dimanche 15 avril 2018

Premier jour, première catégorie, première médaille d'or: Cloé «scissors» Germain !






Le tournoi peut commencer, tout le monde est prêt et semble impatient d’y participer, l’atmosphère est fébrile dans la cantine bondée et il fait un temps radieux. Aujourd’hui nous aurons les duels à la hallebarde, l’Ost présente Cloé et Dom qui débuteront dès la cérémonie d’ouverture terminée.

Cloé avait demandé à Benoit s’il pouvait être dans son coin lors de ses combats et celui-ci lui avait promis qu’il y serait sans faute. Il lui rappelle sa promesse ce matin, question de la rassurer puisqu’il a tellement été occupé depuis notre arrivée. Il a organisé sa journée pour faire en sorte qu’il ait le plus de disponibilité pour elle. C’est important pour lui d’être à ses côtés, comme il l’a toujours fait depuis qu’elle a intégré l’équipe des Blackwolves, il y a deux ans. 

On nous annonce que la cérémonie va bientôt commencer et que nous devons descendre près du château pour le défilé habituel. Les combattants n’ont pas besoin de mettre leur armure bien que plusieurs enfilent tout de même quelques pièces avec leur tabard. Tous les Québécois du groupe, mettent leur ceinture fléchée et amènent le drapeau gigantesque du Québec. Je trouve ça très drôle, je constate à quel point nous prenons de la place, comme si nous avons soif depuis si longtemps d’être reconnus, de nous démarquer culturellement. Et ici nous pouvons exister, et quand on gagne des médailles c’est en notre propre nom et non celui du Canada.




Les équipes se mettent en rang, en ordre alphabétique, de sorte que nous sommes loin derrière, mais juste devant les Écossais, ensemble nous formons une grosse tache bleue et blanche. Avant que le défilé ne se mette en branle c’est toujours un peu long et chacun en profite pour bavarder dans les rangs. Je fais de même quand je vois Nuno et Isabel passer tout près de moi, quel bonheur de les revoir! Maintenant que le flambeau est passé au Danemark, ils peuvent relaxer, on se rappelle que l’an dernier, le tournoi s’était organisé chez eux à la très dernière minute. Benoit et Nuno avaient relevé le défi alors que beaucoup avaient baissé les bras et avaient envisagé de passer à Botn (les compétiteurs). L’organisation avait été ultra stressante, Benoit et Nuno avaient tenu à bout de bras ce tournoi, tous les jours Benoit avait dû tenter de convaincre chaque équipe de participer, malgré la propagande qui se faisait derrière pour tuer le tournoi IMCF. Un combat quotidien épuisant et bénévole mais qui a donné des résultats éclatants compte tenu des complications qui viennent avec le manque de temps, d’argent et d’aide. Mais aujourd’hui c’est derrière nous tout ça et nous en discutons avec un brin de désinvolture tous les trois. L’IMCF est bien assise sur des bases plus solides, le défi qu’a surmonté Benoit l’an dernier ne l’a que conforté dans son rôle de vice-président et il tient sa place et ses tâches comme un pitbull sur un os.

Le défilé se met en branle, je quitte mes amis pour aller prendre place auprès de mon groupe, qui dans la bonne humeur entame haut et fort, des chansons de la « Bottine souriante ». Nous sommes très colorés, diversifiés dans nos vêtements médiévaux, dix gars (Ben est avec le présidium dans la lice) et neuf filles. Tous unis, sous notre drapeau, par notre musique et symboliquement avec notre ceinture, ça fait du bien à mon âme.

Nous prenons place à notre tour dans la lice, face aux estrades pleines de spectateurs et écoutons le discours du président Hubert en anglais et celui de Bo, directeur du musée en danois, puisque c’est à la foule de spectateurs assis dans les estrades qu’il s’adresse. Pour poursuivre la tradition, je suis en train de brûler sous le soleil, même si nous restons environ 30 minutes dans la lice. La cérémonie ne s’éternise pas, nous devons faire vite car nous avons beaucoup de combats aujourd’hui. Aussitôt qu’Hubert lance son « Let the tournament begin! » les équipes s’en vont rapidement à leur quartier général pour préparer leurs duellistes masculin et féminin.

Les arbitres reconnaissables de loin avec leurs tuniques jaunes sont déjà en train de s’installer près de la lice, je vais faire un coucou à Steve notre knight marshall (arbitre en chef) que j’avais croisé la veille avec beaucoup de bonheur. Avec le voyage qu’on a fait ensemble en Argentine deux mois plus tôt, il est maintenant un ami pour la vie, et c’est la même chose pour Caitlin dont la bedaine a poussé depuis deux mois. Comme à son habitude elle marche pieds nus, j’imagine qu’aujourd’hui dans le sable chaud, c’est plus confortable qu’à Malbork, quand je l’ai connu, enceinte de 7-8 mois, sans ses bas et ses chaussures, où il faisait quand même assez froid et humide.

Cloé et Dom arrivent et s’installent près des arbitres et attendent leurs combats, deux petites lices ont été aménagées à l’intérieur de la grande pour permettre de faire deux combats en même temps. Dom en est à sa première expérience en tournoi IMCF et Cloé y participe pour la deuxième fois et elle a bien l’intention d’aller chercher l’or cette fois.





Mais si Cloé a perdu son premier combat contre l’Ukrainienne, elle a gagné tous les suivants, ce qui fait qu’elle se retrouve en après-midi, nez à nez, en finale contre l’Ukrainienne. Cloé athlète ultra performante, a dominé complètement toutes ses adversaires et personne n’est surpris qu’elle se hisse à la première place, une médaille d’or qu’elle va chercher presque facilement cette fois-ci. Faut dire que Cloé est, je crois, du moins au Québec, la fille qui s’entraîne le plus régulièrement et le plus sérieusement, elle fait du cardio, de la lutte, du football et enfile son armure dès qu’elle en a l’occasion. Rappelons-le, elle a fait un tournoi en Irlande à l’automne, elle en a fait aux États-Unis et BOTN en Espagne le mois précédent. L’an dernier, au Portugal, elle avait remporté la médaille d’argent, dans des conditions qui ne lui étaient pas favorables. Son armure avait été égarée à l’aéroport et quand on le lui avait rendu, elle avait fait la moitié de ses combats avec l’armure de Christine, une armure bien différente de la sienne et qui limitait ses mouvements.




Elle remporte sous nos cris d’encouragement, la médaille d’or! Comme nous sommes fiers d’elle! Elle rayonne! Elle mérite tellement cette victoire!

