L’alerte du cell, nous rappelle que même
si on est en voyage au Portugal, dans un condo sur le bord de la mer, nous
devons nous lever car nous avons une grosse journée devant nous et le meeting
des capitaines et du présidium à 9:00 heures. Si on considère les douches à
prendre, le stock à préparer pour la journée, la route à faire pour nous rendre
et un petit déjeuner et surtout un deuxième café à prendre, on ne peut traîner
au lit. Cette fois, Luc et Cloé, trop fatigués, restent au condo, Andrew reviendra
un peu plus tard les chercher, c’est donc à trois que nous partons pour
Montemor.
Notre priorité en arrivant, c’est de
repérer un endroit où l’on peut trouver du café et proche de la maison où se
tiennent les meetings, idéalement si on pouvait y trouver de la bouffe qui peut
se consommer en marchant ce serait bien aussi. Sandwichs, pâtisseries, on n’est
pas difficile! C’est tranquille dans les rues, mis à part un marchand qui ouvre
tranquillement son dépanneur et une petite dame qui balaie le devant de sa
porte, on est presque surpris quand une voiture passe lentement sur la rue que
nous venons de traverser.
En tournant le coin, nous trouvons un
petit café qui ouvre, Benoit un peu pressé, me laisse pour monter au meeting en
me demandant de lui ramener un truc à manger. Deux dames nous accueillent, moi
et Andrew, avec leur plus charmant sourire et des pâtisseries tout juste
sorties du four. Évidemment, elles sont curieuses d’en savoir un peu plus sur
nous, avec notre costume médiéval et notre français un peu étrange, ce n’est un
secret pour personne que nous faisons partis du tournoi, mais n’empêche, elles
veulent savoir d’où nous venons, et nous, quelques mots de portugais. Quand
nous choisissons finalement une table pour manger et boire notre café, Julien
se joint à nous, en tant que capitaine, il doit assister lui aussi au meeting dans
environ une vingtaine de minutes. On mange tranquillement en sirotant notre
café, puis Gauthier arrive lui aussi avec un autre Belge, Benoit, et discutons
entre francophones, nous ne sommes pas trop dépaysés.
Une vingtaine de minutes plus tard, après avoir
donné une pâtisserie à Andrew pour qu’il la donne à Ben, je laisse tout ce beau
monde pour aller au campement un peu plus haut. Silvia me rejoint en chemin et
nous allons nous asseoir avec notre café pour finir de nous réveiller. Les gens
qui dorment sur place, émergent doucement de leur tente et s’activent un peu
sachant que les visiteurs commenceront à arriver dans la prochaine heure. Les
plus occupés sont ceux qui combattent ce matin à l’épée longue, dans l’équipe
du Québec, nous avons Béné et Andrew.
Aujourd’hui ce n’est pas la grande forme
pour moi, je manque d’énergie rapidement, c’est encore plus flagrant à côté de
Benoit qui est un feu roulant, il est partout, sur tous les fronts en ce qui
concerne l’organisation du tournoi. Ce matin après le meeting des capitaines,
il a dû régler quelques petits problèmes et répondre à des questions tout au
long du chemin qui le mène à la lice où Andrew l’attend, lui son coach. Comme
pour Cloé hier, Benoit est là pour s’occuper de son co-équipier et ami.
Je manque de motivation à suivre les
combats, je me promène entre l’aire de combats en suivant de loin, nos deux
duellistes, et le coin de marchands. J’essaie de repérer, ce qu’on pourra
manger un peu plus tard, pour moi c’est jamais compliqué, mais avec mon
amoureux, qui oublie que son corps doit être nourri de temps en temps, même
s’il y a une tonne de choses à faire, et son système digestif capricieux, ça
demande de la planification. C’est moi qui s’en charge.
