Avant de partir en voyage, la semaine
précédent notre départ, nous avions prévu de : 1, d’arriver avec un jour
d’avance pour visiter un peu Buenos Aires; 2, dormir une bonne nuit à
l’hôtel avant de partir le lendemain soir à Embalse; 3, au retour de profiter de notre mardi pour continuer notre visite à Buenos Aires; 4, de suivre un mini
cours de Tango comme il s’en donne parfois dans les rues; 5, de dormir une
autre bonne nuit dans un Airbnb, et repartir le mercredi. Nous avions convenu que
nous en trouverions un en naviguant sur Internet lors de notre séjour à
Embalse. Comme nous l’avons vu précédemment, notre plan 1 et 2 sont tombés à
l’eau à cause de la foutue tempête de neige à Toronto, nous verrons bien pour
le reste. Notre séjour à Buenos Aires est escamoté de moitié, il n’était déjà
pas très gros.
La veille, Caitlin nous a trouvé un petit
appartement sur Airbnb, en plein cœur de la ville, nous y logerons tous les
quatre, Steve a déjà loué une chambre d’hôtel depuis longtemps. Nous nous
donnerons rendez-vous pour passer cette dernière journée ensemble, nous n’avons
pas décidé encore ce que nous ferons, mais moi et Benoit avons bien l’intention
de voir le cœur de la ville du tango.
Nous arrivons vers 9:00 et je devine à
travers les vitres fumées, le soleil déjà brûlant et j’imagine l’humidité de la
ville. L’autobus se stationne et ouvre ses portes, l’air chaud s’engouffre,
lutte un instant avec l’air ambiant soufflé par la climatisation, je me résigne
à sortir. Je n’irais pas jusqu’à dire que je fantasme en ce moment sur notre
froid québécois de février, mais certainement sur la neige. Bon je finirai bien
par m’adapter au courant de la journée, ouains, en tout cas…
Nous faisons nos adieux à nos nouveaux
ami(e)s et entrons dans un Star Buck juste à côté parce qu’on a besoin de
caféine et qu’on veut du WI-FI pour trouver comment nous rendre à notre
appartement loué. N’oublions pas que nous sommes encore chargés comme des
mulets, on empile tout notre stock qui fait figure de montagne à côté de notre
table, nous doutons fort de pouvoir monter tous dans le même taxi. Après notre
café et notre « pof » d’air clim, nous sortons dans l’espoir de trouver un
véhicule… ou deux, après que Steve ait pris lui-même un taxi pour son hôtel. Il
viendra nous rejoindre après avoir déposé sa valise. Finalement, c’est deux
taxis qui viennent rapidement à notre rescousse, disons que nous sommes
visibles comme le nez au milieu du visage avec notre tas de bagages au milieu
du trottoir. Notre monsieur super gentil ignorait certainement le poids des
sacs avant d'entreprendre de les mettre lui-même dans son véhicule. C’est toujours
drôle de lire la surprise dans les yeux des chauffeurs de taxi quand ils soulèvent les sacs d'armure. On leur
explique bien sûr et c'est une bonne occasion de faire connaître cette
activité, c'est aussi un super sujet de conversation pour meubler les silences
durant le trajet.
Nous roulons une quinzaine de minutes, le
quartier que nous traversons me rappelle un peu St-Henri à Montréal avant qu’il
ne devienne à la mode, c’est un quartier ouvrier, chargé d’histoire et où l’on
détecte ici et là pas mal de pauvreté. Je reste sans voix à la vue d’une petite
famille qui semble vivre carrément en plein air dans la rue, sous un pont
contre lequel est installé un vieux divan, où s’entassent une partie du groupe.
La mère (j’imagine que c’est elle) étend des vêtements sur une corde entre deux arbres pour les faire sécher, pendant que deux jeunes enfants, pieds nus, tournent autour. J’ai toujours trouvé que la pauvreté en ville semblait pire que
la pauvreté en milieu rural, même si la pauvreté c'est triste partout.
Puis nous passons dans un quartier qui me
rappelle le Plateau Mont-Royal, celui des artistes avant qu’il soit
embourgeoisé. C’est ici que nous logeons. Après être descendus de voiture,
sorti nos valises et payé respectivement les deux chauffeurs, nous frappons à
la porte, pas de réponse, sauf une grosse tête de berger allemand qui apparaît
à une fenêtre ouverte. Non seulement, il n’est pas du tout menaçant (je crois depuis
toujours que les gros chiens sont les moins dangereux) mais en plus, il a l’air
content de recevoir de la visite.
