Je pensais bien que nous aurions un peu de
pluie après la remise de médailles, mais finalement non, juste un ciel très
gris et beaucoup de vent. Comme si les dieux nordiques nous signifiaient qu’il
est temps pour nous de repartir chez-nous pour laisser Spottrup reprendre sa
routine. Un peu comme pour Cendrillon au dernier coup de minuit, l’enchantement
qui accompagne les tournois de l’IMCF, aura disparu dès demain matin. Il
s’effrite déjà un tout petit peu quand on regarde les marchands qui ont déjà
terminé de ramasser leurs stocks et qui imitent maintenant ceux qui sont partis
avant même la cérémonie de clôture. Quelques équipes se préparent aussi à
partir, ils ont leurs vols dans quelques heures. Ceux qui restent, se scindent
en deux groupes, une partie s’en va dans leur campement médiéval et l’autre se
rue au Centre pour manger. On ne sait pas trop où nous ferons notre super soirée
« liquid cultural exchange » mais j’ai comme l’impression que ça se fera au
Centre, pour le confort et parce qu’il y a de la connexion Internet. Au fur et
à mesure que la soirée s’installe, je constate un phénomène semblable de
désenchantement, après la suspension volontaire de l’incrédulité (au cœur de
mon étude en anthropologie en 2007). Dans le cas qui nous intéresse ici, il ne
s’agit pas de grandeur nature ou de reconstitution historique, mais
l’enchantement y prend place très certainement comme pour les jeux olympiques.
D’ailleurs avec tous les tournois de combats médiévaux qui commencent à
pulluler un peu partout sur notre planète, le tournoi mondial de l’IMCF
représente un peu les olympiques des combats de ce type. Bien sûr, y aura
toujours des combattant(e)s pour me rappeler qu’il y a aussi Battle of the nation, sauf que, l’IMCF a
pris une tournure beaucoup plus professionnelle, depuis que la fédération est
en mesure maintenant d’annoncer une année à l’avance où aura lieu le prochain
tournoi, le pays, la ville ET l’endroit, (ce que nos compétiteurs n’ont pas su
faire cette année, laissant les participants dans la confusion même à deux mois
de leur événement). Ainsi, les participant(e)s de l’IMCF peuvent déjà prévoir
leur prochain voyage, réserver leurs billets d’avion, de train ou au besoin
réserver une voiture.
Nous avions envisagé tout un scénario pour
annoncer celui de l’an prochain, Ben et William avaient discuté de l’idée que celui-ci,
apparaisse à la toute fin, en kilt avec un cornemuseur et qu’il souhaite la
bienvenue à l’IMCF chez-lui à Scone Palace. Mais finalement il a eu des
empêchements qui l’ont retenu ailleurs. Ça aurait été très cérémonial, autant
la présence du vicomte de Stormont que celle du cornemuseur, mais bon, le plus
important c’est que c’est maintenant officiel, nous serons en Écosse pour le
cinquième anniversaire de l’IMCF.
En ce qui nous concerne, moi et Benoit,
nous y allons en juillet prochain aussi, d’abord pour rencontrer la personne
responsable des événements à Scone et parce que Benoit veut participer au mini
tournoi que l’équipe anglaise y organise. Il regroupe des équipes anglaise,
écossaise et galloise. Lui et Brendan, seul Irlandais participant, combattront
avec l’équipe écossaise. Même si Ben en a glissé un mot à l’Ost qui est bien
sûr bienvenue, il doute que d’autres Québécois puisse y participer deux mois
seulement après ce voyage au Danemark. C’est fort peu probable, donc il
n’insiste pas trop par respect. Le bas prix de nos billets d’avion nous le
permet, mais le voyage va quand même nous faire mal financièrement, même si
nous coucherons dans une tente prêtée par l’équipe écossaise et que la bouffe
cuisinée sur le campement nous coûtera une fraction de ce que ça nous coûterait
si nous mangions dans un restaurant. Même Dave viendra nous chercher à Glasgow
à une heure et demi de Perth, et viendra nous y reconduire, c’est pour dire à
quel point nous sommes grandement avantagés. Benoit en parle un peu mais il ne
pousse pas trop en ce sens, conscient que les Écossais nous font une fleur
parce que Ben a noué depuis un an des relations avec eux via messenger, parce
qu’il est allé en chercher et reconduire quelques-uns à l’aéroport et il ne
veut pas pousser la politesse et imposer d’autres Québécois(e)s.
