vendredi 14 juin 2019

Le tirage en Écosse, Pâques 2018: partie 2




 Vendredi matin, il fait un temps radieux sur Bankfoot, Louise nous attend à la cuisine, elle a pris congé aujourd’hui pour que nous puissions préparer le tirage qui aura lieu demain. Scott est justement au salon avec son matériel pour faire les tableaux où l’on collera les petits drapeaux. La maison est de nouveau redevenue une ruche, ça bourdonne d’activités. Y a aussi les propriétaires qui sont revenus et qui vivent dans la partie arrière de la maison, jusqu’à ce que le tournoi soit terminé. Après, Louise, Jacob et Joshua devront quitter, leur bail étant échu.

Nous partons Ben, Louise et moi à Perth pour faire quelques achats, dont les ingrédients nécessaires pour faire des crêpes dimanche matin, que nous mangerons avec le sirop d’érable apporté dans nos bagages. Après tout ce sera Pâques, ce sera une bonne occasion pour faire découvrir les crêpes au VRAI sirop d’érable à nos ami(e)s.

En après-midi, nous allons faire un tour au palais pour voir avec Stephen si tout est en place pour demain. Il y a une petite lice aménagée pour que quelques combattants de la SKL puissent offrir des démonstrations de combat aux illustres invités avec qui nous dinerons. Benoit confirme avec Stephen que le tirage a lieu juste devant la chapelle, et qu’il soit bien filmé en direct pour nos internautes. Ce dernier nous informe de la marche à suivre pour se rendre au diner le lendemain, y a un protocole à respecter. Y aura aussi des journalistes sur place, qui veulent faire une entrevue avec Benoit. Ce sera assurément une journée fort occupée et très importante pour tout le monde : Ce sera l’annonce officielle du tournoi de Scone, pour l’IMCF, une fenêtre à la BBC et pour les combattants participants, le dévoilement de leur « pool » (leurs adversaires au premier tour).

C’est pourquoi on ne tarde pas trop et qu’on s’en retourne manger à la maison et s’assurer que tout est prêt pour demain. Notre soirée se passe à découper nos petits drapeaux et les étiquettes qui vont avec, tout en sirotant une bière.

Samedi matin, tout le monde est sul piton et prêt à affronter cette journée marathonienne. J’ai mis mes talons hauts et mon veston dans un sac pour le diner, parce que nous serons à l’extérieur tout l’avant midi, c’est-à-dire sur le gazon et la gravelle avec le froid et l’humidité. Donc j’ai des bottes et mon manteau et comme à mon habitude, j’ai quand même froid. Je me tiens près de la lice avec Louise, tandis que Benoit est nulle part et partout en même temps, tantôt discutant avec Stephen ou les combattants, tantôt répondant à un journaliste local. Chris vient nous rejoindre en milieu d’avant midi, le petit manteau, le kilt et les jambes nues, il semble totalement insensible au froid ambiant, c’est un vrai Écossais.




Avec Chris Capaldi

Autour de la lice, les Écossais discutent avant les démos

 Au bout d’un moment, j’ai trop froid, je rentre me réfugier dans la salle où sont installés les combattants, du moins leurs stock et leurs armures, c’est là qu’ils vont se changer pour la démonstration en après-midi. C’est aussi là où Benoit a donné son entrevue avec un journaliste de la BBC un peu plus tôt. Je me demande dans combien de temps nous irons diner et c’est avec cette petite incertitude que je décide de retourner dehors pour m’en informer. Je ne vois plus personne, sauf Stephen qui s’approche à grande vitesse en parlant dans son walkie-talkie, aïe! Je l’entends dire dans son appareil : « I found her » On m’attend et je n’ai pas eu le temps de mettre mon veston et mes souliers. Je le suis sans hésiter, vaut mieux ne pas faire attendre nos hôtes. Il m’escorte jusqu’à une porte, jamais vue jusque-là, sur le côté du palais, Louise, Chris et Benoit y sont et visiblement m’attendent avant d’entrer. Je me sens honteuse mais à voir leur air sans trop d’inquiétude, je me dis que ça ne doit pas faire trop longtemps qu’ils m’attendent. Stephen nous fait entrer dans un petit hall et un domestique (est-ce qu’on peut encore utiliser ce terme aujourd’hui?) vient nous libérer de nos manteaux et nous offrir un apéro avant de passer dans la pièce à côté. Je regarde piteusement Benoit je suis habillée un peu trop décontracte je pense, on essaie à deux de placer judicieusement mon châle et nous entrons dans un petit salon fort agréable. C’est dans cette partie du palais que vit la famille Murray. Nous saluons d’abord Lady Mansfield que nous avons rencontré il y a quelques mois, son fils William que nous connaissons pour l’avoir rencontré, il y a 18 mois à New York et Lord Mainsfield que nous rencontrons pour la première fois. Ensuite nous saluons son frère James Murray, le Major Monteith et son épouse, le maire Dennis Melloy et son épouse et Toby Metcalf le grand boss de Stephen. Le vice-premier ministre John Swinney, nous rejoindra un peu plus tard.

On se retrouve à tous converser, le feu qui brûle dans la cheminée réchauffe l’ambiance qui est tout de même étonnamment relax. Nous prenons l’apéro en faisant connaissance avec ces gens qui rapidement nous mettent à l’aise qui nous font presque oublier leur rang social.  Monsieur Metcalf vient me rejoindre en moins de minutes et j’ai du mal à cacher ma surprise quand il m’aborde d’emblée à propos de mon mémoire de maîtrise en anthropologie sur Bicolline. Apparemment il a fait ses recherches et il est vraiment curieux à propos de nous, mais aussi sur ma façon de percevoir ce nouveau sport. Il me demande combien de temps nous serons à Perth et inévitablement j’évoque notre voyage éclair…en autobus avec tous les désagréments rencontrés à l’aller. Nous rions de bon cœur et me dit qu’il nous trouve courageux, un peu fou mais surtout passionnés.

