vendredi 19 mai 2017

De la « Grand’visite »


Hiver 2016


Bonne nouvelle! Brendan et sa copine Maria viendront au Québec pour le tournoi annuel québécois en février prochain. Nous les logerons chez-nous à Ste-Adèle et chez Luc (qui est bien désolé de ne pas pouvoir les voir) lors de la fin de semaine du tournoi. Nous espérons qu’il y ait de la neige pour nos amis irlandais. Nous apprenons aussi que cette année, en plus de recevoir nos amis américains, nous aurons aussi nos amis belges avec qui nous avons partagé l’auvent et la bière à Malbork. Ils seront logés chez des membres de l’Ost à Trois-Rivières ou à Shawinigan. Il y aura aussi une autre équipe canadienne, que nous ne connaissons pas, qui vient du Yukon.

Ces trois derniers mois sont passés en flèche, moi avec mon lancement de livre qui aura lieu au début mars, la recherche de logements et de contrats réguliers de confection de costumes, Benoit qui a entamé sa formation et commencera ensuite une nouvelle carrière. Il est comme un poisson dans l’eau, il adore conduire ces gros machins, surtout les très gros, les autobus articulés qu’il manipule comme un pro. Comme si ce n’était pas assez, il prend une bonne partie de la charge du tournoi au Portugal avec le capitaine de l’équipe portugaise Nuno. Il n’a pas beaucoup le choix, le tournoi est dans trois mois, les instabilités, les incertitudes qui ont trainées à l’automne et au début de l’hiver, et les propositions de certains membres pour rejoindre nos compétiteurs directs HMBIA (Historical medieval battle international association) qui gère le tournoi annuel « Battle of the nation », ont rendu tout le monde un peu frileux, ce qui fait que les inscriptions tardent à entrer, c’est inquiétant que tout tombe vraiment à l’eau. Y a plein de choses qui auraient dû être faites depuis longtemps et qui restent à faire, bref un travail titanesque. Benoit communique avec toutes les équipes, une par une, discute avec chacune d’elle, vend le tournoi, comble tous les coins et est en communication constante avec Nuno, il veille à ce que tout soit bien préparé là-bas pour le mois de mai. Il prend en charge le compte facebook de l’IMCF laissé quasi à l’abandon, il trouve un paquet de messages datant de plusieurs mois, jamais répondus, il y répond à son tour. Il fait du ménage et réinvite toutes les équipes, il redonne vie à une entité super importante, un lieu commun, virtuel, mais réel car il permet de réunir tout ce qu’il y a de combattants participants.


L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ET qui se couchent tard, par chance, moi et Benoit faisons partis de cette catégorie!

Quand Brendan et Maria arrivent chez Luc, c’est comme une bouffée d’air frais, dans notre hiver complètement essoufflant et nous mettons nos projets sur « pause » pour nous consacrer à eux le plus possible. Ils nous ont apporté des cadeaux, une belle bouteille de whiskey Jamieson édition spéciale pour Benoit et une réédition magnifique d'un livre de contes de Charles Perreault illustré par un grand artiste irlandais Harry Clarke, nous sommes ravis! 



Benoit est en formation bien sûr, mais dès qu’il le peut, il se joint à nous. La première journée, nous prenons le métro et allons marcher sur l’avenue Mont-Royal et terminons notre ballade au café très personnalisé « le Placard » où mon amoureux vient nous rejoindre. Nous leur proposons d’aller manger une poutine traditionnelle, une vraie de vraie, pas réinventée, frites bien grasses, fromage en crotte qui fait « squick squick » sous la dent, nappée d’une sauce brune, pas barbecue ou autre, ils sont ravis, ils en ont tant entendu parler. Elle est parfaite! Et comme c’est dans un p’tit resto sans prétention, patates frites casse-croute qui date des années cinquante-soixante, elle est « pas chère ». Y a rien qui m’insulte autant que de manger une poutine dans un resto branché et la payer le prix d’un steak, alors que ça reste des frites, de la sauce et du fromage en grain.

