14 heures?!!!!
Eh oui! Un vol pour Toronto et après on «fly»
direct au Japon, me dit Benoit en consultant le site interne d’Air Canada.
Ouf! Le jour du départ, je me sens devenir
claustrophobe, c’est beaucoup de temps à être coincés dans l’avion, pourvu
qu’on ne soit pas assis dans les bancs du milieu de la rangée de quatre bancs elle-même
au milieu. Bon à cheval donné, on ne regardera pas trop la bride! Mais on va
prévoir le coup pour rendre ça le plus confortable possible. On apporte notre
ordi avec des séries et des films, notre «splitter» avec nos gros écouteurs,
nos oreillers de cou, un livre, un cahier de notes, des grignotines, une
bouteille vide pour remplir juste avant de monter et même mon pyjama.
À Toronto, en attendant qu’on nous appelle
pendant l’embarquement, nous sommes un peu nerveux, y a pas mal de monde. C’est
toujours un peu stressant pour des vols comme celui-là, où l’on doit faire
Montréal-Toronto avant, parce que dans le cas où nous n’embarquerions pas, nous
devrions attendre 24 heures pour le prochain vol ou retourner à Montréal.
Finalement on reconnait vaguement nos noms (des noms francophones c’est
tellement exotique au Canada anglais!@@ Pfff) et on se rend au comptoir pour
prendre nos billets. Nos sièges sont exactement ceux que nous redoutions, en
plein milieu. On se croise les doigts, qui sait peut-être que les deux sièges
de côtés seront libres?
Une fois à l’intérieur, eh ben non, nous
nous dépêchons de trier ce qu’on garde avec nous et le reste est rangé dans le
porte bagage. Je me dépêche aussi d’aller aux toilettes pour me changer et ainsi,
éviter d’avoir à me lever et déranger mon voisin, du moins pour les deux
prochaines heures. Nous avons tellement de stock tout autour de nous, que je
suis découragée à l’idée de m’extirper de là éventuellement. Le moins souvent
possible, le mieux ce sera. Je doute qu’on ait suffisamment d’espace pour
regarder nos films sur notre ordi, mais sait-on jamais.
Je commence un film, c’est-à-dire que
j’envisage de regarder un des films proposés par le système de divertissement
d’Air Canada, mais avec les publicités interminables et les messages des agents
de bord, du commandant, des nombreux rappels, en français et en anglais, et de
l’interdiction de porter mes gros écouteurs avant d’être là-haut, ça prend une
bonne demi-heure avant que je puisse écouter mon film.
Durant le repas, mon voisin, un monsieur
japonais renverse un peu de son vin dans son cabaret et spontanément je l’aide
en prenant ma serviette de papier pour éponger le dégât avec lui, il me
remercie gentiment. Puis je finis mon repas en discutant avec Benoit, qui ne
peut manger, ni la petite salade de fèves d’edamame (soya), ni le pain, ni le
morceau de gâteau, juste la petite portion de saumon et de riz. Les grignotines
vont finir de remplir son estomac et dans un monde idéal, nous nous
enfoncerions dans nos films avant de nous endormir profondément jusqu’à demain
matin, à temps pour le déjeuner.
Mais aujourd’hui l’idéal n’est pas au
rendez-vous et c’est en dormant des « capsules » de 15-30 minutes, j’ignore
comment ça peut être possible la tête coincée dans un oreiller comme le mien, avec
un mal de cou du dormeur assis. Je n’ai plus de position, je sens ma
circulation sanguine, en fait, je ne la sens plus et j’imagine mes chevilles
enflées. C’est ainsi que se passe ma longue nuit et quand je vois que mon
voisin n’est pas sur son siège, je me lève à mon tour avec une urgence de bouger
plus encore que d’aller à la toilette. J’ai des p’tites mini bouffées de
panique, j’ai hâte de sortir de l’avion, ce qui n’arrivera pas avant encore un
bon trois heures.
Je réintègre ma place dès que les chariots
commencent à circuler pour servir le déjeuner. Cette fois nous aurons un «vrai»
déjeuner, je choisi les œufs brouillés avec saucisses et Benoit prend un gruau de
riz. Normalement sur la majorité de nos vols (principalement de nuit), on nous
sert avant d’arriver, une tranche de gâteau aux bananes, toujours la même, mais
sur des vols aussi longs, faut évidemment manger plus souvent. C’est pourquoi au
courant de la longue nuit, des nouilles ramens ont été servies ainsi que des pretzels,
des collations que Benoit n’a pu manger malheureusement.