Puis Lady Mansfield nous signifie que c’est le moment de passer à table, en fine diplomate, elle a déjà décidé où chacun doit s’asseoir, je le réalise quand elle me présente le Major qui prend place à ma droite, le seul qui peut converser en français. C’est un choix judicieux et respectueux envers moi qui ne maîtrise pas aussi bien l’anglais que Benoit. Le repas est très simple, un pâté de viande délicieux et un plat sans gluten pour Benoit. Mon voisin de table me demande, tout de go, en pigeant dans son assiette, ce que je pense de la situation actuelle en Catalogne. Mais son regard en coin ne trompe pas, il semble un peu amusé et curieux à la fois. Je suis certaine qu’il se doute que je suis une fervente indépendantiste chez-moi, je ne m’en cache pas, et je poursuis avec lui la discussion qui est franchement agréable. Il m’explique qu’il possède une villa depuis de nombreuses années dans le sud de la France et c’est pourquoi il a fini par apprendre la langue de Molière. Lady Mansfield et son époux se font face, chacun aux extrémités de la table, visiblement habitués à ces rencontres protocolaires ou non. Ça me rappelle Downton Abbey, mais ici le maître du jeu c’est clairement Lady Mansfield. Je ne peux m’empêcher de sourire quand elle rappelle à son fils et son mari de moins parler et de finir de manger si on veut aller faire le tirage. Si l’encadrement demeure assez protocolaire, le diner en soi ne l’est pas vraiment, je n’irais pas jusqu’à raconter des blagues bien grivoises, mais on arrive à être confortable.

Après le dessert et le thé, pris assez rapidement, nous ne nous éternisons pas et passons tous dans le hall, où nous attend Stephen, pour prendre manteaux et parapluie parce qu’il pleut. Tout est orchestré, nous défilons en procession deux par deux jusqu’à la chapelle où Benoit commence le tirage. Il fait son introduction en rappelant que ce sera la première fois en 400 ans qu’aura lieu en Écosse, un tournoi de béhourd. Il ajoute que l’IMCF est fier de le présenter à Scone palace, là où a eu lieu le couronnement de tous les rois écossais. Il invite ensuite à tour de rôle les dignitaires à venir piger les pays dans chacune des catégories. Monsieur Swinney est arrivé juste à temps, avec son jeune fils, pour se joindre aux autres. 


Scott avec le tableau, ça a l'air de rien mais on a travaillé fort là-dessus.


Au bout d’une heure, le tirage est terminé et bien que le temps soit passablement pluvieux, la plupart des invités d’honneurs et des visiteurs sont curieux de voir les démonstrations de combat. Ils s’agglutinent donc autour de la lice, Benoit, lui, est occupé à donner une autre entrevue, alors que moi je retourne au chaud et au sec dans le petit café à l’intérieur du palais. D’ailleurs le reste des invités y est, à siroter une tasse de thé ou de café.

Une partie de l'équipe écossaise, des gars bien sympatiques ces Écossais!


En fin d’après-midi, nous retournons à Bankfoot et soupons modestement de quelques trucs achetés à l’épicerie la veille, en compagnie de nos amis. Tous dans le petit salon, nous discutons des pools, probablement comme beaucoup de combattant(e)s à travers le monde, ceux et celles qui participeront à notre tournoi.

Dimanche matin, c’est Pâques et bien que nous ne soyons absolument pas pratiquant, nous conservons quelques traditions, surtout celles qui sont culinaires. Faut dire que le sirop d’érable est sans nul doute notre aliment le plus ancien, cadeau des Amérindiens. Dire qu’ils nous ont appris à survivre dans ce rude climat, nous ont enseigné multiples choses essentielles, en échange, nous leur avons donné les outils pour s’autodétruire, des armes à feu, mais surtout de l’alcool.

Je prépare donc une bonne quantité de pâte à crêpe sous l’œil attentif de nos hôtes, ça me rappelle la cuisine de mon restaurant il y a déjà plusieurs années. L’avantage c’est que c’est pas compliqué et tellement bon, surtout avec le sirop.

Ben qui nous présente un ambré 2017 ;-) 

Après le déjeuner nous allons à Perth pour visiter un tout petit peu, c’est la troisième fois que nous venons à Scone en moins d’un an et nous n’avons toujours pas vu le cœur de la petite ville. Nous en profiterons pour distribuer des pamphlets car y paraîtrait que cette tâche a été un peu escamotée, l’administration du palais était sensé faire des pamphlets et en distribuer depuis longtemps. Lorsque nous en avons parlé directement à Lady Murray hier, elle est partie chercher une boîte pleine qui traînait dans leur bureau. Elle semblait un peu contrariée, je me demande si c’est notre approche ou parce qu’il y a eu négligence envers notre événement, j’aime mieux opter pour la seconde hypothèse. Nous en apporterons quelques piles avec nous et irons les distribuer un peu partout. Nous irons en transport en commun, un autobus nous prendra sur la rue juste à côté. Ben est toujours un peu curieux de rencontrer des gens qui pratiquent le même métier que lui pour comparer.

Mes lunettes soleil...au printemps en Écosse.

En Écosse comme dans d'autres pays européens, on se stationne comme on veut et comme on peut, différentes directions et souvent sur le trottoir.