Nos invités avalent la totalité de leur repas avec enthousiasme, ce qui me confirme qu’ils ont bel et bien aimé la poutine. Nous ne nous attardons pas trop longtemps car nous avons décidé de partir à Ste-Adèle, nous y passerons la journée du lendemain et inviterons Andrew à souper avec nous avec une fondue. L’ambiance du feu de foyer et du paysage avec vue sur le mont Saint-Sauveur et notre lit vaut les nombreux voyagements que cela entraîne avec le tournoi à Montréal en fin de semaine. Et puis nous voulons offrir ce qu’il y a de mieux à nos invités. À la dernière minute, Ben a offert l’hospitalité à Jaye et quelques membres de son équipe le vendredi et le samedi soir, donc nous dormirons définitivement à Sainte-Adèle et non à Longueuil.

Nous avons été exhaussés, il y a une belle bordée de neige qui commence à s’accumuler, selon météo média c’est une sale tempête, une tempête qui fait le bonheur de nos deux amis qui sortent sur le balcon, complètement exaltés. C’est vrai que c’est beau! Ça l’est encore plus quand c’est reflété dans un regard tout neuf. Malheureusement, ailleurs c’est moins beau et quand tard dans la soirée, Jaye arrive avec quelques-uns des gars, ils nous apprennent que l’un d’eux a eu un accident sur la route, heureusement il n’est pas blessé. 

Le lendemain matin, Brendan et Maria se proposent d’aller déblayer toutes les voitures, pour nous qui sommes habitués à cet exercice, surtout en fin février, leur laissons cette tâche qu’ils sont tellement heureux de faire. Pendant ce temps Ben prépare du café, les Américains roulent leurs matelas, j’ai cru comprendre qu’ils préfèrent dormir à l’hôtel à Montréal ce soir, ça leur fait trop de route sinon et ils veulent dormir dans un lit.

Le trajet se passe plutôt bien malgré la slush qui recouvre l’autoroute, et je ne peux m’empêcher de sourire à voir nos Irlandais derrière complètement ébahis par tout ce qui les entoure.

À notre arrivée au centre, nous retrouvons aussi avec bonheur, nos amis belges, Gauthier, Pol et Fred. Comme nous avons beaucoup d’invités cette année, il y a beaucoup de va et viens et l’animation est constante, malheureusement, une fois de plus, la musique est nulle. Ce jour-là, je me dis que je vais me recycler en DJ pour les tournois de béhourd, il me semble que c’est si simple de faire des playlists intéressantes.

   Dans le vestiaire, il n’y a jamais eu autant de combattants et malgré l’ambiance amicale générée par toute cette belle visite ponctuée d’amitiés récentes et moins récentes, il y a des tensions parmi les combattants québécois. Personne n’en parle vraiment, mais faudrait être bien aveugle et bien sourd pour ne pas s’en rendre compte. Y a différentes mentalités dans les cinq équipes au Québec, et quand les perceptions s’opposent complètement sur la façon dont ce sport devrait se pratiquer, ça peut entraîner des conflits. Il y en a une en particulier qui risque de faire du grabuge j’en ai bien peur quand j’entends leurs propos. Pour plusieurs dans ce groupe, le béhourd permet de battre et de blesser les autres pour ensuite prouver à tous sa supériorité. On ne décèle pas vraiment parmi eux, d’esprit sportif sain, bien sûr il y a parfois des individus ici et là qui n’ont pas choisi un tel sport de combat pour les bonnes raisons mais quand la mentalité de « bullying » s’étend à la moitié de l’équipe ça peut devenir problématique. Ça veut dire que l’équipe maintient une attitude malsaine sur les babillards de discussion et la transpose sur le terrain.

Si ce n’était que ça…la dualité entre ceux qui préfèrent aller sous la bannière canadienne et ceux qui continuent avec l’Ost du Québec à l’IMCF n’aide pas. Et si certains combattants se promènent entre les deux, une grosse partie de l’équipe à problème suit la feuille d’érable et certains plus intenses, en concordance avec la mentalité de leur équipe, n’hésitent pas à salir l’IMCF et à insulter les combattants de l’Ost.