Nous sonnons et frappons à la porte,
convaincus que le chien se mettra à aboyer et alertera sa maîtresse, non, il
nous regarde tout bonnement et semble attendre d’être caressé, ce que je
m’empresse de faire. Caitlin envisage de contacter la propriétaire, nous
scrutons un peu autour pour trouver un endroit offrant du WI-FI. Nous bloquons
tout le trottoir. Un moment je regarde à l’intérieur et je crois voir deux
personnes debout au fond de la maison en train de parler, ils ne peuvent pas, ne pas
nous entendre. Ça doit bien faire une quinzaine de minutes que nous poirotons
devant sa porte, jusqu’à ce qu’elle se décide de venir ouvrir pour laisser
sortir son invitée et nous laisser entrer, sans donner aucune explication. Faut
dire qu’elle ne parle pratiquement ni anglais ni français, et nous ne parlons
pas espagnol, donc, on se limite à l’essentiel. Évidemment le chien vient nous
accueillir, j’imagine qu’il n’est pas très jeune, le manque d’excitation le
trahit, mais bon ça doit être difficile d’être fringant et
pétillant dans une telle chaleur.
L’annonce disait que l’endroit était
climatisé pourtant, je commence sérieusement à mettre en doute l’efficacité des
climatiseurs en Argentine. L’endroit est tout de même plus confortable qu'à l’extérieur, mais c’est surtout parce que c’est bien aéré et que la terrasse
derrière est complètement recouverte de végétaux. C’est tout simplement
magnifique comme petite maison urbaine, je n’ai pas assez de yeux pour me
délecter de ce qui me semble, un véritable musée privé.
Nous faisons le tour et choisissons chacun
notre chambre, il y en a quatre, Ben et moi choisissons celle du haut, Ben a
repéré un air climatisé à l’intérieur. La dame nous explique que ses
appartements privés sont juste dans l’autre moitié de la maison, un salon
double comme on en retrouve dans les vieux appartements à Montréal. Par la
porte entrouverte, je découvre un grand piano à queue et encore plein de toiles
sur les murs, tout est tellement beau! Un appartement d’artiste!
Nous nous dépêchons de nous changer et de
nous installer, Caitlin tente de rejoindre Steve via Facebook, c’est sûr qu’il
a du WI-FI à son hôtel. Sans succès, il n’est pas en ligne et ne l’a pas été
depuis la veille, pourtant il doit être arrivé depuis un bout de temps déjà.
Nous décidons de sortir pour aller manger nous n’avons pas encore pris de
véritable repas depuis la veille, sûrement que nous réussirons à le joindre
d’ici là. Ce que nous n’avions pas encore réalisé, c’est qu’hier et aujourd’hui sont des journées fériées, jours de carnaval! Nous le
savions pourtant, mais nous l’avons oublié durant le tournoi. Tout est fermé ou presque! C’est désert,
presque aucun piéton, une circulation automobile très fluide, et tous
les commerces que nous croisons sont fermés puis au coin de la rue…STEVE! Un
Steve suant à grosses gouttes, trainant sa valise et qui pleure quasiment de
bonheur quand il nous aperçoit. Le chauffeur de taxi s’est trompé et ne l’a pas
conduit au bon endroit et Steve s’est retrouvé seul au monde, sans hôtel autour,
sans WI-FI, sans savoir où nous étions exactement. Il a déambulé une grosse
heure avec un sentiment de panique, sous le soleil, par chance, c’est tellement
désert, qu’il nous a repéré vite! Nous lui offrons de venir au Airbnb, il y a
déjà une chambre de libre pour lui.
Sur notre retour, nous repérons une petite
épicerie, nous décidons de nous y arrêter pour trouver de quoi manger et boire.
Nous ramassons ce que nous pouvons pour un petit gueuleton en groupe que nous
prendrons sur la terrasse. Nous espérons trouver un restaurant ouvert ce soir,
nous ne savons pas ce qui est fermé parce que c’est férié ou juste parce que c’est l’après-midi et que c’est la siesta d’une certaine manière.
