Cette nuit-là j’ai compris pourquoi Thor,
dieu du tonnerre était l’un des principaux dieux du panthéon nordique et pourquoi
il fut le plus vénéré avant l’ère chrétienne et même après. En effet, nous
avons eu droit, une bonne partie de la nuit à des coups de tonnerre comme je n’en
avais jamais entendu auparavant. Nous voyons ça comme un bon présage, Thor, a
béni de son marteau, notre arrivée en ses terres, chez ses gens, sans nous
inonder de pluie. Nous sommes rassurés, tout de même, nos tentes ne sont pas
directement sur le sol, donc si nous avons de la pluie, nous ne pataugerons pas
dans l’eau durant la nuit.
Il est encore très tôt mais le ciel est
déjà clair, clair comme s’il l’était depuis un bon moment déjà. J’en profite
pour aller aux douches alors que la plupart des gens ont l’air de dormir
encore. Je m’habille en civil, les costumes c’est pas avant jeudi, puis je vais rejoindre mon chum à la cantine. Les forfaits repas commencent ce matin, mais
Benoit qui ne l’a pas pris pour lui (pour des raisons évidentes quand je vois
le gluten, présent partout sur la table) n’accepte qu’un café et se contente d’une
barre protéinée et d'une banane. Aujourd’hui nous irons à l’épicerie pour faire
des provisions pour lui surtout.
La cantine se remplit vite, nous
retrouvons déjà plusieurs connaissances et ami(e)s arrivées depuis hier, c’est
un peu comme lorsque j’étais petite et qu’on retrouvait des membres de la famille
quelque jours avant le réveillon de noël ou du jour de l’an. Une époque où l'on fêtait
vraiment et avec des gens qu’on ne voyait qu’une ou deux fois par année. On ne
le fait plus vraiment et c’est peut-être pourquoi j’en profite autant à chaque
tournoi mondial.
Benoit sera occupé une partie de la
journée avec Magnus et Bo, le directeur du musée attenant au château de
Spottrup. Ils ont transformé la salle de conférence en bureau administratif et en
entrepôt pour tout le matériel qui servira lors du tournoi. Une visite du
château est offerte plus tard en journée à ceux et celles que ça intéresse, et
comme Benoit l’a déjà fait lors de l’assemblée générale en novembre et qu’il a
du travail devant lui, il décline l’offre. Mais Andrew, Annie et moi nous ne
voulons pas manquer ça.
Laurie, Dom, Bear et Jérémie arrivent en
avant midi en mini van, ils sont arrivés au Danemark quelques jours plus tôt et
ont fait un peu de tourisme à Copenhague. Ils iront cet après-midi, avec le
reste du groupe de Québécois visiter Legoland à Billund. Comme nous ne sommes
pas du tout intéressés par cette activité, nous préférons rester pour visiter
les alentours. Il fait un temps magnifique et le paysage semble sortir d’une
toile impressionniste, avec son champ d’épis de blé encore verts, les cygnes qui
se prélassent dans le cours d’eau devant le château et des horizons flous qui
baignent dans cette belle lumière du jour, sans trop de présence humaine. Bien
sûr ça va changer à mesure que le temps s’amenuise, d'ici jeudi, des marchands
commencent déjà à arriver pour s’installer, du moins les reenacteurs qui
accompagnent certaines équipes. Des tentes vont bientôt se dresser aux côtés de
celle de Julia, sur le terrain de l’autre côté du chemin et d’autres marchands
indépendants des équipes vont être installés autour du musée, formant un marché
médiéval sous les arbres.
Nous descendons tous les quatre au musée,
laissant sur place, Benoit qui s’en va travailler avec Magnus, et nous suivons Bo
qui nous propose d’être notre guide pour une partie de la visite, il nous autorise ensuite à nous promener où bon nous semble dans le château qui est la partie
centrale du musée. Le gouvernement l’a récupéré après qu’il fut détruit en
partie par un incendie en 1937, le restaura et l’ouvrit au public en 1941 en
tant que musée. C’est un château qui est assez tardif puisqu’il date du 16ième
siècle, donc, non pas issu du Moyen âge mais de la Renaissance. Si au départ,
le domaine sur lequel sera construit le château a été acquis par le diocèse, il
passera aux mains de la couronne avant d’échoir dans la noblesse danoise et de
connaître maints et maints propriétaires. Certains ont entrepris des travaux de
restaurations, mais les dernières années avant qu'il ne fut récupéré par le gouvernement, il avait fini par être abandonné,
trop coûteux à entretenir.
Notre guide laisse glisser dans ses
informations (que je comprends à moitié) que le château a la réputation d’être hanté,
qu’il y a eu témoignages d’apparitions de dames et de pièces plus froides que d’autres.
