dimanche 17 décembre 2017

Au Japon on fait comme les Japonais, au béhourd aussi.






Comme à son habitude, Benoit, la bonne humeur matinale incarnée, est debout quand j’ouvre à peine les yeux, il a déjà une canette de café à la main. Il a découvert cette merveille hier soir dans les machines distributrices et même si ce n’est pas le meilleur café que nous ayons bu, il est comparable au café filtre moyen de restaurant. Il coûte 100 yens (1,15$ environ) il a déjà son sucre et son lait, il est chaud et surtout nous l’avons en 10 secondes, mais par-dessus tout, la machine est dans la cour du Dojo à 10 pieds de la porte. Quand je commence à sortir du lit, il se dépêche d’aller m’en chercher un et s’en reprend un en même temps. J’ai l’impression que mon chum va carburer beaucoup au café ces prochains jours.





Nous ramassons notre literie que nous tassons dans un coin et montons à l’étage pour finir notre café en compagnie de Yoko et éventuellement prendre notre douche. Il n’y en a qu’une, mais elle est à la disposition de tous et comme les toilettes sont à l’extérieur, l’endroit est moins monopolisé. Nous sommes tout de même plusieurs à partager les lieux communs, plusieurs provenant de différentes cultures, de différents continents, nous sommes tous là à cohabiter sur l’espace limité de nos hôtes japonais, reconnus pour leur politesse, leur propreté et leur conscience sociale. À voir aller les autres, j’ai l’impression que nous en sommes tous conscients car tout le monde fait attention de ne pas déborder sur les autres ou déborder tout court.

Je m’esquive un moment pour aller à la toilette qui est dans la cour, dans ce que je pourrais appeler un cabinet, c’est un peu comme anciennement nos bécosses (les «backhouse»). Mais la comparaison s’arrête là, mis à part peut-être le fait qu’il n’y a pas le chauffage et que le siège de celle-ci est glacé parce qu’il fait environ 8-9 degrés au petit matin. Faut se le dire, les toilettes au Japon c’est une expérience unique et même si je ne veux pas faire une chronique sur le sujet, je ne peux absolument pas « ne pas en parler ».

Déjà à l’aéroport j’avais été complètement séduite par le confort optimal des toilettes, sièges chauffants, des jets d’eau dirigés pour laver aux différents endroits, des jets d’air pour sécher ce qui a été lavé et même des bruits de fond pour camoufler nos propres bruits. Tu vas aux toilettes comme dans un vaisseau spatial! Quand nous sommes allés manger avec Jay plus tard, j’ai bien dû constater que ce genre de toilette était plus répandu que je ne l’aurais cru. Celle dans la cour semble être le modèle de base, juste le jet d’eau, mais tout est impeccable.


Siège pour le tout petit pendant que maman est sur la toilette, fallait y penser!

 

  
 Comme nous avons faim, les autres voyageurs arrivés avant nous, nous conseillent d’aller à la petite épicerie que nous avons vue hier sur le coin de la rue, nous ne perdons pas de temps et nous y rendons avec Killian. L’air vif ne semble affecter que moi qui frissonne, les deux gars sont trop absorbés dans leur discussion. Je saisie quelques brides, mais ayant manqué le début, je ne sais pas de quoi il s’agit et je m’attarde plutôt à prendre quelques photos.

C’est un peu comme un petit couche-tard, nous en faisons le tour plusieurs fois, tout à fait fascinés par les repas tout préparés dans les machines, tout est très esthétique et appétissant. Nous sommes étonnés par les prix tout de même assez bas. Comme nous ignorons s’il y a un micro-onde là où nous logeons, je choisis une pâtisserie parmi la panoplie de trucs sucrés offerts (y a beaucoup de desserts, crème glacée et sucreries) et Benoit choisit des onigiris qui sont vendus individuellement dans un emballage «origamique». Quand nous payons la caissière remet la monnaie avec ses deux mains, comme si elle tenait un objet précieux et hoche poliment la tête avec un gentil «Arigato». Jusqu’à maintenant, nous sommes ravis, peu habitués à cet égard.  

Killian s’est acheté quelques trucs aussi qu’il ne connait pas mais qu’il veut goûter et sur le chemin du retour, on partage nos trouvailles. J’aime bien la petite épicerie car elle offre beaucoup de choix, beaucoup de petits formats et nous permet de dépenser moins que si nous mangions au restaurant.  

La lumière du jour amplifie mon impression d’être dans un décor de studio, tout est si propre et ordonné, peut-être, est-ce parce que je ne vois pas de nature sauvage, tout ce qui y pousse, y est entretenu? L’asphalte et le béton nous apparaissent comme neuf, sans craquelure ou trou, pour des Montréalais habitués aux rues trouées comme des fromages gruyères c’est étrange et troublant. Nous marchons à quelques mètres d’une dame qui promène son chien, celui-ci urine sur le pied d’un lampadaire et la dame tout naturellement vaporise le pipi pour désinfecter et repart avec son chien. On comprend pourquoi c’est si propre! Dans le quartier où nous sommes, les gens de tous âge circulent surtout en vélos et nous sommes étonnés de voir autant de gens qui portent un masque devant la bouche. Est-ce pour se protéger de la pollution ou pour éviter de transmettre les germes d’un rhume ? Mais à voir la p’tite dame avec son vaporisateur, je pense bien que ça fait partie de leur conscience sociale.

Quand nous arrivons, il y a pas mal de monde dans la cour intérieure qui fait un peu figure de salon. Nous nous joignons à un cercle de discussion où la principale langue parlée est l’anglais, mais colorée selon les nationalités présentes. C’est un peu étourdissant, même si en principe je devrais commencer à y être habituée avec tous ces tournois et ces voyages. En fait c’est la première fois que nous « vivons » parmi autant de nationalités en même temps. Et si je savais déjà qu’il y avait quelques Américains dans l’équipe japonaise je découvre avec surprise que dans son école, il y a aussi des Français, un Canadien et un Russe. Tous des gens qui habitent au Japon pour leurs études ou leur travail et qui partagent cette même passion du combat médiéval.

Aujourd’hui, l’école présente la première partie du tournoi et la deuxième aura lieu au studio de la tour de Tokyo et sera diffusé dans le cadre d’une émission sur Internet. Tous les membres de l’école semblent être présents, ceux et celles qui ne combattent pas, s’occupent de l’arbitrage, du système de son, de l’animation, de la section publique où prennent place quelques invités locaux, de l’aide aux combattants, etc. Y a beaucoup à faire, et pour nous, tant à apprendre! D’abord, savoir combattre dans une lice beaucoup plus petite, d’ailleurs, Jay nous a raconté que son équipe avait presque souffert d’agoraphobie quand elle s’était retrouvée dans la lice particulièrement immense au tournoi de Belmonte en 2014. La dimension de l’aire de combat joue un rôle très important dans la façon de se battre. Les combattants habitués aux petites lices sont probablement avantagés dans le combat rapproché mais moins aptes à tout couvrir sur les grandes surfaces. Ainsi, nous sommes plus familiers avec les rounds qui commencent de la façon suivante : Les équipes adverses se jaugent, se déploient avec parfois beaucoup d’élan, et s’affrontent. Dans les petites lices, les adversaires sont déjà à distance de frappe, ça change la dynamique du combat.  



