jeudi 22 février 2018

Au pays des vikings!




« Bon, on a deux choix! » me dit Benoit « Soit on prend le vol direct à Copenhague à partir de Toronto, soit on prend un vol vers Paris à partir de Montréal, puis on prend un vol au prix régulier pour l’aéroport de Billund, parce qu’on n’a pas de vol direct Montréal-Billund. »

On est enfin en train d’organiser NOTRE voyage, depuis des semaines qu’il planche sur l’IMCF, qu’il répond à toutes les questions provenant des équipes partout sur la planète, qui vivent sur un autre fuseau horaire et qui veulent une réponse…hier. Par chance, Julia s’occupe des marchands et le Danois Magnus est sur le terrain et court déjà pour que tout soit prêt. N’empêche que Ben est toujours sur 56 dossiers en même temps, dont les réservations pour les tentes et les forfaits repas pour les arbitres et pour les équipes qui viennent de trop loin pour transporter leur stock de camping et qui veulent dormir sur place. L’Ost en fait partie, ainsi que les Japonais, les Néo-Zélandais et les Américains.  

 La plupart des participants débarquera à Billund qui est beaucoup plus près de Spottrup, là où notre tournoi IMCF 2017 a lieu. Notre priorité à nous, est de sauver des sous, il nous faut donc regarder les prix des vols Copenhague-Billund, Montréal-Paris, Paris-Billund, les trains, les autobus, les locations de voiture, etc. Sur Google Map on nous dit qu’il faut compter 1:30, 1:45 hrs pour nous rendre à notre destination à partir de Billund, alors que ça en prend 4 à partir de Copenhague.

Nous passons quelques jours à planifier, comparer, chercher jusqu’à ce que nous tombions d’accord : On passe par Toronto pour prendre le vol direct pour Copenhague et nous louons une voiture pour une semaine, et nous roulerons à notre rythme. Nous la réservons tout de suite, elle nous revient à 160$ (une aubaine!) c’est sensiblement le même prix que si nous prenions le train ou l’autobus allers-retours. Mais en plus nous pourrons nous véhiculer toute la semaine, faut juste faire attention car l’essence est dispendieuse. Quatre heures de route c’est vraiment pas grand-chose pour nous, toutefois, nous rendre du point A au point B peut être un challenge, à cause d’un élément primordial, on ne lit pas, on ne parle pas et ne comprenons pas le danois. Le GPS qu’on nous proposait coûte pratiquement le prix de la location de la voiture, donc j’ai proposé à Ben, qu’on imprime le trajet aller et retour sur Google Map et je serai comme d’habitude son co-pilote. Et puis après tout, on peut toujours demander notre chemin, y paraîtrait que l’anglais est couramment parlé.
La veille de notre départ nous envoyons un message sur notre réseau facebook, pour savoir si quelqu’un pourrait venir nous reconduire à l’aéroport, évidemment sur promesse de payer l’essence. Ma mère m’a toujours dit :

« Quand on demande rien, on obtient rien, donc n’hésite jamais à demander tu pourrais être surprise de ce que tu recevras. »

Et je dois dire que ça m’a souvent bien servi, mais sur ce coup-là, je suis plus ou moins confiante, nous sommes très dernière minute (comme toujours) et c’est un dimanche en fin d’avant-midi. Je reste un peu pessimiste là-dessus, on pognera un taxi, ça va nous coûter plus cher mais avons-nous vraiment le choix? Hors de question de prendre le transport en commun car nous sommes trop chargés comme d’habitude.

Dimanche matin, alors qu’on termine de paqueter notre bouffe de survie dans nos valises et que je finis notre lunch, Line, une amie qui n’habite même pas sur l’île et qu’on n’a pas vu depuis longtemps, me demande si on a toujours besoin d’un lift aujourd’hui. Wow! Deux heures plus tard, elle est chez-nous! Oh qu’on est contents! D’abord pour l’immense service qu’elle nous rend, alors qu’elle aurait très bien pu rester chez-elle tranquille et profiter de son dimanche de congé, ensuite parce que ça fait du bien de la voir, ça faisait si longtemps! On en profite pour papoter sur la route, puis elle nous laisse au débarcadère de l’aéroport, refusant net qu’on lui rembourse son essence. Ah ma mère et ses dictons tellement vrais!

Une fois à l’intérieur on retrouve Andrew et sa copine Annie, nous prenons les mêmes vols et une fois à Copenhague, nous nous séparons. Ils continueront en train tandis que nous prendrons l’armure d’Andrew et quitterons en voiture. Cette fois-ci, tout se déroule sans heurt et sans problème pour notre vol pour Toronto, puis quelques heures plus tard pour le Danemark.