Dom, de son côté, n’a pas eu autant de chance…même s'il est tout de même sorti premier de son pool et a affronté le combattant polonais en quart de finale, combat qu'il a finalement perdu. Il s’est bien débrouillé pour une première participation au tournoi mondial. Comme c’est son anniversaire aujourd’hui, il aurait bien aimé s’offrir le cadeau d’une médaille, mais ça sera peut-être pour une prochaine fois. Cependant, son équipe ne l’a pas oublié, et veut lui offrir un gâteau dans la salle du Centre. Quand je croise enfin Benoit entre deux tâches organisationnelles, je lui en fait part et il me répond qu’il aimerait bien être là et que si je pouvais demander aux autres de l’attendre juste un p’tit peu, une grosse demi-heure tout au plus.

Quand j’entre dans la salle, je passe le mot discrètement, je suis un peu surprise de constater que si quelques-uns sont compréhensifs, d’autres me regardent comme si je leur demandais une faveur intenable. Encore une fois, ça me heurte, pour certains, Benoit n’est pas des leurs, il ne fait pas partie de l’équipe parce qu’il met son énergie sur l’IMCF et non sur l’équipe. Je me demande si un jour on comprendra que Ben est, depuis l’an dernier, l’un des moteurs principaux de l’événement pour lequel ils sont tous venus. Quand il arrive tout essoufflé, le souper d’anniversaire est déjà pas mal commencé et comme il s’apprête à manger les quelques trucs sans gluten qu’on a pu trouver (canne de thon, galettes de riz soufflé, du fromage et des crudités) à ma grande surprise, Bear se lève et tient à remercier le travail que Benoit accomplie, c’est-à-dire le tournoi. Je vois bien que mon homme est touché et un peu inconfortable, il n’a pas l’habitude qu’on reconnaisse devant tout le monde ses bons coups, surtout pas venant de sa gang du Québec. J’essaie de ne pas m’attarder sur les visages fermés pendant l’élocution de Bear pour me réjouir avec les autres qui approuvent, j’envoie mon plus beau sourire à notre orateur et tiens la main de mon amoureux pris par l’émotion.

Évidemment on souligne la belle victoire de notre Valkyrie québécoise, première journée et déjà une médaille d’or dans l’Ost du Québec. Solide et fonceuse, notre guerrière se fait remarquer depuis l’an dernier, les combattantes des autres pays commencent à la redouter, elle est très forte et quand elle entre en lice, en équipe, elle fonce sans hésiter. Quand on suit de près les combattant(e)s comme je le fais depuis cinq ans, on arrive à deviner ce qui se passe sous l’armure, on arrive à saisir les émotions, la peur, la colère, la joie et quand je vois Cloé s’avancer, je la sens impitoyable pour ses adversaires.

Vers la fin du souper, le groupe se lève pour « donner la bascule » à Dom, comme celui-ci est très grand et corpulent, ça prend plusieurs paires de bras pour arriver à le hisser plus d’une vingtaine de fois dans les airs. La bascule, ça faisait longtemps que j’avais vu ça! Ce rituel est encore bien vivant à ce que je vois. Je regarde autour de moi et je vois le visage amusé et étonné de plusieurs, ils semblent un peu surpris de notre façon de souligner l’anniversaire de quelqu’un. Tiens j’aimerais bien questionner à ce sujet, ces Danois, Français, Néo-Zélandais, etc. Font-ils quelque chose de semblable chez-eux pour souligner les années de celui ou celle que l’on célèbre? Au Québec ça se faisait bien avant ma naissance, mais il semble que c’était beaucoup plus désagréable que la version pratiquée aujourd’hui, celle que moi j’ai toujours connu, où le fêté s’en sort indemne. Disons qu’auparavant il existait toutes sortes de combinaisons destinées à faire un peu souffrir ou humilier l’élu. Rien de grave mais tout de même, un assez mauvais moment à passer pour tenter de se sauver ou se cacher.

Ça ne m’est jamais venu à l’esprit de le faire à mes enfants (évidemment la version « soft » lors de leur anniversaire, pas que j’étais contre, mais ça ne m’est jamais venu à l’esprit, un truc oublié avec une partie du patrimoine. Déjà dans un appartement bondé de visites, de tout-petits enfants et un gros chien, c’est un peu hasardeux, voire dangereux. De revoir ça aujourd’hui, m’indique que c’est encore bien vivant et quelque part au fond de moi, ça me fait plaisir.

La soirée se poursuit en bavardage et quand je regarde à l’extérieur, je suis troublée par toute cette clarté de fin d’après-midi alors qu’il est 21:30 heures, j’ignore pourquoi exactement, mais je m’étais imaginée que notre séjour au Danemark serait nuageux, humide et froid alors que jusqu’à maintenant c’est tout le contraire, c’est une température idéale estivale. Et si on se fie à Météomédia, ça va être ainsi le reste de la semaine. Le problème avec des journées aussi longues d’ensoleillement c’est qu’on ne ressent pas le besoin d’aller se coucher, ce qui fait que lorsqu’on finit par y aller, il est déjà très tard. Quand j’en fais la remarque à Ben, il me répond avec un haussement d’épaule : « Meh, dormir c’est pour les faibles! ».



Je suis les combats en me déplaçant constamment, le groupe du Québec est installé en plein soleil, un soleil qui plombe trop pour ma tête, c’est pourquoi je bouge. Benoit n’est jamais très loin de Cloé, dès qu’elle entre en lice il la suit, s’assurant de lui prodiguer conseil, encouragement et eau. Béné aussi y est car c’est officiellement la coach des filles et des gars.


Cloé perd son premier combat, faut dire qu’elle se bat contre l’Ukrainienne qui est très forte, en fait l’équipe au complet l’est. Auparavant, nous n’avions que deux ou trois duellistes ukrainiens, le reste de l’équipe participait plutôt à l’autre tournoi, plus accessible pour eux. Cette année ils ont réussi à obtenir une subvention de leur gouvernement qui leur permettra d’y participer, en échange de lettres et d’explications produites par Benoit et Hubert. Ceux-ci, sont particulièrement excités car l’équipe ukrainienne c’est une équipe très forte, la plus forte avec celle des Russes à Botn, et pour les combattant(e)s qui font les deux compétitions, c’est un nouveau challenge de les affronter dans un tournoi IMCF avec les règles de l’IMCF où il n’y a pas d’argent en jeu.



vendredi 16 mars 2018

En attendant le jour J.




Cette nuit je n’ai pas entendu de tonnerre, j’ignore s’il y en a eu, ou peut-être parce que je ronflais trop profondément selon les propos de Benoit et de nos voisins de tente, je garde quand même quelques réserves là-dessus. Une chose est sûre, j’ai bien dormi dans mon sac de couchage et collée sur mon chum, mais y en a plusieurs qui prévoient aller s’acheter des couvertures aujourd’hui parce qu’ils ont eu froid.

