dimanche 11 juin 2017

Portugal, veille du tournoi (partie 2)



Figueira la foz est situé à mi-chemin entre Porto et Lisbonne, donc au centre sur l’axe Nord-Sud du pays et complètement à l’ouest. Nous partageons notre condo à sept personnes, nous cinq, plus Béné et Laurie qui arrivent aujourd’hui et le condo adjacent accueille les huit autres Québécois, Christine et Gabrielle qui forme avec Cloé et Béné, l’équipe féminine, une grande première cette année! Régis, Jérémie, Yan, Igor, Phil et Nick complètent avec Ben et Andrew l’équipe masculine.

Notre logement est vraiment génial, il est super confortable et situé sur le bord de la mer mais je ne crois pas que nous aurons beaucoup de temps pour en profiter vraiment. Aujourd’hui nous voulons nous rendre à Montemor sur le lieu du tournoi, Benoit a réservé à un marchand, une tente médiévale, pour que nous puissions y laisser les armures en tout temps, nous voulons nous assurer qu’elle est bien sur place. Tout le monde est bien curieux de voir l’endroit et de toute façon Benoit a un meeting avec Nuno et le reste du présidium, le tournoi a tout de même lieu dès le lendemain, il reste tellement encore à faire.

Il y a une grande chambre au grenier et Cloé a décrété que c’était dorénavant sa chambre, y a personne qui a eu à redire, de toute manière, celle-ci souffre fréquemment d’insomnie sévère et quand elle finit par dormir, elle peut dormir plusieurs heures, c’est donc une bonne chose que sa chambre soit un peu retirée pour éviter qu’elle ne soit dérangée. Quand je vais la réveiller ce matin, elle est justement en phase sommeil et émerge un instant pour me dire qu’elle va rester à dormir. Aucun problème, si y a bien un moment où elle peut récupérer c’est aujourd’hui, et puis y a aussi l’espoir que son armure arrive aujourd’hui au condo qui, peut-être, la retient ici. On ne tarde pas trop au condo, après avoir défait un peu les valises et pris un café à la cuisine, Ben, Andrew, Luc et moi, prenons la route pour le village voisin.






Nous apercevons les murs de la forteresse de Montemor-o-Velho longtemps avant de l’atteindre, elle est majestueuse, surplombant le village et ses rizières à perte de vue. Même si le château a subi durant les siècles de nombreuses restaurations, la construction originale date du 10ième siècle et servait de fortification islamique et de mosquée. Après de nombreuses campagnes militaires, quand Montemor passe aux mains des Chrétiens au 11ième siècle, le château est reconstruit sous Alphonse VI de Castille. On y ajoute par la suite une chapelle qui après plusieurs reconstructions, subsiste encore et on érige la forteresse défensive contre les Arabes. Mis à part la chapelle, il n’y a pas de gros édifice central comme on en trouve souvent au cœur des forteresses, mais plutôt des bâtiments imbriqués dans les murs fortifiés.

Nous stationnons notre voiture le plus près possible, et entrons sur les lieux qui sont déjà envahis de nombreuses personnes toutes occupées à installer les estrades pour les spectateurs, de marchands déballant leur pavillon et leurs marchandises et de combattants et amis venus installer leur campement. Les Américains et les Néo-Zélandais ont comme nous, loué des chambres ou des condos, c’est le problème quand on doit prendre l’avion, nous sommes très limités dans le transport de marchandises incluant le matériel pour camper sur place. Bien sûr y a aussi des Européens qui prennent l’avion, mais ils ont tout de même la possibilité de prendre un train ou une voiture. Certains groupes désignent une ou deux personnes qui transportera en camion les armures et le campement pendant que le reste de l’équipe prendra un avion avec un minimum de bagages. Tristement, les Japonais ne seront pas du tournoi cette année pour des raisons financières, Benoit l’a appris il y a quelques semaines en discutant avec le capitaine de l’équipe, nous avions tout de même un petit peu d’espoir qu’à la dernière minute un miracle se produise… mais non.