La largeur des épées


Les épées sont différentes aussi car au Japon il est interdit de se battre avec des vraies armes, la lame est donc suffisamment épaisse pour être considérée inoffensive. La féministe en moi est heurtée par la présence des filles en bikini qui, comme à la boxe ou le MMA chez-nous, escortent les équipes et annoncent les scores. C’est quelque chose qui m’a toujours dérangé dans les sports de combats, reconnus pour utiliser la femme tel un accessoire divertissant pour plaire au public principalement masculin. Dans le cadre de nos tournois, avec tout le décorum historique, il est heureusement impossible de reproduire le même pattern. Mais ici, comme en Russie d’ailleurs, là où les combats dans des arènes sont plus répandus et présentés sans le décorum historique, on retrouve ce format visuel. Peut-être est-ce une façon de justifier le caractère « sport de combat » au même titre que la boxe ou le MMA?

Les combattant(e) s’affairent dans l’atelier, ils enfilent tranquillement leur armure tout en discutant, l’atmosphère est à la camaraderie. Peu à peu, tout ce beau monde se retrouve dans la cour à attendre les instructions. Il y a quatre équipes, dont la composition a été faite par Jay avant notre arrivée, sauf celle des Autrichiens qui sont suffisamment nombreux pour faire une équipe complète. Les autres sont mélangées, comme celle de Benoit qui est composée de quatre Japonais, du Canadien, de Sophie et de Justin, un couple de Néo-Zélandais qui se bat depuis quelques années. D’ailleurs, elle et Kiyoka seront les deux seules duellistes féminines qui, contrairement aux hommes, s’affronteront demain au studio.

Il y a toute une marche à suivre qui doit être pratiquée pour demain : Les équipes devront entrer dans un ordre précis, accompagnées chacune par son animatrice légèrement vêtue, digne d’un manga. L’air est froid dehors, même avec le gros chandail que m’a prêté Killian, je n’envie pas une seule seconde les quatre filles qui grelottent dans leur modeste tenue. Je laisse Benoit discuter avec les autres et je vais m’installer dans les escaliers à côté de la console de son, ce qui me permet de bien voir la lice et ainsi je ne nuis à personne.  

Quand un des arbitres, français, vient me parler, je pousse un soupir de soulagement, enfin je peux socialiser dans ma langue, mine de rien ça devient fatiguant de toujours essayer de penser dans une autre langue que la sienne. Il a vite su reconnaitre ma langue québécoise alors que je parlais à Benoit un peu plus tôt, il vient discuter avec moi probablement pour les mêmes raisons. Toutefois, si j’ai bien compris, ils sont quelques-uns d’origine française à habiter Tokyo et à s’entraîner ici. Un peu plus tôt, y a aussi, un Japonais qui est venu me saluer en français, trop heureux de pratiquer cette langue qu’il admire. J’ai aussi appris en discutant avec quelques-uns d’entre eux que les Japonais sont souvent francophiles, s’ils considèrent l’anglais comme la langue des affaires, le français est en revanche la langue de la culture et de la poésie. Mon interlocuteur est tout fier de pouvoir le parler avec moi, mais s’excuse de ne pas être à la hauteur. Je lui dis avec surprise que si les anglophones de mon pays officiellement bilingue, parlaient la moitié de ce qu’il parle lui-même, ça tiendrait déjà du miracle. Je comprends parfaitement ce qu’il me dit, mais surtout je suis très touché de la fierté qu’il a, à parler un peu ma langue, du moins, celle qui a donné naissance à la mienne. Au Québec, nous nous sommes tellement fait rabattre les oreilles sur notre « français incorrect » que nous avons fini par créer une espèce de psychose honteuse à propos de notre langue. Quand comprendrons-nous que ce n’est pas du français incorrect mais du québécois, langue que nos immigrants francophones essaient de reproduire plus largement que juste pour s’amuser à dire :«tabarnack»?

Les combats commencent, il a été décidé que les duels et les combats de béhourd ne dureraient qu’un seul round, parce qu’il y a trop de concurrents pour le peu de temps que nous avons. Benoit fait la catégorie duel épée longue et évidemment le béhourd. Il doit affronter deux adversaires. Contre le premier, il glisse malencontreusement avant de tomber par terre, son adversaire prend son avantage en le frappant au sol, ce qui est permit ici et qui ne l’est habituellement pas à l’IMCF. Il perd son round 6-11 et perd aussi son deuxième contre Tanaka, un redoutable adversaire qui bouge tellement bien que Benoit ne réussit pas à le frapper avec son épée. Vers la fin du combat, excédé, il finit tout de même par le prendre dans un coin et le boxer aux poings, mais sans faire de point.

Quand je vais les rejoindre dans la cour, encore une fois, je suis fascinée par cette camaraderie surgir après les combats, Benoit et Tanaka analysant en rigolant leurs techniques mutuelles du dernier round. Et dans ces moments-là, mon chum ne me voit pas, il est complètement dans son univers, je l’aide en détachant discrètement ses attaches derrière le dos et les cuisses, lui redonne ses lunettes et je retourne me balader.

Peu de temps après, ont lieu les combats de béhourd, Benoit et son équipe «les sangliers», remportent les deux combats contre les deux équipes qu’ils affrontent. Le reste des combats va se poursuivre en studio demain, maintenant tout le monde doit se dépêcher de ranger son armure dans leurs sacs car tôt demain matin, un camion les apportera toutes au studio. Quelle bonne nouvelle! On n’aura pas à transporter tout ça dans le métro de Tokyo!


Quand tout est prêt à partir, une bonne partie du groupe, surtout les voyageurs, mais aussi quelques locaux, allons manger au restaurant, le même qu’hier soir. Nous discutons une bonne partie de la soirée avec un des co-équipiers de Benoit, Ami, un immense japonais bien connu à l’IMCF. Celui-ci, animateur de radio à Tokyo est volubile et expressif pour un Japonais, ainsi il est devenu un peu la mascotte de son équipe à l’étranger. Tout le monde à l’IMCF a déjà vu ce grand, costaud et…frisé, haranguer la foule sur le bord de la lice. Mais ce soir, il est plutôt tranquille et observant que son nouvel ami ne prend rien, Benoit commande plus de mets en plus grande quantité et en offre à Ami. Celui-ci refuse, mais finit par accepter visiblement, touché. Il prend alors soin de répondre à nos questions sur les plats et accompagnements et semble apprécier que finalement, Benoit en connaît un bout sur la culture japonaise.     

mercredi 29 novembre 2017

Au bout de la rue de l'autre côté de la planète: Castle Tintagel

Le hall du castle, y a des artistes ici!


Bon nous devons prendre un autre train et c’est maintenant que le défi commence. Trouver où nous rendre pour le prendre! On se sent vulnérable, c’est la première fois que nous sommes confrontés à une langue complètement étrangère et dominante. À Malbork c’était différent, et même si nous ne comprenions rien de rien au polonais, nous étions en terrain occidentaux, donc plus de référents culturels et nous arrivions là-bas avec plusieurs centaines de non Polonais, nous étions attendus. Ici, nous sommes seuls avec nous-mêmes et nous avons bien hâte de revoir Jay qui en Américain «japonisé» pourra répondre à nos questions. En effet, il a rencontré sa femme japonaise à l’université aux États-Unis et depuis, ils sont venus s’installer ici et ont eu deux petites filles. Pour nous actuellement, il est une bouée de sauvetage rassurante qui nous attend au loin, et on est TRÈS motivés de la retrouver. Surtout en ce moment où nous errons un peu désespérément jusqu’à ce qu’un jeune homme vienne timidement à notre rencontre, c’est visiblement un employé, et nous demande avec son anglais de survie, si nous avons besoin d’aide. Oh que oui! J’imagine que ça paraît, mais en ce moment j’ai perdu toute notion d’orgueil. Benoit lui montre son papier et le jeune homme nous indique par où aller avec un peu d’hésitation, c’est peut-être parce qu’il a du mal à traduire en anglais, mais ça semble bon. Nous le remercions en reprenant notre « maison » sur notre dos en longeant le plus possible les murs pour ne pas nuire au flot humain qui circule efficacement comme dans un ballet chorégraphié. Nous tournons le coin et on s’oriente avec les indications du jeune homme mais ça ne correspond pas! Un peu à bout de patience, nous changeons de stratégie, moi je reste dans un coin avec les bagages pendant que Ben part à la recherche du chemin que nous devons prendre.