La cantine est remplie à pleine capacité, le forfait repas était vraiment une bonne idée finalement. Benoit se débrouille pour manger, il s’est acheté du gruau instantané, avec des fruits, des œufs cuits durs et bien sûr un café il devrait survivre. Évidemment il va passer une bonne partie de sa journée dans la salle de conférence et m’invite à le joindre si le cœur m’en dit. Je ne dis pas non, car je n’ai pas vraiment envie de suivre le groupe de Québécois qui s’en vont visiter des ruines vikings aujourd’hui, pas que je ne veux pas être avec eux, mais pour moi, suivre un groupe signifie une perte de liberté de quitter quand j’en ai envie. De toute façon, nous irons probablement les visiter lundi sur notre chemin du retour.

Parlant de liberté, je la goûte à fond, je me promène, j’erre où mes pieds me portent, c’est le calme avant la foule de spectateurs demain. Pour rendre ma ballade encore plus agréable, la température est idéale, nous avons du soleil du matin au soir sans qu’il fasse trop chaud. On espère que ça se poursuivra pendant tout le tournoi, du moins, pour l’absence de précipitation. Je fais le tour des marchands autour du musée et trouve le comptoir de Peter, le Danois, célèbre pour ses bouteilles d’hydromel, qu’il vend comme des p’tits pains chauds à tous les tournois. Et parce qu’elles partent vite, j’achète tout de suite une bouteille d’hydromel aux noisettes, que je ramènerai dans mes bagages.


On m'a dit que le gros réservoir servait de bain, mais j'admets que je n'ai pas tant enquêter à ce sujet.




Le médiéval au Danemark est plus viking parce que ça réflète beaucoup plus leurs racines.


De retour au Centre, je retrouve Hubert (président de l’IMCF), sa femme Marta et leur fiston Adam. J’ai droit à de chaleureuses accolades et j’en suis un peu surprise parce que nous nous sommes parlé juste l’an dernier au Portugal, mais il est vrai qu’il est très présent dans nos vies via messenger. Lui et Benoit se parlent pratiquement tous les jours depuis plus d’un an, même avant qu’il ne soit élu vice-président. Ils sont devenus de très bons amis, donc moi aussi par extension et parce que je suis aussi très impliquée de mon côté. Ça me fait drôle de les voir habillés en civil, pour moi, c’est beaucoup plus habituel de le voir vêtu de sa cottehardie et de son chapeau médiéval, si lui ne me connait que depuis l’an dernier, moi je le connais depuis quatre ans puisqu’il est le président depuis le premier tournoi IMCF en Espagne à Belmonte. Il est indissociable des cérémonies d’ouverture et de clôture.

Après ces agréables retrouvailles, j’indique où est Benoit à Hubert, en ajoutant qu’il sera doublement heureux de le retrouver son ami ET son associé. De mon côté je vais manger à la cantine avec Cloé, Andrew et Annie, heureusement, la plupart des gens ont déjà mangé, nous avons donc de la place pour nous asseoir à l’intérieur. On profite du Wi-fi pour consulter nos messages et notre groupe Danemark 2017, dont sont membres, tous les Québécois qui font partie du voyage. Il y a un message de Gabrielle, elle est arrivée avec son chum Dan et Christine, et ils ont besoin d’aide pour monter le campement avec les Belges qui nous prêtent gentiment une tente sur leur campement, ce n’est pas pour y dormir mais plutôt pour y mettre les armures et se reposer, c’est un peu notre quartier général. Sauf que là nous sommes en train de manger et que tous les autres Québécois sont partis en touristes, donc personne disponible dans l’immédiat. Nous les informons qu’ils ont jusqu’à 15:00 pour diner, après il sera trop tard. On se dit qu’en attendant juste une petite heure, il y aura pas mal plus de monde pour aider et tout le monde aura mangé. Mais finalement, ils finissent de tout monter avec les Belges en maugréant. Il est vrai que les Québécois auraient dû être tous là pour aider à monter le campement, particulièrement la tente qui leur était prêtée.


Vers la fin d’après-midi, je vais retrouver Benoit, en espérant le kidnapper une petite heure, mais quand je le vois discuter avec Magnus et Julia, je me fais plutôt un café et vais m’asseoir avec eux. Je suis consciente que tout doit être prêt demain matin, en fait, dans quelques heures quand le musée fermera. De toute façon, nous devons aller chercher Dave, un des commentateurs, à l’aéroport. Lui et Benoit bavardent depuis quelques mois sur facebook, depuis que l’équipe écossaise a été mis au parfum concernant la tenue du tournoi à Scone. La sympathie mutuelle s’étant développée le plus naturellement du monde dès qu’il fut s’agit de politique. En effet, Dave est un indépendantiste aussi convaincu que nous et par la force des choses, nous partageons beaucoup de points en commun. J’imagine que les conversations vont être animées sur notre retour!

Plus tard, nous allons rejoindre le groupe, maintenant complet, au Centre. Christine est un peu nerveuse, elle prend son rôle de capitaine au sérieux, mais dans l’ensemble l’atmosphère est à la bonne humeur. Comme le plus naturellement du monde, les Belges se joignent à nous, et on est contents, on les aime bien nos ami(e)s. Faut dire que depuis Malbork en Pologne, nous sommes presqu’une famille à force de partager nos campements, sans oublier le tournoi à Galway l’automne dernier où nous (Ben, Andrew, Cloé et moi) avons revu, Gauthier, Julie, Pol et Fred. D’ailleurs j’ai dans mes bagages, une bière triple au sirop d’érable que je vais échanger avec Gauthier contre un Dessert 58 (chocolat goûté lors d’un voyage en Belgique il y a une dizaine d’année).

Nous avons observé que chaque année, les participants apportent de l’alcool et se font des échanges entre eux, c’est pourquoi, Benoit après discussion avec Jacob a proposé d’en faire un événement ouvert à tous et qui pourrait devenir une tradition :  le « liquid cultural exchange ». Ça consiste à apporter un alcool typiquement de son pays et le partager avec les autres. Pour des raisons évidentes, il se tiendra le dimanche soir, après le tournoi. Je trouve l’idée géniale et je ne suis pas la seule, l’enthousiasme semble avoir gagné pas mal de monde. Dans notre groupe certains ont apporté du caribou, du sortilège, du vin de glace, du gin et du rhum de chez-nous.

Après notre souper, pris en groupe dans la salle au rez-de-chaussée, nous laissons le reste du groupe occupé à raconter leurs visites touristiques et à regarder les photos prises à Legoland hier et aux ruines vikings aujourd’hui. Il y aura un « breefing » plus tard en soirée avec toute l’équipe mais Benoit ne pourra y être, il avait avisé d’avance qu’il devait aller chercher notre commentateur numéro 1. Il aurait aimé qu’on fasse cette rencontre à un autre moment donné pour pouvoir y assister, mais il semblerait que sa demande s’est perdue au profit des visites touristiques.