Mais sans s’attarder sur ce commentaire, il poursuit un peu avec nous, et nous
informe qu’il a beaucoup de travail et que nous pouvons nous promener partout.
Tous les trois nous partons à l’aventure…
![]() |
| Située au rez-de-chaussé, partie plus ancienne du château qui est fort probablement devenu la cuisine des domestiques. |
![]() |
| Aussi au rez-de-chaussée, à l'évidence, c'est là qu'on cuisinait. |
![]() |
![]() |
| Sans la literie et les draperies c'est un peu vide mais avec de l,imagination... |
![]() |
| Superbe armoire que j'aurais volontiers rapporté chez-moi. |
![]() |
| Les toilettes privées dans la chambre, c'est la grande classe. |
![]() |
| Faut imaginer les tapisseries colorées et le feu dans la cheminée. |
![]() |
| Le dessus d'une table. |
![]() |
| Brrrr le grenier.. |
Est-ce que j’ai vu des fantômes? Non, mais
j’avais quand même de temps en temps des impressions étranges, et je dois avouer
que je n’aurais pour rien au monde visité seule le grenier, frissons
garantis.
Au bout d’une heure, nous sortons, moi
pour aller rejoindre Benoit et lui rappeler l’importance de « manger » tandis
qu’Annie et Andrew vont se promener autour du château.
![]() |
| Andrew et Annie fôlatrant main dans la main. |
L’après-midi se passe surtout en
exploration pour moi, je découvre le petit jardin aux herbes entretenues avec
amour et vendues sur le marché. C’est un petit havre de paix, avec ses arbres
autour et son petit banc qui invite les amoureux ou les jambes fatiguées.
Benoit retourne s’enfermer au musée pour continuer à travailler après que nous
nous soyons donné un rendez-vous dans deux heures. Tout au long de mon parcours
pour me rendre au Centre sportif, je croise des nouveaux arrivants, nos ami(e)s
japonais, visiblement aussi heureux que moi de les revoir, je discute un bon
moment avec Yoko et Kiyoka, malheureusement Jay n’a pu venir cette année. Je
les laisse s’installer dans leurs tentes et j’emmène mon Blackberry pour
pouvoir aller prendre mes messages, nous avons la chance d’avoir le Wi-Fi mais
seulement à l’intérieur du centre, c’est pourquoi, y a déjà pas mal de gens
installés un peu partout qui ont eu la même idée que moi. Toutefois les tentes
sont toutes équipées avec des prises de courant, nous permettant ainsi de
charger nos appareils ou d’utiliser tout autre appareil électrique.
Le Centre est génial, au rez-de-chaussée,
il y a un gym qui est ouvert pour tous, un petit salon au milieu avec fauteuils
confortables, une cantine suffisamment grande pour accueillir 50-60 personnes, mais en
bas près du gym, il y a aussi plusieurs grandes tables où l’on peut s’asseoir.
L’équipe qui s’occupe de la cantine et donc, de notre forfait repas est d’une grande
gentillesse, les employés semblent faire partie de la même famille que la patronne,
notre chef cuisinière. Ils comprennent l’anglais, mais pour la plupart d’entre eux c’est
clair qu’ils ne l’utilisent pas souvent. Cependant, ils font un immense effort pour
comprendre et accéder à nos demandes le plus souvent possible.
L’autobus apporte un autre gros groupe en
après-midi, dont Cloé, Béné, Amélie et Yan, nous leur montrons où est le groupe
de Québécois, très visible avec nos drapeaux accrochés aux cordes qui tiennent
les poteaux, ils se choisissent une tente et s’installent à leur tour. Moi je
sors le reste de nos bagages de la voiture et je les mets sous la tente, temporairement, car nous irons chercher des amis écossais à l’aéroport de
Billund après nos achats à l’épicerie quand Ben viendra me rejoindre.
Y a nos amis irlandais aussi qui sont
arrivés, Lara est là avec Piotr, Killian, Jack, les deux Brendan et Caroline
qui est maintenant la photographe officielle pour l’IMCF. Pour nous c’est
vraiment comme la « parentée » qui commence à arriver pour le party des fêtes,
tout le monde est fébrile! Benoit vient me rejoindre et retrouve lui aussi avec
joie, les gens qui sont arrivés et qu’il n’a pas encore vu, étant dans le
bureau depuis le début de la journée. Y a aussi nos amis américains qui sont là
depuis deux jours, les Néo-Zélandais arrivés aujourd’hui, ainsi que les
Mexicains, dont certains déjà rencontrés en Argentine deux mois avant.