Ça fonctionne! Ben revient au bout de cinq minutes, maintenant que nous savons où aller on fait notre check up, nos yens en poche, notre ticket de transfert, nos bagages, notre courage et notre bonne humeur check! Maintenant que le stress de désorientation est passé, on observe autour de nous tous ces gens qui sont silencieux, on a l’impression d’être tellement bruyant, automatiquement nous baissons le volume. Dans le wagon, je rencontre mon reflet et celui de Ben dans la vitre, au travers de tous ces Japonais, y a pas plus touriste que nous. Je croise le regard étonné de deux enfants qui nous observent, je crois que c’est mes cheveux frisés et très roux qui les fascinent, mais la maman qui garde les yeux sur son portable les rappelle discrètement à l’ordre. C’est connu, les Japonais sont l’exemple même de la politesse. Je leur renvoie tout de même un joli sourire, ce qui les fait prendre conscience de leur manque de subtilité, gênés, ils détournent vivement les yeux.

Prochain arrêt, c’est le nôtre, nous empoignons tout notre stock pour sortir rapidement avant que les portes ne se referment. Nous repérons vite la sortie et…l’escalier mobile, bon c’est clair que lorsqu’on réussit à monter dessus, personne ne peut nous dépasser nous prenons tout l’espace. Dehors, l’air est pas mal plus chaud que celui que nous avons quitté la veille, pas besoin de manteau. On tente de faire concorder les indications de Jay avec ce que l’on voit, quand on repère la rue que l’on doit monter jusqu’au dojo, on ne perd pas de temps. Les affiches de restaurants et les effluves de bouffe, nous font saliver, mais il est hors de question qu’on s’arrête pour le moment, chargés comme nous le sommes.

Nous bifurquons sur la petite rue parallèle qui est moins achalandée et qui est celle de l’adresse qui nous intéresse ici. Nous réalisons que ça nous prend uniquement des bagages sur roues lorsque l’on voyage en transport en commun. Benoit transporte 56 kilos dans trois sacs, et nous devons marcher un bon deux kilomètres, ce qui fait qu’on doit s’arrêter souvent parce que je ne peux l’aider, étant monopolisée à pleine capacité. Au moins mes valises sont sur roues mais sont lourdes et se trimbalent un peu avec difficulté. La nuit est tombée depuis un moment et même s’il fait noir, nous sommes en mesure de voir à quel point tout est propre, aucun déchet, aucun mégot ou d’excrément de chien, la végétation est entretenue et les vélos bien stationnés, droit et sans cadenas apparent. Les machines distributrices croisées sur le bord de la rue sous les lampadaires donnent une allure irréelle au paysage extérieur, on dirait presque un décor de studio.

Finalement on trouve notre adresse au bout de la rue où nous sommes accueillis par quelques membres de l’équipe et d’autres combattants venus d’ailleurs qui ont répondu à l’invitation de Jay, tout ce beau monde couche au Dojo comme nous. Jay vient nous rejoindre une quinzaine de minutes plus tard et nous propose de sortir tous les trois pour aller luncher dans un resto pas loin, l’un de ceux qui nous interpelait alors que nous passions avec nos bagages. Et c’est attablés, à 22:00 dans un petit restaurant sans prétention de Tokyo, avec ce grand gaillard blond beaucoup plus japonais qu’Américain que nous prenons notre apéro, une bière pour moi et Jay et un saké pour Benoit. Comme la vie peut être surprenante parfois, en fait je réalise que la vie que nous menons maintenant nous entraîne sur des routes souvent inattendues.
 
Pour appeler discrètement le serveur sans se faire remarquer.

Des yens! 100 yens=1,15$



Jay reçoit un appel, c’est Killian, de l’équipe irlandaise, il est arrivé! Nous finissons rapidement pour aller l’accueillir, j’essaie de tout capter la conversation entre Benoit et Jay sur le retour pendant que nous marchons vers le dojo, c’est plus difficile pour moi, visuelle que je suis, car je ne vois pas mon interlocuteur en face ce qui m’aide normalement à pallier mes lacunes en anglais. Benoit lui parle de notre balade, parfois tassés, dans le wagon. Jay nous raconte la fois où ses parents étaient venus lui rendre visite et qu’ils avaient pris le train sur l’heure de pointe. Sa mère, très grande et plantureuse, s’était retrouvée avec le visage d’un petit monsieur japonais coincée contre sa poitrine, elle s’était retournée vers son époux : ‘’Bob! I think I just had a relationship with this man’’. Son imitation avec l’accent du Midwest américain est savoureuse et cette anecdote est caractéristique du clash culturel notamment, la réserve japonaise et l’expressivité américaine.

Au bout de la rue, nous arrivons au castle Tintagel, le nom du quartier général de l’équipe japonaise, un endroit qui est étonnamment grand pour un local à Tokyo. Il est divisé en deux, d’un côté, on trouve le dojo au rez-de-chaussée et à l’étage au-dessus, une cuisine avec une table et des chaises et une boutique, de matériel médiéval. De l’autre côté, c’est là où l’équipe entrepose leurs armures, l’endroit sert aussi d’atelier et au-dessus, on dirait un grenier et cette semaine il sert de dortoir à une bonne quinzaine de combattants qui viennent de Nouvelle-Zélande, d’Australie, d’Autriche et de Pologne. Y a aussi un Américain qui dort pas loin à l’hôtel et nous et Killian qui dormons directement dans le dojo. Pour nous éviter d’avoir à apporter lit gonflable et sac de couchage en plus de tout notre barda, nous louons notre literie. C’est un service génial qui existe là-bas, une compagnie qui loue des futons avec oreiller et couette et s’il existe un endroit où je ne crains nullement de louer ma literie c’est bien au Japon, je sais que ce sera immaculé. Notre literie nous coûte environ 100$ pour la semaine et Jay nous loge gratuitement, c’est tellement gentil de sa part.

Nous sommes heureux de retrouver Killian, que nous avons quitté il y a deux mois en Irlande, c’est drôle, en plus des tournois internationaux annuels, on commence à avoir des ami(e)s d’ailleurs que l’on retrouve dans un autre ailleurs, nos amis belges en Irlande, notre ami Irlandais au Japon, c’est à la fois fascinant et à la fois…familier. Nous réalisons l’étendue de cette grande communauté qui s’installe et se tisse au sein de l’IMCF.


Benoit tout enthousiaste, discute avec les autres combattants à l’étage pendant que moi, je l’abandonne pour aller me coucher, là, je suis vraiment fatiguée et j’ai hâte de mettre mes jambes à l’horizontal pour leur donner une chance de désenfler. Alors que je ne l’attendais plus, mon homme vient me rejoindre, j’ignore si c’est par dépit parce que les autres voulaient se coucher ou si c’est parce que lui-même ne tenait plus debout, n’empêche qu’on a sombré en moins de deux minutes pendant que de l’autre côté de la planète, les gens faisaient leurs courses d’avant Noël en plein cœur d’après-midi.  
Notre plumard!

dimanche 26 novembre 2017

De l'autre côté de la planète!



14 heures?!!!!
Eh oui! Un vol pour Toronto et après on «fly» direct au Japon, me dit Benoit en consultant le site interne d’Air Canada.