Nous nous retrouvons sur la route, toujours les feuille de mon itinéraire google map en main, c’est pas encore clair dans notre tête même si nous y sommes allés hier. Le paysage ne change pas beaucoup, les noms se ressemblent et avec les ronds-points partout c’est facile de se tromper de voie. Néanmoins nous atteignons l’aéroport sans nous tromper et récupérons Dave que je rencontre aussi pour la première fois. Normalement il se bat dans l’équipe écossaise mais une blessure l’a obligé à s’arrêter temporairement, c’est pourquoi, il ne vient qu’en tant que commentateur et qu’il n’a qu’un pack sac avec lui. C’est un type sanguin comme Benoit, la conversation est très animée et constante, j’essaie désespérément de comprendre, par chance Benoit me traduit tout ce qu’il peut et surtout quand ça touche mes intérêts. Cependant, comme je comprends à peu près tout ce que Ben dit car je suis habituée de l’entendre parler en anglais, ça me permet de deviner ce qu’ils se disent.

Je pense que lorsque Benoit accompagnera Dave dans la tour, ils formeront un duo de commentateurs super efficace. C’est une tâche qui sera partagée aussi avec Brendan et Dale qui ont fait un excellent travail l’an dernier et s’ajoute aussi Adam, chez qui nous sommes allés en Allemagne avant le tournoi en Pologne. Les commentateurs sont tous aussi des combattants ou du moins, l’ont déjà été, ce qui signifie qu’ils connaissent ce sport intrinsèquement et sont en mesure de faire des analyses, des commentaires et parler des athlètes dans la lice, qu’ils connaissent bien souvent. Et cette année, nous aurons un Écossais, un Irlandais, un Américain, un Allemand d’origine polonaise et un Québécois qui commenteront au fil du tournoi. Toute cette brochette d’accents reflète bien la multitude culturelle de l’événement. En ce qui me concerne, je crois bien que c’est cette rencontre multiculturelle qui m’intéresse le plus dans cette grande aventure que nous vivons depuis cinq ans. C’est aussi cette fascination de la nature humaine qui fait de moi une anthropologue.

dimanche 11 mars 2018

Spøttrup





Cette nuit-là j’ai compris pourquoi Thor, dieu du tonnerre était l’un des principaux dieux du panthéon nordique et pourquoi il fut le plus vénéré avant l’ère chrétienne et même après. En effet, nous avons eu droit, une bonne partie de la nuit à des coups de tonnerre comme je n’en avais jamais entendu auparavant. Nous voyons ça comme un bon présage, Thor, a béni de son marteau, notre arrivée en ses terres, chez ses gens, sans nous inonder de pluie. Nous sommes rassurés, tout de même, nos tentes ne sont pas directement sur le sol, donc si nous avons de la pluie, nous ne pataugerons pas dans l’eau durant la nuit.

Il est encore très tôt mais le ciel est déjà clair, clair comme s’il l’était depuis un bon moment déjà. J’en profite pour aller aux douches alors que la plupart des gens ont l’air de dormir encore. Je m’habille en civil, les costumes c’est pas avant jeudi, puis je vais rejoindre mon chum à la cantine. Les forfaits repas commencent ce matin, mais Benoit qui ne l’a pas pris pour lui (pour des raisons évidentes quand je vois le gluten, présent partout sur la table) n’accepte qu’un café et se contente d’une barre protéinée et d'une banane. Aujourd’hui nous irons à l’épicerie pour faire des provisions pour lui surtout.

La cantine se remplit vite, nous retrouvons déjà plusieurs connaissances et ami(e)s arrivées depuis hier, c’est un peu comme lorsque j’étais petite et qu’on retrouvait des membres de la famille quelque jours avant le réveillon de noël ou du jour de l’an. Une époque où l'on fêtait vraiment et avec des gens qu’on ne voyait qu’une ou deux fois par année. On ne le fait plus vraiment et c’est peut-être pourquoi j’en profite autant à chaque tournoi mondial.


Benoit sera occupé une partie de la journée avec Magnus et Bo, le directeur du musée attenant au château de Spottrup. Ils ont transformé la salle de conférence en bureau administratif et en entrepôt pour tout le matériel qui servira lors du tournoi. Une visite du château est offerte plus tard en journée à ceux et celles que ça intéresse, et comme Benoit l’a déjà fait lors de l’assemblée générale en novembre et qu’il a du travail devant lui, il décline l’offre. Mais Andrew, Annie et moi nous ne voulons pas manquer ça.

Laurie, Dom, Bear et Jérémie arrivent en avant midi en mini van, ils sont arrivés au Danemark quelques jours plus tôt et ont fait un peu de tourisme à Copenhague. Ils iront cet après-midi, avec le reste du groupe de Québécois visiter Legoland à Billund. Comme nous ne sommes pas du tout intéressés par cette activité, nous préférons rester pour visiter les alentours. Il fait un temps magnifique et le paysage semble sortir d’une toile impressionniste, avec son champ d’épis de blé encore verts, les cygnes qui se prélassent dans le cours d’eau devant le château et des horizons flous qui baignent dans cette belle lumière du jour, sans trop de présence humaine. Bien sûr ça va changer à mesure que le temps s’amenuise, d'ici jeudi, des marchands commencent déjà à arriver pour s’installer, du moins les reenacteurs qui accompagnent certaines équipes. Des tentes vont bientôt se dresser aux côtés de celle de Julia, sur le terrain de l’autre côté du chemin et d’autres marchands indépendants des équipes vont être installés autour du musée, formant un marché médiéval sous les arbres.

Nous descendons tous les quatre au musée, laissant sur place, Benoit qui s’en va travailler avec Magnus, et nous suivons Bo qui nous propose d’être notre guide pour une partie de la visite, il nous autorise ensuite à nous promener où bon nous semble dans le château qui est la partie centrale du musée. Le gouvernement l’a récupéré après qu’il fut détruit en partie par un incendie en 1937, le restaura et l’ouvrit au public en 1941 en tant que musée. C’est un château qui est assez tardif puisqu’il date du 16ième siècle, donc, non pas issu du Moyen âge mais de la Renaissance. Si au départ, le domaine sur lequel sera construit le château a été acquis par le diocèse, il passera aux mains de la couronne avant d’échoir dans la noblesse danoise et de connaître maints et maints propriétaires. Certains ont entrepris des travaux de restaurations, mais les dernières années avant qu'il ne fut récupéré par le gouvernement, il avait fini par être abandonné, trop coûteux à entretenir.