C’était écrit dans le ciel que ça déborderait dans la lice, quand l’un d’eux frappe violemment Andrew avec des coups illégaux qui sont plus ou moins tolérés par les arbitres, il explose, lui qui en a ras le bol de l’attitude de ces gars, et comme personne n’a jamais vu ce géant doux en colère auparavant, ça impressionne tout le monde, ce qui fait qu’il est rapidement expulsé de la lice on l’expulse même du tournoi. Ses amis, Benoit et Serge vont le rejoindre pour le calmer et je vois le regard de triomphe de certains dans l’équipe adverse, je suis dégoûtée. 

Définitivement, j’aime de moins en moins les tournois au Québec, il y a trop peu de combattants ce qui fait que la fédé n’ose pas mettre personne dehors. Mais je crois que c’est une erreur, d’abord parce que ça fait fuir les combattants sportifs plus sérieux, ensuite parce que tant qu’on tolèrera ce genre d’attitude anti sportive, le béhourd restera une activité underground où les gens n’y verront que des brutes épaisses, agressives et dangereuses parce que ce sont celles-là qui retiennent l’attention malheureusement. D’ailleurs alors que ce sport prend de l’ampleur un peu partout, au Québec il stagne, il n’y a pas plus de combattants qui partiront pour le Portugal qu’il y en avait en Pologne en 2011 même s'il est en hausse chez les femmes puisque nous partons avec une équipe féminine cette année. 

Tout ça a jeté une chape de plomb sur l’atmosphère, j’ai plus ou moins envie de suivre les prochains combats, surtout après que Benoit ait lui aussi été victime de coups illégaux, toujours par la même équipe. Deux de ces combattants ont carrément tenté de lever son casque afin de frapper dans la nuque. Et comme les arbitres sont mal répartis, tous dans la lice et aucun autour, ils ne voient pas tout. Mon homme est vraiment écœuré mais accepte sans hésiter quand Cloé vient lui demander de venir la coacher pour son duel, comme il l’avait fait aux États-Unis. Quand elle s’installe dans le coin de la lice, il lui glisse une chaise pour qu’elle puisse s’asseoir et s’installe comme toujours, en avant d’elle, son regard plongé dans celui de Cloé presque dans son casque et lui parle de sa respiration, de ses forces, il prend tout son espace visuel de sorte qu’elle n’écoute que sa voix et ne se laisse pas distraire par la vue de son adversaire, un peu comme un coach de boxe. Et ça a fait ses preuves! L’affaire c’est que le journaliste sur place trouve ça très intéressant et la caméra se retrouve à les filmer tout près, ce que Benoit et Cloé ne voient pas. Cependant, moi je le vois et j’entends les langues de vipères se faire aller : « Bien sûr Benoit veut voler le spectacle ».

Ma colère atteint un paroxysme quand, à la fin du combat de Cloé certains d’entre nous sommes témoins de la réaction clairement partisane d’un arbitre devant la victoire de sa combattante préférée, l’adversaire de Cloé… pendant qu’il est en fonction. Non je n’ai plus envie de suivre plus longtemps, je vais faire un tour, je parle un peu avec des gens que je connais dans la foule et avec nos amis irlandais et belges.

Benoit s’est changé et est venu me rejoindre, après avoir expliqué au journaliste, son rôle de vice-président à l’IMCF, c’est important d’informer les gens qu’il existe une fédération mondiale pour ce sport, justement pour démontrer que ce n’est pas juste une activité de fin de semaine où des hurluberlus se prennent pour le roi Arthur et se tapent dessus juste pour faire cute.  On veut que ça prenne de l’ampleur, on veut que ça soit pris au sérieux, on veut que ça soit grand, faut donc voir grand et agir en conséquence.

Ici, je ne m’éternise pas sur ce tournoi, les raisons sont assez évidentes, j’aurais encore trop de frustrations par rapport aux belles expériences. Si ce tournoi m’a amené à me méfier de certaines personnes dans cet entourage, en revanche j’ai approfondie mes liens d’amitié avec Brendan, Maria, j’ai appris à connaître davantage Gauthier, Pol et Fred et finalement j’ai fait la connaissance avec deux nouvelles qui seront du voyage au Portugal, Laurie pour qui je viens de terminer deux robes et Christine qui envie les belles robes de Laurie et qui se battra dans l’équipe de béhourd avec Béné, Cloé et Gabrielle.

