samedi 22 juillet 2017

Portugal Tournoi jour 3



Ce matin, Benoit n’ose pas manger, son système digestif refuse de lui pardonner le mcdo avalé cette nuit. Et comme l’employé sur place n’est vraiment pas rapide, il me laisse au petit restaurant sur la grande place pour monter au meeting en espérant qu’il y aura du café chez Nuno. En attendant d’être servie, je flâne un peu dans la pièce et je vois ici et là quelques Américains qui viennent de se lever, du moins ils ont l’air encore un peu endormi. Comme ils ont loué des chambres a quelques bâtiments de là, ce restaurant est un peu pour eux, une descente de lit. Jay a l’air toujours réveillé, comme Benoit il semble être du type lève-tôt et pro-actif, toujours prêt à l’action.


Je monte tranquillement la rue, je suis encore fatiguée, mais c’est une fatigue qui me colle à la peau depuis mon arrivée. Je manque vraiment d’énergie, je mets ça sur le compte de mes règles qui n’en finissent pas. Je bifurque au coin d’une rue pour aller prendre l’escalier roulant, en espérant que celui-ci a finalement été réparé, pas de chance! Il n’est toujours pas fonctionnel! Dépitée je prends le chemin des escaliers en pierre et je fais un petit arrêt à la maison du meeting. Silvia en sort justement, Nuno et Isabel l’hébergent car elle s’est retrouvée sans sac de couchage et sans gîte à la dernière minute. Quand elle me voit, elle prévient Benoit qui prend son café tranquillement à l’intérieur en discutant avec des capitaines d’équipe et des membres du présidium, le meeting n’est pas encore commencé. Il vient me retrouver, pour me faire un câlin et pour me présenter à certaines personnes. L’endroit est adorable, la maison se trouve dans les murs de la forteresse et juste au pas de la porte, il y a un petit coin charmant aménagé, avec un petit banc encadré de la végétation qui procure, avec l’ombre et la fraîcheur de la pierre, une petite oasis de paix. Je m’installe sur le petit banc avec plaisir et je savoure ce moment, dans la lumière du soleil levant en sirotant le café que Benoit vient de m’offrir.



Quand les derniers capitaines arrivent tout le monde s’engouffrent à l’intérieur, tandis que moi et Silvia on grimpe les dernières marches pour nous rendre au campement, prenant ici et là des photos du paysage environnant. Nous prenons notre temps, s’arrêtant en chemin aux petits kiosques qui servent déjà des petites douceurs ou pour discuter avec des connaissances au hasard de notre route. Tant et si bien que nous sommes rejointes par Ben et Andrew avant même d’être arrivées au campement. On apprend que notre duelliste masculin épée bouclier ne se battra peut-être pas, trop fatigué par ses activités touristiques de la veille. Tu parles !! Régis se propose de prendre sa place, il n’est vraiment pas préparé et son armure est plus ou moins en bon état, mais bon nous avons pris un engagement on essaie de le respecter. Si j’avais déjà une faible estime pour le tata en question, là ça dégringole encore plus. On se rappellera Malbork l’an dernier, il avait vendu du matériel inadéquat à Ben, heureusement, grâce au casque prêté par le Danois Jasper, il avait pu se battre.

Notre duelliste féminine en épée bouclier c’est Gabrielle, qui comme Cloé, en est à son premier tournoi mondial, va-t-elle comme ses consœurs remporter elle aussi une médaille? Les gars doivent aussi affronter l’équipe de l’Espagne en après-midi, on espère qu’ils performent aussi bien que jeudi. Se rendront-ils en quart de finale?

Profitant d’un moment de répit, moi et Ben, partons nous balader et pour être certain de ne pas nous faire intercepter nous nous sauvons dans la petite chapelle ouverte aux visiteurs mais plus ou moins achalandée. Elle est petite, on a donc fait le tour rapidement, mais malgré tout, comme tous ces lieux de cultes anciens, elle conserve cette atmosphère paisible où il fait bon se recueillir. On s’attarde sur la banderole de dessins d’enfants exposée pour l’événement et quand nous sortons, le soleil et la foule qui commence à grossir, nous surprend dans notre quiétude. Bon « the show must go on ! »





Les duels ont commencé au milieu de la lice, et nous longeons la muraille de l’entrée jusque derrière pour aller rejoindre les nôtres près du pavillon où se préparent nos combattants. Régis a commencé ses combats et Gabrielle finit de se préparer avec l’aide des filles de son équipe qui se battront justement demain. Christine qui, jusqu’à maintenant, a prêté des pièces d’armure à Cloé et son tabard tout neuf à Benoit qui avait oublié le sien jeudi, a prêté ses leggins à Gabrielle. Elle mériterait la médaille de la personne la plus généreuse de l’équipe ou du « couteau suisse vivant » tant elle a dépanné tout le monde, tout le temps! J’imagine qu’elle doit avoir hâte de porter enfin ses affaires…même si ce ne sera finalement pas elle qui les aura étrenné.

