jeudi 10 janvier 2019

On «chill» à Bankfoot, on court à Paris.





Dimanche matin, il reste 24 heures avant que nous reprenions l’avion pour Paris et 48 avant de rentrer chez-nous. On n’a rien d’important à faire, on descend à la cuisine pour manger et prendre un café. Ben est super motivé à faire un entraînement avec les gars, il leur en a parlé avant même qu’on arrive en Écosse. Je suis tout de même étonnée (le suis-je vraiment au fond?) quand je suis montée me coucher la veille au soir, il était en grande conversation avec Chris, Jacob et Hubert. Les bouteilles d’absinthe et autres alcool y circulaient allégrement et je me suis dit alors, que personne ne serait en état de faire des push-ups le lendemain. En y repensant bien, je me dis que si Ben a été en mesure de faire un yoga chaud en Argentine à 40 degrés, rien ne peut l’arrêter.


À mesure que la maisonnée nous restitue les gars à la cuisine, Ben leur rappelle l’entraînement avec enthousiasme, ne leur demandant pas s’ils sont toujours motivés, soit parce qu’il ne peut concevoir qu’ils ne le soient plus, soit parce qu’il craint qu’ils ne veuillent plus le faire. Sa méthode fait ses preuves. Je l’avoue, j’ai un peu envie de rire quand je vois leur désarroi, ils sont piégés, dorénavant ils y penseront à deux fois avant d’accepter à l’avance. Hubert ne peut le faire à cause de son genou qu’il doit faire opérer sous peu, un genou qui l’a obligé à arrêter le béhourd, il y a quelques années.

J-P, Chris et Jacob terminent de déjeuner et repartent dans leur chambre à la recherche de vêtements appropriés sans partager la même joie que leur tortionnaire et croisent Brendan dans le hall. Ce dernier dit à Benoit qu’il n’a malheureusement pas ses survêtements qu’il a oublié à Cork, c’est mal connaître mon chum tout heureux d’en avoir apporté en surplus! (Je pense plutôt qu’il a prévu le coup) Ben court chercher dans nos bagages, ses pantalons de jogging et un t-shirt et les offre à Brendan un peu dépité. Je me réfugie dans la cuisine, étant incapable d’enlever mon sourire idiot de la figure, j’ai un peu pitié d’eux mais pour rien au monde je ne changerais de place avec eux.

Je lave notre vaisselle, je vais mettre de l’ordre dans ma valise et m’assure que nos vêtements « tenue de ville » ne sont pas en boule dans un coin de la chambre et sont sur des cintres pour prendre l’avion le lendemain mais surtout le surlendemain. Je rappelle que c’est le règlement pour les employés (et ex employés de plus de 15 ans de service) d’Air Canada : on doit représenter adéquatement la compagnie. Je sors ensuite à l’extérieur pour prendre une photo des athlètes et des alentours de la maison.

L’entraînement consiste en deux parties, la première, en réchauffements et cardio et la deuxième pour les techniques de combat.  Pour Benoit, la première est toujours au moins aussi longue et aussi importante que la deuxième mais c’est souvent cette partie qui est éclipsée dans les entraînements des athlètes qui pratiquent ce sport. On est pressés d’enfiler l’armure et de pratiquer du combat.   

Au bout d’une bonne heure et demi, l’entraînement est terminé et les gars semblent contents et un peu fatigués. Brendan remercie Benoit pour les vêtements mais il ajoute à la blague, qu’il n’a aucun regret de lui rendre sales après l’avoir fait autant suer! En après-midi, Scott va reconduire Brendan et Hubert à l’aéroport, tandis que nous allons faire une petite promenade dans le village avec Jacob. Nous arrêtons en chemin à l’unique petite épicerie, comparable à l’un de nos dépanneurs de quartier, pour acheter quelques trucs pour compléter notre souper et déjeuner. Nous en profitons pour bavarder un peu avec Louise qui y travaille, elle et Jacob sont très motivés à travailler avec Benoit sur l’organisation du tournoi   





Le petit raccourci derrière nous

J'aime beaucoup la convivialité écossaise et leur attitude avec les chiens.