Quand le tournoi se termine le dimanche soir, nous amenons Brendan et Maria dans l’un des endroits les plus mythiques de Montréal, Chez Schwartz, pour manger un de ses célèbres smoked meat, frites, pickle et coke aux cerises. On est tassés comme des sardines comme l’étaient les ouvriers montréalais qui s’entassaient là dans les années 50. En effet, cette charcuterie a été ouverte en 1928 par Reuben Schwartz, un immigrant juif roumain, et son smoked meat est devenu rapidement célèbre, encore aujourd’hui la viande est préparée de façon traditionnelle, sans agent de conservation. Nous sommes convaincus, que ce restaurant est un incontournable dans l’histoire de la gastronomie montréalaise.

On se délecte!

Andrew nous y rejoint et nous partons ensemble dans le nord, à Ste-Adèle et finissons la soirée devant un feu de foyer, un verre de sortilège en mains. Maria nous demande comment les Québécois arrivent à ne pas être tous obèses puisque tout, bouffe et alcool, a tellement bon goût. En revanche, elle et Brendan, sont un peu horrifiés par notre humidificateur indispensable en hiver dans l’air asséché par notre surchauffage électrique. Dans leur réalité irlandaise si humide, cet appareil est une abomination, ils ne connaissent que les déshumidificateurs qu’ils utilisent abondamment. D’ailleurs à l’évocation de cette humidité constante, nous leur racontons à quel point, en Irlande nous étions démoralisés par nos vêtements et surtout les gambisons qui ne semblaient jamais sécher. Même mes sous-vêtements lavés à la main et accrochés dans ma chambre, n’étaient toujours pas séchés après 24 heures. Maria, comme sous le coup de la confidence et un peu pince sans rire, nous révèle qu’il existe quelques jours dans l’année où miraculeusement il y a du soleil, de la chaleur et un temps sec, tout en même temps, ces quelques journées on les appelle « the Great drying»! Elle ajoute «It's almost erotic», nous croulons tous de rire évidemment.


Lundi matin, Benoit est retourné en formation à Montréal, et malgré le soleil radieux qui sans surprise, cache un froid piquant, nos invités veulent aller patiner sur le lac en bas de la montagne, comme nous leur avons suggéré quand ils sont arrivés. Par un heureux hasard nous avons la même pointure de chaussure, donc on peut leur prêter nos patins, mais il fait -25 degrés Celsius et pour se rendre au lac, ils doivent marcher une bonne demi-heure. Ils insistent, ils ont apporté dans leurs bagages, des vêtements appropriés pour les sports d’hiver. Je laisse tomber mes dernières hésitations, cependant, je leur remets le numéro de téléphone et l’adresse de la maison, je leur suggère aussi un joli petit café bien sympathique tout près du lac.



Pour le souper je prépare un souper traditionnel pour leur dernière soirée au Québec, donc je sors les tourtières, cretons, fèves au lard, betteraves et autres marinades maison et complète le tout avec une purée de pommes de terre et une salade. Tout le monde mange avec appétit et comme ils repartent demain, nous étirons ces derniers moments entre ami (e)s devant un bon feu de foyer.

Dès le lendemain de leur départ, nous retournons à Longueuil pour récupérer ma machine à coudre ainsi que le reste de notre stock pour le retour de Luc qui récupère son appartement. Nous avons trouvé un petit logement où nous pouvons emménager dès le premier avril. Notre feu roulant recommence de plus belle, entre la peinture à faire, le transport régulier de nos effets entre Sainte-Adèle et Montréal, mes contrats, la nouvelle carrière de Ben et surtout les derniers préparatifs pour le tournoi au Portugal le mois prochain.


À chaque nouvelle équipe qui s’inscrit, Ben la publie avec une belle image du drapeau ainsi que des images en action de l’équipe correspondante. Il créé un remous tant et si bien qu’à un moment ça devient exponentiel, nous nous retrouvons avec plus d’une vingtaine de pays participants. Même si Pâques qui vient d’être célébré, représente la résurrection de Jésus, ben pour moi Pâques cette année, c’est la résurrection du tournoi de l’IMCF orchestré par Benoit et Nuno, rien de moins. 

Aucun commentaire:

Publier un commentaire