C'est pas clair mais c'est Jacob et Benoit dans le petit chemin de traverse entre la maison et la petite épicerie.

Je suis toujours ravie de voir que les vieilles maisons servent.

Ça aussi c'est quelque chose que j'ai vu en Flandres, on donne un nom à sa maison et il n'y a pas de numéro de porte visible...

Sont classes ces bus.

Au bout d’une quinzaine de minutes, nous sommes directement au milieu de Perth et décidons d’aller au bureau touristique pour laisser d’autres pamphlets. La p’tite dame nous dit que quelqu’un est venu en porter une pile il y a un mois de ça. En principe c’était sensé se faire au mois de décembre après notre assemblée générale, je pousse un long soupir et je roule probablement des yeux, Ben fait mine de ne pas trop remarquer et laisse tout de même d’autres publicités pour notre tournoi.

Nous passons une petite heure à entrer dans les bistrots, pubs, magasins ou tout autre endroits qui nous semblent propices. Évidemment les gens sont curieux et veulent savoir ce que nous annonçons, ce qui nous indique qu’il y a eu peu de publicité de faite jusqu’à maintenant. À l’occasion, certains se souviennent du tournoi en juillet dernier ou bien ils ont vu ou entendu une entrevue donnée par Benoit ou un membre de la SKL. Mais c’est assez unanime, tout le monde est enthousiaste et la plupart veut y venir.

On s’arrête pour prendre un café et on repart, cette fois, nous allons au centre sportif, les gens au comptoir sont très très curieux et posent beaucoup de questions. Du moment que les sportifs comprennent que ce n’est pas du grandeur nature (GN ou LARP) ils sont généralement excités à l’idée d’essayer ce « nouveau » sport.

Nous allons aussi en distribuer dans les épiceries à grande surface, et bientôt nous nous arrêtons pour manger un fameux fish&chips. Moi je suis amusée quand j’entre dans les commerces et qu’on m’aborde avec un « allo » ou « aye » qui semblent faire partie des formules de salutation ici. Pour la Québécoise que je suis, c’est comme si je rencontrais chaque fois des amis. Mais en même temps, dans la langue écossaise on entend souvent l’influence du vocabulaire français. Disons que l’histoire de l’Écosse et de la France sont souvent entremêlée et qu’avoir un ennemi commun (l’Angleterre) ça favorise les rapprochements et les alliances.     

En plein coeur de Perth

Un distributeur d'oeufs frais et de pommes de terre. :-o

Pour donner une idée des prix dans ce petit resto de fish & chips. Notez que c'est environ 1,70 canadien pour une livre sterling, un peu plus cher que l'euro. Moi je doublais systématiquement. Ainsi j'avais pas de mauvaise surprise.
  

Une des choses étranges qu'on me dit que je doive absolument goûter si je veux manger écossais, c'est une barre mars frite.


En fin d’après-midi, il commence à faire froid et nous sommes fatigués, nous retournons à Bankfoot par le même autobus avec la satisfaction d’avoir fait du bon travail. Bon du travail qu’on aurait aimé mieux ne pas faire mais ça nous aura permis de prendre le pouls de la population directement. Nous passons à la petite épicerie du village avant de rentrer au chaud et finir notre journée avec nos amis, c’est notre dernière soirée, car nous reprenons le bus tant redouté demain soir. Cette fois nous voyagerons de nuit, en espérant dormir une bonne partie du trajet.

La journée du lundi est assez tranquille puisque tout le monde travaille, c’est pourquoi nous en profitons pour aller nous balader au village, en quête d’un pub où nous pourrions prendre un vrai bon repas. Nous trouvons le parfait pub, mais il s’avère qu’il est fermé la semaine pendant la saison morte. Nous sommes déçus parce qu’il ne semble n’y avoir aucun restaurant, du moins aucun d’ouvert. Il n’y a personne dans les rues, c’est tellement tranquille, trop tranquille! Après avoir déambulé de long en large, et pris quelques photos, nous allons à la seule petite épicerie qui rappelle le magasin général de n’importe quel village ou de quartier. On en profite pour se faire des provisions pour ce soir dans l’autobus et une fois dans notre chambre on chargera les batteries de nos téléphones au maximum.  

Remarquez sur le panneau «dogs welcome», ah que j'aime ce pays et ses gens!


Un pays où il pleut beaucoup, je trouve l'idée assez ingénieuse, c'est entre le trottoir et la rue..

Un arbre exotique pour moi.






En fin de journée, Louise nous reconduit à notre terminus d’autobus, ce n’est qu’un au revoir, il ne se passera même pas deux mois avant que nous revenions. Nous savons aussi tous les trois que durant ce laps de temps nous allons devoir courir chacun de notre côté de l’Atlantique pour finir de préparer ce gros événement.

Le ciel est dégagé nous pourrons voir un peu de paysage avant qu’il ne fasse nuit, dans le bus, loin des toilettes, nous essayons les prises à côté, elles fonctionnent yeah! Bon je ne suis pas certaine que nous en aurons besoin, mais c’est une sureté de plus, notre sac à dos est plein de stock pour manger et boire. Finalement nous dormons la moitié du trajet, un trajet qui se fait beaucoup plus rapidement parce qu’il se fait au milieu de la nuit. Résultat quand on arrive à la grise gare, nous sommes un peu plus reposés et nous avons de quoi déjeuner et grignoter jusque dans l’avion qui nous ramène à Montréal. Faut être un peu fou quand même, faire tout ça en moins de six jours, définitivement, le mois prochain nous restons 2 semaines!  










