mercredi 12 juin 2019

Le tirage en Écosse, Pâques 2018: partie 1






Mercredi 28 mars, nous nous envolons pour Londres, un vol de 5 heures sans Internet, téléphone ou texto, des vraies vacances! Évidemment je blague car la machine (les projets, les idées, les pense-bêtes, les vérifications, etc.) continue de rouler même en avion et probablement le fera pendant notre trajet en autobus. Nous sommes excités et nerveux, c’est gros ce tournoi! Déjà nous avons notre dîner mondain au palais où nous sommes conscients que nous y serons les étranges énergumènes Québécois, mais Benoit a aussi quelques entrevues à donner. Depuis qu’il a eu cette mini entrevue le mois dernier avec la BBC, au téléphone pendant sa pause au travail, il est de plus en plus sollicité. Il doit justement donner d’autres entrevues cette fin de semaine, la BBC est très intéressée par ce que nous faisons à l’IMCF.

Notre premier contact avec l’aéroport Heathrow est décevant, en fait c’est froid, les gens évitent les contacts visuels, ils semblent blasés. Tout est mal indiqué, on tourne en rond, beaucoup trop à notre goût. Le pire reste les ascenseurs (qui s’arrêtent à notre étage 1 fois sur 3) pour joindre le stationnement ou la navette, ce qui est notre cas. J’ai jamais vu autant de monde attendre aussi longtemps pour sortir. On envisage même de trouver les escaliers et descendre par-là, cette fois nous avons juste une grosse valise et deux bagages de cabine, nous avons le luxe de choisir. On ne les trouve pas, et pas d’agent ou de commis, comme dans de nombreux aéroports pour aider les voyageurs à s’y retrouver. Au bout d’une vingtaine de minutes, nous affichons probablement le même air renfrogné que les gens autour de nous. Nous finissons par arriver à notre navette, elle nous amène à la gare d’autobus du centre-ville, nous avons acheté nos billets par Internet et nous espérons arriver à temps. En achetant longtemps d’avance, les billets sont vraiment pas cher, mais si on manque notre autobus, le prix aura doublé. Donc on court!

On met une bonne dizaine de minutes pour trouver des toilettes qui sont plus ou moins propres, la gare en elle-même est un peu repoussante, tout est mal indiqué, les employés ont l’air bête et peu enclin à aider les voyageurs perdus, ils en font le moins possible. Y a des itinérants couchés un peu partout et les lieux ne brillent pas par leur propreté. Quand on trouve notre autobus, il y a déjà un bon groupe de voyageurs qui attend le même bus, bien sûr plus aucune chaise n’est libre. Comme c’est un autobus qui se rend jusqu’en Écosse, j’imagine que plusieurs de ces passagers profitent du congé Pascal pour se rendre dans leur famille.

Nous avons décidé de prendre le bus par souci financier : le vol de Londres à Glasgow, juste à l’aller, nous aurait coûté (pour les deux) un bon 250-300$, plus le bus pour aller ensuite à Perth, une soixantaine de dollars, puis un taxi vers Bankfoot, une cinquantaine de dollars

L’autobus de Londres jusqu’à Perth nous en coûte, à deux et à l’aller, une quarantaine de dollars, nous descendons à une quinzaine de kilomètres de Bankfoot où nous payerons 50$ de taxi. La décision s’est prise assez rapidement.

Le mois prochain, nous devrons toutefois nous y prendre autrement pour le tournoi car nous ne pouvons prendre le bus avec plus d’une grosse valise par personne dans la soute à bagages. Les combattant(e)s ne pourront pas envisager cette option.

