Figueira la foz est situé à mi-chemin
entre Porto et Lisbonne, donc au centre sur l’axe Nord-Sud du pays et
complètement à l’ouest. Nous partageons notre condo à sept personnes, nous cinq,
plus Béné et Laurie qui arrivent aujourd’hui et le condo adjacent accueille les
huit autres Québécois, Christine et Gabrielle qui forme avec Cloé et Béné,
l’équipe féminine, une grande première cette année! Régis, Jérémie, Yan, Igor,
Phil et Nick complètent avec Ben et Andrew l’équipe masculine.
Notre logement est vraiment génial, il est
super confortable et situé sur le bord de la mer mais je ne crois pas que nous
aurons beaucoup de temps pour en profiter vraiment. Aujourd’hui nous voulons
nous rendre à Montemor sur le lieu du tournoi, Benoit a réservé à un marchand,
une tente médiévale, pour que nous puissions y laisser les armures en tout
temps, nous voulons nous assurer qu’elle est bien sur place. Tout le monde est
bien curieux de voir l’endroit et de toute façon Benoit a un meeting avec Nuno
et le reste du présidium, le tournoi a tout de même lieu dès le lendemain, il
reste tellement encore à faire.
Il y a une grande chambre au grenier et
Cloé a décrété que c’était dorénavant sa chambre, y a personne qui a eu à
redire, de toute manière, celle-ci souffre fréquemment d’insomnie sévère et
quand elle finit par dormir, elle peut dormir plusieurs heures, c’est donc une
bonne chose que sa chambre soit un peu retirée pour éviter qu’elle ne soit
dérangée. Quand je vais la réveiller ce matin, elle est justement en phase
sommeil et émerge un instant pour me dire qu’elle va rester à dormir. Aucun
problème, si y a bien un moment où elle peut récupérer c’est aujourd’hui, et
puis y a aussi l’espoir que son armure arrive aujourd’hui au condo qui,
peut-être, la retient ici. On ne tarde pas trop au condo, après avoir défait un
peu les valises et pris un café à la cuisine, Ben, Andrew, Luc et moi, prenons
la route pour le village voisin.
Nous apercevons les murs de la forteresse de
Montemor-o-Velho longtemps avant de l’atteindre, elle est majestueuse,
surplombant le village et ses rizières à perte de vue. Même si le château a
subi durant les siècles de nombreuses restaurations, la construction originale
date du 10ième siècle et servait de fortification islamique et de
mosquée. Après de nombreuses campagnes militaires, quand Montemor passe aux
mains des Chrétiens au 11ième siècle, le château est reconstruit
sous Alphonse VI de Castille. On y ajoute par la suite une chapelle qui après
plusieurs reconstructions, subsiste encore et on érige la forteresse défensive
contre les Arabes. Mis à part la chapelle, il n’y a pas de gros édifice central
comme on en trouve souvent au cœur des forteresses, mais plutôt des bâtiments imbriqués
dans les murs fortifiés.
Nous stationnons notre voiture le plus
près possible, et entrons sur les lieux qui sont déjà envahis de nombreuses personnes
toutes occupées à installer les estrades pour les spectateurs, de marchands
déballant leur pavillon et leurs marchandises et de combattants et amis venus
installer leur campement. Les Américains et les Néo-Zélandais ont comme nous,
loué des chambres ou des condos, c’est le problème quand on doit prendre
l’avion, nous sommes très limités dans le transport de marchandises incluant le
matériel pour camper sur place. Bien sûr y a aussi des Européens qui prennent
l’avion, mais ils ont tout de même la possibilité de prendre un train ou une
voiture. Certains groupes désignent une ou deux personnes qui transportera en
camion les armures et le campement pendant que le reste de l’équipe prendra un avion avec un minimum de bagages. Tristement, les Japonais ne seront pas du
tournoi cette année pour des raisons financières, Benoit l’a appris il y a
quelques semaines en discutant avec le capitaine de l’équipe, nous avions tout
de même un petit peu d’espoir qu’à la dernière minute un miracle se produise…
mais non.