mercredi 12 juin 2019

Le tirage en Écosse, Pâques 2018: partie 1






Mercredi 28 mars, nous nous envolons pour Londres, un vol de 5 heures sans Internet, téléphone ou texto, des vraies vacances! Évidemment je blague car la machine (les projets, les idées, les pense-bêtes, les vérifications, etc.) continue de rouler même en avion et probablement le fera pendant notre trajet en autobus. Nous sommes excités et nerveux, c’est gros ce tournoi! Déjà nous avons notre dîner mondain au palais où nous sommes conscients que nous y serons les étranges énergumènes Québécois, mais Benoit a aussi quelques entrevues à donner. Depuis qu’il a eu cette mini entrevue le mois dernier avec la BBC, au téléphone pendant sa pause au travail, il est de plus en plus sollicité. Il doit justement donner d’autres entrevues cette fin de semaine, la BBC est très intéressée par ce que nous faisons à l’IMCF.

Notre premier contact avec l’aéroport Heathrow est décevant, en fait c’est froid, les gens évitent les contacts visuels, ils semblent blasés. Tout est mal indiqué, on tourne en rond, beaucoup trop à notre goût. Le pire reste les ascenseurs (qui s’arrêtent à notre étage 1 fois sur 3) pour joindre le stationnement ou la navette, ce qui est notre cas. J’ai jamais vu autant de monde attendre aussi longtemps pour sortir. On envisage même de trouver les escaliers et descendre par-là, cette fois nous avons juste une grosse valise et deux bagages de cabine, nous avons le luxe de choisir. On ne les trouve pas, et pas d’agent ou de commis, comme dans de nombreux aéroports pour aider les voyageurs à s’y retrouver. Au bout d’une vingtaine de minutes, nous affichons probablement le même air renfrogné que les gens autour de nous. Nous finissons par arriver à notre navette, elle nous amène à la gare d’autobus du centre-ville, nous avons acheté nos billets par Internet et nous espérons arriver à temps. En achetant longtemps d’avance, les billets sont vraiment pas cher, mais si on manque notre autobus, le prix aura doublé. Donc on court!

On met une bonne dizaine de minutes pour trouver des toilettes qui sont plus ou moins propres, la gare en elle-même est un peu repoussante, tout est mal indiqué, les employés ont l’air bête et peu enclin à aider les voyageurs perdus, ils en font le moins possible. Y a des itinérants couchés un peu partout et les lieux ne brillent pas par leur propreté. Quand on trouve notre autobus, il y a déjà un bon groupe de voyageurs qui attend le même bus, bien sûr plus aucune chaise n’est libre. Comme c’est un autobus qui se rend jusqu’en Écosse, j’imagine que plusieurs de ces passagers profitent du congé Pascal pour se rendre dans leur famille.

Nous avons décidé de prendre le bus par souci financier : le vol de Londres à Glasgow, juste à l’aller, nous aurait coûté (pour les deux) un bon 250-300$, plus le bus pour aller ensuite à Perth, une soixantaine de dollars, puis un taxi vers Bankfoot, une cinquantaine de dollars

L’autobus de Londres jusqu’à Perth nous en coûte, à deux et à l’aller, une quarantaine de dollars, nous descendons à une quinzaine de kilomètres de Bankfoot où nous payerons 50$ de taxi. La décision s’est prise assez rapidement.

Le mois prochain, nous devrons toutefois nous y prendre autrement pour le tournoi car nous ne pouvons prendre le bus avec plus d’une grosse valise par personne dans la soute à bagages. Les combattant(e)s ne pourront pas envisager cette option.

Bien sûr, c’est un trajet de 10-12 heures, mais nous avons de quoi grignoter, une bouteille d’eau, il y a du Wi-Fi et des toilettes dans le bus, on regardera le paysage, on jasera ou, on dormira. De toute façon, quand il arrêtera en chemin, on fera le plein ou le vide…

J’ignore pourquoi, normalement nous sommes plus prévoyant, mais cette fois-ci, nous avons manqué notre coup. C’est très long 12 heures de bus! Surtout pris sur l’autoroute dans un traffic monstre et sous la pluie. D’abord, nous n’avions pas de Wi-Fi, les prises pour charger nos appareils ne fonctionnent pas, ainsi après avoir épuisé nos batteries sur des jeux, nos appareils sont morts. Je suis incapable de lire en voiture ou autobus, ça me donne la nausée. Aussi on a apporté de quoi grignoter, mais rien d’assez consistant pour nourrir suffisamment sur une aussi longue période. Que dire de nos deux bouteilles de 500 ml d’eau? Pour compléter ce tableau apocalyptique, nos sièges sont tout près de la toilette qui a cessé de fonctionner quelques heures après notre départ, et je n’ai pas dit que les passagers ont cessé de les utiliser !!  L’odeur !!  

Est-ce que ça pourrait être pire? Oui! Je sais pas pourquoi j’ai cru que l’autobus arrêterait en chemin autrement que pour faire descendre les passagers à leur destination. Birmingham, Liverpool, Manchester, Lancaster, Glasgow, les quelques villes où nous n’arrêtons que quelques minutes. On le sait parce que le chauffeur les annonce et elles apparaissent sur l’écran lumineux au bout du couloir. Si au moins on pouvait voir du paysage, la brume, la pluie, et la buée sur les vitres nous empêchent de voir, surtout quand il commence à faire noir. Si nous étions assis devant, nous pourrions avoir toujours une idée du lieu où nous sommes et du temps approximatif qu’il nous reste, mais tout au fond de l’autobus, on ne voit rien du tout et comme nos téléphones sont morts, on ne peut se fier aux GPS, le trajet nous semble une éternité…en enfer. On a beau faire de petites siestes, mais ça reste insuffisant, c’est tellement long. On ne peut même pas se fier sur les places qui pourraient se libérer et changer de place, y en a très peu et chaque fois qu’elles se libèrent, les passagers qui montent les prennent aussitôt. Au moins quand on s’arrête à Glasgow nous savons qu’il nous reste maximum 2 heures. À Stirling nous commençons à nous rapailler et à nous avancer parce que la moitié du bus y est descendue, là et à Glasgow.