Notre guide laisse glisser dans ses informations (que je comprends à moitié) que le château a la réputation d’être hanté, qu’il y a eu témoignages d’apparitions de dames et de pièces plus froides que d’autres. Mais sans s’attarder sur ce commentaire, il poursuit un peu avec nous, et nous informe qu’il a beaucoup de travail et que nous pouvons nous promener partout. Tous les trois nous partons à l’aventure…


Située au rez-de-chaussé, partie plus ancienne du château qui est fort probablement devenu la cuisine des domestiques.

Aussi au rez-de-chaussée, à l'évidence, c'est là qu'on cuisinait.




Sans la literie et les draperies c'est un peu vide mais avec de l,imagination...


Superbe armoire que j'aurais volontiers rapporté chez-moi.


Les toilettes privées dans la chambre, c'est la grande classe.

Faut imaginer les tapisseries colorées et le feu dans la cheminée.


Le dessus d'une table.

Brrrr le grenier..


Est-ce que j’ai vu des fantômes? Non, mais j’avais quand même de temps en temps des impressions étranges, et je dois avouer que je n’aurais pour rien au monde visité seule le grenier, frissons garantis.



Au bout d’une heure, nous sortons, moi pour aller rejoindre Benoit et lui rappeler l’importance de « manger » tandis qu’Annie et Andrew vont se promener autour du château.



Andrew et Annie fôlatrant main dans la main.


L’après-midi se passe surtout en exploration pour moi, je découvre le petit jardin aux herbes entretenues avec amour et vendues sur le marché. C’est un petit havre de paix, avec ses arbres autour et son petit banc qui invite les amoureux ou les jambes fatiguées. Benoit retourne s’enfermer au musée pour continuer à travailler après que nous nous soyons donné un rendez-vous dans deux heures. Tout au long de mon parcours pour me rendre au Centre sportif, je croise des nouveaux arrivants, nos ami(e)s japonais, visiblement aussi heureux que moi de les revoir, je discute un bon moment avec Yoko et Kiyoka, malheureusement Jay n’a pu venir cette année. Je les laisse s’installer dans leurs tentes et j’emmène mon Blackberry pour pouvoir aller prendre mes messages, nous avons la chance d’avoir le Wi-Fi mais seulement à l’intérieur du centre, c’est pourquoi, y a déjà pas mal de gens installés un peu partout qui ont eu la même idée que moi. Toutefois les tentes sont toutes équipées avec des prises de courant, nous permettant ainsi de charger nos appareils ou d’utiliser tout autre appareil électrique.


Le Centre est génial, au rez-de-chaussée, il y a un gym qui est ouvert pour tous, un petit salon au milieu avec fauteuils confortables, une cantine suffisamment grande pour accueillir 50-60 personnes, mais en bas près du gym, il y a aussi plusieurs grandes tables où l’on peut s’asseoir. L’équipe qui s’occupe de la cantine et donc, de notre forfait repas est d’une grande gentillesse, les employés semblent faire partie de la même famille que la patronne, notre chef cuisinière. Ils comprennent l’anglais, mais pour la plupart d’entre eux c’est clair qu’ils ne l’utilisent pas souvent. Cependant, ils font un immense effort pour comprendre et accéder à nos demandes le plus souvent possible.

L’autobus apporte un autre gros groupe en après-midi, dont Cloé, Béné, Amélie et Yan, nous leur montrons où est le groupe de Québécois, très visible avec nos drapeaux accrochés aux cordes qui tiennent les poteaux, ils se choisissent une tente et s’installent à leur tour. Moi je sors le reste de nos bagages de la voiture et je les mets sous la tente, temporairement, car nous irons chercher des amis écossais à l’aéroport de Billund après nos achats à l’épicerie quand Ben viendra me rejoindre.

Y a nos amis irlandais aussi qui sont arrivés, Lara est là avec Piotr, Killian, Jack, les deux Brendan et Caroline qui est maintenant la photographe officielle pour l’IMCF. Pour nous c’est vraiment comme la « parentée » qui commence à arriver pour le party des fêtes, tout le monde est fébrile! Benoit vient me rejoindre et retrouve lui aussi avec joie, les gens qui sont arrivés et qu’il n’a pas encore vu, étant dans le bureau depuis le début de la journée. Y a aussi nos amis américains qui sont là depuis deux jours, les Néo-Zélandais arrivés aujourd’hui, ainsi que les Mexicains, dont certains déjà rencontrés en Argentine deux mois avant.

Nous n’avons pas le temps de nous attarder, nous montons en voiture avec Andrew et Annie qui iront récupérer la voiture qu’ils ont réservé à Billund après notre arrêt à Skive afin de trouver de la nourriture pour Benoit.

Même si en principe nous devrions connaître maintenant le chemin, nous avons encore besoin de notre papier google map, il y a beaucoup de ronds-points et tous les noms se ressemblent. Comme nous descendons au sud lorsque nous quittons Skive pour Billund, nous gardons à l’esprit que le soleil couchant doit se trouver sur notre droite la plupart du temps. C’est peut-être rudimentaire comme méthode, mais elle a prouvé mainte et mainte fois son efficacité, alors que notre google map et le gps d’Andrew ne sont pas toujours fiables. Quand nous nous retrouvons sur une route principale, au nom imprononçable (pour moi elles le sont toutes!), je sors les raisins, le fromage, les craquelins et des charcuteries sans gluten, et des chips pour nous nourrir mon chum et moi pendant qu’il conduit. Aussi bien manger tous les deux, la cuisine au Centre sera fermée quand nous reviendrons de toute façon.

Le comptoir de location d’auto est à l’aéroport, nous laissons donc descendre Andrew et Annie et attendons que Jacob, Kim et son amoureux passent la sortie. L’aéroport est petit, celui de Copenhague m’est aussi apparu beaucoup moins grand que je l’avais imaginé. Comme pour Dublin, je réalise que le Danemark, comme l’Irlande, bien qu’ils soient des pays chargés d’histoire, sont plus petits et moins populeux qu’au Québec. Quand les capitales Copenhague et Dublin ont des populations d’environ 500 000 individus et qu’il y a d’autres aéroports dans le pays, les grands aéroports comme le nôtre à Montréal, serait inutilement grand.

Au bout d’une dizaine de minutes, les trois Écossais arrivent avec chacun un bagage, le reste a été mis dans un gros camion avec le reste des armures et bagages des autres Écossais et seront apportés directement à Spottrup. Je vois enfin Jacob, ça fait des mois qu’il discute via messenger avec Benoit depuis que celui-ci négocie avec Scone Palace pour le tournoi de l’an prochain. En principe, c’est ce qui est prévu, mais rien n’a été officiellement signé ce qui rend Benoit très nerveux. Il doit au moins avoir la confirmation de la responsable et il est sans nouvelle depuis quelques jours. Comme on dit « Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. » alors on attend en priant pour pouvoir divulguer la bonne nouvelle lors de la cérémonie de clôture dimanche.