Ouf! Le jour du départ, je me sens devenir claustrophobe, c’est beaucoup de temps à être coincés dans l’avion, pourvu qu’on ne soit pas assis dans les bancs du milieu de la rangée de quatre bancs elle-même au milieu. Bon à cheval donné, on ne regardera pas trop la bride! Mais on va prévoir le coup pour rendre ça le plus confortable possible. On apporte notre ordi avec des séries et des films, notre «splitter» avec nos gros écouteurs, nos oreillers de cou, un livre, un cahier de notes, des grignotines, une bouteille vide pour remplir juste avant de monter et même mon pyjama.

À Toronto, en attendant qu’on nous appelle pendant l’embarquement, nous sommes un peu nerveux, y a pas mal de monde. C’est toujours un peu stressant pour des vols comme celui-là, où l’on doit faire Montréal-Toronto avant, parce que dans le cas où nous n’embarquerions pas, nous devrions attendre 24 heures pour le prochain vol ou retourner à Montréal. Finalement on reconnait vaguement nos noms (des noms francophones c’est tellement exotique au Canada anglais!@@ Pfff) et on se rend au comptoir pour prendre nos billets. Nos sièges sont exactement ceux que nous redoutions, en plein milieu. On se croise les doigts, qui sait peut-être que les deux sièges de côtés seront libres?

Une fois à l’intérieur, eh ben non, nous nous dépêchons de trier ce qu’on garde avec nous et le reste est rangé dans le porte bagage. Je me dépêche aussi d’aller aux toilettes pour me changer et ainsi, éviter d’avoir à me lever et déranger mon voisin, du moins pour les deux prochaines heures. Nous avons tellement de stock tout autour de nous, que je suis découragée à l’idée de m’extirper de là éventuellement. Le moins souvent possible, le mieux ce sera. Je doute qu’on ait suffisamment d’espace pour regarder nos films sur notre ordi, mais sait-on jamais.

Je commence un film, c’est-à-dire que j’envisage de regarder un des films proposés par le système de divertissement d’Air Canada, mais avec les publicités interminables et les messages des agents de bord, du commandant, des nombreux rappels, en français et en anglais, et de l’interdiction de porter mes gros écouteurs avant d’être là-haut, ça prend une bonne demi-heure avant que je puisse écouter mon film.

Durant le repas, mon voisin, un monsieur japonais renverse un peu de son vin dans son cabaret et spontanément je l’aide en prenant ma serviette de papier pour éponger le dégât avec lui, il me remercie gentiment. Puis je finis mon repas en discutant avec Benoit, qui ne peut manger, ni la petite salade de fèves d’edamame (soya), ni le pain, ni le morceau de gâteau, juste la petite portion de saumon et de riz. Les grignotines vont finir de remplir son estomac et dans un monde idéal, nous nous enfoncerions dans nos films avant de nous endormir profondément jusqu’à demain matin, à temps pour le déjeuner.

Mais aujourd’hui l’idéal n’est pas au rendez-vous et c’est en dormant des « capsules » de 15-30 minutes, j’ignore comment ça peut être possible la tête coincée dans un oreiller comme le mien, avec un mal de cou du dormeur assis. Je n’ai plus de position, je sens ma circulation sanguine, en fait, je ne la sens plus et j’imagine mes chevilles enflées. C’est ainsi que se passe ma longue nuit et quand je vois que mon voisin n’est pas sur son siège, je me lève à mon tour avec une urgence de bouger plus encore que d’aller à la toilette. J’ai des p’tites mini bouffées de panique, j’ai hâte de sortir de l’avion, ce qui n’arrivera pas avant encore un bon trois heures.

Je réintègre ma place dès que les chariots commencent à circuler pour servir le déjeuner. Cette fois nous aurons un «vrai» déjeuner, je choisi les œufs brouillés avec saucisses et Benoit prend un gruau de riz. Normalement sur la majorité de nos vols (principalement de nuit), on nous sert avant d’arriver, une tranche de gâteau aux bananes, toujours la même, mais sur des vols aussi longs, faut évidemment manger plus souvent. C’est pourquoi au courant de la longue nuit, des nouilles ramens ont été servies ainsi que des pretzels, des collations que Benoit n’a pu manger malheureusement.   


La deuxième partie du vol est assez semblable à la première, une combinaison de bouts de film, de siestes et de bavardage avec Ben. Du moment que l’avion est immobilisé après l’atterrissage, les gens sont comme des ressorts et se lèvent même en sachant que ça prendra quand même un bout de temps avant qu’ils puissent sortir. J’ai l’impression que le dessous de mes pieds est arrondi tellement ils sont enflés et j’ai mal à mon genou. Je me le suis tordu l’été dernier en voulant éviter de tomber et il est resté sensible.

En nous dirigeant vers les douanes, nous laissant porter par le super long tapis roulant, mon voisin japonais passe tout près et dit à Benoit «Elle est mon amie!» et me salut poliment à la japonaise et continue son chemin. Je lui offre mon plus beau sourire en retour un peu surprise par cet ami spontanément déclaré, il ne m’a pas parlé du vol, soit il dormait, soit il était trop timide. En tout cas, il a apprécié mon aide même si elle m’a parue bien futile.

En arrivant à l’aéroport d’Haneda nous faisons un saut de 14 heures dans le futur, donc pour nous c’est le matin (nous sommes partis en pm la veille) mais ici c’est déjà en soirée, c’est un peu déroutant. En revanche, sur notre retour, nous arriverons le même jour et presque la même heure que nous serons partis de Tokyo. Notre vrai défi, sera de nous rendre au dojo de Jaye à partir des indications qu’il nous a donné, tout ça en transport en commun.

Déjà, faut récupérer nos gros et nombreux bagages et trimballer tout ça dans le métro de Tokyo, nous essayons de ne pas paniquer en regardant le panneau, on espère trouver de l’aide en anglais au pire. Nous n’avons pas le choix d’ouvrir l’œil et observer, car même si on voit ici et là des indications en anglais, c’est tout de même le japonais qui domine et c’est normal. Nous repérons un guichet et allons d’abord retirer de l’argent, ensuite on regarde encore les notes de Jaye et à l’aide de la grande affiche du métro, on trouve l’endroit où l’on doit transférer. On installe nos bagages et nos sacs stratégiquement, c’est-à-dire, j’ai la grosse valise à roulette avec un sac dessus d’une main et de l’autre ma petite valise sur roues aussi. Ben a son gros sac à dos plus ses deux gros sacs d’armure et après avoir acheté nos tickets, nous passons les tourniquets tels des escargots trainant notre maison sur notre dos (j’exagère à peine nous vivons dans un minuscule 3 et demi!).


C’est ultra propre, nous pourrions nous asseoir sur le plancher et y manger et les gens concentrés sur leur portable, sont silencieux, le seul bruit vient des voix habituelles d’annonces dans le métro et ça, toutefois, on l’entend régulièrement. Étrangement, comme nous avons suivi pas mal de séries d’animés japonais (Benoit encore plus que moi) l’ambiance du métro nous semble presque familière. On se tient prêt et quand le wagon ouvre ses portes devant nous on se dépêche de tout rentrer rapidement, par chance y a pas de foule compacte. Nous jetons un œil au panneau à l’intérieur question de nous donner une idée de la distance à faire en comptant les stations, et attendons de voir le prochain arrêt pour s’assurer que nous sommes dans la bonne direction. Quand c’est fait, on se détend un peu, les gens sont très discrets et ne nous dévisagent pas, même si c’est clair qu’on est des vrais de vrais «gaijins». Dans notre cas, on pourrait être des extra-terrestres et nous ne serions pas plus étranger, physiquement et culturellement, mais en plus nous avons des personnalités plutôt… disons… démonstratives. Avec notre ilot qui prend beaucoup de place, nous sommes un peu gênés et sommes un peu soulagés quand nous descendons sur le quai. Les gens sont très respectueux, mais nous avons l’impression d’arriver dans ce pays, comme avec des grosses bottes sur un plancher tout propre et fraîchement ciré.

jeudi 23 novembre 2017

Automne 2016



Il y a maintenant un an, je décidais d’écrire ces chroniques afin de faire découvrir l’univers du béhourd qui a pris place, il y a presque cinq ans, dans notre vie, à Benoit et moi. Après 62 chroniques totalisant 372 pages, je ne me lasse pas de raconter nos aventures un peu partout dans le monde, mais aussi les réalités avec lesquelles nous devons composer. Je travaille actuellement à créer un site web et à traduire les chroniques en anglais pour pouvoir offrir un plus grand accès le plus vite possible.