Par chance, notre arrêt à Perth se trouve tout près de l’hôtel Econo lodge où travaille Jacob en ce moment précis, il y travaille de nuit, nous nous ruons à l’intérieur. Nous sommes ravis de le revoir, mais nous avons d’abord besoin des toilettes puis de manger, nous avons remarqué un McDo juste en face de l’hôtel, on espère qu’il soit ouvert malgré l’heure très tardive. Mais nous apprenons que si les lumières y sont allumées, c’est parce qu’une équipe d’ouvriers y travaillent, le nouveau restaurant ouvrira ses portes dans quelques semaines. Merde! On aboutit dans un genre de Couche-tard à 2 minutes à pied, c’est tout ce qu’il y a autour, nous revenons avec absolument rien de nourrissant, sauf peut-être mon sandwich pré-emballé. Jacob nous appelle un taxi et nous donne l’adresse à Bankfoot où il viendra nous rejoindre demain matin. Louise et Joshua y sont de toute façon et nous attendent ou auront laissé la porte déverrouillée.

Une chance que le trajet ne dure qu’une quinzaine de minutes, je ne supporte plus de rouler, mais le sympathique chauffeur nous fait oublier que sur 24 heures, nous avons passé plus de 20 heures sur la route, l’avion, la navette, l’autobus et maintenant le taxi. Et c’est en s’échouant tel un bateau sur un rivage bienveillant, que nous retrouvons notre lit dans la même chambre qu’en novembre. Si j’ai un conseil à donner aux Québécois comme nous, habitués à nos grands espaces comparés à la taille plus modeste des pays européens. « Ne jamais sous-estimer la distance et le temps de transport en Europe ».


dimanche 3 février 2019

Hiver 2018, course contre la montre!






Après les fêtes, sommes toutes très tranquilles, trop à notre goût, notre hiver prend un tournant à 180° degrés. Alors qu’on s’enligne pour un marathon dans la préparation du tournoi de mai, c’est plutôt un sprint de longue haleine dans toutes les directions que l’on effectue. 

Avant de nous lancer, nous partons dix jours à Puerto Vallarta, au Mexique pour visiter le frère et les parents de Ben et notre neveu. Tout ce beau monde habite là-bas, depuis quelques années et Samuel y est né il y a cinq ans et nous ne l’avons jamais rencontré encore. Y est temps qu’on y aille! Ça fait longtemps que nous n’avons pas fait de voyage personnel, ça nous manque un peu. Mais c’est un peu utopique de croire qu’on va prendre de vraies vacances, tout simplement parce qu’il y a Internet, et parce que Benoit continue de recevoir des messages auxquels ça prend absolument des réponses pour « Hier ». Bien sûr, s’il ne s’occupe de rien pendant dix jours, c’est lui qui va en subir les conséquences à notre retour puisque la plupart des dossiers n’avanceront pas et que la somme de travail sera insurmontable. Je me sens comme un chien de garde qui voudrait intercepter toutes les requêtes extérieures pour qu’il puisse se reposer. Ça m’exaspère! On finit par trouver un modus vivendi : chaque jour, une à deux heures en avant-midi, consacrées au tournoi et à l’IMCF, that's it!









Chez-nous, y a un mur qui a été converti en immense tableau, une initiative de ma fille qui a habité ici avant nous. C'est vraiment pratique, il fait 5 mètres de long et un mètre et demi de hauteur (la partie supérieure du mur). Ceux et celles qui passent chez-nous, peuvent constater qu’il est entièrement couvert de notes à la craie. Dans un coin, mon échéancier pour mes commandes de costumes ou de pièces de gambison, mais la majeure partie servant d’aide-mémoire pour tout ce qui doit être effectué pour mener à terme le tournoi en Écosse. Quand on efface un truc, trois autres apparaissent aussitôt. En communication, sur une base régulière, presque quotidienne: Stephen, Louise, Jacob et Hubert; sur une période plutôt hebdomadaire: le château directement, Chris, le monteur du vidéo promotionnel, les autres membres du présidium, les capitaines et les représentants des pays participants, les agences médiatiques, les marchands médiévaux, les compagnies d’assurances, les arbitres. Les différents aspects dont il doit s’occuper, seul ou avec Hubert ou Louise ou Jacob : veiller à obtenir des chambres d’hôtel et les lunchs du midi pour les arbitres puisque l’IMCF n’a pas les moyens de verser des salaires à qui que ce soit ; Négocier avec Stephen pour qu’on puisse offrir du glamping aux combattant(e)s (tentes modernes, toilettes, douches) pour ceux qui viennent avec leur tente médiévale, il faut des bottes de foin pour couper l’humidité au sol et des ronds de feu et du bois à brûler, un permis pour faire des feux sur le terrain du palais; S’assurer que Stephen n’oublie pas les deux écrans géants, des estrades suffisantes pour accueillir plusieurs centaines de personnes, un endroit pour installer les commentateurs, un système de son adéquat, évidemment. L’administration du château doit aussi s’occuper de la publicité sur place, et l’IMCF garantie qu’elle fera un teaser et un vidéo promotionnel. La fédération publicisera tout ça en utilisant les différents réseaux sociaux. Et bien sûr, comme il l’a fait l’an dernier, Ben contactera les agences de presse.