La deuxième partie du vol est assez
semblable à la première, une combinaison de bouts de film, de siestes et de
bavardage avec Ben. Du moment que l’avion est immobilisé après l’atterrissage,
les gens sont comme des ressorts et se lèvent même en sachant que ça prendra
quand même un bout de temps avant qu’ils puissent sortir. J’ai l’impression que
le dessous de mes pieds est arrondi tellement ils sont enflés et j’ai mal à mon
genou. Je me le suis tordu l’été dernier en voulant éviter de tomber et il est
resté sensible.
En nous dirigeant vers les douanes, nous
laissant porter par le super long tapis roulant, mon voisin japonais passe tout
près et dit à Benoit «Elle est mon amie!» et me salut poliment à la japonaise
et continue son chemin. Je lui offre mon plus beau sourire en retour un peu
surprise par cet ami spontanément déclaré, il ne m’a pas parlé du vol, soit il
dormait, soit il était trop timide. En tout cas, il a apprécié mon aide même si
elle m’a parue bien futile.
En arrivant à l’aéroport d’Haneda nous
faisons un saut de 14 heures dans le futur, donc pour nous c’est le matin (nous
sommes partis en pm la veille) mais ici c’est déjà en soirée, c’est un peu
déroutant. En revanche, sur notre retour, nous arriverons le même jour et
presque la même heure que nous serons partis de Tokyo. Notre vrai défi, sera de
nous rendre au dojo de Jaye à partir des indications qu’il nous a donné, tout
ça en transport en commun.
Déjà, faut récupérer nos gros et nombreux
bagages et trimballer tout ça dans le métro de Tokyo, nous essayons de ne pas
paniquer en regardant le panneau, on espère trouver de l’aide en anglais au
pire. Nous n’avons pas le choix d’ouvrir l’œil et observer, car même si on voit
ici et là des indications en anglais, c’est tout de même le japonais qui domine
et c’est normal. Nous repérons un guichet et allons d’abord retirer de
l’argent, ensuite on regarde encore les notes de Jaye et à l’aide de la grande
affiche du métro, on trouve l’endroit où l’on doit transférer. On installe nos
bagages et nos sacs stratégiquement, c’est-à-dire, j’ai la grosse valise à
roulette avec un sac dessus d’une main et de l’autre ma petite valise sur roues
aussi. Ben a son gros sac à dos plus ses deux gros sacs d’armure et après avoir
acheté nos tickets, nous passons les tourniquets tels des escargots trainant notre
maison sur notre dos (j’exagère à peine nous vivons dans un minuscule 3 et
demi!).
C’est ultra propre, nous pourrions nous
asseoir sur le plancher et y manger et les gens concentrés sur leur portable, sont
silencieux, le seul bruit vient des voix habituelles d’annonces dans le métro
et ça, toutefois, on l’entend régulièrement. Étrangement, comme nous avons
suivi pas mal de séries d’animés japonais (Benoit encore plus que moi)
l’ambiance du métro nous semble presque familière. On se tient prêt et quand le
wagon ouvre ses portes devant nous on se dépêche de tout rentrer rapidement,
par chance y a pas de foule compacte. Nous jetons un œil au panneau à
l’intérieur question de nous donner une idée de la distance à faire en comptant
les stations, et attendons de voir le prochain arrêt pour s’assurer que nous
sommes dans la bonne direction. Quand c’est fait, on se détend un peu, les gens
sont très discrets et ne nous dévisagent pas, même si c’est clair qu’on est des
vrais de vrais «gaijins». Dans notre cas, on pourrait être des extra-terrestres
et nous ne serions pas plus étranger, physiquement et culturellement, mais en
plus nous avons des personnalités plutôt… disons… démonstratives. Avec notre
ilot qui prend beaucoup de place, nous sommes un peu gênés et sommes un peu
soulagés quand nous descendons sur le quai. Les gens sont très respectueux,
mais nous avons l’impression d’arriver dans ce pays, comme avec des grosses
bottes sur un plancher tout propre et fraîchement ciré.

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