mardi 10 juillet 2018

Jour 3, partie 1 : Une médaille de bronze !!

Benoit au milieu



Y a beaucoup de fébrilité dans la première rangée de tentes, la journée qui s’amorce sera très chargée. C’est la seule journée où tout le monde se bat, par chance, pas tous en même temps. En avant-midi nous avons Gabrielle et Élie qui feront leurs duels en épée et bouclier, puis en après-midi, la deuxième partie des combats masculins et cette fois nos gars y seront, puis les combats d’équipe féminines.

Donc, personne ne traîne ce matin et dans la petite salle à manger, on sent que cette fébrilité est générale. Après tout, c’est pareil pour les autres équipes, du moins celles qui ont des équipes féminines et masculines. Le déjeuner est pris plus rapidement, chacun s’affairant à ramasser ses affaires pour la journée ou à terminer des petits ajustements. Les personnes disponibles pour aider s’occupent de remplir des bouteilles d’eau, d’apporter des chapeaux, de la crème solaire, des collations, des appareils photo, des serviettes, etc. On veut éviter de devoir revenir aux tentes durant la journée même si ce n’est pas bien loin.

Il fait toujours un temps magnifique, et je pense que nous serions surpris de voir autre chose que du soleil aujourd’hui. En arrivant tout près de la lice avec Gabrielle et Élie, on constate que les estrades sont déjà pleines de gens de tous âge, des familles, notre blond public aime ce sport. Nos athlètes commencent leurs duels, ils sont entourés d’une partie de l’équipe qui les supportent et s’occupent de leurs besoins respectifs. D’autres sont allés s’asseoir dans les quelques places disponibles de l’estrade pour bien voir les combats. Moi et Ben, on se promène autour, veillant à ce que nos commentateurs soient confortables et bien hydratés. On fait aussi la navette entre le quartier général où l’on attend des nouvelles de l’Écosse et le campement où l’armure de Benoit attend pour de petits ajustements de dernière minute.

Heureusement quand nous arrivons au local, Benoit reçoit la confirmation du palais avec une photo officielle de Scone, celle qui sera affichée sur le grand écran lorsqu’il en fera l’annonce demain après la remise des médailles. Ça nous laisse une trentaine d’heures pour faire un poster numérique, mais la tension est enfin tombée, le prochain tournoi aura lieu en Écosse. Quel bonheur et quel soulagement aussi! C’est le cœur léger que nous retournons au campement pour prendre des nouvelles de nos duellistes, nous n’avons pas vraiment suivi les combats. Nous apprenons que Gabrielle est sortie de son pool et va donc en finale et qu’Élie demande d’aller en appel, car il croit qu’il y a eu erreur de jugement de la part des arbitres lors de son dernier combat. Donc à ce moment, la procédure qui doit être faite c’est une demande officielle de la part du capitaine de l’équipe (Christine) à l’arbitre en chef (Steve) de revoir ensemble les replays, et sur tout autre vidéo pris pendant le duel. Tout le monde se met à chercher Laurie qui filme depuis le début les combats du Québec et de quelques autres équipes avec qui elle fraternise depuis l’an dernier. Entre temps, on demande aux membres de la fédé restés au Québec et qui suivent les combats en direct, via Internet, d’y jeter un œil. Bien sûr nous sommes conscients qu’ils risquent de manquer peut-être un peu d’objectivité, mais vaut mieux maximiser les chances et considérer ça dans le calcul.

Donc ça court un peu de tous les côtés, car les gars doivent commencer à se préparer tout en mangeant un peu leur diner apporté de la cafétéria. Cette année, nous n’avons jamais été aussi nombreux, douze combattant(e)s, deux arbitres, et six accompagnateurs, disponibles pour aider. Nous avons aussi la chance d’avoir les Belges avec nous, mis à part Fred qui est arbitre, les autres, Gauthier, Julie et Benjamin ont terminé leurs combats et se fusionnent à nous tout naturellement comme une grande famille. Ça fait beaucoup d’aide! Quand nos hommes sont prêts, nous nous dirigeons vers la lice et nous nous glissons dans le coin à l’ombre près des arbitres.


De gauche à droite, avec leur protèges-dents: Andrew, Benoit, Régis, Élie et Yan.