Ce n’est pas tout, il y a aussi les posters à faire et à envoyer en production, les trophées et les médailles à choisir et à commander. Chaque jour et je pèse mes mots, chaque putain de jour, il y a un truc à régler, un conflit à éteindre, un imprévu avec lequel composer. Comme par exemple, un jour, Stephen annonce à Ben que l'administration exige une preuve écrite que tous les participants sont assurés…pour les dommages qu’ils pourraient causer sur le terrain. Bien sûr, l’IMCF a toujours demandé que tous les combattants aient une assurance responsabilité tout en présumant que chacun était assuré pour les blessures, mais c’est la première fois que nos hôtes en formulent la demande avec preuves à l’appui. Benoit adresse la demande sur le board, à savoir si toutes les équipes sont assurées. Comme toujours, au moins la moitié met plusieurs jours avant même de répondre et au fur et à mesure que les réponses arrivent, il apparaît que beaucoup trop ne le sont pas. Faut dire encore que le sport est nouveau, trop même pour être catégorisé, les compagnies d’assurances fonctionnent différemment d’un pays à l’autre. Celles qui assurent les bris matériels ne rencontrent pas nécessairement le montant de couverture exigé par le château.



Cette requête provoque de la grogne parce que, pour certaines équipes, c’est beaucoup d’argent, on commence à pointer du doigt la fédération, pourquoi n’est-ce pas elle qui fournirait cette assurance? Benoit consulte en ligne les différentes options et finit par demander à Scott de faire une recherche en Écosse, d’une compagnie d’assurance qui pourrait couvrir tout le monde pendant tout le tournoi. Au bout de quelques jours, faut se rendre à l’évidence, c’est trop cher, la fédération a tout juste de quoi couvrir les frais d’hôtel et de lunch des arbitres durant 4 jours. Puis, Nick, un des représentant de l’équipe anglaise propose de voir avec la compagnie d’assurances qui couvre tous leurs nombreux événements, et comme c’est le Royaume Uni (comme l’Écosse), probablement que ce sera plus simple. Il réussit à avoir un meilleur prix, mais encore trop élevé pour l’IMCF. C’est alors que mon chum a une idée de génie : vendre des sacs souvenirs aux combattants, à l’avance, pour financer cette assurance qui couvrira tous les membres de l’IMCF pour la durée du tournoi. Généralement, les t-shirts partent toujours comme des p’tits pains chauds à chaque année, et chaque fois, il se trouve des participants qui n’ont pas eu le temps d’aller acheter le leur avant la fin du tournoi. Les chandails étalés dans les kiosques, disparaissent vite, achetés par les visiteurs. Mais de cette façon proposée, tout le monde paie sans s’en rendre compte. Chacun peut commander son chandail à l’avance, et dans le sac, il y aura aussi un poster et une pin souvenir IMCF à Scone Palace, le sac sera livré sur place. Benoit doit d’abord en faire la demande au présidium, ce qui plaît à tous. Jacob et Hubert réussissent à trouver des compagnies prêtes à offrir un bon « deal », qui permettra de faire un profit suffisant pour payer les assurances. Mais pour payer ces assurances, faut avoir l’argent et pour avoir l’argent faut que les gens commandent et pour commander, ils doivent savoir ce qu’ils achètent. Et la personne qui s’occupe du design bénévolement met du temps, trop de temps par souci de bien faire. Donc Ben doit faire de la pression, c’est du stress supplémentaire qu’il n’a pas besoin en ce moment. Dès qu’il reçoit les maquettes, il envoie le tout à Jacob et Hubert et immédiatement met l’annonce en ligne et demande aux capitaines des équipes de s’occuper de prendre les commandes et récolter l’argent.


C’est moi qui s’occupe de l’équipe au Québec. Deux semaines avant, nous avons reçu la maquette pour la broche décorative souvenir, fabriquée chaque année par une artisane ukrainienne, amie de Julia. Cette dernière s’occupe de recevoir les commandes et l’argent puis de transmettre le tout à son amie qui nous fait de superbes broches à chaque année. J’ai donc pris les commandes de notre groupe pour les broches et maintenant celles pour les sacs souvenirs. Nous sommes étonnés, ça se vend comme des p’tits pains chauds dans plusieurs équipes, et au bout d’une semaine, la somme nécessaire pour payer les assurances est amassée. En même temps Jacob a l’idée d’officialiser notre événement « IMCF Liquid culture exchange » du dimanche soir, réelle clôture du tournoi, en faisant faire un chandail souvenir. 







Les gens concernés ne se rendent pas compte de la somme de travail que ça représente organiser un tournoi, encore plus, d’une telle envergure, surtout quand t'as déjà un travail à temps plein! Si au moins, il n’y avait que le tournoi là-bas…Y a aussi au sein même de la fédé, qu’il y a beaucoup à faire. Les membres qui écrivent et qui veulent des réponses tout de suite, sur les règles d’armures, d’armes, de combats, les querelles qui éclatent parfois et qui doivent être réglées. Les questions à propos des commodités en Écosse et c’est normal, pour les combattants c’est beaucoup de choses à prévoir, notamment la question financière. D’ailleurs Stephen informe Benoit que la ville de Perth exige qu’il y ait un « container » surveillé et fermé à clef pour ranger toutes les armes durant la nuit, l’annonce ne fait pas l’affaire de tous bien sûr, mais on n’a pas le choix. Certaines règles sont ramenées et discutées ce qui fait prendre conscience au présidium que ça fait bien longtemps qu’il n’y a pas eu de mises à jour. L’ensemble complet des règles doit donc être revu et réécrit. Ai-je besoin de préciser qui le fait? 

