dimanche 11 mars 2018

Spøttrup





Cette nuit-là j’ai compris pourquoi Thor, dieu du tonnerre était l’un des principaux dieux du panthéon nordique et pourquoi il fut le plus vénéré avant l’ère chrétienne et même après. En effet, nous avons eu droit, une bonne partie de la nuit à des coups de tonnerre comme je n’en avais jamais entendu auparavant. Nous voyons ça comme un bon présage, Thor, a béni de son marteau, notre arrivée en ses terres, chez ses gens, sans nous inonder de pluie. Nous sommes rassurés, tout de même, nos tentes ne sont pas directement sur le sol, donc si nous avons de la pluie, nous ne pataugerons pas dans l’eau durant la nuit.

Il est encore très tôt mais le ciel est déjà clair, clair comme s’il l’était depuis un bon moment déjà. J’en profite pour aller aux douches alors que la plupart des gens ont l’air de dormir encore. Je m’habille en civil, les costumes c’est pas avant jeudi, puis je vais rejoindre mon chum à la cantine. Les forfaits repas commencent ce matin, mais Benoit qui ne l’a pas pris pour lui (pour des raisons évidentes quand je vois le gluten, présent partout sur la table) n’accepte qu’un café et se contente d’une barre protéinée et d'une banane. Aujourd’hui nous irons à l’épicerie pour faire des provisions pour lui surtout.

La cantine se remplit vite, nous retrouvons déjà plusieurs connaissances et ami(e)s arrivées depuis hier, c’est un peu comme lorsque j’étais petite et qu’on retrouvait des membres de la famille quelque jours avant le réveillon de noël ou du jour de l’an. Une époque où l'on fêtait vraiment et avec des gens qu’on ne voyait qu’une ou deux fois par année. On ne le fait plus vraiment et c’est peut-être pourquoi j’en profite autant à chaque tournoi mondial.


Benoit sera occupé une partie de la journée avec Magnus et Bo, le directeur du musée attenant au château de Spottrup. Ils ont transformé la salle de conférence en bureau administratif et en entrepôt pour tout le matériel qui servira lors du tournoi. Une visite du château est offerte plus tard en journée à ceux et celles que ça intéresse, et comme Benoit l’a déjà fait lors de l’assemblée générale en novembre et qu’il a du travail devant lui, il décline l’offre. Mais Andrew, Annie et moi nous ne voulons pas manquer ça.

Laurie, Dom, Bear et Jérémie arrivent en avant midi en mini van, ils sont arrivés au Danemark quelques jours plus tôt et ont fait un peu de tourisme à Copenhague. Ils iront cet après-midi, avec le reste du groupe de Québécois visiter Legoland à Billund. Comme nous ne sommes pas du tout intéressés par cette activité, nous préférons rester pour visiter les alentours. Il fait un temps magnifique et le paysage semble sortir d’une toile impressionniste, avec son champ d’épis de blé encore verts, les cygnes qui se prélassent dans le cours d’eau devant le château et des horizons flous qui baignent dans cette belle lumière du jour, sans trop de présence humaine. Bien sûr ça va changer à mesure que le temps s’amenuise, d'ici jeudi, des marchands commencent déjà à arriver pour s’installer, du moins les reenacteurs qui accompagnent certaines équipes. Des tentes vont bientôt se dresser aux côtés de celle de Julia, sur le terrain de l’autre côté du chemin et d’autres marchands indépendants des équipes vont être installés autour du musée, formant un marché médiéval sous les arbres.

Nous descendons tous les quatre au musée, laissant sur place, Benoit qui s’en va travailler avec Magnus, et nous suivons Bo qui nous propose d’être notre guide pour une partie de la visite, il nous autorise ensuite à nous promener où bon nous semble dans le château qui est la partie centrale du musée. Le gouvernement l’a récupéré après qu’il fut détruit en partie par un incendie en 1937, le restaura et l’ouvrit au public en 1941 en tant que musée. C’est un château qui est assez tardif puisqu’il date du 16ième siècle, donc, non pas issu du Moyen âge mais de la Renaissance. Si au départ, le domaine sur lequel sera construit le château a été acquis par le diocèse, il passera aux mains de la couronne avant d’échoir dans la noblesse danoise et de connaître maints et maints propriétaires. Certains ont entrepris des travaux de restaurations, mais les dernières années avant qu'il ne fut récupéré par le gouvernement, il avait fini par être abandonné, trop coûteux à entretenir.