Pour le moment, nous poussons un grand
soupir de soulagement, jusqu’à hier matin, rien n’était sûr, ce soir nous
sommes fatigués mais heureux aussi de festoyer avec nos amis qui commencent à
sortir les bouteilles. Apparemment notre échange de liquide culturel est
commencé! Faudrait avertir les gens qui sont restés sur les campements, ce
serait vraiment bête que cet événement inédit ait lieu à deux endroits en même
temps. Quelques volontaires partent au campement pour les inviter au Centre, et
au bout d’une trentaine de minutes nous avons doublé, y a du monde partout, en
haut sur les fauteuils, en bas aux tables ou aux tables de babyfoot et
Mississipi. Les employés sont partis, nous laissant le Centre pour faire le
party. Un moment donné, j’ai un malaise en voyant un des gars sortir du sol, un
pan de mur pour faire de l’escalade et une trempoline. Je ne pense pas que
c’est une bonne idée avec tout cet alcool qui circule. Le Q.I. et les habilités
physiques diminuent trop vite, comme s’il avait capté ma pensée ou son restant
de pensée rationnelle, il remballe tout.
Les tables sont remplies de bouteilles
différentes les unes des autres, des liquides dorés, transparent, bleu, rouge,
noir, ambré, brun, blanc sucré, salé, doux, puissant liquoreux ou décapant mais
tous plus enivrant les uns que les autres. Je reconnais nos alcools :
Sortilège, rhum, gin et même de la vodka faite au Québec. Je vois aussi des
vins de glace, cidre et hydromel, les Québécois ont le bec sucré! Nous avons
apporté du caribou, alcool typiquement québécois et traditionnel encore plus
que la poutine qui après tout, n’est créé qu’au début des années 80.
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| Gauthier et Julie!! |
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| Des Québécois en plein liquid cultural exchange. |
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| Le baiser de la victoire |
Évidemment les Belges ont apporté toute la
bière restante, leur réserve étant largement entamée les jours précédents.
Quelles bonnes bières! Je repère un peu plus loin les hydromels de Peter le
Danois, il a maintenant plusieurs saveurs dont un aux piments forts. Ben vient
me faire goûter à de l’Amarula qu’a apporté un Sud-Africain, mais pas celui que
l’on trouve chez nous à la SAQ, l’original vendu là-bas oh miam! J’ignore si
c’est l’effet de l’alcool qui commence à affecter mes sens, mais je trouve cet
alcool (mélange de sucre, de crème et du fruit du marula) bien meilleur!
Benoit est sollicité pour régler quelques
problèmes, un drame conjugal à l’extérieur impliquant l’intervention de la
police, un camion enlisé, et j’en passe. Bien sûr il n’y a pas que lui dans
cette organisation, mais Ben étant l’ainé de sa fratrie de quatre garçons, a le
syndrome du responsable en permanence, il prend tout en charge tout le temps
que ça lui plaise ou non. Ce qui fait que, spontanément, les gens autour se
fient complètement sur lui pour tout faire. Avec toute cette pression ce n’est
pas étonnant qu’il ait autant de problèmes de digestion!
Heureusement, ça ne dure pas longtemps et
mon « surhomme » est vite libéré et nous pouvons continuer nos dégustations, je
lui laisse les téquila, scotch, vodka pour leur préférer les alcools un peu
moins forts ou plus sucrés. Cette fête pour nos papilles gustatives reste avant
tout une belle occasion de fraterniser avec tout le monde, passer un agréable
moment avec nos ami(e)s avant de repartir et de s’en faire des nouveaux.
Comme toute bonne chose a une fin, en
fait, pour Ben qui doit se lever super tôt demain matin pour aller reconduire
Dave à l’aéroport, nous considérons de partir dormir. Nous craignons que la
salle soit laissée en désordre après le party, donc nous commençons à ramasser
les bouteilles et les verres vides et vidons les tables de tout déchets,
laissant là les bouteilles et leurs buveurs. Quelques-uns se joignent à nous,
ceux qui s’en vont se coucher comme nous, ainsi nous espérons que ça donnera
l’exemple et que demain matin la salle sera présentable. En quittant la salle,
nous saluons particulièrement nos amis Belges qui dorment à l’hôtel, nos
chemins ne se recroiseront pas avant l’année prochaine.
Au p’tit p’tit matin, je me fais réveiller
par un tonitruant : « Tabarnack! Ils ont laissé la salle en bordel! ».
Sans ouvrir les yeux, je demande des précisions. « La madame si gentille et
responsable était en train de finir de nettoyer et avec un air indéfinissable,
m’a lancé dans son anglais approximatif, que c’était beau quand elle est arrivée
sur les lieux. » Mon impulsif de chum, fait le tour pour savoir qui sont les
coupables, pendant que je me renfonce dans mon sleeping avec des pensées
sarcastiques à propos du temps dont il dispose et qu’il est en train de perdre
là maintenant.
Quand je me lève, mon chum n’y est plus,
parti reconduire Dave, les Québécois autour se préparent ainsi que leurs
bagages, à reprendre la route. Je demande à certains d’entre eux des
éclaircissements à propos du party et de la salle, personne n’est au courant.
Je me dis que ça ne nous fait pas une belle publicité de partir ainsi en
sauvage. Après ma douche, je commence à préparer à mon tour nos bagages, nous
ne sommes pas si pressés car notre vol est seulement demain et nous dormirons
comme Andrew et Annie dans une chambre d’hôtel à Copenhague.