Pour avoir été en Espagne, au Mexique, au Portugal et maintenant en Argentine,
nous commençons à comprendre qu'en après-midi, au plus fort de la chaleur, on s’arrête
ou du moins on ralentit le rythme. En fait c’est tout le contraire de chez-nous
où c’est le moment le plus achalandé dans les magasins, les ventes trottoirs ou
les activités à l’extérieur. C’est une réalité propre aux pays nordiques et tempérés
je crois.
Notre hôte n’a aucun problème à accepter un
logeur supplémentaire et l’invite à s’installer dans la dernière chambre pendant
que nous préparons notre repas. La terrasse nous appelle, c’est une véritable
oasis en ce jour de canicule, nous laissons définitivement tomber l’idée d’aller
nous promener en ville, du moins jusqu’au souper.
En fin d’après-midi, Martina communique avec
nous pour savoir si nous aimerions aller manger dans un bon restaurant avec elle ainsi que Carolina et Hugo. BIEN SÛR !! On se donne rendez-vous, c’est à une quinzaine de
minutes à pied, en attendant nous prenons l’apéro, « tranquilos », pendant qu’à tour
de rôle on va se rafraîchir sous la douche. La propriétaire vient nous demander si ça nous dérange
si elle joue du piano dans la pièce d’à côté, car voyez-vous, c’est une pianiste
de concert et elle en a justement un spectacle la semaine prochaine, elle doit pratiquer.
En chemin pour le restaurant, nous
constatons que la ville semble s’éveiller un peu à mesure que la nuit tombe.
L’air est encore chaud et humide, mais le soleil en moins, c’est plus
confortable. Nous retrouvons avec bonheur nos ami(e)s, au coin de la rue à deux
minutes de notre restaurant. L’endroit est tout ouvert et l’on y sert des
grillades, ça m’a l’air d’un bon resto avec des prix un peu plus chers que ce
que nous avions envisagé (nous sommes toujours un peu cassés en fin de voyage)
mais tout de même raisonnables. La soirée est fort agréable, la bouffe est
délicieuse, le vin est bon, les conversations autour de la table sont enrichissantes,
tous nos nouveaux ami(e)s vont nous manquer : Martina, Carolina, Mariano, Verona,
Chito, Hugo, Mariana, Maite, Milca, Roberto, Augusta et tous les autres que
j’oublie malheureusement parce que je les ai moins côtoyés. Les discussions à
propos d’anthropologie et d’histoire de l’Argentine avec Hugo, m’ont
complètement allumées, nous allons devoir y revenir, absolument. Lui et
Mariana, sa copine, nous invitent à venir les visiter avec plaisir, ils
pourront nous montrer du pays. Nous avons hâte aussi de goûter l’hydromel aux
piments qu’il nous a offert, un alcool venant de sa nouvelle entreprise.
Comme toute bonne chose a une fin, nous
nous quittons avec des promesses d’au revoir et nous retournons prendre un
dernier verre sur notre terrasse d’une nuit, avant d’aller dormir.
Une fois là-haut dans notre « chambre-fournaise
», Benoit s’empresse de faire fonctionner le vieil air climatisé pour que nous
puissions dormir. Étendus tous les deux sur le dos, petit doigt contre petit
doigt, en attendant désespérément un tout petit peu de fraîcheur, nous sombrons
dans le sommeil. Nous sommes réveillés au milieu de la nuit par les bruits de
la rue sous notre fenêtre et d’eau qui coule…Y a une flaque d’eau par terre,
sous le climatiseur, on met rapidement nos serviettes de douche pour ramasser
le dégât, éteindre l’appareil et se recoucher. Finalement, je n’aurai pas passé
ma journée à visiter Buenos Aires, ni n’aurai fait du tango, et ma nuit
confortable est pas mal…à l’eau! Tout de même je ne regrette rien, comme
toujours, nous revenons enchantés de ce voyage éclair, parce qu’une fois de
plus nous avons fait des belles rencontres dans le cadre de notre passion
commune : l’univers du béhourd. Oui la planète regorge de lieux
magnifiques et insolites, d’endroits à découvrir, différents de chez-nous, mais
notre principale motivation lorsque nous « couraillons » à travers le monde, c’est
d’aller à la rencontre de l’Autre, c’est je crois, la meilleure façon de
voyager.
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| La fenêtre de notre chambre, aucune vitre, que des volets extérieurs. |
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| Trois petites madames péruviennes ou chiliennes à l'aéroport. |
















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