Cette année, les représentants de
l’Amérique du Nord sont plus nombreux puisqu’il y a de nouvelles équipes
participantes, le Mexique et l’équipe du Canada qui est venue à notre tournoi
hivernal. Ces derniers n’ont pas de tente médiévale et comme nos amis belges
nous en proposent une, nous leur prêtons celle qui a été louée par Benoit, ils
n’auront qu’à payer la moitié de la location eux-mêmes. Comme l’an dernier nous
partageons notre coin avec les Belges et les Français, et nous surnommons ce
petit quartier le «french ghetto», l’équipe canadienne est en sous nombre en
tant qu’anglophone mais accepte son sort de minorité sans problème se mêlant
aux autres avec plaisir. Ici à l’IMCF, c’est l’équipe du Québec que l’on
connaît, puisque celle-ci est un membre fondateur de l’IMCF, l’Ost du Québec,
avec l’Italie et l’Allemagne, sont les premières équipes en dehors du bloc de
l’Est à participer aux tournois de Battle of the nations, avant de partir et
fonder avec une douzaine de pays la fédération de l’IMCF que l’on connait. Évidemment,
la médaille d’or remportée par la québécoise Béné et l’hymne national improvisé
à la dernière minute qui a enthousiasmé les spectateurs et les participants, a
contribué à nous faire connaître davantage. À mon avis, il serait vraiment
malvenu qu’un jour l’Ost entre dans le giron de l’équipe canadienne, de même
que les équipes écossaise et galloise au sein de l’équipe anglaise, du moins à
l’IMCF.
L’équipe féminine québécoise qui participe
pour la première fois au béhourt, est représentée aussi dans toutes les
catégories de duel, même chose pour l’équipe masculine. Toutefois l’équipe est
encore insuffisante pour compétionner dans les catégories de 10 X 10 et 16X 16,
un jour peut-être…
Cette année, y aura une nouveauté, au lieu
du traditionnel « all v/s all » on
tentera de faire un combat «Ancien contre Nouveau monde», donc l’Europe contre
l’Amérique et la Nouvelle-Zélande. L’Asie n’y est pas cette année et l’Afrique
du sud est représenté par un seul combattant. Aussi, Ben a demandé de l’aide à quelques
combattants qu’il considère comme de très bons communicateurs et ensemble ils
ont créé une équipe de commentateurs sportifs pour le «streaming». En effet,
les quatre journées de tournoi seront filmées et les combats commentés comme c’est
souvent fait pour le sport traditionnel à la télévision. Le but étant de rendre
le tournoi intéressant à suivre pour ceux et celles qui le suivront sur
Internet et du même coup, démystifier ce nouveau sport en donnant des
explications sur ce qu’on voit à l’écran.
Alors que nous errons moi et Ben, ne
sachant pas trop où donner de la tête, tellement y a de choses à faire et de
gens à voir, j’entends mon nom exclamé avec beaucoup de joie puis je reconnais
mon amie Silvia, connue à Belmonte deux ans auparavant et avec qui j’ai
régulièrement des nouvelles via Facebook. Après une chaleureuse accolade, elle
en fait une à Benoit qu’elle rencontre en vrai pour la première fois. Nuno
vient chercher Ben parce qu’il a besoin de lui, on se donne rendez-vous pour
luncher un peu plus tard, puis moi et Silvia allons faire un tour au «french
ghetto» après tout, même si elle ne se bat pas et qu’elle ne dort pas sous la
tente, elle fait partie de l’entité francophone. Elle s’y sent d’ailleurs bien
confortable puisqu’elle est aussi française d’origine portugaise et qu’elle
connaît plusieurs personnes sur notre campement, en particulier notre ami
Julien qui vient en tant que capitaine de son équipe. Elle connait aussi les
Québécois dont elle a fait la connaissance à Belmonte, c’est-à-dire, Andrew,
Régis, Yan, Nicolas et moi. Elle ne connaît pas encore les Belges, mais comme
c’est une personne très sociable, ce n’est qu’une question de temps avant
qu’elle ne connaisse à peu près tout le monde dans notre petit quartier
temporaire. En plus elle connaît bien l’équipe portugaise sans compter qu’elle
est ici au pays de ses parents, ce qui fait d’elle une aide bien précieuse pour
la traduction.
Au bout d’un moment, Ben me rejoint et
avec quelque uns d’entre nous, nous allons diner au restaurant du village, du
moins celui assez grand pour accueillir plus d’une cinquantaine de personnes. C’est
le second quartier général de l’IMCF, le premier étant la maison dans la
forteresse où réside Nuno et sa femme Isabel durant le tournoi. C’est dans la
maison qu’aura lieu tous les matins, les meetings du présidium, des capitaines
de chaque équipe et des arbitres. Ces rencontres sont essentielles au bon
fonctionnement du tournoi, on y discute de l’horaire, de la journée précédente,
de transmettre des annonces, des avertissements, etc.