De droite à gauche, sans protège-dents: Bear, Dom, Jérémie, près d'eux Dan et Gabrielle, ainsi que Land de l'équipe Canada (avec le chapeau de paille).

Le cas d’Élie doit se régler rapidement car après le 5 contre 5, ce sont les quarts de finale chez les hommes et les femmes, et advenant que la décision de l’arbitre en chef donne la victoire à Élie, il passerait, comme Gabrielle en quart de finale. Pour le moment il attend comme son équipe qu’on les appelle dans la lice pour affronter les Polonais, une équipe très forte. C’est Béné la coach donc qui décide en principe, quels seront les cinq gars qui feront le premier round. Elle choisit, Régis, Élie, Yan, Dom et Jérémie qui malgré l’effort, s’effondrent sous les coups. Deuxième round, Andrew, Ben, Yan, Dom et Bear, encore une fois, ça joue dur, mais alors que l’espoir repose sur Andrew, on se rend compte qu’il n’est plus dans la course, dos à la lice et levant les bras pour signifier à ses deux adversaires qui s’apprêtent à se ruer sur lui d’arrêter parce qu’il protège un des leurs (un Polonais) qui a perdu son casque. Comme il ne reste que lui debout, devant les deux autres, l’Ost perd ce round aussi. Les gars reviennent se réfugier à l’ombre la mine basse. L’atmosphère dans le groupe est à l’orage et moi je préfère m’éloigner, de toute façon je sais qu’Andrew et Ben se sont fait rabrouer injustement et ils sont en colère et peu importe ce que je dirai à Ben, il sera « absent » et je devrai supporter sa mauvaise humeur. J’en ai aucune envie, je me retire plus loin, les ondes sont trop négatives.

Après les combats entre l’Allemagne et la Suède, puis la Pologne et la Suède, l’Ost retourne en lice pour affronter à leur tour l’Allemagne. Andrew, Dom, Régis, Yan et Jérémie s’exécutent pour le premier round et gagnent! Pour le deuxième, Dom et Andrew restent, et les trois autres sont remplacés par Ben, Élie et Bear. Ben et Andrew reprennent leur position d’alliés comme ils le font si souvent, mais l’équipe perd quand même son deuxième round. Pour le troisième Bear et Andrew sont remplacés par Jérémie et Dom, les deux équipes complètes se retrouvent au sol, c’est donc une nulle. Quand les gars retournent à leur coin, Ben a reçu un sale coup sur une cuisse, il a perdu sa pièce qui protège sa hanche, une grosse rondelle. Il voudrait bien en faire part à la coach et les quelques autres qui sont là pour aider, mais tous sont autour de Régis dont le casque est brisé. Ils lui mettent le casque d’Andrew et tentent d’installer derrière la nuque, la pièce que Ben a perdu dans la lice, sans savoir que c’est la sienne. Cette rondelle sert à attacher aussi sa jambière plus solidement, une jambière à laquelle sont rattachés le protège genou et le protège tibia. Sans cette attache solide avec sa rondelle, il se retrouve vite avec une jambière qui glisse et ne protège plus vraiment et surtout qui limite les mouvements de sa jambe.  Il a beau crier que c’est SA pièce et qu’il ne peut retourner dans la lice sans elle, sa voix étouffée dans son casque ne parvient pas à se faire entendre.

Quand on lui fait signe en urgence, tout en organisant Régis, qu’il devra retourner dans la liste, il rouspète en gesticulant, et malheureusement on ne prend pas la peine de lui demander ce qui ne va pas, on lui dit qu’il n’a pas le choix et que l’équipe va perdre sinon. Il est furieux, je le vois dans tout son corps, je le devine, sans savoir à ce moment-là pourquoi toutefois, car je me tiens un peu plus loin. Hubert qui est sur le bord de la lice, voit bien que Ben est en mauvaise posture, sa jambière ne tient qu’avec la sangle derrière le genou et comme tous nos aidants sont autour de Régis, il tente d’aider Benoit et d’attacher la jambière autrement avec les cordons de cuir, mais comme ils n’ont qu’une minute…

Je suis d’accord avec la métaphore de Formule 1 qu’utilise parfois Benoit pour parler de ce sport, l’armure est comme la voiture et nécessite une équipe pour ajuster, réparer et préparer en très peu de temps, le combattant qui doit retourner au combat. Dans ce cas-ci toutefois, y en a souvent plus d’un qui ont besoin d’aide.