Ça n’est pas très long que Benoit se fait happer par quelqu’un, quand ce n’est pas comme commentateurs là-haut pour le streaming, c’est directement comme annonceur dans la lice, ou bien pour régler un quelconque problème. Cette fois c’est pour prendre la relève d’Hubert dans la lice. Je constate aussi qu’un toit en toile a été installé pour les commentateurs, je suis certaine que c’est bien apprécié à cause du soleil qui plombe actuellement.

Régis vient d’être éliminé, mais Gabrielle commence en force, j’ai l’impression qu’elle est bien capable d’aller chercher elle aussi une médaille. J’ai vraiment hâte de voir l’équipe évoluer sur le terrain, nos filles sont vraiment bonnes, elles sont solides sur leurs jambes et pas mal fonceuses, je suis certaine qu’elles vont donner du fil à retordre à leurs adversaires.

Je me promène un peu, il n’y a pas vraiment de place où m’asseoir, les estrades sont pleines et sous le pavillon, on laisse les bancs aux combattant(e)s. Et si je m’assis par terre, je ne verrai rien, donc je décide de bouger. Près d’un kiosque à bijoux je vois la jeune femme d’hier…sans son petit chien, zut! Quand elle voit mon regard désemparé elle devine pourquoi et rit, eh ben non elle ne l’a pas amené cette fois-ci, c’est trop une longue journée pour un petit chiot. Nous discutons en anglais quand arrive Eduardo, le capitaine de l’équipe portugaise, Sveta et l’Ukrainien qui l’accompagne sont ses amis. S’ensuit une discussion à quatre où nous baragouinons, Sveta, Eduardo et moi en anglais ou en français pour arriver à nous comprendre, et Sveta qui est d’origine russe traduit nos propos à son ami. C’est toujours comme ça à l’IMCF! C’est tellement divertissant, y aurait une étude à faire sur les échanges au sein de ces tournois.

Benoit apparaît comme par enchantement et se mêle un peu à notre discussion, puis au bout d’un moment nous poursuivons de notre côté vers les marchands de cuir, mon homme a besoin de cordons de cuir pour son armure. Pendant qu’il discute avec le marchand, j’en profite pour aller voir le chien étrange du marchand d’en face.  Il a des pattes beaucoup trop courtes pour sa tête et son corps, ce qui lui donne une drôle d’allure. Brave toutou!


On ne s’attarde pas trop, Benoit doit aller préparer son armure et moi je veux en profiter pour m’asseoir à l’ombre sur notre campement. Je sais qu’ont lieu les derniers combats féminins et que forcément Gabrielle y est, mais j’ai vraiment besoin de repos et je sais que mon absence passera inaperçue de toute façon, elle a beaucoup de monde autour d’elle. Benoit a du mal à trouver son stock tellement c’est le fouilli dans la tente, tout le monde a mis ses armures, sacs de costume, achats, outils, bout de cuir, gambisons, etc. Tout est pêle-mêle! C’est jamais une bonne idée d’utiliser une seule tente pour un aussi gros groupe.

Peu à peu les autres reviennent au campement, les Québécois sont excités car Gabrielle a remporté l’or! Rien de moins! Wow nos trois duellistes féminines ramènent chacune une médaille, les filles des autres équipes doivent être un peu nerveuses à l’idée d’affronter les Québécoises demain. Pour le moment, celles-ci ont le cœur à la fête, ça fait plaisir à voir.

Nos gars commencent à se préparer pendant qu’a lieu les combats de dix contre dix, certains enfilent une partie de leur armure et apportent le reste avec eux autour de la lice pour suivre les affrontements. D’autres prennent un peu plus leur temps, en profitent pour se reposer un peu, ou tout simplement vérifier tranquillement leurs pièces et s’assurer que tout l’équipement sera prêt en temps voulu. Je regarde mon chum aller, et comme toujours je le trouve un peu chaotique dans sa façon de se préparer et pourtant je sais que je dois le laisser faire, il a son rythme à lui et si j’essaie de l’aider, ça va le désorganiser dans sa marche à suivre et dans ces moments-là ça emmène parfois des moments de panique. Donc je ne m’en mêle pas, même si j’ai repéré une bonne partie du matériel qu’il pourrait avoir besoin, au cas où il ne s’y retrouverait plus.

Il n’a pas beaucoup mangé aujourd’hui, mais il préférait ne pas prendre de chance parce qu’il doit se battre, il redoute les effets de la nourriture sur lui, va vraiment falloir qu’on trouve le bobo à notre retour. Cependant nous en avons une vague idée, il a des symptômes très semblables à ceux des céliaques ou qui souffrent du côlon irritable. Va falloir y voir parce que là, c’est compliqué quand manger c’est comme jouer à la roulette russe.