Il y a plusieurs petites échoppes, la
plupart servent à boire ou à manger, même si c’est très appétissant, on ne peut
se « nourrir » que de pâtisseries portugaises, je cherche quelque chose de plus
consistant, plus protéiné. Les marchands, majoritairement Portugais, sont très
chaleureux, avec Silvia à mes côtés, qui peut traduire au besoin, les
discussions sont encore plus faciles. Jusqu’à maintenant, c’est la première
fois que la population locale me semble aussi curieuse à notre contact, les
gens sont-ils plus curieux que les Français d’Aigues-Mortes, que les Espagnols
de Belmonte, que les Polonais de Malbork? Les Portugais sont-ils moins timides,
moins réservés? C’est mon quatrième tournoi mondial mais c’est la première fois
que je parle autant avec les locaux, que ce soit sur le terrain avec les
marchands, avec les spectateurs ou au village lors de nos achats. Les gens
démontrent une ouverture et une sympathie particulière pour les francophones.
Je repère un kiosque qui semble pas mal populaire, et en m’approchant je
comprends pourquoi : le monsieur fait des crêpes bretonnes et elles ont
l’air délicieuses…et la garniture protéinée. Exactement ce dont j’ai besoin!
Comme je vois les gens s’agglomérer rapidement en salivant autour, je me dis
que vaut mieux acheter tout de suite deux belles crêpes car dans une heure il y
aura une file interminable. Je passe donc ma commande avec l’aide de mon amie.
C’est toujours un peu fascinant de regarder travailler la pâte avec une telle
dextérité et en quelques minutes, je me retrouve avec notre dîner. Je m’empresse
d’aller retrouver Benoit et lui offrir fièrement cette belle pitance qu’il
avale goulument.
Il a terminé son travail de coach, Andrew
ne s’est pas classé malheureusement, Béné de son côté s’en va en finale! On
espère qu’elle remporte l’or cette année encore, les chances sont bonnes
jusqu’à maintenant.
Cet après-midi, Benoit va aller
s’installer à son tour sur la muraille pour commenter les combats avec Dale.
Ils sont quatre à se partager ce travail, un travail qu’ils ont du plaisir à
faire, avec Benoit, il y a notre ami irlandais Brendan, Dale, un Américain et
Eli un Néo-Zélandais. Évidemment les commentaires sont en anglais et j’imagine
la surprise des internautes d’entendre cette panoplie d’accents qui leur
explique le spectacle qu’ils ont devant les yeux ou qui racontent des
anecdotes, parfois avec beaucoup d’humour.
Le soleil est disparu et le temps est
soudainement à la pluie, je vais rejoindre les Québécois qui se tiennent la
plupart du temps près des Français, des Belges ou des Américains qu’ils
connaissent pour les avoir déjà rencontrés en tournoi au Québec ou aux
États-Unis. Quand la pluie s’intensifie on se retrouve sous l’un des chapiteaux
qui normalement sert aux combattants. Les combats continuent tout de même et je
lève les yeux pour voir ce qu’il advient des commentateurs et constate que
c’est un peu le branle-bas puisqu’ils n’ont pas de toit sur la tête et sont
évidemment équipés d’appareils audio. À ma surprise, ils semblent continuer
presque imperturbable, à « livrer la marchandise » se couvrant la tête du mieux
qu’ils le peuvent. Mais à un certain moment donné, c’est la tempête et on doit
interrompre momentanément les combats et les commentateurs. Le réalisateur
fulmine de voir son matériel se faire malmener, mais il est bien obligé
d’admettre qu’un abri aurait dû être prévu, ne serait-ce qu’un toit pour les
commentateurs.
Deux heures après, les commentateurs
reprennent leur place là-haut, et je suis juste à moitié étonnée de voir mon
homme en sous-vêtement médiéval, parce qu’il risque d’être au sec plus
rapidement, maintenant que la pluie a pratiquement cessé de tomber. Des
vêtements de laine, ça imperméabilise jusqu’à un certain point, après, quand
c’est complètement détrempé, ce qu’étaient devenus les vêtements de Ben, ça
devient lourd et inconfortable.