Évidemment la perte de cette pièce n’est pas passée inaperçue par l’autre équipe et ça a donc joué contre lui car c’est dans sa jambe qu’il se fait ramasser et redoutant une blessure grave, Benoit choisit de ne pas résister. Après la défaite, Ben sort de la lice, un peu débité d’avoir été traité injustement et à cause de ça avec une bonne ecchymose à la jambe.

Les gars retournent une fois de plus à leur place habituelle, enlever leur casque, boire de l’eau avant d’affronter cette fois la Suède. Je vais rejoindre le groupe et mon amoureux pour savoir ce qui s’est passé. Il semble plutôt calmé comparativement à sa colère y a cinq minutes, mais comme il est très impulsif, c’est toujours comme ça, les émotions vives explosent vite mais disparaissent aussi rapidement.

Il se dépêche de réinstaller sa jambière autrement, pendant que Yan, Andrew, Bear, Jérémie et Régis qui a réparé sommairement son casque, commencent le premier round qu’ils gagnent. Ben et Élie viennent remplacer Jérémie et Yan, et ils gagnent encore, ce qui leur apporte la victoire contre la Suède. Mais malheureusement ce n’est pas suffisant pour se rendre en quart de finale. Les gars quittent après avoir salué la foule et fait des accolades à leurs adversaires, ils peuvent aller enlever leur armure et même la ranger, du moins ceux qui ne font pas le 30 contre 30 à la fin de la journée. Même Élie, qui finalement n’a pas obtenu gain de cause. Il ne cache pas sa déception et sa colère et Christine se sent un peu coupable mais elle ne peut rien faire contre la volonté de l’arbitre en chef, c’est lui qui prend la décision finale.

Les finales du 5 contre 5 continueront demain, maintenant c’est au tour des finales des duellistes. Gabrielle, elle, est prête bien avant la Polonaise, bien décidée à gagner son combat. Dans son coin elle est supportée par son amoureux Dan et Régis, les autres sont tous un peu dispersés autour, les autres filles suivent avec intérêt : ramèneront-elles une autre médaille?  Dès le début de son combat, on la sent très sûre d’elle, plus offensive que son adversaire, distribuant adroitement des coups. En la regardant, je me dis que c’est assez général dans notre équipe de filles, elles sont offensives, elles foncent, ne semblent jamais hésiter. Gabrielle gagne finalement en deux rounds. Et comme les autres filles de son équipe, elle est bonne gagnante et fait une super accolade à la combattante polonaise qui lui rend bien.

Ensuite vient son combat contre l’Allemande qu’elle perd cette fois-ci, et Gabrielle est aussi bonne perdante que gagnante, elle garde le sourire mais n’a pas le temps de lui faire une accolade, l’autre étant sortie brusquement. Il ne lui reste qu’un combat pour la troisième place, contre l’Ukrainienne et elle gagne en deux rounds !! La bronze! Dan vient l’embrasser, les autres filles viennent la rejoindre dans la lice aussi, c’est le bonheur! Cependant, on ne doit pas perdre trop de temps, après les finalistes, c’est au tour des équipes féminines de s’affronter. Nous sommes bien une dizaine à les aider à mettre leur armure, un mélange de nervosité et de bonne humeur règne au campement. Bien sûr, elles sont conscientes qu’elles sont les championnes mondiales depuis l’an dernier, mais justement, elles sont la cible de toutes les autres équipes. Mais Cloé, Béné, Gabrielle ont rencontré en combat toutes celles qui faisaient comme elles, du duel, mieux, elles ont toutes les trois déjà gagné l’or dans leur catégorie respective, ce qui fait qu’elles ont rencontré plusieurs adversaires. Même Julie, qui n’a pas d’équipe à elle, livre ses observations sur les forces et les faiblesses de ses adversaires. L’un des plus gros avantages de notre équipe féminine, c’est que ce sont les mêmes filles que l’année dernière, elles ont gagné l’or ensemble, elles savent qu’elles en sont capables.   

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