Des odeurs de bouffe et de feux de camps
me ramènent tranquillement à la réalité, puis Benoit vient finir de me
réveiller pour m’offrir d’aller manger et trinquer avec nos ami(e)s sur le
bord du feu. C’est une offre difficile à refuser et je l’accompagne en me
secouant un peu pour me débarrasser de mes restants de sommeil. J’ai l’air
d’un zombie à côté de mon homme qui semble pouvoir courir un marathon, mais
coudonc, c’est quoi son secret ?! Y a dormi peut-être deux heures dans l’avion
la nuit dernière. Et j’en suis certaine, il n’en dormira pas beaucoup plus
cette nuit.
Je fais plus amples connaissances avec le
groupe d’Écossais et évidemment l’alcool sert de lubrifiant social, j’ignore
pourquoi, mais j’ai toujours plus de facilité à comprendre et à parler anglais
avec un verre d’alcool à la main. En effet, la sensation de légèreté fait que
je cherche moins à tout comprendre, allant directement à l’essentiel, ce qui
est mon principal frein actuellement. Bien sûr, j’ai aussi moins d’inhibition,
j’ose parler plus facilement, donc j’apprends. Et là ce soir je ne peux me
rabattre sur d’autres Québécois, Français ou Belges si je veux communiquer, je
dois me lancer si je ne veux pas rester accrochée à Ben. Alors je sors mon plus
bel accent George St-Pierre!
Hubert arrive en soirée avec Louise qui
est allée le chercher à l’aéroport, Ben et lui sont contents de se retrouver.
Demain ils ont une grosse journée devant eux, ils doivent rencontrer la
responsable et voir tous ensemble chaque point concernant le tournoi en mai :
Comment va être disposée la lice, les estrades, les écrans géants, la place du
commentateur, le Wi-Fi, les campements décorums, et ceux non décorums, les
services sanitaires, la publicité qui doit être faite, etc. Qui fera quoi? Qui
paiera quoi? Quelles sont les retombées financières? Pour ce qui est de l’IMCF,
qui en sera à son cinquième tournoi mondial, tout a été pensé, mais pour les
administrateurs du château c’est un peu plus complexe, ils n’ont jamais eu un
événement de ce type. Surtout faut qu’on reparte avec un contrat en mains!
Mais pour l’instant on profite de cette
petite soirée sur le bord du feu au goût d’hydromel, de bières et de cidre. Les
discussions sont animées autour du feu, on parle du tournoi qui vient dans deux
jours et bien sûr de celui de l’IMCF en mai. En mon for intérieur, je me dis
que ce sujet serait plus emballant si nous avions le contrat de signer
officiellement pour protéger l’entente et ainsi, pouvoir se réjouir en toute
quiétude. Des imprévus ça arrive et faut faire avec, mais quand ça implique des
milliers de personnes, c’est vertigineux et stressant.
Au bout d’un moment, la fatigue et
l’alcool nous poussent gentiment à aller nous coucher, nous prenons garde de
mettre nos chaussures à l’intérieur de la tente pour les protéger de la pluie
qui n’est jamais loin. Nous avons un matelas soufflé pas très grand, mais
suffisamment pour prendre la quasi-totalité de l’espace de la tente, se changer
devient un véritable défi. Nos sacs et bagages sont tout autour, et on trie le
matériel entre ce qui peut supporter l'eau : les cannettes de cidre, les imperméables, les sacs de plastique qu’on peut coincer sur le bord
de la toile; puis nos vêtements et l’électronique presque sur nos pieds ou
collé contre le matelas. Aussitôt étendus dans notre sac de couchage dans notre
chaleur on tombe dans un profond sommeil.
À l’aube, je suis juste à moitié surprise quand
j’ouvre les yeux pour constater que Ben est déjà debout, je l’entends
d’ailleurs bavarder avec quelques-uns des Écossais matinaux ou…pas encore
couchés? Je prends mon courage pour sortir « difficilement » de mon cocon pour
aller le rejoindre après un arrêt aux toilettes chimiques installés là pour les
campeurs. J’ai pris ma cape en sortant parce que c’est frisquet et je vais le
retrouver alors qu’il m’invite tout frais et dispos, super de bonne humeur,
créant encore plus un contraste avec mon plus beau look « matin en camping et
vapeur d’alcool ». J’accepte volontiers la tasse de thé qu’on m’offre et les
biscuits et autres trucs à manger, dont du porridge.