Après avoir trinqué un peu avec nos amis
belges et français, nous optons pour un souper au village, sur la grande place,
en gang cette fois-ci. Il y a un seul restaurant à cet endroit du village et
c’est là que l’on retrouve aussi quelques amis Américains dont Jay. La pauvre
serveuse vient très très vite débordée entre les quelques clients réguliers et
nous, qui sommes plus d’une vingtaine de personnes. Il m’apparaît évident
qu’elle n’a pas souvent autant de clients en même temps, nous remplissons
complètement la terrasse qui tient lieu de salle à diner. Le soleil se couche
doucement pendant que nous commandons notre repas, certains ont déjà reçu le
leur alors que d’autres, nous en l’occurrence, n’avons pas encore choisi. Quand
nous avons finalement un verre de vin et que nous attendons notre repas, une
partie des Québécois qui a terminé, veut remonter au campement puis au condo. On
ne peut les suivre, même si entretemps j’ai reçu mon assiette, Benoit n’a rien
reçu encore et il meurt de faim. Ça devient problématique, car Andrew parti je
ne sais trop où, moi, Ben et Phil nous retrouvons sans voiture et tout le monde
veut s’en aller. Finalement Régis et Christine nous proposent de revenir nous
chercher après être allés reconduire une partie du groupe, l’autre suivant dans
la voiture louée d’Igor.
Après s’être fait critiqué la veille parce
que nous ne soupions pas avec le reste du groupe, on se dit que la solidarité
c’est quelque chose qui fonctionne à sens unique ça a l’air. Bref, on n’a pas
beaucoup le choix et on accepte l’offre de Régis. On espère bien que nous
aurons reçu, d’ici son retour, le plat de Benoit, ce qui ne semble pas prêt
d’arriver.
Au bout d’une éternité, nous redemandons
pour une troisième fois ce qu’il advient de celui-ci, la serveuse semble
presque sur le point de pleurer tellement elle est dépassée et finalement
Benoit lui dit de laisser faire, il en marre d’attendre ça doit bien faire
presque deux heures qu’il a commandé! Elle cherche par tous les moyens de
sauver les meubles, mais je vois bien que ce sera peine perdue, nous payons nos
verres et mon repas que j’ai partagé avec Benoit et nous partons avec Régis et
Christine qui viennent d’arriver. Nous devons passer par le campement pour
récupérer nos effets personnels avant. Ce que nous ignorions, c’était que la
forteresse fermait pour la nuit et le gardien de sécurité ne veut absolument
rien savoir de faire entrer personne, même un des principaux organisateurs de
cet événement. Ce dernier est maintenant en colère en plus d’être affamé,
d’être un peu ivre et peut-être aussi un peu déçu devant le peu de solidarité à
son égard.
Nous retournons donc au stationnement en
cherchant un endroit où nous pourrions trouver à manger, il n’y a rien au
condo, et à cette heure tardive c’est presqu’impossible de trouver une épicerie
ou même un restaurant d’ouvert dans ce village. Nous nous rabattons sur
l’espoir de trouver un McDonald quelque part dans la ville voisine, Christine
qui est toujours prête à aider son prochain, nous dit qu’elle est disposée à
nous aider dans notre recherche et que nous retournerons au condo, quand les
affamés auront mangé. Benoit redoute un peu les effets de cette bouffe qu’il
digère de plus en plus difficilement, mais il a tellement faim.
Heureusement, comme partout ailleurs, nous
repérons aisément ces arches dorées au bout d’une trentaine de minutes de
route, nous passons donc rapidement une commande à l’auto et filons au condo où
tout le monde est couché. Juste avant de sombrer dans notre sommeil, Benoit
m’annonce qu’il n’aurait finalement pas dû manger cette cochonnerie, déjà il en
subi les conséquences, la nuit va être pénible pour lui. Va falloir qu’on élimine les McDonalds sur notre route
dorénavant.




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