Ne manquez pas de lire les prochains récits de voyage, qui cette fois, vous entraîneront, entre autres, sur deux nouveaux continents, l’Asie et l’Amérique du sud. Qui aurait pu dire que le combat médiéval à la façon européenne se pratiquerait au Japon et en Argentine? Et bien vous découvrirez que non seulement ce sport y est pratiqué, mais en plus, il y est pratiqué avec sérieux, même si ces gens rencontrent plus d’obstacles en ce qui concerne l’approvisionnement du matériel et du voyagement.

Comme si ce n’était pas suffisant pour une année, vous pourrez aussi nous suivre au Danemark et en Écosse (deux fois!).  Mais…continuons là où nous étions rendus, c’est-à-dire en novembre 2016, au retour de notre aventure en Irlande.

Novembre, dehors on gèle, nous avons eu une bordée de neige la nuit dernière. Alors que je prends mon café en relisant ma première chronique, Benoit me demande : ‘’Japon le mois prochain?’’ Jaye Noyes, le capitaine de l’équipe japonaise, lui avait touché un mot à propos d’un tournoi en studio, à Tokyo, avant notre voyage en Irlande, mais pour nous, ça relevait du fantasme : un voyage en octobre en Irlande, le meeting au Danemark en novembre et le Japon juste avant Noël, c’était de la folie. Ça fait un peu plus d'une semaine que Benoit est revenu de l’Assemblée générale, et il me propose ça. Avons-nous les finances pour? Le billet d’avion n’est pas un problème comme toujours, mais les frais de voyage? Et puis pourra-t-il réussir à faire encore des échanges d’horaire avec ses collègues de travail?

On commence à cogiter là-dessus plus sérieusement soudainement conscient que le fantasme est peut-être réalisable. Parallèlement, Benoit travaille activement sur le tournoi au Danemark et…sur celui en Écosse. Lui et William Murray ont une correspondance continue, même si l’administration de Scone Palace est maintenant sur le coup. Benoit flotte encore un peu, car il a enfin eu la reconnaissance de ses pairs quand il a eu droit à une ovation de la part de l'assemblé pour son travail titanesque accompli pour le Portugal et pour le projet Écosse en 2018. Il est conscient depuis un bout de temps qu’il ne doit plus attendre de reconnaissance de ses pairs au Québec. Déjà que la médaille d'or remportée par son équipe en Irlande est complètement passée sous silence ici. Seule Christine qui est au sein du CA de la fédération québécoise maintenant, tente d’encourager tout le monde, incluant l’équipe de Benoit. Mais bon, il commence presque à être habitué et il concentre son énergie à l'international (IMCF), là au moins son travail est reconnu et apprécié. Personnellement, je ne comprends pas, je trouve que ça frise le ridicule, on préfère le snober plutôt que de profiter de ce qu’il apporte : Une voix pour le Québec sur l’échiquier mondial.  D’un autre côté, y a des membres ici qui ont des comportements inacceptables, cyberintimidation sur les babillards, propos racistes, homophobes, sexistes et quand ces derniers participent à des tournois, trichent, blessent volontairement avec des coups illégaux, on les tolère voire on les félicite pour leur participation. Y a des jours où je me lève avec une envie d’en fesser quelques-uns et d’autres où je me dis qu’au sein de la fédération y a un gros problème de syndrome de Stockholm. On a beau essayer de prendre ça avec philosophie, n’empêche que ce genre d’attitude va tuer le béhourd au Québec, car à force de tolérer l’intolérable, on justifie des comportements haineux qu'il faudrait pourtant et à tout prix empêcher de s'installer chez des gens qui se frappent avec des armes réelles pour se divertir. Le pire est que lorsqu’on aborde le problème avec certains membres de la fédération, on dit ‘’Ben si on les met dehors on va perdre trop de monde et ça va tuer le sport au Québec.’’ Quelle farce grotesque !!

 Comme apparemment Benoit parle dans le vide, il se concentre ailleurs et cueille chaque petit moment positif comme une victoire sur sa vie, son meeting lui a fait du bien. Seul inconvénient, il n’a presque rien mangé car avec des problèmes alimentaires comme le sien, un petit budget et très peu de choix de restaurants, ça veut dire souvent, jeûner contre son gré. Quand il me raconte via messenger, qu’il n’a pu manger le repas offert par le château Spotrup (viande en sauce, sauce=farine) et que plus tard, en soirée, il a mangé sa frite chez McDo en regardant avec envie les autres s'empiffrer de gluten, ça me rend triste pour lui. La veille, il a mangé un hambuger steak bien ordinaire dans un resto, un des rares repas accessibles pour lui et avec un verre de vin, ça lui en a coûté 300 couronnes danoises (environ 60$). Bien sûr, ça peut paraître plutôt raisonnable pour ce genre de repas, mais pour nous qui sommes habitués de voyager à coûts réduits, c’est beaucoup en considérant qu'il y a quelques repas d'ici son retour lundi soir. Il n’avait pas non plus prévu qu’il ne pourrait pas manger le repas offert après l’Assemblée. Bref, quand il est revenu à la maison, je l’attendais avec un super Mac&cheese sans gluten, plat qu’il a dévoré.

Ce meeting qu’il a fait sans moi, nous fait prendre conscience à quel point nous sommes liés en tant qu’amoureux bien sûr, mais aussi en tant que partenaires dans cette aventure. Durant les quatre jours qu’a duré son voyage, nous discutions plusieurs heures sur messenger et surtout à propos du meeting, du prochain tournoi et de celui qu'on ne doit pas annoncer avant la cérémonie de clôture.  Il a pu constater que le coût de la vie est très élevé là-bas, va falloir que nous soyons stratégiques quand nous irons en mai.. Heureusement, il y aura une formule de location de mini tentes sur le terrain à bas prix pour ceux qui viennent de loin (et y en a beaucoup!). Il y aura aussi un forfait repas offert pour cinq jours par l’administration en place, et si c’est bon pour moi, c’est risqué pour Ben, condamné, peut-être à ne pas pouvoir manger la moitié des aliments. Comme dans la plupart des pays nordiques, au Danemark, il y a beaucoup de féculents et dans les restaurants, surtout sur la route, bien souvent, que des burgers ou de la pizza. Notre solution serait-elle de louer une voiture et acheter notre bouffe au marché en ville? Nous avons toujours, la poudre et les barres protéinées et notre gros sac de noix mélangées, mais une semaine c'est long tout de même.