Lorsque nous descendons d’avion, ça contraste avec notre arrivée à Buenos Aires deux mois plus tôt. D’abord nous sommes reposés et on ne crève pas de chaleur et tout est beaucoup plus calme, les Danois étant pas mal moins sanguins que les Argentins. De l’autre côté de la sécurité après avoir récupéré nos bagages, c’est calme et…blond. Bien sûr, il y a des touristes venus d’ailleurs, mais sur le fond on capte bien l’ADN viking. Le mélange nordique et germanique typique que nous imaginons volontiers parcourir, il y a mille ans, les mers à la recherche de terres et de trésors.

C’est la petite sirène d’Hans Christian Andersen qui nous accueille, assise sagement et enviant secrètement, peut-être, tous ces voyageurs bipèdes qui circulent autour ou qui s’arrêtent un instant pour la prendre en photo. Son créateur est l’un de mes conteurs favoris, j’ai lu la plupart de ses œuvres principales et je dois dire que parmi les grands auteurs du 19ième siècle, ce sont ses contes de fées qui ont le plus marqués mon enfance : La petite sirène, La petite fille aux allumettes, Le vilain petit canard, Les habits neufs de l’empereur, La princesse au petit pois, La petite poucette, La bergère et le ramoneur…Enfin





Pour nous rendre à la compagnie de location de voiture, c’est super complexe, nous devons prendre une navette par l’extérieur ou nous rendre dans une autre aile de l’aéroport et nous ne pouvons pas traverser avec les chariots, et il hors de question qu’on trimbale tout notre matériel à bras. Finalement, Ben part avec la navette pour aller chercher notre voiture et viendra me chercher à la porte. Sauf que, c’est pas bien clair, nous n’apercevons aucun panneau ou indication de stationnement quelconque et de l’endroit où nous avons laissé Benoit, c’est directement la rue, pas de zone d’accotement. Nous ne pouvons pas nous déplacer, sinon Ben ne nous retrouvera jamais. On n’a aucune idée où il pourra se stationner pour me prendre avec les bagages, on s’entend que si je peux m’engouffrer en 3 secondes au milieu du trafic, nous avons deux armures à entrer dans la valises plus nos autres bagages.

Pour aider c’est l’heure de pointe. Comme on ignore quelle voiture nous aurons, on scrute attentivement toutes les voitures qui viennent dans notre direction, jusqu’à ce que nous le voyions nous saluer. Nous apportons rapidement tous les bagages qui iront dans la voiture, Ben sort, les automobilistes ont pas l’air très contents, à leur tête nous devinons que ce n’est pas l’endroit pour s’arrêter et si nous ne voulons pas avoir de problème nous devons faire vite. Les gars embarquent rapidement les bagages et ne peuvent s’empêcher de s’extasier devant notre BMW louée au même prix, le concessionnaire n’avait pu avoir la voiture que Ben avait demandé (moi les chars je les repère par leur couleur pis encore…).

Bon vite vite vite faut décoller! Bye Andrew et Annie, on se revoit à Spottrup! Là le party va commencer, je sors mes papiers de google itinéraire.




Faut d’abord sortir du périmètre de l’aéroport et se diriger sur la bonne route, ce qui n’est pas si simple puisque nous n’avons pu nous stationner avant et prendre nos repères et évaluer le plan de match. Mes feuilles en main, j’essaie de ne pas me laisser impressionner par les noms qui à première vue se ressemble tous, donc difficile à lire avant d’être passée devant le panneau. Surtout rester calme! Se tromper de sortie dans ce genre d’endroit, c’est toujours un peu paniquant car tout se ressemble contrairement aux routes secondaires et rues de villes et villages.

Benoit n’a pu regarder notre itinéraire dans le stationnement du concessionnaire avant de venir me prendre avec les bagages à la porte, car j’avais notre itinéraire dans ma sacoche. Il ne peut maintenant regarder avec moi non plus, entièrement occupé à conduire une voiture louée, dans un autre pays, dans une autre langue, notre réussite à sortir d’ici, repose sur moi.