Notre guide laisse glisser dans ses informations (que je comprends à moitié) que le château a la réputation d’être hanté, qu’il y a eu témoignages d’apparitions de dames et de pièces plus froides que d’autres. Mais sans s’attarder sur ce commentaire, il poursuit un peu avec nous, et nous informe qu’il a beaucoup de travail et que nous pouvons nous promener partout. Tous les trois nous partons à l’aventure…


Située au rez-de-chaussé, partie plus ancienne du château qui est fort probablement devenu la cuisine des domestiques.

Aussi au rez-de-chaussée, à l'évidence, c'est là qu'on cuisinait.




Sans la literie et les draperies c'est un peu vide mais avec de l,imagination...


Superbe armoire que j'aurais volontiers rapporté chez-moi.


Les toilettes privées dans la chambre, c'est la grande classe.

Faut imaginer les tapisseries colorées et le feu dans la cheminée.


Le dessus d'une table.

Brrrr le grenier..


Est-ce que j’ai vu des fantômes? Non, mais j’avais quand même de temps en temps des impressions étranges, et je dois avouer que je n’aurais pour rien au monde visité seule le grenier, frissons garantis.



Au bout d’une heure, nous sortons, moi pour aller rejoindre Benoit et lui rappeler l’importance de « manger » tandis qu’Annie et Andrew vont se promener autour du château.



Andrew et Annie fôlatrant main dans la main.


L’après-midi se passe surtout en exploration pour moi, je découvre le petit jardin aux herbes entretenues avec amour et vendues sur le marché. C’est un petit havre de paix, avec ses arbres autour et son petit banc qui invite les amoureux ou les jambes fatiguées. Benoit retourne s’enfermer au musée pour continuer à travailler après que nous nous soyons donné un rendez-vous dans deux heures. Tout au long de mon parcours pour me rendre au Centre sportif, je croise des nouveaux arrivants, nos ami(e)s japonais, visiblement aussi heureux que moi de les revoir, je discute un bon moment avec Yoko et Kiyoka, malheureusement Jay n’a pu venir cette année. Je les laisse s’installer dans leurs tentes et j’emmène mon Blackberry pour pouvoir aller prendre mes messages, nous avons la chance d’avoir le Wi-Fi mais seulement à l’intérieur du centre, c’est pourquoi, y a déjà pas mal de gens installés un peu partout qui ont eu la même idée que moi. Toutefois les tentes sont toutes équipées avec des prises de courant, nous permettant ainsi de charger nos appareils ou d’utiliser tout autre appareil électrique.


Le Centre est génial, au rez-de-chaussée, il y a un gym qui est ouvert pour tous, un petit salon au milieu avec fauteuils confortables, une cantine suffisamment grande pour accueillir 50-60 personnes, mais en bas près du gym, il y a aussi plusieurs grandes tables où l’on peut s’asseoir. L’équipe qui s’occupe de la cantine et donc, de notre forfait repas est d’une grande gentillesse, les employés semblent faire partie de la même famille que la patronne, notre chef cuisinière. Ils comprennent l’anglais, mais pour la plupart d’entre eux c’est clair qu’ils ne l’utilisent pas souvent. Cependant, ils font un immense effort pour comprendre et accéder à nos demandes le plus souvent possible.

L’autobus apporte un autre gros groupe en après-midi, dont Cloé, Béné, Amélie et Yan, nous leur montrons où est le groupe de Québécois, très visible avec nos drapeaux accrochés aux cordes qui tiennent les poteaux, ils se choisissent une tente et s’installent à leur tour. Moi je sors le reste de nos bagages de la voiture et je les mets sous la tente, temporairement, car nous irons chercher des amis écossais à l’aéroport de Billund après nos achats à l’épicerie quand Ben viendra me rejoindre.

Y a nos amis irlandais aussi qui sont arrivés, Lara est là avec Piotr, Killian, Jack, les deux Brendan et Caroline qui est maintenant la photographe officielle pour l’IMCF. Pour nous c’est vraiment comme la « parentée » qui commence à arriver pour le party des fêtes, tout le monde est fébrile! Benoit vient me rejoindre et retrouve lui aussi avec joie, les gens qui sont arrivés et qu’il n’a pas encore vu, étant dans le bureau depuis le début de la journée. Y a aussi nos amis américains qui sont là depuis deux jours, les Néo-Zélandais arrivés aujourd’hui, ainsi que les Mexicains, dont certains déjà rencontrés en Argentine deux mois avant.