La famille Murray a exprimé le désir de s’impliquer dans le tirage, dès que Benoit leur a suggéré de le faire à Scone Palace. Je rappelle que le tirage consiste à piger au sort le classement des équipes qui devront s’affronter. Depuis Malbork, ça a toujours lieu le plus près possible de l’endroit où se déroulera le tournoi, en présence d’au moins un membre du présidium et d’un responsable du lieu. Comme ce tournoi, c’est le bébé de Benoit, il désire effectuer ce tirage lui-même, accompagné de membres de la SKL. La famille est très enthousiaste, nous en sommes bien heureux. Nous partirons donc, pour le congé de Pâques, une fois de plus, à Perth.

Dans les semaines précédant notre départ, Benoit reçoit un message de la responsable de l’équipe ukrainienne, cette année, ils veulent amener une grosse équipe, c’est la deuxième année qu’ils participent massivement. Au Portugal, seuls, quelques duellistes s’étaient présentés. Normalement, l’Ukraine est l’équipe vedette après les équipes russes chez nos compétiteurs. Maintenant ils expriment la volonté de devenir membres actifs de l’IMCF.  Cependant, ils sont incapables d’avoir un visa délivré de la part du Royaume Uni, ils doivent fournir une lettre d’invitation de l’IMCF, et le problème c’est que la personne responsable qui devait le faire ne leur répond pas depuis des semaines. Et comme ce sont des processus longs, les Ukrainiens craignent de ne pas pouvoir venir au tournoi. Finalement, Benoit, prend le problème en charge, évidemment! Notre nouvelle devise : « On est jamais aussi bien servi que par soi-même. »

 Je me propose dès que je peux aider, ça je sais que je peux le faire, c’est quelques heures de gagnées pour Benoit. J’ai la lettre d’invitation et je fais 48 copies, une pour chaque personne. J’inscris le prénom, nom, date de naissance et numéro de passeport de chaque Ukrainien(ne)s. Ce n’est pas difficile mais ça demande juste beaucoup de concentration, le genre de travail qui rendrait Benoit fou. Je fais super attention, consciente que si c’est mal orthographié ça risque d’être refusé, ça me demande toute ma concentration puisque ce sont des noms étrangers dont je n’ai aucun repère, beaucoup de Y, V, W, K, U, Z, des lettres peu utilisées dans nos prénoms et noms. Quand c’est fini, j’envoie le tout à Hubert pour qu’ils les signent et les envoient à son tour par la poste en Ukraine. Kateryna, la responsable, est vraiment soulagée. Dès qu’elle les recevra, elle fera une demande officielle.

Un premier teaser d’une vingtaine de secondes est fini et plaît vraiment beaucoup à Benoit, il l’envoie au reste du présidium pour avoir leur accord avant de le publier sur la page de l'IMCF. C'est un autre truc qu'il gère depuis qu'il s'est rendu compte, il y a plus d'un an, que plusieurs messages super importants n'avaient jamais eu de réponses (le premier message de William en était justement un). Quand finalement tout le monde est d’accord, il est immédiatement mis en ligne. Il annonce les couleurs du vidéo officiel promotionnel, qui sera plus long et qui devrait être lancé quelques semaines avant le tournoi. Cette fois, la volonté de sortir le béhourd de son encadrement obligatoirement médiéval est bien palpable. Il reste à s'entendre sur le choix d'une musique proposée sur des sites à cet effet, la suggérer aux membres du présidium, demander au trésorier l'argent nécessaire pour payer pour obtenir les droits de diffusion et Chris (lui-même un combattant) pourra monter le vidéo qu'il fait gratuitement. 



Ben: réparation d'armure, meeting skype, réécrire les règles....  


Parfois, y a des distractions qui s'imposent aussi petites soit-elles! 



D’ailleurs, le dernier meeting qu’a eu Ben avec Stephen (Skype) n’a pas été un succès, d’abord parce qu’il n’a pas été consulté avant de produire le poster publicitaire pour Perth, alors que lui, en revanche, a le devoir de le faire approuver. Aussi parce que le poster est laid et ne représente pas du tout l’événement. D’abord le logo de l’IMCF est minuscule, penchée sur le côté, ensuite il y a une grosse épée tirée tout droit du Seigneur des anneaux, pas du tout historique. Si le public n’y voit que du feu, c’est loin d’être le cas pour les combattants, c’est presqu’un affront. Finalement, il y a une image du tournoi en juillet dernier montrant un des combattant avec du sang sur le visage. S’il y a parfois des blessures, ce n’est pas quelque chose de courant et surtout, ce n’est pas ce qu’on veut mettre de l’avant à l’IMCF.

En discutant avec Stephen, Ben réalise que c’est une grosse foire médiévale agrémentée d’un tournoi qu’il est en train d’organiser. Alors que Ben n’arrête pas de lui dire que c’est un grand événement sportif, que la publicité doit être faite en ce sens. C’est ça qui va amener le public parce que c’est nouveau! Des foires médiévales, il y en a des tonnes partout en Europe, les gens ne paieront pas 25£ pour une foire où la seule chose qu’ils peuvent y faire c’est dépenser encore dans les kiosques et les activités de tirs à l’arc.