Bien sûr, c’est un trajet de 10-12 heures, mais nous avons de quoi grignoter, une bouteille d’eau, il y a du Wi-Fi et des toilettes dans le bus, on regardera le paysage, on jasera ou, on dormira. De toute façon, quand il arrêtera en chemin, on fera le plein ou le vide…

J’ignore pourquoi, normalement nous sommes plus prévoyant, mais cette fois-ci, nous avons manqué notre coup. C’est très long 12 heures de bus! Surtout pris sur l’autoroute dans un traffic monstre et sous la pluie. D’abord, nous n’avions pas de Wi-Fi, les prises pour charger nos appareils ne fonctionnent pas, ainsi après avoir épuisé nos batteries sur des jeux, nos appareils sont morts. Je suis incapable de lire en voiture ou autobus, ça me donne la nausée. Aussi on a apporté de quoi grignoter, mais rien d’assez consistant pour nourrir suffisamment sur une aussi longue période. Que dire de nos deux bouteilles de 500 ml d’eau? Pour compléter ce tableau apocalyptique, nos sièges sont tout près de la toilette qui a cessé de fonctionner quelques heures après notre départ, et je n’ai pas dit que les passagers ont cessé de les utiliser !!  L’odeur !!  

Est-ce que ça pourrait être pire? Oui! Je sais pas pourquoi j’ai cru que l’autobus arrêterait en chemin autrement que pour faire descendre les passagers à leur destination. Birmingham, Liverpool, Manchester, Lancaster, Glasgow, les quelques villes où nous n’arrêtons que quelques minutes. On le sait parce que le chauffeur les annonce et elles apparaissent sur l’écran lumineux au bout du couloir. Si au moins on pouvait voir du paysage, la brume, la pluie, et la buée sur les vitres nous empêchent de voir, surtout quand il commence à faire noir. Si nous étions assis devant, nous pourrions avoir toujours une idée du lieu où nous sommes et du temps approximatif qu’il nous reste, mais tout au fond de l’autobus, on ne voit rien du tout et comme nos téléphones sont morts, on ne peut se fier aux GPS, le trajet nous semble une éternité…en enfer. On a beau faire de petites siestes, mais ça reste insuffisant, c’est tellement long. On ne peut même pas se fier sur les places qui pourraient se libérer et changer de place, y en a très peu et chaque fois qu’elles se libèrent, les passagers qui montent les prennent aussitôt. Au moins quand on s’arrête à Glasgow nous savons qu’il nous reste maximum 2 heures. À Stirling nous commençons à nous rapailler et à nous avancer parce que la moitié du bus y est descendue, là et à Glasgow.

Par chance, notre arrêt à Perth se trouve tout près de l’hôtel Econo lodge où travaille Jacob en ce moment précis, il y travaille de nuit, nous nous ruons à l’intérieur. Nous sommes ravis de le revoir, mais nous avons d’abord besoin des toilettes puis de manger, nous avons remarqué un McDo juste en face de l’hôtel, on espère qu’il soit ouvert malgré l’heure très tardive. Mais nous apprenons que si les lumières y sont allumées, c’est parce qu’une équipe d’ouvriers y travaillent, le nouveau restaurant ouvrira ses portes dans quelques semaines. Merde! On aboutit dans un genre de Couche-tard à 2 minutes à pied, c’est tout ce qu’il y a autour, nous revenons avec absolument rien de nourrissant, sauf peut-être mon sandwich pré-emballé. Jacob nous appelle un taxi et nous donne l’adresse à Bankfoot où il viendra nous rejoindre demain matin. Louise et Joshua y sont de toute façon et nous attendent ou auront laissé la porte déverrouillée.

Une chance que le trajet ne dure qu’une quinzaine de minutes, je ne supporte plus de rouler, mais le sympathique chauffeur nous fait oublier que sur 24 heures, nous avons passé plus de 20 heures sur la route, l’avion, la navette, l’autobus et maintenant le taxi. Et c’est en s’échouant tel un bateau sur un rivage bienveillant, que nous retrouvons notre lit dans la même chambre qu’en novembre. Si j’ai un conseil à donner aux Québécois comme nous, habitués à nos grands espaces comparés à la taille plus modeste des pays européens. « Ne jamais sous-estimer la distance et le temps de transport en Europe ».


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