Nous n’avons pas le temps de nous attarder, nous montons en voiture avec Andrew et Annie qui iront récupérer la voiture qu’ils ont réservé à Billund après notre arrêt à Skive afin de trouver de la nourriture pour Benoit.

Même si en principe nous devrions connaître maintenant le chemin, nous avons encore besoin de notre papier google map, il y a beaucoup de ronds-points et tous les noms se ressemblent. Comme nous descendons au sud lorsque nous quittons Skive pour Billund, nous gardons à l’esprit que le soleil couchant doit se trouver sur notre droite la plupart du temps. C’est peut-être rudimentaire comme méthode, mais elle a prouvé mainte et mainte fois son efficacité, alors que notre google map et le gps d’Andrew ne sont pas toujours fiables. Quand nous nous retrouvons sur une route principale, au nom imprononçable (pour moi elles le sont toutes!), je sors les raisins, le fromage, les craquelins et des charcuteries sans gluten, et des chips pour nous nourrir mon chum et moi pendant qu’il conduit. Aussi bien manger tous les deux, la cuisine au Centre sera fermée quand nous reviendrons de toute façon.

Le comptoir de location d’auto est à l’aéroport, nous laissons donc descendre Andrew et Annie et attendons que Jacob, Kim et son amoureux passent la sortie. L’aéroport est petit, celui de Copenhague m’est aussi apparu beaucoup moins grand que je l’avais imaginé. Comme pour Dublin, je réalise que le Danemark, comme l’Irlande, bien qu’ils soient des pays chargés d’histoire, sont plus petits et moins populeux qu’au Québec. Quand les capitales Copenhague et Dublin ont des populations d’environ 500 000 individus et qu’il y a d’autres aéroports dans le pays, les grands aéroports comme le nôtre à Montréal, serait inutilement grand.

Au bout d’une dizaine de minutes, les trois Écossais arrivent avec chacun un bagage, le reste a été mis dans un gros camion avec le reste des armures et bagages des autres Écossais et seront apportés directement à Spottrup. Je vois enfin Jacob, ça fait des mois qu’il discute via messenger avec Benoit depuis que celui-ci négocie avec Scone Palace pour le tournoi de l’an prochain. En principe, c’est ce qui est prévu, mais rien n’a été officiellement signé ce qui rend Benoit très nerveux. Il doit au moins avoir la confirmation de la responsable et il est sans nouvelle depuis quelques jours. Comme on dit « Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. » alors on attend en priant pour pouvoir divulguer la bonne nouvelle lors de la cérémonie de clôture dimanche.

Nos passagers discutent avec Benoit, mais j’ai un peu de mal à tout saisir, éventuellement mon oreille se fera à leur accent. Jacob est Anglais mais vit depuis presque toujours au Shetland, îles à l’extrême nord de l’Écosse, tandis que Kim et son copain sont Écossais. Nous réitérons à propos de la noirceur qui n’est jamais complète, mais bien sûr nous avions oublié que l’Écosse étant plus au nord, ils connaissent ce phénomène. Aux îles Shetland, ils connaissent comme en Islande, au Norvège, en Suède et en Finlande, le soleil de minuit autour du solstice d’été. C’est pourquoi aussi, le ciel du Danemark n’est jamais totalement obscurci en ce moment, un peu trop loin du cercle polaire mais pas bien loin non plus. Pour ces pays qui vivent des périodes de clarté pendant 24 heures sur plusieurs semaines, ils connaissent aussi la noirceur totale pendant plusieurs semaines autour du solstice d’hiver. Je me souviens d’avoir vu un reportage il y a bien des années à propos de ces gens qui y vivent et qui ont besoin de luminothérapie pour pallier le manque de soleil et de vitamine D.

Nous réussissons à ne pas nous perdre et arrivons à destination au Centre qui grouille encore d’activités : quelques-uns sortent des douches, d’autres se prélassent, jouent au babyfoot, naviguent sur le Net, discutent à l’extérieur bière à la main. Jacob apporte une caisse de cidre pour Benoit, comme il lui avait promis quelques semaines auparavant, au grand plaisir de Benoit qui peut faire comme tout le monde et « prendre un verre » avec les ami(e)s. Toujours cette lueur dans le ciel au loin comme pour nous mettre au défi de rester éveillé, mais la raison finit par l’emporter, demain c’est la dernière journée avant le tournoi et il reste encore beaucoup à faire, du moins pour le vice-président, qui une fois de plus ne fait jamais les choses à moitié.          

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