Il comprend pourquoi maintenant, le dossier du « glamping » a tant tardé, malgré les avertissements de Ben, ce n’était vraiment pas une priorité pour lui, donc quand il a fini par proposer des prix, la plupart des gens avaient déjà envisagé autre chose. Ce qui fait qu’en fin de compte il se retrouve avec très peu d’inscription. Et jusqu’à maintenant les forfaits repas qu’il propose sont faramineux, Ben lui demande de revoir son forfait car personne ne va le prendre. Il lui rappelle aussi qu’il n’est pas sensé faire des profits sur le dos des participants mais bien de les aider, parce qu’ils sont en quelque sorte « le spectacle », déjà qu’ils ne sont pas payés pour leurs prestations, faudrait tout de même pas leur soutirer de l’argent pour réajuster un budget qui a été largement utilisé pour la foire médiévale autour. Quand il raccroche, il est furieux en réalisant que l’événement est en train de se transformer en PETIT événement champêtre.

Et dire que Stephen se plaint à chaque fois du peu d’achat de billets sur Ticketmaster, ben oui! Évidemment! Qui paierait à l’avance pour un événement champêtre dans un lieu où la météo n’est jamais sûre? Cependant, si c’est un gros événement sportif….

Nous sommes conscients qu’il va falloir mettre les bouchées doubles. Ça tombe bien, Louise a rencontré un Écossais ancien joueur de rugby professionnel, maintenant mannequin et acteur, fort intéressé par notre tournoi. Elle songe à en faire un porte-parole pour ce sport en Écosse. Conscient, plus que jamais du besoin de mettre l’emphase sur la dimension sportive, Ben accepte avec enthousiasme. Si les gens peuvent accueillir le béhourd comme le rugby ou le football, on va aller chercher beaucoup de spectateurs qui autrement, ne seraient probablement pas intéressés par une foire médiévale. Quelques jours plus tard, il donne une entrevue et parle justement de l’événement et en profite pour parler un peu du sport.

Ici, Benoit a commencé à envoyer des revues de presse et avise qu’il sera à Perth pour le tirage, à Scone Palace. Il y aura aussi des démonstrations de combat en avant-midi. À moins d’une semaine avant notre départ, Stephen écrit à Ben pour lui dire que Lady Murray nous invite à un dîner non officiel, au château, juste avant le tirage qui aura lieu devant la chapelle. On nous envoie la liste des convives : Y seront, Lord et Lady Mansfield, leur fils William le vicomte Stormont (correspondant de Ben), Le Major et madame Monteith, Toby Metcalfe chef exécutif (le grand boss de Stephen), le prévôt de Scone palace de Perth et Kinross (le maire) Dennis Melloy et son épouse, le vice premier-ministre d’Écosse John Swinney, sa femme, leur fils, Louise qui représente la SKL, Chris Capaldi et nous-même.

On nous demande à moi et Benoit, d’envoyer un bref résumé de qui nous sommes afin d’éclairer les gens qui partageront notre table. Benoit indique qu’il est le vice-président de l’IMCF, un artiste martial, qui fait partie de l’équipe du Québec, moi je me définis comme anthropologue avec des études en histoires, costumière et chroniqueuse. Même si nous ne parlons pas de nos positions politiques, nous nous définissons comme des Québécois, ce qui est révélateur à qui sait lire. Je suis absolument certaine, que les convives iront faire leurs petites recherches à propos de nous, comme nous faisons les nôtres. Bien sûr, certains sont indépendantistes et d’autres moins. C’est la première fois de ma vie que je dînerai dans un palais autrement qu’en costume médiéval, la première fois aussi que nous partagerons notre repas avec autant de gens illustres, yes my dear! C’est vertigineux…

Comment je vais m’habiller??!!!

Avant de partir nous devons aussi faire les petits drapeaux que nous  épinglerons sur le tableau à mesure que les noms sortiront lors du tirage. Ça a l’air simple, facile et rapide hein? C’est ce que je me disais, une p’tite heure… han!!

Pendant que Benoit, travaille sur les panneaux des dix catégories, je vais sur google image, je trouve les drapeaux des 31 pays participants, avec la bonne résolution pour chacun d’eux, je les enregistre sur un document word. Juste ça, c’est déjà une heure de travail. Ensuite, je vérifie les listes de chacune des catégories, chez les hommes et chez les femmes, calculer combien de drapeaux nous aurons besoin, par exemple, pour l’Ost du Québec, nous avons une fille dans chaque catégorie de duel, un gars en hallebarde, un pour l’épée et bouclier, en 3X3 féminin et en 5X5 masculin, donc nous avons besoin de sept petits drapeaux du Québec. Répéter l’exercice pour les trente autres pays. Les drapeaux doivent être à peu la grandeur d’une carte d’affaire, on met tout ça sur word et on imprime les feuilles pleine de drapeaux. Nous les découperons rendus là-bas sans oublier d’écrire au recto le pays, car nous ne reconnaissons pas nécessairement tous les drapeaux. Le tirage prend normalement une bonne heure et est diffusé en direct en streaming sur Internet, nous n’avons pas le temps d’hésiter. Ben envoie par courrier les images des panneaux à Scott pour qu’il les mette sur des panneaux en cartons ou en bois.


La veille de notre départ, je vais faire quelques friperies pour me trouver des vêtements chics, j’ai tellement rien dans mon garde-robe qui sied à un dîner mondain! Je reviens en fin de journée avec un complet et des talons hauts, le tout a l’air neuf, je recycle et ça m’a coûté la modique somme de 21$. J’achète aussi pas mal de stock pour grignoter car cette fois-ci nous atterrissons à Londres (parce que pas de vols direct pour Glasgow en ce temps de l’année) et prendrons le bus jusqu’à Perth, oui une bonne dizaine d’heures. Ce sera la même chose pour notre retour…un voyage éclair de 5 jours!




Le repos du guerrier.