Nous n’avons pas le temps de nous attarder,
nous montons en voiture avec Andrew et Annie qui iront récupérer la voiture qu’ils
ont réservé à Billund après notre arrêt à Skive afin de trouver de la
nourriture pour Benoit.
Même si en principe nous devrions
connaître maintenant le chemin, nous avons encore besoin de notre papier google
map, il y a beaucoup de ronds-points et tous les noms se ressemblent. Comme
nous descendons au sud lorsque nous quittons Skive pour Billund, nous gardons à
l’esprit que le soleil couchant doit se trouver sur notre droite la plupart du
temps. C’est peut-être rudimentaire comme méthode, mais elle a prouvé mainte et
mainte fois son efficacité, alors que notre google map et le gps d’Andrew ne
sont pas toujours fiables. Quand nous nous retrouvons sur une route principale,
au nom imprononçable (pour moi elles le sont toutes!), je sors les raisins, le
fromage, les craquelins et des charcuteries sans gluten, et des chips pour nous
nourrir mon chum et moi pendant qu’il conduit. Aussi bien manger tous les deux, la cuisine au Centre sera fermée
quand nous reviendrons de toute façon.
Le comptoir de location d’auto est à l’aéroport,
nous laissons donc descendre Andrew et Annie et attendons que Jacob, Kim et son
amoureux passent la sortie. L’aéroport est petit, celui de Copenhague m’est aussi
apparu beaucoup moins grand que je l’avais imaginé. Comme pour Dublin, je
réalise que le Danemark, comme l’Irlande, bien qu’ils soient des pays chargés d’histoire,
sont plus petits et moins populeux qu’au Québec. Quand les capitales Copenhague
et Dublin ont des populations d’environ 500 000 individus et qu’il y a d’autres
aéroports dans le pays, les grands aéroports comme le nôtre à Montréal, serait inutilement grand.
Au bout d’une dizaine de minutes, les
trois Écossais arrivent avec chacun un bagage, le reste a été mis dans un gros camion avec le reste des armures et bagages des autres Écossais et seront apportés directement à Spottrup. Je vois enfin Jacob, ça fait des mois qu’il discute via messenger avec
Benoit depuis que celui-ci négocie avec Scone Palace pour le tournoi de l’an
prochain. En principe, c’est ce qui est prévu, mais rien n’a été officiellement
signé ce qui rend Benoit très nerveux. Il doit au moins avoir la confirmation
de la responsable et il est sans nouvelle depuis quelques jours. Comme on dit « Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. » alors on attend en
priant pour pouvoir divulguer la bonne nouvelle lors de la cérémonie de clôture
dimanche.
Nos passagers discutent avec Benoit, mais
j’ai un peu de mal à tout saisir, éventuellement mon oreille se fera à leur
accent. Jacob est Anglais mais vit depuis presque toujours au Shetland, îles à
l’extrême nord de l’Écosse, tandis que Kim et son copain sont Écossais. Nous réitérons
à propos de la noirceur qui n’est jamais complète, mais bien sûr nous avions
oublié que l’Écosse étant plus au nord, ils connaissent ce phénomène. Aux îles
Shetland, ils connaissent comme en Islande, au Norvège, en Suède et en
Finlande, le soleil de minuit autour du solstice d’été. C’est pourquoi aussi, le
ciel du Danemark n’est jamais totalement obscurci en ce moment, un peu trop
loin du cercle polaire mais pas bien loin non plus. Pour ces pays qui vivent
des périodes de clarté pendant 24 heures sur plusieurs semaines, ils connaissent
aussi la noirceur totale pendant plusieurs semaines autour du solstice d’hiver.
Je me souviens d’avoir vu un reportage il y a bien des années à propos de ces gens
qui y vivent et qui ont besoin de luminothérapie pour pallier le manque de
soleil et de vitamine D.
Nous réussissons à ne pas nous perdre et
arrivons à destination au Centre qui grouille encore d’activités :
quelques-uns sortent des douches, d’autres se prélassent, jouent au babyfoot,
naviguent sur le Net, discutent à l’extérieur bière à la main. Jacob apporte
une caisse de cidre pour Benoit, comme il lui avait promis quelques semaines auparavant,
au grand plaisir de Benoit qui peut faire comme tout le monde et « prendre un
verre » avec les ami(e)s. Toujours cette lueur dans le ciel au loin comme pour
nous mettre au défi de rester éveillé, mais la raison finit par l’emporter, demain
c’est la dernière journée avant le tournoi et il reste encore beaucoup à faire,
du moins pour le vice-président, qui une fois de plus ne fait jamais les choses
à moitié.















Aucun commentaire:
Publier un commentaire