Sur les tables, des petits bols d’olives
servent d’amuse-gueule comme chez-nous avec les paniers de pains, grissols et
beurre, et au lieu des carafes d’eau, ce sont des bouteilles de vin rouge qui
sont servies, Nuno nous informe que le propriétaire de ce restaurant fait un
rabais à tous ces visiteurs venus de loin pour égayer le village durant la semaine
et qu’il n’hésite pas à nous abreuver de son vin maison à très peu de frais (
parfois gratuit, parfois y a un prix minimal de base et puis les verres se remplissent
à volonté). Son restaurant sera plein toute la semaine. Après que Benoit m’ait
présenté Eduardo, le capitaine de l’équipe portugaise, personnage très
sympathique et drôle, ainsi que deux autres Portugais, nous choisissons un plat
proposé par nos voisins de table et mangeons avec appétit. Le restaurant est très
animé entre la clientèle portugaise habituelle qui se réunit apparemment
souvent dans cet endroit, nous les étrangers d’origines diverses qui chaque
année se retrouvent avec éclats et s’interpellent d’une table à l’autre et les
employés qui tentent de satisfaire tout ce beau monde.
Plus tard, nous remontons là-haut à la
forteresse, c’est une sacrée remontée mine de rien, c’est pourquoi, un escalier
roulant a été aménagé, judicieusement caché dans les murs. Pour le moment il
est brisé, et des réparateurs sont censés venir s’en occuper aujourd’hui, ce
qui facilitera grandement le transport de sacs d’armure. Pour le moment, moi et
Benoit prenons les rues et j’en profite pour prendre quelques photos. La balade
m’épuise un peu, et lorsque nous arrivons au campement je n’aspire qu’à un coin
frais, loin du soleil pour dormir un peu. C’est la première fois qu’un voyage
et décalage horaire me fatiguent autant, je mets mes petites inquiétudes dans un
coin de ma tête et me secoue un peu. Je me trouve un coin sous l’auvent du
campement et m’y assois pour discuter avec les gens présents, ceux que je
connais déjà et ceux que j’ai envie de connaître davantage. J’ai connu Laurie
et Christine lors du tournoi hivernal d’il y a quelques mois, comme j’ai fait
deux robes à Laurie à ce moment-là, nous avons pu échanger un peu, et j’avais
été touchée par sa confiance aveugle en moi et sa jovialité contagieuse. Mais jusqu’à
maintenant je n’avais pas eu l’occasion de jaser avec Christine qui pour l’instant
est partie chercher Laurie et Béné à l’aéroport.
Tout naturellement et en un rien de temps,
les mamans du groupe présent, Gabrielle, Silvia et moi, nous nous retrouvons en
terrain commun à discuter de ce qui nous est le plus cher, nos enfants. Tout
autour, des combattants inspectent, réparent, solidifient leur matériel en
émettant de temps en temps des commentaires ou discutant entre eux. Andrew
arrive avec Cloé, tous les deux sont un peu déprimés, ils ont passé une partie
de l’après-midi au téléphone avec l’aéroport pour savoir où ils en sont avec l’armure.
Ils sont maintenant fixés, l’armure arrivera demain dans la journée, mais Cloé
doit se battre en matinée, nous sommes sceptiques qu’elle l’ait, du moins pour
commencer. Christine arrive un peu après avec les filles et est mise au courant
de la situation, elle offre de lui prêter la sienne toute neuve, comme l’équipe
de filles ne se bat pas demain, celles-ci peuvent accommoder leur co-équipière.
Christine et Gabrielle font essayer des pièces à Cloé et en moins de deux,
notre combattante a une armure complète pour commencer sa journée.
Christine m’apparaît comme un exemple de
positivisme et même si elle est nouvelle, elle a pris rapidement sa place au
sein du groupe et en la regardant aller, je suis certaine que je vais bien m’entendre
avec cette fille. Nous jasons un peu, mais le jour tombe et le campement est
rapidement envahi, comme si tout le monde s’était donné le mot : On a faim
où pouvons-nous manger? Benoit arrive et me demande si j’ai envie de l’accompagner,
il doit souper avec Hubert, le président et son ami concepteur de vidéo qui
offre de prendre des images avec son drone pour ensuite faire des montages. Comme
je suis fatiguée et par conséquent je n’ai pas envie d’être dans un groupe
bruyant, je préfère me joindre à eux plutôt que la gang du Québec. Sans compter
que je veux profiter de ces rares moments où je peux être un peu avec mon
amoureux.
Benoit informe le groupe pour le
restaurant en bas au village, et de toute façon, c’est là que nous mangerons nous
aussi, mais à une table isolée pour pouvoir discuter. Moi je sais que malgré la fatigue, je me laisserai gagner par la curiosité à observer cette foule contente de se réunir encore cette année.











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