Nous devrons évaluer combien il en coûte pour la location de voiture, et le cas échéant, les prix de trains ou d’autobus entre Copenhague et Spottrup  à 150 kilomètres l’une de l’autre. Comme il l’a fait pour l’Irlande, Benoit ne veut prendre personne sur ses billets, nous n’avons donc pas à tenir compte des autres. Nous avons encore six mois devant nous, mais deux semaines pour nous décider pour le Japon…

Table typique chez-nous, on reconnait, l'épée, des pièces d'armure, un passeport, une prise d'adapteur europééenne, un fouilli de papier et bien sûr l'ordi.  

vendredi 20 octobre 2017

Dublin étourdissante, culturelle et enivrante



Ça fait des années, qu’on projette d’aller à Dublin pour voir le Book of Kells au Trinity College, d’aller visiter la célèbre cathédrale St-Patrick et de prendre une bière au fameux pub Temple bar, c’est aujourd’hui que nous y allons! Notre choix de logis dans le quartier Temple bar a été justement pensé en fonction d’être le plus près possible des endroits où nous voudrions aller parce que nous n’avons qu’une seule journée pour le faire. Nous sommes conscients que c’est vraiment peu, mais je me dis, comme je le fais toujours en voyage pour profiter au maximum du présent, qu’anyway on reviendra pour voir le reste.

Cependant on se dépêche de commencer notre journée, et on ne s’attarde pas dans notre chambre. L’annonce disait un appartement, dans les faits, c’est une chambre avec un petit coin espace d’environ un mètre et demi de large pour le mini frigo, comptoir, deux ronds à cuisiner et un lavabo. La salle de bain est minuscule et aurait besoin de sérieuses rénovations et comme pour le lavabo, faut penser à ouvrir la «switch» pour obtenir de l’eau chaude. On fait pas trop nos difficiles, on a un lit propre et on est tout près de ce que nous voulons visiter.

À quelques coins de rue, il y a un gros Starbuck, c’est parfait, pour un déjeuner (une banane et un bout de fromage pour Benoit) sur le pouce et un gros café. Nous sommes mardi, heure de pointe, ça grouille de travailleur(euse)s et d’étudiant(e)s, ça bouge beaucoup et vite, nous sommes décalés dans notre errance touristique. Les gros autobus à deux étages, les autos, les camions de livraison, les scooters et beaucoup beaucoup de cyclistes et de piétons circulent dans des rues qui sont assez étroites à notre perspective. C’est comme si nous avions la circulation de Sherbrooke à la hauteur de St-Denis, avec les cyclistes et les piétons du Plateau le tout circulant sur Ste-Catherine. On est Montréalais depuis près d’une vingtaine d’années et pourtant on est impressionnés par autant de mouvement aussi près de nous!

Faut avoir des yeux tout le tour de la tête, particulièrement quand on traverse les rues, celles qui ne sont pas à sens unique surtout. Mine de rien, quand les autos roulent à sens inverse de ce que nous connaissons, nous nous y prenons à deux et trois fois pour regarder des deux côtés, sans même trop nous en rendre compte. Autour de l’université, y a aussi plein de réparations de rue, de cônes orange, de détours à faire, ça nous rappelle un peu notre Montréal bientôt complètement orange d’automne et orange de réparations actuelles. Les détours pour nous rendre à la porte du célèbre College sont assez complexes et finalement on va pour le plus facile : Nous suivons le flot étudiant. 
   
Nous optons pour la petite visite guidée par des étudiants, en échange de quelques euros. Elle se limite à une visite extérieure autour de l’Université, de la Cour, des différentes parties des bâtiments où on nous parle de son histoire et de quelques anecdotes.

Je ne suis pas tant impressionnée par l’allure extérieure des bâtiments, je suis même un peu surprise par leur sobriété, après tout, c’est une université qui accueille seulement 17 000 étudiants par année, en comparaison, l’université de Montréal en reçoit 64 000. Fondée en 1592 par Élizabeth 1ière, c’est la plus vieille université d’Irlande, et jusqu’en 1793 elle était réservée aux jeunes hommes anglicans. Après cette date, elle fut accessible à tous mais interdite par l’Église catholique et gaélique qui fonda en 1851 la Catholic University of Ireland. Ce n’est qu’à partir de 1970 que l’autorité cléricale accepta que ses fidèles fréquentent Trinity College. Les femmes y furent, tant qu’à elles, admises à partir de 1904. Beaucoup de grands écrivains l’ont fréquenté, beaucoup d’auteurs comme Bram Stoker, Samuel Becket, Jonathan Swift (Les voyages de Gulliver), Oscar Wilde, mais aussi Mary Robinson, première femme présidente d’Irlande et Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, entre autres.

Une partie de ma conscience tente de suivre le guide, mais comme je sais que Benoit pourra me faire un résumé de ce que je n’ai pas saisi, je laisse l’autre partie errer. Je pense aux Irlandais, ceux qui ont fréquenté l’autre université, la gaélique, je pense aussi à ses gens qui à peine sortis de la misère économique ont lutté pour leur indépendance.   Je suis admirative en songeant à ce peuple qui a tant souffert par la main anglaise, la famine la pauvreté, l’injustice, les interdictions de parler leur langue ou d’utiliser leurs référents culturels, les luttes, la ténacité, les sacrifices pour obtenir finalement leur indépendance en 1949 et devenir la République d’Irlande. J’ai commencé à m’intéresser vraiment à la politique avec notre référendum de 95, et j’en suis sortie dévastée après tant d’espoir et de rêves de souveraineté. Le film Michael Collins est sorti l’année suivante et j’ai découvert avec lui, l’Irlande politique, celle qui est passée à l’histoire. Que j’envie leur victoire, leur indépendance vis-à-vis de la couronne britannique!


Si vue de l’extérieur, elle n’est pas vraiment différente de n’importe quelle université ancienne, l’université renferme de véritables trésors, dont sa bibliothèque immense qui abrite toute l’ancienne littérature irlandaise, y compris de magnifiques manuscrits médiévaux et bien sûr, le livre de Kells.


Quand nous entrons, nous sommes sans voix, complètement subjugués! Sûrement que J. K Rowling s’en est inspirée quand elle a imaginé Poudlard. Le paradis du livre ancien! Tous les livres sont classés judicieusement, des énormes dans le bas aux plus petits, tout en haut, car des échelles sont nécessaires dans toutes les sections sur les deux étages. Au milieu, trône une superbe harpe, que la légende attribue à Brian Boru, le roi le plus emblématique du passé irlandais qui est mort en 1014. Dans les faits, elle date plutôt du 14ième ou 15ième siècle et appartient au Trinity College depuis 1760. Elle est l’une des trois seules harpes de ce type qui ont traversé les siècles et est devenue le symbole de l’Irlande ainsi que le logo, en 1876, de la célèbre bière noire de la brasserie Guinness.


Nous folâtrons un peu chacun de notre côté, en pamoison sur à peu près tout ce que nous voyons jusqu’à ce qu’un agent de sécurité vienne me parler assez rudement, il croit que je suis entrée à partir de la boutique souvenirs qui est l’étage au-dessous, sans payer. Je ne comprends vraiment pas quelle mouche l’a piqué et comme je suis en train de chercher mon billet d’entrée dans ma sacoche, avec la ferme intention de lui coller sur le nez, Benoit arrive en trombe, voyant probablement la fumée qui me sort des oreilles, et vient expliquer dans un meilleur anglais que le mien que nous avons bel et bien payé.

Non mais, c’est quoi cette attitude d’accuser les gens gratuitement! Ça me prend un bon quinze minutes à me calmer. La magie un peu atténuée par ce malotru nous descendons justement dans la boutique souvenirs, juste par curiosité mais je m’achète tout de même une mignonne petite bague à cinq euros qui change de couleur selon l’intensité de mon amour (la chaleur de ma main) et serti d’un triskel.

Ensuite nous ne perdons pas plus de temps, nous voulons voir le Grand Évangéliaire de saint Colomba appelé communément the Book of Kells, ouvrage d’enluminure absolument magnifique qui date aux alentours de 800 après J-C, à l’époque de Charlemagne. L’Irlande à ce moment-là, est un cas unique au sein de la chrétienté, d’abord moins centralisé et moins organisé que sur le continent et d’avantage tournée vers le monachisme. L’isolement et la culture orale et artistique environnante influencent une forme particulière de christianisme depuis le 6ième siècle et font de l’Irlande, l’incontournable du bon moine. 