Pendant que je finis de me remettre
tranquillement les yeux en face des trous, Benoit et Hubert s’en vont au Palais
pour planifier une rencontre aujourd’hui dans le but de signer le contrat. Le
terrain est immense et je compte bien l’explorer, c’est pourquoi, je pars moi
aussi dans la même direction peu après que Ben et Hubert aient disparus au bout
du chemin. J’amène mon sac et y mets quelques biscuits, une bouteille d’eau et
mon appareil photo (mon Blackberry) ainsi que ma prise et mon adapteur pour le charger,
j’imagine qu’il y a des prises quelque part.
Je l’ignorais mais Scone a la particularité
de posséder des dizaines de paons magnifiques qu’ils laissent en liberté sur le
terrain. Très peu farouches, j’imagine qu’ils sont très habitués de côtoyer les
visiteurs, car on les approche facilement et ils viennent même pavaner tout
près, attendant qu’on les prenne en photo. En tout cas, je comprends
parfaitement qu’on associe l’arrogante fierté avec le paon « Fier comme un paon ». Ils traînent
surtout autour du château, déambulant nonchalamment en maîtres des lieux et
quand on ne les voit pas, on entend leurs cris, bref, quoi que l’on fasse et où
que l’on soit ils sont toujours là.
Après avoir pris des photos de face et de
dos de l’un d’eux pour LUI faire plaisir (Je le jure, il prenait la pose,
tournant doucement sur lui-même au moins une bonne dizaine de fois!), j’entre dans
la petite boutique souvenirs adjacent au palais. Je fais rapidement le tour,
bien consciente qu’on n’a pas de budget pour ça, néanmoins, sachant qu’on
revient au moins deux autres fois, je note mentalement ce qui m’intéresse. Je prends
la porte transversale qui mène à l’intérieur, au petit restaurant et aux
bureaux, c’est là que je trouve Benoit. Ils ont réussi à obtenir un rendez-vous ce matin avec la personne en charge, celle qui correspond avec Benoit
depuis plusieurs mois, sans que le dossier n’avance vraiment. Espérons que les
choses accélèrent pendant que nous sommes sur place. Je trouve une prise dans
la salle de bain, je branche mon cell avec son adapteur, pendant que je fais
mes ablutions matinales avec mon kit de survie dans mon sac. Mon chum le
compare d’ailleurs au sac d’Hermione pour tout ce que j’y mets ou au Tardis
parce qu’il est plus grand que ce qu’il n’y paraît de l’extérieur.
Je jette un œil au pourcentage de mon
cell, il n’a pas bougé, merde, puis je me souviens soudainement que le petit
interrupteur juste à côté que j’avais pris pour une fantaisie inutile, sert à «
ouvrir le passage » à l’électricité. Bien sûr, je le mets à ON et je constate
que ma batterie se charge. Une fois de plus, ça me fait prendre conscience, quand
je voyage à l’extérieur, à quel point les gens ménagent l’eau et l’électricité.
C’est dans ces moments-là qu’on réalise qu’au Québec on est chanceux et on l’ignore
trop souvent.
Je le laisse derrière moi sans inquiétude
pour aller prendre un café avec Ben et Hubert quelques portes plus loin. Sara,
la dame qui s’occupe du dossier est là et nous offre café, thé et pâtisseries,
elle nous informe que Lady Murray (la maman de William) se joindra à nous dans
quelques minutes. Nous prenons place au fond de la petite salle à diner toute «
champêtrement » décorée et attendons en discutant avec Sara et en appréciant
nos tasses fumantes en ce petit matin frisquet et humide.