Nos passagers discutent avec Benoit, mais j’ai un peu de mal à tout saisir, éventuellement mon oreille se fera à leur accent. Jacob est Anglais mais vit depuis presque toujours au Shetland, îles à l’extrême nord de l’Écosse, tandis que Kim et son copain sont Écossais. Nous réitérons à propos de la noirceur qui n’est jamais complète, mais bien sûr nous avions oublié que l’Écosse étant plus au nord, ils connaissent ce phénomène. Aux îles Shetland, ils connaissent comme en Islande, au Norvège, en Suède et en Finlande, le soleil de minuit autour du solstice d’été. C’est pourquoi aussi, le ciel du Danemark n’est jamais totalement obscurci en ce moment, un peu trop loin du cercle polaire mais pas bien loin non plus. Pour ces pays qui vivent des périodes de clarté pendant 24 heures sur plusieurs semaines, ils connaissent aussi la noirceur totale pendant plusieurs semaines autour du solstice d’hiver. Je me souviens d’avoir vu un reportage il y a bien des années à propos de ces gens qui y vivent et qui ont besoin de luminothérapie pour pallier le manque de soleil et de vitamine D.

Nous réussissons à ne pas nous perdre et arrivons à destination au Centre qui grouille encore d’activités : quelques-uns sortent des douches, d’autres se prélassent, jouent au babyfoot, naviguent sur le Net, discutent à l’extérieur bière à la main. Jacob apporte une caisse de cidre pour Benoit, comme il lui avait promis quelques semaines auparavant, au grand plaisir de Benoit qui peut faire comme tout le monde et « prendre un verre » avec les ami(e)s. Toujours cette lueur dans le ciel au loin comme pour nous mettre au défi de rester éveillé, mais la raison finit par l’emporter, demain c’est la dernière journée avant le tournoi et il reste encore beaucoup à faire, du moins pour le vice-président, qui une fois de plus ne fait jamais les choses à moitié.          

jeudi 22 février 2018

Au pays des vikings!




« Bon, on a deux choix! » me dit Benoit « Soit on prend le vol direct à Copenhague à partir de Toronto, soit on prend un vol vers Paris à partir de Montréal, puis on prend un vol au prix régulier pour l’aéroport de Billund, parce qu’on n’a pas de vol direct Montréal-Billund. »

On est enfin en train d’organiser NOTRE voyage, depuis des semaines qu’il planche sur l’IMCF, qu’il répond à toutes les questions provenant des équipes partout sur la planète, qui vivent sur un autre fuseau horaire et qui veulent une réponse…hier. Par chance, Julia s’occupe des marchands et le Danois Magnus est sur le terrain et court déjà pour que tout soit prêt. N’empêche que Ben est toujours sur 56 dossiers en même temps, dont les réservations pour les tentes et les forfaits repas pour les arbitres et pour les équipes qui viennent de trop loin pour transporter leur stock de camping et qui veulent dormir sur place. L’Ost en fait partie, ainsi que les Japonais, les Néo-Zélandais et les Américains.  

 La plupart des participants débarquera à Billund qui est beaucoup plus près de Spottrup, là où notre tournoi IMCF 2017 a lieu. Notre priorité à nous, est de sauver des sous, il nous faut donc regarder les prix des vols Copenhague-Billund, Montréal-Paris, Paris-Billund, les trains, les autobus, les locations de voiture, etc. Sur Google Map on nous dit qu’il faut compter 1:30, 1:45 hrs pour nous rendre à notre destination à partir de Billund, alors que ça en prend 4 à partir de Copenhague.

Nous passons quelques jours à planifier, comparer, chercher jusqu’à ce que nous tombions d’accord : On passe par Toronto pour prendre le vol direct pour Copenhague et nous louons une voiture pour une semaine, et nous roulerons à notre rythme. Nous la réservons tout de suite, elle nous revient à 160$ (une aubaine!) c’est sensiblement le même prix que si nous prenions le train ou l’autobus allers-retours. Mais en plus nous pourrons nous véhiculer toute la semaine, faut juste faire attention car l’essence est dispendieuse. Quatre heures de route c’est vraiment pas grand-chose pour nous, toutefois, nous rendre du point A au point B peut être un challenge, à cause d’un élément primordial, on ne lit pas, on ne parle pas et ne comprenons pas le danois. Le GPS qu’on nous proposait coûte pratiquement le prix de la location de la voiture, donc j’ai proposé à Ben, qu’on imprime le trajet aller et retour sur Google Map et je serai comme d’habitude son co-pilote. Et puis après tout, on peut toujours demander notre chemin, y paraîtrait que l’anglais est couramment parlé.
La veille de notre départ nous envoyons un message sur notre réseau facebook, pour savoir si quelqu’un pourrait venir nous reconduire à l’aéroport, évidemment sur promesse de payer l’essence. Ma mère m’a toujours dit :

« Quand on demande rien, on obtient rien, donc n’hésite jamais à demander tu pourrais être surprise de ce que tu recevras. »

Et je dois dire que ça m’a souvent bien servi, mais sur ce coup-là, je suis plus ou moins confiante, nous sommes très dernière minute (comme toujours) et c’est un dimanche en fin d’avant-midi. Je reste un peu pessimiste là-dessus, on pognera un taxi, ça va nous coûter plus cher mais avons-nous vraiment le choix? Hors de question de prendre le transport en commun car nous sommes trop chargés comme d’habitude.

Dimanche matin, alors qu’on termine de paqueter notre bouffe de survie dans nos valises et que je finis notre lunch, Line, une amie qui n’habite même pas sur l’île et qu’on n’a pas vu depuis longtemps, me demande si on a toujours besoin d’un lift aujourd’hui. Wow! Deux heures plus tard, elle est chez-nous! Oh qu’on est contents! D’abord pour l’immense service qu’elle nous rend, alors qu’elle aurait très bien pu rester chez-elle tranquille et profiter de son dimanche de congé, ensuite parce que ça fait du bien de la voir, ça faisait si longtemps! On en profite pour papoter sur la route, puis elle nous laisse au débarcadère de l’aéroport, refusant net qu’on lui rembourse son essence. Ah ma mère et ses dictons tellement vrais!

Une fois à l’intérieur on retrouve Andrew et sa copine Annie, nous prenons les mêmes vols et une fois à Copenhague, nous nous séparons. Ils continueront en train tandis que nous prendrons l’armure d’Andrew et quitterons en voiture. Cette fois-ci, tout se déroule sans heurt et sans problème pour notre vol pour Toronto, puis quelques heures plus tard pour le Danemark.

