mercredi 7 février 2018

Férié à Buenos Aires





Avant de partir en voyage, la semaine précédent notre départ, nous avions prévu de : 1, d’arriver avec un jour d’avance pour visiter un peu Buenos Aires; 2, dormir une bonne nuit à l’hôtel avant de partir le lendemain soir à Embalse; 3, au retour de profiter de notre mardi pour continuer notre visite à Buenos Aires; 4, de suivre un mini cours de Tango comme il s’en donne parfois dans les rues; 5, de dormir une autre bonne nuit dans un Airbnb, et repartir le mercredi. Nous avions convenu que nous en trouverions un en naviguant sur Internet lors de notre séjour à Embalse. Comme nous l’avons vu précédemment, notre plan 1 et 2 sont tombés à l’eau à cause de la foutue tempête de neige à Toronto, nous verrons bien pour le reste. Notre séjour à Buenos Aires est escamoté de moitié, il n’était déjà pas très gros.

La veille, Caitlin nous a trouvé un petit appartement sur Airbnb, en plein cœur de la ville, nous y logerons tous les quatre, Steve a déjà loué une chambre d’hôtel depuis longtemps. Nous nous donnerons rendez-vous pour passer cette dernière journée ensemble, nous n’avons pas décidé encore ce que nous ferons, mais moi et Benoit avons bien l’intention de voir le cœur de la ville du tango.

Nous arrivons vers 9:00 et je devine à travers les vitres fumées, le soleil déjà brûlant et j’imagine l’humidité de la ville. L’autobus se stationne et ouvre ses portes, l’air chaud s’engouffre, lutte un instant avec l’air ambiant soufflé par la climatisation, je me résigne à sortir. Je n’irais pas jusqu’à dire que je fantasme en ce moment sur notre froid québécois de février, mais certainement sur la neige. Bon je finirai bien par m’adapter au courant de la journée, ouains, en tout cas…

Nous faisons nos adieux à nos nouveaux ami(e)s et entrons dans un Star Buck juste à côté parce qu’on a besoin de caféine et qu’on veut du WI-FI pour trouver comment nous rendre à notre appartement loué. N’oublions pas que nous sommes encore chargés comme des mulets, on empile tout notre stock qui fait figure de montagne à côté de notre table, nous doutons fort de pouvoir monter tous dans le même taxi. Après notre café et notre « pof » d’air clim, nous sortons dans l’espoir de trouver un véhicule… ou deux, après que Steve ait pris lui-même un taxi pour son hôtel. Il viendra nous rejoindre après avoir déposé sa valise. Finalement, c’est deux taxis qui viennent rapidement à notre rescousse, disons que nous sommes visibles comme le nez au milieu du visage avec notre tas de bagages au milieu du trottoir. Notre monsieur super gentil ignorait certainement le poids des sacs avant d'entreprendre de les mettre lui-même dans son véhicule. C’est toujours drôle de lire la surprise dans les yeux des chauffeurs de taxi quand ils soulèvent les sacs d'armure. On  leur explique bien sûr et c'est une bonne occasion de faire connaître cette activité, c'est aussi un super sujet de conversation pour meubler les silences durant le trajet.

Nous roulons une quinzaine de minutes, le quartier que nous traversons me rappelle un peu St-Henri à Montréal avant qu’il ne devienne à la mode, c’est un quartier ouvrier, chargé d’histoire et où l’on détecte ici et là pas mal de pauvreté. Je reste sans voix à la vue d’une petite famille qui semble vivre carrément en plein air dans la rue, sous un pont contre lequel est installé un vieux divan, où s’entassent une partie du groupe. La mère (j’imagine que c’est elle) étend des vêtements sur une corde entre deux arbres pour les faire sécher, pendant que deux jeunes enfants, pieds nus, tournent autour. J’ai toujours trouvé que la pauvreté en ville semblait pire que la pauvreté en milieu rural, même si la pauvreté c'est triste partout.

Puis nous passons dans un quartier qui me rappelle le Plateau Mont-Royal, celui des artistes avant qu’il soit embourgeoisé. C’est ici que nous logeons. Après être descendus de voiture, sorti nos valises et payé respectivement les deux chauffeurs, nous frappons à la porte, pas de réponse, sauf une grosse tête de berger allemand qui apparaît à une fenêtre ouverte. Non seulement, il n’est pas du tout menaçant (je crois depuis toujours que les gros chiens sont les moins dangereux) mais en plus, il a l’air content de recevoir de la visite.