Malheureusement, on ne peut prendre des photos du manuscrit puisque nous n’y avons accès qu’indirectement étant donné sa fragilité, c’est pourquoi plusieurs pages ont été photographiées, agrandies et mises sur de grands panneaux pour qu’on puisse bien les voir. Les photos qui suivent ont été prises sur Internet toutefois.





Après une bonne heure à admirer ces chefs-d’œuvre, notre estomac commence à réclamer à manger, mais nous aimerions passer voir la cathédrale Saint Patrick avant de nous arrêter pour bouffer. Donc on sort rapidement et après avoir jeté un coup d’œil à notre carte, nous repérons rapidement le lieu où nous voulons aller.

La circulation nous semble un peu moins dense, mais après quelques heures passées dans une bibliothèque silencieuse et un musée à faible intensité lumineuse, la rue est tout de même un peu brutale. Cependant en moins d’une demi-heure nous entrons dans un autre endroit reconnu pour le calme, une cathédrale.



Saint Patrick, cathédrale catholique reconstruite au 13ième siècle, est devenue plus tard le siège du culte anglican en Irlande. Elle porte le nom du saint patron qui aurait officié la première fois, au 5ième siècle, à cet endroit. Comme c’était de coutume, les premiers établissements chrétiens se construisaient sur les lieux des anciens cultes païens, une stratégie efficace qui fonctionnait bien, puisque les fidèles continuaient de s’y rendre pour les mêmes raisons au fond. On peut supposer que Patrick choisit le nouveau lieu de culte de la même façon afin d’y faire construire une première cathédrale, qui sera remplacée par les Normands au 12ième siècle, puis reconstruite un siècle plus tard.

L’avantage d’avoir un chum aussi maniaque d’histoire que moi, c’est qu’on aime visiter les mêmes endroits et qu’aucun ne s’ennuie, bien sûr, aucun des deux ne rappelle à l’autre qu’il est peut-être temps de passer à autre chose. Pour l’instant c’est notre estomac qui crie violemment après avoir patienté un autre bon deux heures! Ok Ok on s’en va luncher!
Nous ne sommes pas très loin de notre chambre et tout près il y a des p’tits snack bars où l’on sert des loaded fries comme on a mangé à Galway, miam.

Ùne frite, bacon, crème sûre assaisonnées et oignons verts. 8 000 calories (je présume)!

 On commande pour apporter, nous mangerons ça dans notre chambre avec un cidre car nous devons faire quelques vérifications pour notre transport demain matin. Comme notre vol est en matinée; que dans notre situation particulière nous devons toujours être sur place quasiment trois heures d’avance pour pallier aux imprévus; qu’on doive trouver un taxi qui peut nous prendre, nous et nos six valises pour nous rendre à l’aéroport, nous devons vérifier à l’avance comment nous procéderons. Nous devons aussi considérer qu’il nous faut du temps pour faire quelques allers-retours pour descendre tout ça et prévoir que l’un de nous parte à la recherche du taxi disponible. 

Beaucoup de clés et serrures sont encore sur un modèle ancien.  

Nous avons pensé à appeler une compagnie de taxi, pour en réserver un à 8 heures devant notre porte, puis finalement nous décidons que nous serons en bas à 7:00 et nous nous débrouillerons comme nous le faisons toujours anyway!

Quand on finit de luncher, nous sommes en fin d’après-midi et nous retournons dehors, le reste de notre journée est consacrée à se promener dans le quartier et à s’arrêter dans un pub ou deux. Y en a partout et pour l’instant c’est encore un peu tranquille, bien que nous ressentons déjà la fébrilité du nightlife à chaque tournant, y a tout plein de touristes qui cherchent sûrement la même chose que nous : des pubs animés! Ici et là, quelques-uns s’éveillent un peu comme des réverbères qui s’allument à mesure que la pénombre du crépuscule fait place à la nuit. En tout cas c’est pas bien long que les pubs se remplissent, à l’intérieur mais aussi autour, débordant de clients qui ne peuvent supporter d’être aussi tassés autour du bar et des musiciens ou tout simplement pour pouvoir fumer. De toute façon, le party est autant dehors qu’en dedans.

Nous y allons à l’oreille, on entre dans le premier où on entend un musicien, le temps de quelques chansons en sirotant un Black&tan (moitié Guinness et moitié cidre) et un cidre pour Ben. Mais la rue nous appelle, nous retournons nous promener, gourmands que nous sommes, de tout voir, entendre, goûter et ressentir. Évidemment c’est en majorité des touristes comme nous qui déambulent dans les rues, débouchant aux intersections avec le même air insouciant et heureux que nous. Nous sommes bien conscients que nous passons notre soirée dans ce qu’on appelle «une trappe à touristes», mais on s’en fout, on a du fun!

Nos jambes nous mènent tout naturellement vers le mythique Temple bar et nous nous y engouffrons sans la moindre hésitation pour nous mêler à cette foule joyeuse et bien réchauffée par le band qui joue à fond la caisse des airs de néo-trad que nous reconnaissons bien pour en avoir entendu plusieurs au Hurley’s irish pub à Montréal. Nous profitons totalement de l’instant présent, conscients que dès demain matin ce sera la course folle pour nous rendre à l’aéroport, puis vers Montréal et notre train-train quotidien, qui n’est jamais tout à fait banal dans notre cas.

Dans l'avion, Ben découvre un souvenir du tournoi, gracieuseté de Peter.


lundi 25 septembre 2017

À l'aventure pour Dublin!





Lundi, petit matin pluvieux et brumeux, c’est inévitable après deux jours ensoleillés, l’Irlande a repris sa routine et son climat habituel. On s’en fout un peu, nous ne sommes pas venus ici pour ça de toute façon. Après avoir ramassé nos bagages et s’être habillés, nous réveillons Cloé question qu’elle ne nous cherche pas inutilement quand elle se lèvera car nous allons déjeuner dans un restaurant, tiens pourquoi pas l’hôtel à cinq minutes à pied.

Quelques minutes après s’être installés, les parents de Brendan entrent dans la salle, visiblement ils ont dormi à l’hôtel, nous sommes ravis de les inviter à notre table. Pour une fois nous avons le temps de discuter tranquillement et ça fait changement, c’est très agréable. Nous sommes à une étape de nos vies où notre situation nous permet d’avoir des discussions intéressantes avec différents groupe d’âge. D’abord les plus jeunes qu’on côtoie constamment dans notre activité, et même si nous sommes dans la quarantaine et que nous faisons partie d’une minorité dans ce sport, ça nous garde en contact direct avec les plus jeunes. Toutefois, en tant que parents (Janik et Karelle sont dans la jeune vingtaine) nous sommes en mesure de discuter avec d’autres parents, partageant des inquiétudes, des espoirs, des fiertés semblables. Quand j’y pense, Brendan n’a que quelques années de plus que mon fils, mais je le perçois comme un ami. En discutant avec ses parents je prends conscience à quel point, je ne maternise jamais ces jeunes dont plusieurs pourraient être mes enfants, ce sont des ami(e)s. Peut-être aussi, le fait que nous ayons tout perdu il y a deux ans et que nous ayons choisi de vivre une vie qui ressemble beaucoup plus à celle des jeunes que celle de nos parents ou des gens de notre âge, nous permet une complicité avec eux qu’ils n’auront peut-être pas avec leurs parents.