Cette année, les représentants de l’Amérique du Nord sont plus nombreux puisqu’il y a de nouvelles équipes participantes, le Mexique et l’équipe du Canada qui est venue à notre tournoi hivernal. Ces derniers n’ont pas de tente médiévale et comme nos amis belges nous en proposent une, nous leur prêtons celle qui a été louée par Benoit, ils n’auront qu’à payer la moitié de la location eux-mêmes. Comme l’an dernier nous partageons notre coin avec les Belges et les Français, et nous surnommons ce petit quartier le «french ghetto», l’équipe canadienne est en sous nombre en tant qu’anglophone mais accepte son sort de minorité sans problème se mêlant aux autres avec plaisir. Ici à l’IMCF, c’est l’équipe du Québec que l’on connaît, puisque celle-ci est un membre fondateur de l’IMCF, l’Ost du Québec, avec l’Italie et l’Allemagne, sont les premières équipes en dehors du bloc de l’Est à participer aux tournois de Battle of the nations, avant de partir et fonder avec une douzaine de pays la fédération de l’IMCF que l’on connait. Évidemment, la médaille d’or remportée par la québécoise Béné et l’hymne national improvisé à la dernière minute qui a enthousiasmé les spectateurs et les participants, a contribué à nous faire connaître davantage. À mon avis, il serait vraiment malvenu qu’un jour l’Ost entre dans le giron de l’équipe canadienne, de même que les équipes écossaise et galloise au sein de l’équipe anglaise, du moins à l’IMCF.

L’équipe féminine québécoise qui participe pour la première fois au béhourt, est représentée aussi dans toutes les catégories de duel, même chose pour l’équipe masculine. Toutefois l’équipe est encore insuffisante pour compétionner dans les catégories de 10 X 10 et 16X 16, un jour peut-être…

Cette année, y aura une nouveauté, au lieu du traditionnel « all v/s all  » on tentera de faire un combat «Ancien contre Nouveau monde», donc l’Europe contre l’Amérique et la Nouvelle-Zélande. L’Asie n’y est pas cette année et l’Afrique du sud est représenté par un seul combattant. Aussi, Ben a demandé de l’aide à quelques combattants qu’il considère comme de très bons communicateurs et ensemble ils ont créé une équipe de commentateurs sportifs pour le «streaming». En effet, les quatre journées de tournoi seront filmées et les combats commentés comme c’est souvent fait pour le sport traditionnel à la télévision. Le but étant de rendre le tournoi intéressant à suivre pour ceux et celles qui le suivront sur Internet et du même coup, démystifier ce nouveau sport en donnant des explications sur ce qu’on voit à l’écran.  

Alors que nous errons moi et Ben, ne sachant pas trop où donner de la tête, tellement y a de choses à faire et de gens à voir, j’entends mon nom exclamé avec beaucoup de joie puis je reconnais mon amie Silvia, connue à Belmonte deux ans auparavant et avec qui j’ai régulièrement des nouvelles via Facebook. Après une chaleureuse accolade, elle en fait une à Benoit qu’elle rencontre en vrai pour la première fois. Nuno vient chercher Ben parce qu’il a besoin de lui, on se donne rendez-vous pour luncher un peu plus tard, puis moi et Silvia allons faire un tour au «french ghetto» après tout, même si elle ne se bat pas et qu’elle ne dort pas sous la tente, elle fait partie de l’entité francophone. Elle s’y sent d’ailleurs bien confortable puisqu’elle est aussi française d’origine portugaise et qu’elle connaît plusieurs personnes sur notre campement, en particulier notre ami Julien qui vient en tant que capitaine de son équipe. Elle connait aussi les Québécois dont elle a fait la connaissance à Belmonte, c’est-à-dire, Andrew, Régis, Yan, Nicolas et moi. Elle ne connaît pas encore les Belges, mais comme c’est une personne très sociable, ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle ne connaisse à peu près tout le monde dans notre petit quartier temporaire. En plus elle connaît bien l’équipe portugaise sans compter qu’elle est ici au pays de ses parents, ce qui fait d’elle une aide bien précieuse pour la traduction.

Au bout d’un moment, Ben me rejoint et avec quelque uns d’entre nous, nous allons diner au restaurant du village, du moins celui assez grand pour accueillir plus d’une cinquantaine de personnes. C’est le second quartier général de l’IMCF, le premier étant la maison dans la forteresse où réside Nuno et sa femme Isabel durant le tournoi. C’est dans la maison qu’aura lieu tous les matins, les meetings du présidium, des capitaines de chaque équipe et des arbitres. Ces rencontres sont essentielles au bon fonctionnement du tournoi, on y discute de l’horaire, de la journée précédente, de transmettre des annonces, des avertissements, etc.