J’aime immédiatement la dame qui entre
quelques minutes plus tard, sa poignée de main énergique et son sourire chassent
instantanément mon intimidation de rencontrer pour la première fois de ma vie
une vraie aristocrate. Habituée comme elle l’est, de rencontrer des gens dans
différentes circonstances, à prendre la parole et à entretenir des
conversations lors de soupers, soirées ou galas, elle sait rendre rapidement
les gens à l’aise. Elle s’assure de parler à tout le monde et pourrait s’il lui
en prenait l’envie, nous faire dire les plus grands secrets d’état ou nos plus
secrets les plus intimes parce que peu importe notre sujet, elle écoute avec
intérêt. À un moment, l’une de ses filles, une grande adolescente, entre,
repère sa mère et vient discuter brièvement avec elle, celle-ci fait les
présentations et après quelques minutes elle nous salue rapidement et repart
par où elle est arrivée. Ben oui, elle a beau vivre dans un palais et porter
des titres de noblesse, c’est une maman avant tout.
La conversation s’achève entre elle et
Hubert à propos de ses vergers de pommes, poires et cerises en Pologne, une
ferme ancestrale qui lui vient de son père et son grand-père avant lui. Le
sujet intéresse vraiment beaucoup Lady Murray, j’imagine que cette rencontre
avec un fermier polonais, un chauffeur d’autobus montréalais et sa femme
costumière et écrivaine à ses heures a de quoi surprendre. Surtout sachant qu’ils
sont le président et vice-président d’une fédération de combat médiéval et qu’ils
veulent faire leur tournoi à Scone, une idée de son fils. D’ailleurs je
constate que nous n’avons même pas effleurer le sujet avec elle, j’assume qu’elle
ne voulait que rencontrer ces messieurs par curiosité et s’assurer qu’ils
étaient sains d’esprit.
Elle nous quitte sans se départir de son
sourire bienveillant et nous laisse avec Sara pour discuter du dossier. Il est
question tout d’abord de l’emplacement de la lice, des estrades, de l’écran
géant, de l’endroit qui accueillera les drapeaux de tous les pays participants
et de l’endroit où seront installés les commentateurs. Nous devons aller à l’extérieur
pour mieux visualiser, j’en profite pour aller chercher mon cell, qui m’attend
sagement sur une pile de serviettes sur le comptoir dans la salle de bain. Je
rejoins les gars, puis me ravise une fois à l’extérieur, je les laisse pour aller
explorer aux alentours.
Je croise évidemment quelques paons ici et
là et quelques visiteurs puisque le palais est ouvert au public. En fait, je
devrais dire plutôt que le terrain, la petite chapelle, la boutique, le café et
la terrasse sont toujours disponibles et pour visiter le palais c’est possible
de le faire avec une visite guidée. Je trouve, un peu à l’écart, un très vieux
cimetière, le Old Scone graveyard,
qui semble un peu à l’abandon. Je suis un peu étonnée car les pierres datent de
moins de 200 ans, elles vont du milieu du 19ième siècle au milieu du
20ième siècle. J’ignore qui sont ces gens, il y a plusieurs noms de
familles dont cinq ou six Murray. Étrangement pour ces derniers, la date de
naissance est inconnue, contrairement aux autres noms de famille. Même si ça me chicote d'en découvrir plus, je ne m’y éternise pas, pas que ça m’effraie d’être complètement
seule dans ce cimetière, mais d’y marcher me rend inconfortable parce que je me
sens irrespectueuse envers ses défunts. Je quitte l’endroit et retrouve mon cher
époux qui bavarde avec Hubert sur le petit sentier qui passe près du cimetière
et qui mène entre autres au campement, la direction que nous prenons tous les
trois pour aller manger un morceau.
Je
m’informe à savoir comment s’est passé le reste de leur rencontre et comment tout
leur travail ici s’annonce. L’administratrice est repartie à son bureau, 5
minutes après mon départ, laissant Ben et Hubert prendre des mesures et évaluer
les emplacements et les besoins. Ils doivent tout mettre ça sur papier, le
présenter à Sara au courant de la fin de semaine avant de faire le contrat. En
principe, ils ont un rendez-vous demain matin avec elle afin de lui présenter le
président de la SKL, ainsi que Louise et Jacob (tous deux membres de la SKL) qui
seront les agents sur le terrain, ils seront d’une certaine façon les bras
droits de Benoit. Je ne suis pas certaine s’ils sont conscients de la
responsabilité qu’ils auront sur les épaules. Pour l’instant, ils ont été
efficaces pour nous (Ben, moi et Hubert) en nous trouvant une tente, un lit, un
gros sac de couchage des oreillers, de la bouffe sans gluten et du cidre pour
Benoit, donc ils se sont assurés que le président et vice-président soient sur
place, ça commence bien en tout cas.