Nos enfants ont maintenant leur propre vie, nous n’avons plus de chien et nous vivons dans un tout petit appartement, juste suffisamment grand pour contenir le strict minimum et qui nous sert de pied à terre quand nous sommes ici. Il est hors de question que nous pensions à nous acheter une maison un jour, même si nous en avions les moyens, pour nous, une maison c’est une prison dorée qui demande trop de responsabilités, d’argent, de temps et qui t’empêche donc de voyager.


De retour au château, nous donnons un coup de main à Brendan pour ramasser les lits des voyageurs, repartis tôt ce matin, et ramassons nos bagages et les descendons dans le hall. Pendant notre absence, Cloé est partie visiter Galway, et comme nous devons partir dans moins d’une heure pour aller prendre notre bus pour Dublin, nous n’aurons pas le temps de la saluer.

L'humidité 


La salle d'entraînement de l'équipe irlandaise


Avant de partir, Brendan nous montre leur salle d’entraînement au château, nous qui avons tant de mal à trouver un espace intérieur décent au Québec, sommes ébahis et jaloux. Puis nous descendons à regret pour appeler notre taxi et saluer les quelques amis irlandais qui sont venus ramasser et nettoyer toute trace du tournoi de ce week-end, mais que nous retrouverons heureusement en mai au Danemark.


Dans le taxi qui nous amène au terminus on discute avec le chauffeur d’origine pakistanaise intrigué par notre accent. Il nous révèle que s’il adore les Irlandais, en revanche, il ne s’est jamais habitué au climat, bien qu’il vive ici depuis quelques années. Il nous parle d’un cousin qui habite Montréal et à quel point celui-ci lui parle des tempêtes de neige, il aimerait bien le visiter un jour, en hiver, mais pas trop longtemps.

Lorsqu’il nous dépose, nous notons que la course nous a coûté moins chère qu’elle ne l’aurait coûté à Montréal, je le note mentalement. C’est le genre de détails qu’on apprend à mémoriser quand on voyage beaucoup. Nous lui donnons un généreux pourboire, considérant qu’il a tenu à mettre et enlever lui-même tous les bagages, juste pour l’armure et les épées c’est presque héroïque, il l’a gagné cette course-là!

Comme nous sommes tout prêts de l’arrêt de notre autobus, je reste avec les bagages pendant que Benoit va acheter les billets à l’intérieur. Nous sommes excités comme des puces, on va enfin voir Dublin, autrement que par la sortie de son aéroport. Notre autobus a l’air d’un gros insecte avec son gros œil unique (immense pare-brise) et ses miroirs qui ont l’air des antennes. C’est avec beaucoup d’entrain que nous nous engouffrons dedans, après avoir déposé dans la soute à bagages nos trois grosses valises (dont une gigantesque) le gros sac de sport, le sac à dos et ma petite valise de cabine. Je sens que ça va me faire tout drôle quand je monte les marches, sur le côté opposé de ce que j’ai toujours été habituée, et nous choisissons de nous asseoir dans le premier banc, juste derrière le chauffeur, donc… à droite.



Au début, je trouve ça un peu vertigineux d’être assise aussi haute, avec un pare-brise qui descend jusqu’à mes pieds à regarder défiler le paysage et les voiture en sens opposé, mais au bout d’un moment je m’y habitue. Je pensais bien que nous dormirions, mais c’est sans compter notre propension à mémérer, c’est pourquoi notre trajet de deux heures se fait à échanger nos impressions sur ce qu’on a vécu jusqu’ici, sur ce que l’on voit en ce moment et sur ce que l’on veut faire à Dublin.

L’autobus nous dépose en plein cœur du centre-ville de Dublin, pas directement au terminus qui nous éloignerait trop de notre destination. Nous aurions peut-être dû le faire finalement… D’abord parce que descendre et récupérer nos encombrants bagages au milieu d’une rue qu’on pourrait comparer par son achalandage à St-Laurent, à l’heure de pointe, où le sens de la circulation est pour nous chaotique, est un vrai challenge. Ensuite, faut trouver un coin pour empiler nos bagages pour ne pas nuire aux autos, aux vélos, aux piétons qui circulent tout bord tout côtés et trouver un taxi assez grand pour nous prendre. Au bout de quinze minutes à nous faire refuser la course par tous les taxis qui nous passent sous le nez, Ben part à la recherche d’un stand à taxi, peut-être qu’il pourra s’informer pour une voiture plus grande. Pendant ce temps je reste à surveiller nos bagages, pour la forme, j’aimerais bien voir la tête du premier qui tenterait de partir avec l’une de ces valises, bonne chance!

J’ai l’impression d’être dans l’œil d’une tornade, tant je suis complètement décalée d’avec le brouhaha autour de moi, et je n’ose pas bouger de peur de me faire happer par le courant. Je n’ai guère le choix quand Benoit arrive en taxi dix minutes plus tard. Le chauffeur, proche de la retraite, affiche un air découragé mais poli quand il voit tous nos bagages, il a vite compris pourquoi nous avons eu tant de mal à obtenir un taxi. On doit faire vite, les rues sont assez étroites et bondées par la circulation, c’est assez étourdissant. Ben, compréhensif, l’aide à mettre le tout dans la valise et sur le siège derrière avec moi, puis nous lui refilons l’adresse qui est à moins de dix minutes d’ici, mais qui aurait été impossible de marcher, chargés comme nous le sommes. Arrivés à destination, on essaie de descendre le plus rapidement possible avec nos bagages. Cette fois-ci, on ne peut pas dire que notre chauffeur est aussi sympathique que celui à Galway, peut-être est-ce le stress de la ville, l’âge, qui sait?

Nous devons attendre l’ami de celle qui nous loue son minuscule appartement, il habite tout près et il viendra nous porter la clé. Comme nous ne communiquons que par Internet, c’est un peu téméraire car il nous faut trouver du WI-FI autour de nous. Je n’ose imaginer la situation advenant que nous n’ayons jamais la clé, mais il finit par arriver et nous entreprenons de monter les valises…au troisième étage. Les couloirs sont minuscules et les étages ont chacun, un système de détection qui allument temporairement la lumière quand nous y passons, nous laissant dans le noir entre deux étages. Comme nous ne pouvons laisser les bagages seuls en bas, ça nous prend un bon quinze minutes à tout monter.

La porte (rouge et noire) qui nous mène à notre p'tit AirbNb


L’appart est minuscule et a déjà eu certainement des jours plus heureux, mais il est propre, il a du WI-FI et est dans un quartier très achalandé donc très intéressant. De toute façon, on se dit que nous ne sommes pas ici pour rester dans cet appart, nous n’avons besoin que de son utilité, pour y dormir et se laver. C’est pourquoi nous le quittons rapidement question d’aller explorer les alentours et manger.

Un pub magnifique...dans une ruelle

Lorsque nous atterrissons sur le trottoir, on se laisse prendre avec bonheur cette fois par le flot urbain, sans valises et sacs, c’est plutôt grisant. Nous sommes profondément citadins et préférons la ville et son mouvement impétueux que la campagne et ses plaisirs bucoliques. Nous apprécions cette liberté que l’on a de nous déplacer partout facilement, dans un espace pas si grand (le tiers de la superficie de Montréal) mais qui regorge de trésors et d’histoire. Les ruelles sont tout aussi intéressantes que les rues et si à Montréal ces endroits originellement plutôt sales et mal famés, sont maintenant de plus en plus beaux et verts, ici on y trouve même des pubs magnifiques.

Nous profitons donc de cette liberté et déambulons aussi longtemps que nos jambes veulent bien nous porter, puis nous arrêtons dans un pub pour manger et prendre un verre avant d’aller nous coucher repus et fatigués. Demain, une grosse journée nous attend!

La devanture de notre édifice