Nous sonnons et frappons à la porte, convaincus que le chien se mettra à aboyer et alertera sa maîtresse, non, il nous regarde tout bonnement et semble attendre d’être caressé, ce que je m’empresse de faire. Caitlin envisage de contacter la propriétaire, nous scrutons un peu autour pour trouver un endroit offrant du WI-FI. Nous bloquons tout le trottoir. Un moment je regarde à l’intérieur et je crois voir deux personnes debout au fond de la maison en train de parler, ils ne peuvent pas, ne pas nous entendre. Ça doit bien faire une quinzaine de minutes que nous poirotons devant sa porte, jusqu’à ce qu’elle se décide de venir ouvrir pour laisser sortir son invitée et nous laisser entrer, sans donner aucune explication. Faut dire qu’elle ne parle pratiquement ni anglais ni français, et nous ne parlons pas espagnol, donc, on se limite à l’essentiel. Évidemment le chien vient nous accueillir, j’imagine qu’il n’est pas très jeune, le manque d’excitation le trahit, mais bon ça doit être difficile d’être fringant et pétillant dans une telle chaleur.


L’annonce disait que l’endroit était climatisé pourtant, je commence sérieusement à mettre en doute l’efficacité des climatiseurs en Argentine. L’endroit est tout de même plus confortable qu'à l’extérieur, mais c’est surtout parce que c’est bien aéré et que la terrasse derrière est complètement recouverte de végétaux. C’est tout simplement magnifique comme petite maison urbaine, je n’ai pas assez de yeux pour me délecter de ce qui me semble, un véritable musée privé.












Nous faisons le tour et choisissons chacun notre chambre, il y en a quatre, Ben et moi choisissons celle du haut, Ben a repéré un air climatisé à l’intérieur. La dame nous explique que ses appartements privés sont juste dans l’autre moitié de la maison, un salon double comme on en retrouve dans les vieux appartements à Montréal. Par la porte entrouverte, je découvre un grand piano à queue et encore plein de toiles sur les murs, tout est tellement beau! Un appartement d’artiste!

Nous nous dépêchons de nous changer et de nous installer, Caitlin tente de rejoindre Steve via Facebook, c’est sûr qu’il a du WI-FI à son hôtel. Sans succès, il n’est pas en ligne et ne l’a pas été depuis la veille, pourtant il doit être arrivé depuis un bout de temps déjà. Nous décidons de sortir pour aller manger nous n’avons pas encore pris de véritable repas depuis la veille, sûrement que nous réussirons à le joindre d’ici là. Ce que nous n’avions pas encore réalisé, c’est qu’hier et aujourd’hui sont des journées fériées, jours de carnaval! Nous le savions pourtant, mais nous l’avons oublié durant le tournoi. Tout est fermé ou presque! C’est désert, presque aucun piéton, une circulation automobile très fluide, et tous les commerces que nous croisons sont fermés puis au coin de la rue…STEVE! Un Steve suant à grosses gouttes, trainant sa valise et qui pleure quasiment de bonheur quand il nous aperçoit. Le chauffeur de taxi s’est trompé et ne l’a pas conduit au bon endroit et Steve s’est retrouvé seul au monde, sans hôtel autour, sans WI-FI, sans savoir où nous étions exactement. Il a déambulé une grosse heure avec un sentiment de panique, sous le soleil, par chance, c’est tellement désert, qu’il nous a repéré vite! Nous lui offrons de venir au Airbnb, il y a déjà une chambre de libre pour lui.

Sur notre retour, nous repérons une petite épicerie, nous décidons de nous y arrêter pour trouver de quoi manger et boire. Nous ramassons ce que nous pouvons pour un petit gueuleton en groupe que nous prendrons sur la terrasse. Nous espérons trouver un restaurant ouvert ce soir, nous ne savons pas ce qui est fermé parce que c’est férié ou juste parce que c’est l’après-midi et que c’est la siesta d’une certaine manière. Pour avoir été en Espagne, au Mexique, au Portugal et maintenant en Argentine, nous commençons à comprendre qu'en après-midi, au plus fort de la chaleur, on s’arrête ou du moins on ralentit le rythme. En fait c’est tout le contraire de chez-nous où c’est le moment le plus achalandé dans les magasins, les ventes trottoirs ou les activités à l’extérieur. C’est une réalité propre aux pays nordiques et tempérés je crois.