En me fiant en partie à mon instinct, on finit par se retrouver sur la E20 et par chance nous resterons dessus pour un bon 200 km, on peut enfin souffler! Contrairement à ce que je m’attendais (ne me demandez pas pourquoi) il fait un temps magnifiquement ensoleillé, et c’est super confortable. On ouvre la radio, comme nous le faisons régulièrement en voyage, on prend un bain médiatique, soit la radio, soit la télé ou les deux, nous écoutons la langue, la musique, les publicités, etc. À mes oreilles, le danois ressemble à de l’allemand mais en plus doux. Nous nous amusons, lors des pauses publicitaires, à essayer de deviner de quoi il s’agit.

On s’extasie devant le paysage de la mer qui s’étend à perte de vue à notre gauche et à notre droite lorsque nous quittons le Seeland (où est la capitale : Copenhague) pour traverser sur l’île de Funen pour nous rendre dans le Jutland, le nord du Jutland. Toute cette eau autour c’est vertigineux, ça me rappelle les Îles-de-la-Madeleine sauf pour les cygnes sauvages qu’on voit un peu partout ici. J’aime observer la faune ou les panneaux de traverses d’animaux, sur toutes les routes où nous voyageons, les cygnes, c’est une Première.

Nous grignotons nos collations, évitant de manger dans les restaurants des aires de repos qui servent surtout des burgers et de la pizza, trop chers pour nos moyens. Donc quand on s’y arrête c’est pour les pauses pipis et l’achat de bouteilles d’eau ou de café. On découvre aussi qu’il y a des douches à côté des toilettes, ce qui est vraiment pratique.

En fin d’après-midi, nous arrivons à Spottrup, en fait c’est le nom du château qui est situé à une dizaine de minutes de la petite ville de Skive, c’est en pleine campagne. Nous garons la voiture dans le stationnement du Centre sportif rattaché au musée et au château juste un peu plus loin. Une centaine d’unités sont déjà là pour nous recevoir et Magnus est sur place pour veiller à ce que tout soit installé correctement, son grand danois qui le suit comme son ombre. Évidemment j’essaie de l’amadouer comme je le fais toujours avec les gros chiens pendant que Ben discute avec Magnus concernant le travail qui reste encore à faire avant le début du tournoi, jeudi. Je suis toujours fascinée par sa voix profonde, ça m’avait frappé l’an dernier au Portugal. Le physique imposant, l’attitude calme et une voix aussi grave, il personnifierait bien Thor ou Saint-Nicolas! Bon bon je sais je sais, mon imagination qui s’emballe.





Il nous montre le coin des Québécois, il y a un drapeau du Québec sur une des tentes, y semblerait que c’est notre quartier, nous serons vingt Québécois cette année et nous dormons tous dans ces tentes. C’est la première fois que notre délégation est aussi grosse et c’est la première fois aussi que nous dormons sur le terrain. Chacune de ces unités accueille une à deux personnes, mais à deux ça ne laisse pas beaucoup de place pour les bagages, disons qu’on va laisser l’armure dans la valise de l’auto en attendant le tournoi.

Régis est déjà sur place avec sa copine Marie-Claude, ils sont partis une semaine avant pour visiter le Danemark, c’est eux qui ont revendiqué et réservé un coin pour les Québécois. Ils ont eu le choix, il n’y a pas grand monde encore, la plupart des gens arrivent demain et mercredi. Nous choisissons une tente et y mettons nos sleeping, oreillers et bagages et suivons Magnus qui nous invite à sa tente dans le campement décorum de son groupe de reconstitution historique, il veut nous montrer les médailles et nous donner les bracelets et les jetons de notre équipe pour le forfait repas.

Sur le chemin, nous traversons le hall du musée et ressortons de l’autre côté, dans le campement aménagé pour les marchands qui font aussi de la reconstitution historique. Puis longeons le château et la lice pour nous rendre chez les Danois. Sur place, tout le monde est occupé à installer adéquatement les tentes, leur mobilier ou à préparer le souper, pour ces gens, vivre comme au Moyen âge semble être aussi banal qu’à la maison au 21ième siècle. La cuisson se fait sur un feu de bois, avec des gros chaudrons de fontes, des ustensiles de bois ou de fer et les meubles sont en bois. Quand je regarde le sommier et la décoration de la tente de Magnus et sa copine, je les envie, il y a tant d’espace et les draperies et coussins moelleux réchaufferont suffisamment le couple cette nuit j’en suis certaine.

Quand nous retournons là-haut à nos tentes modernes et pourtant sûrement moins confortables que ce que nous venons de visiter, nous retrouvons en plus de Régis et Marie-Claude, Igor, Pat et Élie qui viennent d’arriver d’Allemagne, Benoit donne les bracelets et les jetons à Régis (représentant du Québec) pour qu’il les distribue, Benoit se doute bien qu’il risque d’être vraiment très occupé toute la semaine à partir de demain matin. Nous allons faire un tour dans le centre sportif, nous voulons voir comment sont organisées les installations sanitaires et la petite salle à manger laissant les autres s’installer à leur tour dans les tentes.