Sur les tables, des petits bols d’olives servent d’amuse-gueule comme chez-nous avec les paniers de pains, grissols et beurre, et au lieu des carafes d’eau, ce sont des bouteilles de vin rouge qui sont servies, Nuno nous informe que le propriétaire de ce restaurant fait un rabais à tous ces visiteurs venus de loin pour égayer le village durant la semaine et qu’il n’hésite pas à nous abreuver de son vin maison à très peu de frais ( parfois gratuit, parfois y a un prix minimal de base et puis les verres se remplissent à volonté). Son restaurant sera plein toute la semaine. Après que Benoit m’ait présenté Eduardo, le capitaine de l’équipe portugaise, personnage très sympathique et drôle, ainsi que deux autres Portugais, nous choisissons un plat proposé par nos voisins de table et mangeons avec appétit. Le restaurant est très animé entre la clientèle portugaise habituelle qui se réunit apparemment souvent dans cet endroit, nous les étrangers d’origines diverses qui chaque année se retrouvent avec éclats et s’interpellent d’une table à l’autre et les employés qui tentent de satisfaire tout ce beau monde.








Plus tard, nous remontons là-haut à la forteresse, c’est une sacrée remontée mine de rien, c’est pourquoi, un escalier roulant a été aménagé, judicieusement caché dans les murs. Pour le moment il est brisé, et des réparateurs sont censés venir s’en occuper aujourd’hui, ce qui facilitera grandement le transport de sacs d’armure. Pour le moment, moi et Benoit prenons les rues et j’en profite pour prendre quelques photos. La balade m’épuise un peu, et lorsque nous arrivons au campement je n’aspire qu’à un coin frais, loin du soleil pour dormir un peu. C’est la première fois qu’un voyage et décalage horaire me fatiguent autant, je mets mes petites inquiétudes dans un coin de ma tête et me secoue un peu. Je me trouve un coin sous l’auvent du campement et m’y assois pour discuter avec les gens présents, ceux que je connais déjà et ceux que j’ai envie de connaître davantage. J’ai connu Laurie et Christine lors du tournoi hivernal d’il y a quelques mois, comme j’ai fait deux robes à Laurie à ce moment-là, nous avons pu échanger un peu, et j’avais été touchée par sa confiance aveugle en moi et sa jovialité contagieuse. Mais jusqu’à maintenant je n’avais pas eu l’occasion de jaser avec Christine qui pour l’instant est partie chercher Laurie et Béné à l’aéroport.

Tout naturellement et en un rien de temps, les mamans du groupe présent, Gabrielle, Silvia et moi, nous nous retrouvons en terrain commun à discuter de ce qui nous est le plus cher, nos enfants. Tout autour, des combattants inspectent, réparent, solidifient leur matériel en émettant de temps en temps des commentaires ou discutant entre eux. Andrew arrive avec Cloé, tous les deux sont un peu déprimés, ils ont passé une partie de l’après-midi au téléphone avec l’aéroport pour savoir où ils en sont avec l’armure. Ils sont maintenant fixés, l’armure arrivera demain dans la journée, mais Cloé doit se battre en matinée, nous sommes sceptiques qu’elle l’ait, du moins pour commencer. Christine arrive un peu après avec les filles et est mise au courant de la situation, elle offre de lui prêter la sienne toute neuve, comme l’équipe de filles ne se bat pas demain, celles-ci peuvent accommoder leur co-équipière. Christine et Gabrielle font essayer des pièces à Cloé et en moins de deux, notre combattante a une armure complète pour commencer sa journée.   

Christine m’apparaît comme un exemple de positivisme et même si elle est nouvelle, elle a pris rapidement sa place au sein du groupe et en la regardant aller, je suis certaine que je vais bien m’entendre avec cette fille. Nous jasons un peu, mais le jour tombe et le campement est rapidement envahi, comme si tout le monde s’était donné le mot : On a faim où pouvons-nous manger? Benoit arrive et me demande si j’ai envie de l’accompagner, il doit souper avec Hubert, le président et son ami concepteur de vidéo qui offre de prendre des images avec son drone pour ensuite faire des montages. Comme je suis fatiguée et par conséquent je n’ai pas envie d’être dans un groupe bruyant, je préfère me joindre à eux plutôt que la gang du Québec. Sans compter que je veux profiter de ces rares moments où je peux être un peu avec mon amoureux.


Benoit informe le groupe pour le restaurant en bas au village, et de toute façon, c’est là que nous mangerons nous aussi, mais à une table isolée pour pouvoir discuter. Moi je sais que malgré la fatigue, je me laisserai gagner par la curiosité à observer cette foule contente de se réunir encore cette année.







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