Le retour à Montréal, le 2 mars sous la
neige avec un 20 degrés sous zéro a été presqu’un soulagement, nous sommes
définitivement des enfants de l’hiver et du Saint-Laurent, pour paraphraser
Alexandre Poulin. Et de toute manière, le froid est déjà moins mordant, le
printemps se manifeste de temps en temps. L’arrivée du printemps signifie pour
les combattants québécois la préparation pour le tournoi mondial, les achats de
nouvelles pièces d’équipements et de vêtements médiévaux, de réparations de
matériel et de motivation à s’entraîner davantage.
Le tournoi hivernal qui a lieu le 11 mars
à Trois-Rivières, est une occasion de se revoir tous; ceux et celles qui feront
partie de l’Ost cette année; ceux et celles qui pratiquent ce sport et qui
cherchent une occasion de se mesurer aux autres; et finalement ceux et celles
qui s’y intéressent de près ou de loin. Comme toujours, on accueille des
Américains et des Canadiens de l’Ontario, ceux qui se battent au tournoi
mondial compétiteur Battle of the nation. Depuis l’an dernier il y a aussi des
Canadiens du Yukon, ceux qui participent à notre tournoi mondial IMCF.
C’est un tournoi décorum où en principe
nous (les accompagnateurs et les combattants lorsqu’ils ne portent pas leur
armure) devons être costumés, ce qui est plus ou moins respecté. Je commence
sérieusement à me questionner sur la pertinence du costume obligatoire pour un
tournoi qui a lieu dans un gymnase avec de la musique rock ou techno crachée
dans les enceintes acoustiques. Je crois que la formule « médiévale » de ces
petits tournois, n’a jamais été gagnante, la vingtaine, au maximum, trentaine
de spectateurs chaque année est surtout composée de parents ou d’amis des
combattant(e)s ou de pratiquants du dimanche. À mon avis, le costume doit aller
avec le décorum, soit parce que c’est dans le cadre du tournoi mondial au
château où l’on nous demande d’être en quelque sorte, un divertissant
historique vivant ou bien dans le cadre d’un festival médiéval, voire les
Highland games. Comme je l’ai abordé dans mon ouvrage anthropologique à propos
de Bicolline, le costume est là pour la suspension
volontaire de l’incrédulité, en d’autres mots c’est un support pour aider à
rester dans l’enchantement de l’activité.
La magie médiévale n’opère pas pour ce
tournoi, les individus dans leur tunique, houppelande, cottehardie, etc. semblent
perdus dans ce décor qui n’a absolument rien à voir avec ce qu’ils portent.
Malheureusement, je pense que c’est un peu ces dissonances qui sont
ridiculisées parfois par les non-initiés aux activités qui tournent autour de
ce thème.
Je pense que le béhourd a besoin de sortir
de ce format dans lequel l’ont placé les reenacters.
Aujourd’hui, beaucoup revendiquent ce sport et le maintiennent dans ce carcan,
ce qui fait qu’il est souvent perçu comme du GN ou de la reconstitution
historique par le public. Ainsi, il perd de la visibilité auprès des amateurs
de sport de combats ou de sport d’équipe, du moins ceux qui se désintéressent
de la culture médiévale. Les petits tournois comme le nôtre gagneraient à se
présenter comme un tournoi sportif uniquement, en mettant de côté les costumes,
ne laissant qu’aux combattant(e)s, leur uniforme : armure et gambisonnage.
Je sais, en tant que costumière, je me
tire un peu dans le pied en prenant position contre le costume dans certains
tournois, après tout c’est mon gagne-pain actuellement. Mais c'est justement parce que je veux que mes robes, tuniques, houppelandes, braies et chausses
soient des vêtements portés dans un cadre historique et non pas qu'ils aient l'air d'abord de costumes d’halloween.
La journée a lieu sans heurt et sans grand
moment mémorable et comme l’an dernier, j’ai porté peu d’intérêt aux scores.
Benoit n’a fait qu’arbitrer et pour moi, ce tournoi est plus un moment de
rencontrer mes client(e)s. Un jour. peut-être, le tournoi hivernal au Québec
sera plus enlevant.
Toutefois, pour Benoit c’est encore une
petite victoire en tant que coach, car Christine lui a demandé son aide pour
son pro fight contre Béné. Même si au final c’est Béné qui gagne, Christine s’est
bien débrouillée parce que Benoit a réussi à lui faire briser certains
blocages. Encore une fois, il prouve qu’être un bon coach c’est d’abord amener
l’athlète à reconnaître ses forces et travailler avec. La victoire de Christine
c’est d’avoir su identifier ses peurs et travailler avec ses forces, et celle
de Benoit c’est contre les mauvaises langues.
Le mois de mars apporte une bonne
nouvelle, nous déménageons en juillet dans un grand cinq pièces! Je pourrai
avoir une pièce pour mon atelier, Benoit aura son bureau pour son travail IMCF
et son armure, ses armes et son stock d’entraînement. Les trois autres pièces
ne seront pas encombrées par notre travail, en tout cas on va faire tout notre
possible. Nous sommes super enthousiastes et conscients que, dès notre retour
du Danemark, on fait les boîtes.