Avant de partir du Québec, plusieurs d’entre nous étions plus ou moins à l’aise à l’idée de ne pas avoir de douche privée. Comme c’était mon cinquième tournoi international, (le premier avait été avec Battle Of the nation) je savais que sur le terrain c’était toujours un peu rudimentaire, des douches portables louées, où étaient entassées plusieurs personnes en même temps. En Espagne il n’y avait pas vraiment de division hommes et femmes. Comme c’était notre premier camping en tournoi, j’ai eu soudainement des doutes et j’avais demandé à Benoit de s’informer. J’étais certaine que la plupart des Québécois ne seraient pas à l’aise avec l’idée de se laver nu en groupe et qu’ils apprécieraient d’avoir su ce « détail » à l’avance pour prévoir le coup, comme apporter son maillot de bain par exemple.

J’avais vu juste. Quand Benoit avait su que ce serait des douches dans un centre sportif et que les douches comme dans tout bon vestiaire seraient ouvertes, plusieurs avaient effectivement exprimé leur inconfort. Je pense qu’ils ont presque tous un maillot de bain dans leurs bagages, moi y compris.

Toutefois, en visitant les lieux je remarque qu’il y a plus d’un endroit disponible où l’on peut prendre notre douche dont une place au fond d’un couloir qui semble être une douche privée avec une porte qui se barre de l’intérieur. Je me promets d’y venir ce soir tard ou demain matin tôt. Quand nous montons à l’étage pour continuer notre visite, nous croisons Andrew et Annie qui sont arrivés en bus, de Skive et ont mis leurs bagages dans la tente à côté de la nôtre.

Les forfaits repas ne commencent qu’à partir de demain et tout le monde a très faim, nous décidons donc d’aller tous manger ensemble à Skive. En chemin, nous observons qu’il fait encore très clair pour l’heure qu’il est, à 19:30 hres chez-nous, il fait noir. Ça nous laisse plus de temps pour voir le paysage qui borde les petites routes de campagne, nous sommes passablement loin des grandes villes et on constate à quel point quand nous entrons dans Skive. Mais ce qui nous frappe le plus c’est l’absence de gens, peu de voiture, personne ou presque sur les trottoirs, tout est bien tranquille et donc très peu de restaurant ouvert. Pour moi c’est toujours surprenant, nous sommes vraiment un peuple qui aime beaucoup manger au restaurant, et ce n’est pas juste à Montréal, j’ai grandi en campagne entre deux villages dont un qui comptait plus d’une douzaine de restaurants en plus des trois-quatre bars.

On finit par en trouver un, et quand le serveur nous voit entrer il écarquille les yeux, nous sommes neuf personnes, je pense qu’on le prend un peu par surprise, il n’y a qu’un couple assis dans un coin. Nous lui demandons si nous pouvons y manger, il acquiesce, nous nous dépêchons de nous asseoir avant qu’il ne change d’idée. On plonge dans notre menu, moi et Ben avons un p’tit peu envie de brailler mais bon on garde ça entre nous, juste notre assiette principale avec une bière et un verre de vin va nous coûter aux alentours de 80$. Oui Benoit prend un steak, mais je prends tout de même juste une assiette de mini burgers avec frites. On se comprend sans même se parler : on évite les restaurants cette semaine et on va à l’épicerie!

Une couronne danoise équivaut à environ 0,21 cent canadien


Le souper s’anime autour de notre grande table à mesure que les verres se vident, mais nous ne voulons pas trop nous attarder, donc nous payons et quittons pour retourner à Spottrup. La pénombre est tombée mais pas complètement, il approche 22:00 hres et on voit encore des trous de clarté dans le ciel.

Sur place, nous croisons Julia qui nous invite à prendre le thé dans sa tente médiévale, elle a un petit poêle au gaz portable pour faire chauffer de l’eau. Elle est encore seule sur son campement qui n’est pas du même côté que celui de Magnus, demain il y aura d’autres marchands qui viendront s’ajouter. Mais ce soir, avec le vent, isolée des bâtiments, sa tente semble tragiquement seule, nous nous dépêchons de nous y engouffrer. Elle allume des chandelles et son p’tit poêle et nous prépare une bonne tasse de thé pour finir notre journée.  



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