Notre hôte n’a aucun problème à accepter un logeur supplémentaire et l’invite à s’installer dans la dernière chambre pendant que nous préparons notre repas. La terrasse nous appelle, c’est une véritable oasis en ce jour de canicule, nous laissons définitivement tomber l’idée d’aller nous promener en ville, du moins jusqu’au souper.




En fin d’après-midi, Martina communique avec nous pour savoir si nous aimerions aller manger dans un bon restaurant avec elle ainsi que Carolina et Hugo. BIEN SÛR !! On se donne rendez-vous, c’est à une quinzaine de minutes à pied, en attendant nous prenons l’apéro, « tranquilos », pendant qu’à tour de rôle on va se rafraîchir sous la douche. La propriétaire vient nous demander si ça nous dérange si elle joue du piano dans la pièce d’à côté, car voyez-vous, c’est une pianiste de concert et elle en a justement un spectacle la semaine prochaine, elle doit pratiquer.





En chemin pour le restaurant, nous constatons que la ville semble s’éveiller un peu à mesure que la nuit tombe. L’air est encore chaud et humide, mais le soleil en moins, c’est plus confortable. Nous retrouvons avec bonheur nos ami(e)s, au coin de la rue à deux minutes de notre restaurant. L’endroit est tout ouvert et l’on y sert des grillades, ça m’a l’air d’un bon resto avec des prix un peu plus chers que ce que nous avions envisagé (nous sommes toujours un peu cassés en fin de voyage) mais tout de même raisonnables. La soirée est fort agréable, la bouffe est délicieuse, le vin est bon, les conversations autour de la table sont enrichissantes, tous nos nouveaux ami(e)s vont nous manquer : Martina, Carolina, Mariano, Verona, Chito, Hugo, Mariana, Maite, Milca, Roberto, Augusta et tous les autres que j’oublie malheureusement parce que je les ai moins côtoyés. Les discussions à propos d’anthropologie et d’histoire de l’Argentine avec Hugo, m’ont complètement allumées, nous allons devoir y revenir, absolument. Lui et Mariana, sa copine, nous invitent à venir les visiter avec plaisir, ils pourront nous montrer du pays. Nous avons hâte aussi de goûter l’hydromel aux piments qu’il nous a offert, un alcool venant de sa nouvelle entreprise.


Comme toute bonne chose a une fin, nous nous quittons avec des promesses d’au revoir et nous retournons prendre un dernier verre sur notre terrasse d’une nuit, avant d’aller dormir. 


Une fois là-haut dans notre « chambre-fournaise », Benoit s’empresse de faire fonctionner le vieil air climatisé pour que nous puissions dormir. Étendus tous les deux sur le dos, petit doigt contre petit doigt, en attendant désespérément un tout petit peu de fraîcheur, nous sombrons dans le sommeil. Nous sommes réveillés au milieu de la nuit par les bruits de la rue sous notre fenêtre et d’eau qui coule…Y a une flaque d’eau par terre, sous le climatiseur, on met rapidement nos serviettes de douche pour ramasser le dégât, éteindre l’appareil et se recoucher. Finalement, je n’aurai pas passé ma journée à visiter Buenos Aires, ni n’aurai fait du tango, et ma nuit confortable est pas mal…à l’eau! Tout de même je ne regrette rien, comme toujours, nous revenons enchantés de ce voyage éclair, parce qu’une fois de plus nous avons fait des belles rencontres dans le cadre de notre passion commune : l’univers du béhourd. Oui la planète regorge de lieux magnifiques et insolites, d’endroits à découvrir, différents de chez-nous, mais notre principale motivation lorsque nous « couraillons » à travers le monde, c’est d’aller à la rencontre de l’Autre, c’est je crois, la meilleure façon de voyager.

La fenêtre de notre chambre, aucune vitre, que des volets extérieurs.

Trois petites madames péruviennes ou chiliennes à l'aéroport. 




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