En fin d’après-midi, nous préparons notre valise, car nous partons à l’aube, puis on rejoint les autres, incluant Scott qui est de retour. On prend l’apéro au salon avec Louise quand elle arrive de son travail et on soupe un peu anarchiquement, c’est-à-dire, un peu ce qui nous reste avec des chips et du fromage, et ni dans une assiette et ni assis à une table.

La soirée s’achève en bavardage au petit salon rempli à pleine capacité : Scott, Jacob, Louise, moi, Ben, J-P, sa copine Cinthia et son petit chien qui quémande des câlins à tout le monde. Je réalise que je suis vraiment fatiguée lorsque je n’arrive plus du tout à suivre la conversation en anglais bien sûr. Je monte me coucher, Benoit qui me suit, pas loin derrière.

Quand l’alarme nous réveille, il fait encore noir dehors, mais nous ne perdons pas de temps, nous avons une longue journée devant nous. C’est pourquoi, nous déjeunons rapidement et avalons un café avec les yeux encore collés. Scott vient nous reconduire à la station d’autobus à Perth, il doit lui-même remonter au nord à Aberdeen pour attraper son traversier qui le ramènera chez-lui aux Shetlands.

Meilleure pancarte pour des toilettes, ever! Ça dit ce que ça dit ;-)


Nous prenons l’autobus pour l’aéroport de Glasgow, ça nous coûte une dizaine de dollars chacun, c’est très raisonnable, pour un voyage d’un peu moins de deux heures. Ce genre de détail est important à savoir pour notre tournoi et surtout ses participants qui viennent de partout. Nous arrivons à Glasgow, après le lever du soleil et traînons un peu à l’aéroport car notre avion pour Paris est dans quelques heures. Contrairement à nos voyages habituels, nous avons peu de bagages, ce qui nous permet de nous déplacer facilement et ainsi, d’errer un peu. Bon je dois dire que l’aéroport n’est pas bien grand, on a vite fait le tour et comme partout ailleurs, les prix pour manger et boire y sont toujours assez exorbitants peu importe où tu te trouves dans le monde. Mais nous avons été rusés car nous avons acheté hier de quoi grignoter et boire pour la journée, bon je ne dis pas que c’est ce qu’il y a de mieux pour la santé, mais ça va nous soutenir jusqu’à notre AirBnB ce soir.


Notre vol se passe plutôt bien et arrivons à Charles de Gaules en après-midi. Après avoir attendu trop longtemps pour récupérer notre valise, comme toujours à cet aéroport, nous prenons le train pour nous rendre en plein cœur de Paris. Nous y logerons pour la nuit avant de retourner demain matin à Montréal. On sort à la Gare de l’Est dans le 10e arrondissement, en pleine heure de pointe, mais j’y songe, y a-t-il vraiment une heure de pointe au centre de Paris? C’est toujours si étourdissant! Faut surtout pas lambiner aux feux de circulation, faut savoir où l’on va, ce qui est notre cas heureusement. Le soleil, déjà couché, nous laisse avec un ciel noir troué de mille néons qui amplifient l’effet stimulant.  


 Nous prenons un bon 15 minutes avant de pouvoir ouvrir la grille parce que nous n’avons pas le bon code, y a une erreur. Par chance une dame qui sort, a pitié de nous et nous donne le bon, j’imagine qu’elle ne s’est pas inquiétée quand elle a entendu notre accent, avec nos bagages en plus, c’est clair que nous sommes des touristes. L’immeuble est semblable à tous les autres, crème, typique, vieillot, charmant avec leurs petits semi balcons. À l’intérieur, c’est un peu miteux, il aurait bien besoin d’un peu plus d’entretien. La clé est cachée dans un endroit convenu par la propriétaire de l’appartement. Le logement minuscule ou plutôt la chambre avec mini frigo et deux ronds de poêle et micro salle de bain est très décevante. D’abord, il y a encore des traces de la personne qui y était avant nous, soit la propriétaire, soit un autre voyageur. Des papiers qui traînent, une serviette roulée en boule entre le mur et le lit, un sac à dos sur une chaise. Y aurait-il quelqu’un qui dort ici ce soir? Quelqu’un qui n’est pas nous?    




La vue de notre balcon, probablement que notre voisin d'en face a une vue semblable de notre chambre.