Lorsque nous arrivons aux abords de la lice, la température est parfaite, le ciel est plutôt gris, il vente et même si de temps en temps on a quelques gouttes de pluie, c’est confortable pour les combattants. Hubert annonce le prochain combat, le Québec contre l’Espagne et les gars commencent à mettre leur casque et mitons, prennent leur arme et entrent dans la lice, Ben est dans le premier round. En face, à l’autre extrémité, les Espagnols les imitent. L’affrontement commence, Ben tombe en apportant un adversaire avec lui, Régis et Andrew d’un côté, Yan et Nick de l’autre, combattent sur les côtés, Nick finit dernier, en s’accrochant à la lice pour ne pas tomber, mais les arbitres viennent le décrocher, c’est interdit. L’Espagne gagne le premier round, je crois qu’on les a sous-estimés, ils sont forts.

Deuxième round, Phil, Igor et Jérémie remplacent Ben, Yan et Nick, Régis et Andrew sont du deuxième round. Phil dans le premier affrontement, perd son arme, il court en chercher une autre, car c’est la règle, nul ne peut poursuivre le combat sans arme. Pendant qu’il ramasse son arme tendue par un co-équipier, un Espagnol qui courrait derrière lui, profitant de ce moment de vulnérabilité, lui rentre violemment dedans. Il ne tombe pas immédiatement, mais chancelle suffisamment pour le déséquilibrer et donner la chance à son adversaire de le faire tomber facilement sur le sol. Andrew et Régis, en font tomber un, Jérémie et Igor sont enchevêtrés sur le bord de la lice avec trois adversaires et finissent par tomber avec leurs adversaires. Et en quelques secondes, Andrew et Régis contre le dernier qui finalement tombe sous les coups et la petite jambette finale de Régis.

Troisième round, Ben, Nick et Yan reviennent dans la lice pour remplacer Igor, Phil et Andrew. Régis se fait ramasser en commençant, Ben fonce dans son adversaire et tombe avec lui, Jérémie, Nick et Yan luttent en paquet contre le reste de l’équipe, Nick tombe, reste Jérémie et Yan qui tentent de ne pas tomber sous l’assaut des quatre Espagnols, mais quand Yan tombe à son tour avec l’un d’eux, les arbitres arrêtent le combat comme c’est la règle quand il y a plus de deux contre un. L’Espagne gagne et malheureusement le Québec est éliminé. C’était le dernier combat «officiel» de la journée

Le reste de notre équipe vient rejoindre les gars pour aller étreindre leurs adversaires, puis saluer la foule avant de sortir, Andrew est évidemment le dernier à revenir rejoindre son groupe, occupé qu’il est, à parler avec les Espagnols. Quand il revient il fait une grosse étreinte à Régis et Ben qui sont encore dans la lice à attendre que le combat de «All v/s all» auquel ils participent, commence. Dans les faits, c’est plus une vingtaine de gars contre une autre vingtaine. C’est le moment de pouvoir se battre avec des amis qui sont dans d’autres équipes, c’est du combat uniquement pour s’amuser sans prix ni récompense pour les gagnants. C’est du défoulement, mais c’est aussi plus difficile de suivre pour les spectateurs, j’imagine que ça doit l’être aussi pour les combattants à l’intérieur de la lice.

Benoit participe aux deux premiers rounds, de mon côté je préfère socialiser autour, je commence à avoir pas mal faim aussi. Quand Benoit a fini, on s’en va au campement, préférant laisser aux autres le spectacle de la cracheuse de feu qui clôt la journée. Considérant le temps que ça prendra d’ôter l’armure, se sécher un peu, se changer, tout ça en mémérant abondamment, et de se rendre au restaurant, aussi bien commencer tout de suite.



Pendant que mon homme entame ses prémisses (je me dis que ça va être tellement long!) je vais au petit café boutique juste à côté, sur la terrasse ils ont du Wi-Fi. En allant annoncer la défaite finale de notre équipe masculine sur mon facebook, je vois que Benoit a été identifié sur des photos, curieuse j’y jette un coup d’œil. Plusieurs de nos amis du tournoi qui sont au restaurant ont trouvé sa carte d’identité fournie à chacun pour le tournoi et qu’il avait perdu, elles ont juste le nom d’inscrit dessus. Donc plusieurs comiques se sont posés chacun leur tour avec la carte, en demandant « Is it him? » Quand je rejoins Benoit, nous concluons en riant que nous n’avons pas le choix d’aller les rejoindre. Par chance la faim qui tenaille Benoit est plus forte que son besoin de mémérer avec les autres autour, c’est pourquoi il se dépêche. Faut dire qu’il a hâte aussi de retrouver ses amis au restaurant, celui où nous sommes allés la veille du tournoi avec Hubert.

Une fois arrivés sur place avec la majorité de notre équipe, les Irlandais offrent à Benoit un drapeau de l’Irlande, et c’est avec émotion que Benoit leur demande de signer chacun leur tour, ainsi s’exécutent les deux Brendan, Killian, Jack, Maria, Anthony et Greg. Le restaurant est plein et très bruyant, demain c’est la dernière journée du tournoi et comme à chaque année, à mesure que les jours avancent, il y a de plus en plus de combattants qui ont été éliminés de la course, donc plus disposés à célébrer. 

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