On attend toujours des nouvelles de
l’Écosse, c’est long pour nos nerfs et Benoit aimerait pouvoir annoncer ce
tournoi lors de la cérémonie de clôture à Spottrup dans deux mois, d'ici là, il reste
tellement à faire. De mon côté j’ai plusieurs contrats depuis novembre, et les
mois de mars et avril sont surchargés de commandes pour le Danemark et pour
Bicolline, je donne un coup pour terminer quelques semaines avant notre départ,
j’aime bien me libérer du temps pour nos propres vêtements et pièces de
gambisons.
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| En train de faire une nouvelle paire de jambières à Ben |
![]() |
| Ben qui fait des ajustements |
Après une dernière tempête à la fin de
mois de mars, le printemps s’installe définitivement dès le début d’avril. Comme
Andrew a fini son mandat de deux ans en tant que capitaine de l’Ost, on doit
s’en voter un nouveau ou une nouvelle pour cette année seulement, car il a été
décidé que le mandat aurait maintenant une durée d’un an. Le capitaine sert
l’Ost durant le tournoi uniquement tout simplement parce que l’entité de cette
équipe n’existe que pour ce moment annuel. Il ou elle, a pour tâche d’assister
aux réunions à tous les matins, voter sur les décisions au nom de l’Ost,
transmettre les informations à son équipe et en gros, représenter les membres
de son équipe auprès des arbitres lors des combats. Les trois personnes
pressenties sont Andrew, de nouveau, Régis qui est représentant à l’international
depuis que Benoit est devenu vice-président de l’IMCF, Béné notre championne
médaillée d’or à l’épée longue depuis deux ans et Christine qui s’illustre par
son implication constante depuis un an. Cette dernière en a fait beaucoup
jusqu’à maintenant, autant d’un point de vue administratif, que pour aider les
autres. Sa bonne humeur est aussi contagieuse et personne n’a oublié sa
propension à prêter son matériel et à aider autrui au Portugal l’an dernier.
Andrew et Régis se désistant, le vote se
reporte sur Béné ou Christine, le CA me demande si je peux m’occuper de
récolter les votes secrets, parce que je suis dans une position de neutralité
de non votante et même de non membre de la fédé. Chaque combattant et
combattante qui fera partie de l’Ost, m’envoient leur vote par courriel et le
dimanche venu, le choix est reporté sur Christine. Celle-ci est un peu nerveuse
devant la tâche qui lui est incombée mais Andrew, Régis et Benoit lui assurent leur
soutien si elle a besoin d’aide. Bien sûr, Benoit sera probablement débordé une
fois là-bas, mais il assure qu’il ne sera jamais loin si elle a des questions
ou inquiétudes.
Comme nous avons de nouveaux membres dans
l’Ost, ils ont besoin de tabards, j’offre comme l’an dernier, mon aide et ma
surjetteuse et Christine accepte que sa maison serve d’atelier. Nous sommes
moins nombreux que l’an dernier, c’est un peu plus calme, mais ça demeure
agréable comme activité de groupe, ça aide à maintenir une certaine cohésion au
sein de l’Ost. Néanmoins, nous savons moi et Ben, qu’une fois là-bas nous
serons peu disponibles pour être avec le groupe, spécialement lui qui sera fort occupé par les
nombreuses tâches reliées à l’organisation en dehors de ses combats avec l’équipe.
Une amie a dit un jour de moi que j’étais
son amie « électron libre », je dois admettre qu’elle m’a bien cerné. J’aime
faire des activités en groupe, mais en tournoi je préfère aller où bon me
semble. Je préfère parfois me retrouver seule avec moi-même dans une foule, que
de me sentir obligée de suivre un groupe. C’est peut-être parce que je n’aime
pas beaucoup les conventions sociales, et je déteste avoir à me justifier
envers un groupe. La seule obligation que je m’imposerai lors de ce tournoi, c’est
de veiller à nourrir mon homme, sinon, lui ne le fera pas et à l’aider s’il a
besoin de moi. Le reste du temps j’irai où mon instinct me mènera et serai
ainsi toujours disponible à l’observation autour de moi. Oui je sais, je peux
paraître égoïste, mais je m’assume et je ne garde pas rancune envers ceux ou
celles que je suivrais si je n’étais pas moi, pour faire partie de la gang.
D’un autre côté je ne m’ennuie jamais avec
Ben, puisque nos intérêts sont très similaires, ce n’est jamais l’un qui suit l’autre,
mais une aventure qu’on vit ensemble. Et bien que nous adorions aller à la
rencontre de l’Autre en terre étrangère nous nous accordons la liberté de voyager
« ensemble en solitaire ». Ce que nous avons fait d’ailleurs au début avril, en
allant passer quelques jours à Paris pour le plaisir de nous balader à pied autour
de la Seine et de luncher dans un petit café parisien. Pour nous, ça représente
à peu près le même prix que d’aller passer une fin de semaine à Charlevoix dans
un Bed&Breakfast.
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| Coucou c'est nous!! Au Louvre |






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