Lorsque nous descendons d’avion, ça contraste avec notre arrivée à Buenos Aires deux mois plus tôt. D’abord nous sommes reposés et on ne crève pas de chaleur et tout est beaucoup plus calme, les Danois étant pas mal moins sanguins que les Argentins. De l’autre côté de la sécurité après avoir récupéré nos bagages, c’est calme et…blond. Bien sûr, il y a des touristes venus d’ailleurs, mais sur le fond on capte bien l’ADN viking. Le mélange nordique et germanique typique que nous imaginons volontiers parcourir, il y a mille ans, les mers à la recherche de terres et de trésors.

C’est la petite sirène d’Hans Christian Andersen qui nous accueille, assise sagement et enviant secrètement, peut-être, tous ces voyageurs bipèdes qui circulent autour ou qui s’arrêtent un instant pour la prendre en photo. Son créateur est l’un de mes conteurs favoris, j’ai lu la plupart de ses œuvres principales et je dois dire que parmi les grands auteurs du 19ième siècle, ce sont ses contes de fées qui ont le plus marqués mon enfance : La petite sirène, La petite fille aux allumettes, Le vilain petit canard, Les habits neufs de l’empereur, La princesse au petit pois, La petite poucette, La bergère et le ramoneur…Enfin





Pour nous rendre à la compagnie de location de voiture, c’est super complexe, nous devons prendre une navette par l’extérieur ou nous rendre dans une autre aile de l’aéroport et nous ne pouvons pas traverser avec les chariots, et il hors de question qu’on trimbale tout notre matériel à bras. Finalement, Ben part avec la navette pour aller chercher notre voiture et viendra me chercher à la porte. Sauf que, c’est pas bien clair, nous n’apercevons aucun panneau ou indication de stationnement quelconque et de l’endroit où nous avons laissé Benoit, c’est directement la rue, pas de zone d’accotement. Nous ne pouvons pas nous déplacer, sinon Ben ne nous retrouvera jamais. On n’a aucune idée où il pourra se stationner pour me prendre avec les bagages, on s’entend que si je peux m’engouffrer en 3 secondes au milieu du trafic, nous avons deux armures à entrer dans la valises plus nos autres bagages.

Pour aider c’est l’heure de pointe. Comme on ignore quelle voiture nous aurons, on scrute attentivement toutes les voitures qui viennent dans notre direction, jusqu’à ce que nous le voyions nous saluer. Nous apportons rapidement tous les bagages qui iront dans la voiture, Ben sort, les automobilistes ont pas l’air très contents, à leur tête nous devinons que ce n’est pas l’endroit pour s’arrêter et si nous ne voulons pas avoir de problème nous devons faire vite. Les gars embarquent rapidement les bagages et ne peuvent s’empêcher de s’extasier devant notre BMW louée au même prix, le concessionnaire n’avait pu avoir la voiture que Ben avait demandé (moi les chars je les repère par leur couleur pis encore…).

Bon vite vite vite faut décoller! Bye Andrew et Annie, on se revoit à Spottrup! Là le party va commencer, je sors mes papiers de google itinéraire.




Faut d’abord sortir du périmètre de l’aéroport et se diriger sur la bonne route, ce qui n’est pas si simple puisque nous n’avons pu nous stationner avant et prendre nos repères et évaluer le plan de match. Mes feuilles en main, j’essaie de ne pas me laisser impressionner par les noms qui à première vue se ressemble tous, donc difficile à lire avant d’être passée devant le panneau. Surtout rester calme! Se tromper de sortie dans ce genre d’endroit, c’est toujours un peu paniquant car tout se ressemble contrairement aux routes secondaires et rues de villes et villages.

Benoit n’a pu regarder notre itinéraire dans le stationnement du concessionnaire avant de venir me prendre avec les bagages à la porte, car j’avais notre itinéraire dans ma sacoche. Il ne peut maintenant regarder avec moi non plus, entièrement occupé à conduire une voiture louée, dans un autre pays, dans une autre langue, notre réussite à sortir d’ici, repose sur moi.

En me fiant en partie à mon instinct, on finit par se retrouver sur la E20 et par chance nous resterons dessus pour un bon 200 km, on peut enfin souffler! Contrairement à ce que je m’attendais (ne me demandez pas pourquoi) il fait un temps magnifiquement ensoleillé, et c’est super confortable. On ouvre la radio, comme nous le faisons régulièrement en voyage, on prend un bain médiatique, soit la radio, soit la télé ou les deux, nous écoutons la langue, la musique, les publicités, etc. À mes oreilles, le danois ressemble à de l’allemand mais en plus doux. Nous nous amusons, lors des pauses publicitaires, à essayer de deviner de quoi il s’agit.

On s’extasie devant le paysage de la mer qui s’étend à perte de vue à notre gauche et à notre droite lorsque nous quittons le Seeland (où est la capitale : Copenhague) pour traverser sur l’île de Funen pour nous rendre dans le Jutland, le nord du Jutland. Toute cette eau autour c’est vertigineux, ça me rappelle les Îles-de-la-Madeleine sauf pour les cygnes sauvages qu’on voit un peu partout ici. J’aime observer la faune ou les panneaux de traverses d’animaux, sur toutes les routes où nous voyageons, les cygnes, c’est une Première.

Nous grignotons nos collations, évitant de manger dans les restaurants des aires de repos qui servent surtout des burgers et de la pizza, trop chers pour nos moyens. Donc quand on s’y arrête c’est pour les pauses pipis et l’achat de bouteilles d’eau ou de café. On découvre aussi qu’il y a des douches à côté des toilettes, ce qui est vraiment pratique.

En fin d’après-midi, nous arrivons à Spottrup, en fait c’est le nom du château qui est situé à une dizaine de minutes de la petite ville de Skive, c’est en pleine campagne. Nous garons la voiture dans le stationnement du Centre sportif rattaché au musée et au château juste un peu plus loin. Une centaine d’unités sont déjà là pour nous recevoir et Magnus est sur place pour veiller à ce que tout soit installé correctement, son grand danois qui le suit comme son ombre. Évidemment j’essaie de l’amadouer comme je le fais toujours avec les gros chiens pendant que Ben discute avec Magnus concernant le travail qui reste encore à faire avant le début du tournoi, jeudi. Je suis toujours fascinée par sa voix profonde, ça m’avait frappé l’an dernier au Portugal. Le physique imposant, l’attitude calme et une voix aussi grave, il personnifierait bien Thor ou Saint-Nicolas! Bon bon je sais je sais, mon imagination qui s’emballe.





