québécois qui se tiennent la plupart du temps près des Français, des Belges ou des Américains qu’ils connaissent pour les avoir déjà rencontrés en tournoi au Québec ou aux États-Unis. Quand la pluie s’intensifie on se retrouve sous l’un des chapiteaux qui normalement sert aux combattants. Les combats continuent tout de même et je lève les yeux pour voir ce qu’il advient des commentateurs et constate que c’est un peu le branle-bas puisqu’ils n’ont pas de toit sur la tête et sont évidemment équipés d’appareils audio. À ma surprise, ils semblent continuer presque imperturbable, à « livrer la marchandise » se couvrant la tête du mieux qu’ils le peuvent. Mais à un certain moment donné, c’est la tempête et on doit interrompre momentanément les combats et les commentateurs. Le réalisateur fulmine de voir son matériel se faire malmener, mais il est bien obligé d’admettre qu’un abri aurait dû être prévu, ne serait-ce qu’un toit pour les commentateurs.


Deux heures après, les commentateurs reprennent leur place là-haut, et je suis juste à moitié étonnée de voir mon homme en sous-vêtement médiéval, parce qu’il risque d’être au sec plus rapidement, maintenant que la pluie a pratiquement cessé de tomber. Des vêtements de laine, ça imperméabilise jusqu’à un certain point, après, quand c’est complètement détrempé, ce qu’étaient devenus les vêtements de Ben, ça devient lourd et inconfortable. 


L’ascension de Béné se poursuit et c’est avec beaucoup d’enthousiasme que nous la suivons jusqu’à la médaille d’or qu’elle remporte avec brio. La deuxième médaille pour le Québec et sa deuxième médaille d’or en deux tournois, un score parfait. Tout naturellement nous nous retrouvons tous dans notre french ghetto où Luc et Cloé nous rejoignent en colère parce qu’ils ont passé la journée au condo à cause d’un malentendu, d’un manque de communication et d’un tata de l’équipe qui a abusé de la générosité du chauffeur (mandaté pour aller les chercher) à ses fins personnelles pour aller faire du tourisme sexuel.

Après avoir trinqué un peu avec nos amis belges et français, nous optons pour un souper au village, sur la grande place, en gang cette fois-ci. Il y a un seul restaurant à cet endroit du village et c’est là que l’on retrouve aussi quelques amis Américains dont Jay. La pauvre serveuse vient très très vite débordée entre les quelques clients réguliers et nous, qui sommes plus d’une vingtaine de personnes. Il m’apparaît évident qu’elle n’a pas souvent autant de clients en même temps, nous remplissons complètement la terrasse qui tient lieu de salle à diner. Le soleil se couche doucement pendant que nous commandons notre repas, certains ont déjà reçu le leur alors que d’autres, nous en l’occurrence, n’avons pas encore choisi. Quand nous avons finalement un verre de vin et que nous attendons notre repas, une partie des Québécois qui a terminé, veut remonter au campement puis au condo. On ne peut les suivre, même si entretemps j’ai reçu mon assiette, Benoit n’a rien reçu encore et il meurt de faim. Ça devient problématique, car Andrew parti je ne sais trop où, moi, Ben et Phil nous retrouvons sans voiture et tout le monde veut s’en aller. Finalement Régis et Christine nous proposent de revenir nous chercher après être allés reconduire une partie du groupe, l’autre suivant dans la voiture louée d’Igor.

Après s’être fait critiqué la veille parce que nous ne soupions pas avec le reste du groupe, on se dit que la solidarité c’est quelque chose qui fonctionne à sens unique ça a l’air. Bref, on n’a pas beaucoup le choix et on accepte l’offre de Régis. On espère bien que nous aurons reçu, d’ici son retour, le plat de Benoit, ce qui ne semble pas prêt d’arriver.

Au bout d’une éternité, nous redemandons pour une troisième fois ce qu’il advient de celui-ci, la serveuse semble presque sur le point de pleurer tellement elle est dépassée et finalement Benoit lui dit de laisser faire, il en marre d’attendre ça doit bien faire presque deux heures qu’il a commandé! Elle cherche par tous les moyens de sauver les meubles, mais je vois bien que ce sera peine perdue, nous payons nos verres et mon repas que j’ai partagé avec Benoit et nous partons avec Régis et Christine qui viennent d’arriver. Nous devons passer par le campement pour récupérer nos effets personnels avant. Ce que nous ignorions, c’était que la forteresse fermait pour la nuit et le gardien de sécurité ne veut absolument rien savoir de faire entrer personne, même un des principaux organisateurs de cet événement. Ce dernier est maintenant en colère en plus d’être affamé, d’être un peu ivre et peut-être aussi un peu déçu devant le peu de solidarité à son égard.

Nous retournons donc au stationnement en cherchant un endroit où nous pourrions trouver à manger, il n’y a rien au condo, et à cette heure tardive c’est presqu’impossible de trouver une épicerie ou même un restaurant d’ouvert dans ce village. Nous nous rabattons sur l’espoir de trouver un McDonald quelque part dans la ville voisine, Christine qui est toujours prête à aider son prochain, nous dit qu’elle est disposée à nous aider dans notre recherche et que nous retournerons au condo, quand les affamés auront mangé. Benoit redoute un peu les effets de cette bouffe qu’il digère de plus en plus difficilement, mais il a tellement faim.

Heureusement, comme partout ailleurs, nous repérons aisément ces arches dorées au bout d’une trentaine de minutes de route, nous passons donc rapidement une commande à l’auto et filons au condo où tout le monde est couché. Juste avant de sombrer dans notre sommeil, Benoit m’annonce qu’il n’aurait finalement pas dû manger cette cochonnerie, déjà il en subi les conséquences, la nuit va être pénible pour lui. Va falloir qu’on élimine les McDonalds sur notre route dorénavant.  

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