Après notre repas pris sur le bord du feu,
Benoit s’échoue, ma cuisse en guise d’oreiller que je n’ose bouger, consciente
du trop peu de sommeil qu’il a eu jusqu’à maintenant.
Il émerge une bonne heure plus tard, lui
et ma jambe droite tentent de recommencer à fonctionner. Il nous propose d’aller
travailler dans son nouveau bureau improvisé et temporaire, je me demande si on
lui a fourni un local ou une pièce dans le palais. Nous le suivons après qu’il
ait mis son ordi dans son sac. On a beau être en juillet, je traîne ma cape en
permanence à cause de l’humidité constante et des bourrasques de vent qui
arrivent sans prévenir, en gros, c’est pas chaud chaud. Rendus sur la terrasse
du palais, Benoit s’installe à une petite table, c’est là qu’il décrète que l’endroit
est le bureau de l’IMCF pour les trois prochains jours, y a pire comme endroit.
Pendant qu’ils discutent des termes et
ententes, je ne peux m’empêcher de prendre une photo pour immortaliser le
moment, Benoit toujours aussi passionné et expressif face au calme olympien d’Hubert,
ils se complètent à merveille pour former une super équipe. Nous sommes en fin
d’après-midi et il n’y a plus de touriste, les seuls bruits avoisinants nous
viennent des paons qui traînent autour. Soudainement nous entendons un grand SFROUICHE,
ce qui s’avère être battement d’ailes de paon qui vient de se percher à 30 pieds
dans un arbre juste à côté de nous. S’il voulait nous surprendre c’est réussi!
Nous ignorions que ces gros oiseaux pouvaient voler, du moins à cette hauteur.
Le gros oiseau en question semble vouloir nous épier mais avec ses cris
nonchalants il pourrait bien vouloir juste attirer notre attention ou nous signifier que les visites sont terminées oust!
De toute façon, c’est l’heure de l’apéro
et les gars ont décidé que ça suffisait pour aujourd’hui, ils ont mis tout ce
qu’ils pouvaient dans un dossier et doivent revoir Sara avant de conclure. Nous
saluons la grosse poule colorée perchée sur sa haute branche qui n’a pas besoin
de tenir dans son bec un morceau de fromage pour qu’on lui parle de son beau
plumage. (Réf, Lafontaine). Les voitures des employés qui ont terminé leur
journée passent près de nous, j’ai toujours le syndrome de l’imposteur puisque
je me range toujours très à gauche sur le chemin, alors que c’est là que
roulent les voitures ici. Je les vois ralentir légèrement quand ils sont à la
hauteur du campement, par curiosité je suppose. Y a de nouvelles tentes d’érigées,
des Écossais qui viennent d’arriver pour la fin de semaine. Louise est de
retour avec quelques bières pour moi et de la bouffe pour compléter le souper
que Shona est en train de préparer. Quelques Anglais sont aussi arrivés, mais
je pense que la plupart arriveront demain au courant de la journée, le tournoi
n’ayant lieu que le surlendemain. La soirée s’annonce plus animée qu’hier!
Brendan arrive à la tombée du jour, on est
bien content de le retrouver, lui et Benoit vont se battre dans la même équipe
avec les Écossais. Mais pour l’instant, cette belle équipe est plutôt occupée à
fraterniser autour du feu et des bouteilles d’alcool. Mon chum, qui a fait une
super sieste d’une heure, semble avoir rattrapé tout le sommeil perdu et est
maintenant dans une forme incroyable, ce qui n’est pas mon cas. C’est pourquoi,
je me sauve au beau milieu du party pour aller me coucher.








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