Benoit reçoit un message de la propriétaire l’avertissant que son ami avait oublié son sac et qu’il passera le chercher. Bon, nous avons besoin de faire une petite sieste avant d’aller chercher quelques trucs à manger, on est trop cassés pour aller au resto. Donc, on pourra l’accueillir et lui redonner son sac. On tente de regarder dehors en ouvrant le rideau, la pôle à rideau tombe, on jette un œil où elle était accrochée et apparemment la pôle est déjà tombée avant et a été « raboutée » sommairement. Je n’ai vraiment pas envie de me glisser sous les draps, plus je les regarde, moins j’ai confiance, on se couche par-dessus, en cuillère pour un p’tit dodo en attendant l’ami du sac à dos.

Quand je me réveille, le gars est déjà passé, Ben l’a reçu, lui a donné son sac et ciao bye! Bon maintenant on part faire un tour dans le quartier, trouver une petite épicerie et ramener quelques trucs qui ne demandent pas trop de cuisson ou de préparations, nous sommes limités en moyens. Le quartier est très grouillant et odorant, particulièrement de cuisine indienne, ça sent bon. Comme la plupart des villes européennes (mais aussi au Japon et en Argentine) où nous sommes allés, il y a très souvent cette proximité physique entre le commerçant et le client, qui me donne l’impression de fusionner en quelque sorte avec le marché. En effet, au Québec (et probablement partout au nord de l’Amérique du nord), principalement à cause de notre climat vigoureux, nous avons bâti nos maisons et nos commerces de façon à éviter que notre porte soit trop près du sol. Ce qui fait que lorsque l’on se promène à pied dans nos rues commerciales, on doit souvent monter quelques marches et ouvrir la porte (et parfois une deuxième porte) pour entrer à l’intérieur, l’interaction se passe dans le fond du magasin (au chaud en hiver et au frais en été) et non sur le trottoir. Sauf, bien entendu, l’été dans une vente trottoir. C’est peut-être aussi cette proximité de la marchandise et des gens qui rend si populaire ce type de commerce au Québec. On retrouve aussi cette facilité d’accès dans les grands centre d’achats, mais généralement le comptoir et la caisse se trouve au milieu ou au fond du magasin, le client peut, comme dans une vente trottoir, se contenter de papillonner sans acheter et sans établir de contact.

Quand aux autres villes, surtout dans les rues secondaires, les locaux sont plus petits, la porte est souvent ouverte, le vendeur est bien souvent tout près de l’entrée, la marchandise déborde sur les trottoirs et évidemment il y a plus de monde. Les portes des boutiques ou des épiceries étant séparées bien souvent entre elles que de quelques pieds, on a la sensation d’être happés dans un seul mouvement qui ne s’interrompt que le temps de traverser la rue. Et faut faire vite!

  De retour dans notre chambre trop chère pour ce qu’elle est, avec un p’tit rouge, un saucisson, deux fromages et des chips (on évite la baguette à cause du gluten), nous égrenons quelques heures en bavardage sur nos projets futurs. On finit par se coucher SUR le couvre-lit tout habillés, nous sauvant pas mal de temps de préparation au petit matin.

Quand nous sortons dans la rue, déjà passablement animée, l’air frais finit de nous réveiller. Les cafés nous font de l’œil, les serveurs sortent les panneaux en bois annonçant leurs spéciaux pour le petit déjeuner. Ils sortent aussi les tables et les chaises entre deux clients qui sirotent leur espresso, debout au comptoir. Ça sent le pain et les croissants encore chauds. N’y tenant plus, Benoit accepte l’idée d’en subir les conséquences plus tard, mais il va manger un croissant, ça lui manque trop. Nous choisissons un p’tit resto qui offre un croissant, morceau de baguette, beurre et confiture, jus d’orange et café pour 9 euros, c’est parfait!  C’est pas donné, mais quand on pense qu’il en coûte quasiment 30 euros pour deux croissants et deux cafés au Eiffel café près de la célèbre tour, on se dit que c’est quand même pas si pire. Et au final, mes papilles de touriste, ne font pas la différence.

On ne s’éternise pas trop, en 5 minutes, nous sommes à la gare de l’Est en direction Charles de Gaules pour retourner chez-nous…

…sans l’ostie de contrat.

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