Il nous montre le coin des Québécois, il y a un drapeau du Québec sur une des tentes, y semblerait que c’est notre quartier, nous serons vingt Québécois cette année et nous dormons tous dans ces tentes. C’est la première fois que notre délégation est aussi grosse et c’est la première fois aussi que nous dormons sur le terrain. Chacune de ces unités accueille une à deux personnes, mais à deux ça ne laisse pas beaucoup de place pour les bagages, disons qu’on va laisser l’armure dans la valise de l’auto en attendant le tournoi.

Régis est déjà sur place avec sa copine Marie-Claude, ils sont partis une semaine avant pour visiter le Danemark, c’est eux qui ont revendiqué et réservé un coin pour les Québécois. Ils ont eu le choix, il n’y a pas grand monde encore, la plupart des gens arrivent demain et mercredi. Nous choisissons une tente et y mettons nos sleeping, oreillers et bagages et suivons Magnus qui nous invite à sa tente dans le campement décorum de son groupe de reconstitution historique, il veut nous montrer les médailles et nous donner les bracelets et les jetons de notre équipe pour le forfait repas.

Sur le chemin, nous traversons le hall du musée et ressortons de l’autre côté, dans le campement aménagé pour les marchands qui font aussi de la reconstitution historique. Puis longeons le château et la lice pour nous rendre chez les Danois. Sur place, tout le monde est occupé à installer adéquatement les tentes, leur mobilier ou à préparer le souper, pour ces gens, vivre comme au Moyen âge semble être aussi banal qu’à la maison au 21ième siècle. La cuisson se fait sur un feu de bois, avec des gros chaudrons de fontes, des ustensiles de bois ou de fer et les meubles sont en bois. Quand je regarde le sommier et la décoration de la tente de Magnus et sa copine, je les envie, il y a tant d’espace et les draperies et coussins moelleux réchaufferont suffisamment le couple cette nuit j’en suis certaine.

Quand nous retournons là-haut à nos tentes modernes et pourtant sûrement moins confortables que ce que nous venons de visiter, nous retrouvons en plus de Régis et Marie-Claude, Igor, Pat et Élie qui viennent d’arriver d’Allemagne, Benoit donne les bracelets et les jetons à Régis (représentant du Québec) pour qu’il les distribue, Benoit se doute bien qu’il risque d’être vraiment très occupé toute la semaine à partir de demain matin. Nous allons faire un tour dans le centre sportif, nous voulons voir comment sont organisées les installations sanitaires et la petite salle à manger laissant les autres s’installer à leur tour dans les tentes.

Avant de partir du Québec, plusieurs d’entre nous étions plus ou moins à l’aise à l’idée de ne pas avoir de douche privée. Comme c’était mon cinquième tournoi international, (le premier avait été avec Battle Of the nation) je savais que sur le terrain c’était toujours un peu rudimentaire, des douches portables louées, où étaient entassées plusieurs personnes en même temps. En Espagne il n’y avait pas vraiment de division hommes et femmes. Comme c’était notre premier camping en tournoi, j’ai eu soudainement des doutes et j’avais demandé à Benoit de s’informer. J’étais certaine que la plupart des Québécois ne seraient pas à l’aise avec l’idée de se laver nu en groupe et qu’ils apprécieraient d’avoir su ce « détail » à l’avance pour prévoir le coup, comme apporter son maillot de bain par exemple.

J’avais vu juste. Quand Benoit avait su que ce serait des douches dans un centre sportif et que les douches comme dans tout bon vestiaire seraient ouvertes, plusieurs avaient effectivement exprimé leur inconfort. Je pense qu’ils ont presque tous un maillot de bain dans leurs bagages, moi y compris.

Toutefois, en visitant les lieux je remarque qu’il y a plus d’un endroit disponible où l’on peut prendre notre douche dont une place au fond d’un couloir qui semble être une douche privée avec une porte qui se barre de l’intérieur. Je me promets d’y venir ce soir tard ou demain matin tôt. Quand nous montons à l’étage pour continuer notre visite, nous croisons Andrew et Annie qui sont arrivés en bus, de Skive et ont mis leurs bagages dans la tente à côté de la nôtre.

Les forfaits repas ne commencent qu’à partir de demain et tout le monde a très faim, nous décidons donc d’aller tous manger ensemble à Skive. En chemin, nous observons qu’il fait encore très clair pour l’heure qu’il est, à 19:30 hres chez-nous, il fait noir. Ça nous laisse plus de temps pour voir le paysage qui borde les petites routes de campagne, nous sommes passablement loin des grandes villes et on constate à quel point quand nous entrons dans Skive. Mais ce qui nous frappe le plus c’est l’absence de gens, peu de voiture, personne ou presque sur les trottoirs, tout est bien tranquille et donc très peu de restaurant ouvert. Pour moi c’est toujours surprenant, nous sommes vraiment un peuple qui aime beaucoup manger au restaurant, et ce n’est pas juste à Montréal, j’ai grandi en campagne entre deux villages dont un qui comptait plus d’une douzaine de restaurants en plus des trois-quatre bars.

On finit par en trouver un, et quand le serveur nous voit entrer il écarquille les yeux, nous sommes neuf personnes, je pense qu’on le prend un peu par surprise, il n’y a qu’un couple assis dans un coin. Nous lui demandons si nous pouvons y manger, il acquiesce, nous nous dépêchons de nous asseoir avant qu’il ne change d’idée. On plonge dans notre menu, moi et Ben avons un p’tit peu envie de brailler mais bon on garde ça entre nous, juste notre assiette principale avec une bière et un verre de vin va nous coûter aux alentours de 80$. Oui Benoit prend un steak, mais je prends tout de même juste une assiette de mini burgers avec frites. On se comprend sans même se parler : on évite les restaurants cette semaine et on va à l’épicerie!

Une couronne danoise équivaut à environ 0,21 cent canadien


Le souper s’anime autour de notre grande table à mesure que les verres se vident, mais nous ne voulons pas trop nous attarder, donc nous payons et quittons pour retourner à Spottrup. La pénombre est tombée mais pas complètement, il approche 22:00 hres et on voit encore des trous de clarté dans le ciel.

Sur place, nous croisons Julia qui nous invite à prendre le thé dans sa tente médiévale, elle a un petit poêle au gaz portable pour faire chauffer de l’eau. Elle est encore seule sur son campement qui n’est pas du même côté que celui de Magnus, demain il y aura d’autres marchands qui viendront s’ajouter. Mais ce soir, avec le vent, isolée des bâtiments, sa tente semble tragiquement seule, nous nous dépêchons de nous y engouffrer. Elle allume des chandelles et son p’tit poêle et nous prépare une bonne tasse de thé pour finir notre journée.