À son retour, Benoit vient me rejoindre,
juste avant il est allé voir la responsable pour s’excuser au besoin et à sa
grande surprise, il la trouve enchantée d’avoir retrouvé les lieux aussi
propres quand elle est arrivée sur place. Finalement, elle n’avait pas été
sarcastique comme Benoit l’avait craint, elle n’était juste pas très
expressive. Les derniers fêtards à partir, ont apparemment suivi notre exemple
et ont ramassé les tables ne laissant au bout d’une table que les bouteilles
d’alcool à moitié entamées ou encore pleines. Tout le reste était impeccable,
même les tables avaient été lavées. Ce qui nous soulage, nous partons en
laissant un beau souvenir à nos hôtes : En apparences des barbares qui se
tapent dessus avec des haches et des épées, mais des barbares civilisés et qui
ont du goût si ont se fie aux différents alcools laissés sur la table.
L’autobus est arrivé pour récupérer des
voyageurs, dont une partie des Québécois, le stationnement est déjà très
clairsemé et nous-mêmes sommes sur le point de partir à notre tour. Nos
téléphones sont pleinement chargés, nos feuilles pour le trajet du retour sont dans
ma sacoche avec des grignotines. Après avoir fait le tour pour saluer ceux qui
ne sont pas encore partis, nous saluons aussi Andrew et Annie qui dormiront au
même hôtel que nous ce soir.
De notre côté, on a envie d’être tous les
deux seuls, sans horaire, ni obligation, ni itinéraire, on arrêtera en chemin
si nous voulons visiter un truc ou deux mais sans attendre ou faire attendre
quelqu’un. C’est pourquoi Andrew et Annie partent de leurs côtés, et nous du
nôtre.
Comme l’an dernier au Portugal, nous
apprécions ce lundi post tournoi, une journée « gratuite » où l’on peut
décompresser, sans obligation envers personne. Nous disposons de plusieurs
heures pour nous rendre à Copenhague, nous pourrions prendre une sortie pour
aller visiter des ruines vikings ou toute autre attractions danoises, mais nous
n’en avons pas l’énergie. Notre tête et notre cœur sont de nouveau revitalisés
par ce tournoi et notre voyage en général, mais notre corps est fatigué et la
seule envie que l’on a, c’est de nous rendre direct à notre chambre. C’est pourquoi on arrête qu’une seule fois
pour un arrêt pipi avant d’arriver à destination.
Quand nous sommes arrivés dimanche
dernier, nous étions trop occupés à trouver nos repères et notre chemin pour
sortir de la ville, nous n’avions pas tellement la tête à apprécier le paysage
de cette ville, nous avons vite pris l’autoroute. Mais aujourd’hui c’est
différent, quoique nous sommes un peu préoccupés à trouver notre hôtel. Cependant,
puisque celui-ci est au cœur de la ville, nous devons ouvrir l’œil, c’est pas
facile de nous y retrouver. Copenhague, autrefois ville de pêcheurs, est
traversée par de nombreux canaux dont le principal le Nyhavne et donc aussi de plusieurs
ponts. En typique Montréalais habitués à se repérer avec des rues en
quadrillés, on se sent vite perdus, on se promène d’une rive à l’autre en
butant sur des rues piétonnes et des pistes cyclables. Définitivement c’est une
ville magnifique à découvrir à pied ou à vélo! J’ai toujours pensé que les
villes ont leur personnalité, forgée par la géographie, le climat et surtout
par sa population, si je n’y séjourne pas assez longtemps pour en saisir toute
la teneur, une chose est sûre, Copenhague est une force tranquille, calme, en
harmonie avec l’environnement et ses habitants. Nous sommes surpris par la
quantité de cyclistes et tout l’espace qui leur est réservé. Nous comprenons
pourquoi Copenhague est souvent citée comme exemple comme ville modèle. L’ironie
est que nous cherchons aussi une station à essence, ce maudit pétrole, pour
remplir notre réservoir avant de rendre la voiture demain.
Nous trouvons enfin notre hôtel et quand
nous allons porter notre voiture dans le stationnement souterrain, nous y trouvons
une petite épicerie. Nous y achetons quelques trucs à manger et une bouteille
de vin que nous prenons dans notre chambre.
![]() |
| De notre chambre d'hôtel, de l'eau, y en a beaucoup. |
Ce soir-là quand nous posons notre tête
sur l’oreiller, nous sommes conscients que le repos sera de courte durée, d’abord
pour la journée de course folle qui recommence dans quelques heures : Rejoindre
Andrew et Annie, aller porter les autos et courir pour notre avion avec toujours
les inquiétudes des vols « standby » et passer par Toronto pour revenir à
Montréal. Comme toujours, une journée interminable puisque nous reculons de six
heures en arrivant. C’est aussi un repos temporaire avant que nous sautions une
fois de plus à pieds joints dans la préparation du tournoi en Écosse. Déjà nous
y allons une première fois en juillet et une seconde fois pour l’Assemblée
générale en novembre, cette fois-ci, on compte bien y aller tous les deux!





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